‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 13 sur 66 · PROVINS · texte numérisé non relu

PROVINS

i De toutes les antiquités que renferme le département « de Seine-et-Marne, les plus imposantes par leur étendue les

* plus intéressantes par leur état de conservation et les conjec- « tures dont elles ont été l’objet, sont sans contredit les fortifi- « cations et les constructions souterraines de la ville haute de € Provins. Une vive controverse s’est élevée sur la question de € savoir si ces ruines sont les restes de l’Agendicum des Gom- € mentaires de César. La nature de ces constructions, qui

• portent le cachet romain, l’emplacement d’Agendicum’ que « César place sur les contins du Sénonais, et qui .s’applique parf faitement à Provins, et, en outre, le silence des chroniques du < moyen-âge sur 1 éditication de ces fortifications et l’importance € militaire de Provins, tout nous fait penser que ces gigantesques . débris sont et ne peuvent être que l’œuvre de la puissance romait ne et Agendicum. L’intérêt archéologique que présentent ces c ruines, dont l’aspect pittoresque et imposant frappe d’étonne- € ment et d’admiralion le voyageur qui les parcourt, nous enf gage à en donner une rapide descripiion. . (Nous rerwoyons

pour cette description h notre histoire de Provins , pour éviter lc% redites.)

« Tel est l’aspect qu’offre la ville haute de Provins; mais ce « n’est pas tout ce qu’elle renferme de digne d’observation. Cette € enceinte est sillonnée de toute part par de magnifiques sou- « terrains sur lescjuels s’élèvent de modestes habitations; chaque a maison renferme un de ces souterrains, dont l’architecture et 4 la beauté des voûtes, supportées dans plusieurs par d’élégantes (t colonnes, excitent l’admiration. Un ffrand nombre de ces sou- « terrains ont deux étages et possèdent des puits ou sources t contenues dans des bassins. Ces souterrains se prolongent à « des distances inconnues. Il y a peu de temps encore presque f tous se communiquaient et se rattachaient aux vastes cons- ( tructions existant à la surface du sol , et pour la confection « desquels il n’a pas moins fallu que la puissance romaine. A la « vue de ces immenses travaux que le temps n’a pas fatigués, « mais que la main des hommes détruit incessamment, on « éprouve une profonde et douloureuse émotion ; ces murailles, € ces tourelles, ces souterrains que l’on parcourt, que l’on intert roge, sont les contemporains de César, sont l’œuvre de son

< génie ; et l’on regrette que ces admirables débris , que nulle « autre ville en Europe ne saurait offrir, seuls et derniers ves-

< tiges du génie militaire des Romains, ne soient pas entourés c d’une protection suffisante pour les mettre à l’abri du vanda- « lisme qui les déshonore, et pour conserver à nos descendants « cette belle page de l’histoire des arts avant l’ère chrétienne. >

M. Dubarle sympathise bien avec nous qui, depuis quarante ans, avons toujours proclamé Provins l’Agendioim. Dans la narration qu’on vient de lire, observons qu’il s’abstient même de dire un mot de ces auteurs qui veulent qu’Agendicum soit Sens; il regarde sans doute leurs preuves prétendues, leurs itinéraires, comme ne méritant pas de réfutation , et même un moment d’attention.

Comment la cause d’Agendicum-Sens ne serait-elle pas perdue? Ses prôneurs ne s’appuient que sur des conjectures et des raisonnements vagues qui leur sont même contestés; mais pour prouver Agendiciun, il ne faut pas des paroles : il faut produire

des faits parlants et des débris immenses , comme nous le faisons : Lapides loqiiuntur.

M. Dubarle s’est élevé à la hauteur de son sujet, et a bien compris les gigantesques constructions de l’ancien Provins. Il se rend digne de César, parce qu’il sait apprécier son génie et ses œuvres colossales.

POST SGBIPTUM

A roccaslon d’une PUOVIAS, par

d'AoUICI'LTI HE .

lîroclmre inlrtiilée : AOTICE SLR le Secrétaire (1) de la Société Sci LACES ET Arts de Provias.

Je me serais abstenu de parler de cette brochure ; mais il importe que Thomme soit connu et son ouvrage apprécié , pour l’intérêt de la vérité et de notre histoire de Provins. Il faut aussi que l’on sache que le vrai but de l’auteur est de satisfaire une basse jalousie contre moi, et que la question sur A^endicum n’en est que le prétexte ; car, comme il le dit lui-même, il a soutenu, dans un procès-verbal de la Société, qvC A^endicum était Provins, mais, importuné du bien qu’on disait de mon Ancien-Provins , et de quelque estime que m’ont valu mes autres ouvrages, il veut aujourd’hui i\u A ^endicuni soit Sens, parce que ceci lui donne occasion de publier une brochure dans laquelle il me prodigue, presque à chaque page , les insultes les plus grossières et les moins méritées, puisqu’il n’a jamais eu à se plaindre de moi.

Cette brochure mensongère et insolence , généralement méprisée , est restée entre les mains d’un certain nombre de personnes qui pourraient, dans de bonnes intentions, la conserver comme un document historique. Il s’y trouve une foule de citations fausses contre Age/'^T/Zci/m-Pi ovins, et il est très possible et

. I ) M. Pasquet

mêttie assez natiii el que ce qu’il rapporte acquière une certaine croyance, et jette au moins du doute dans l’esprit de quelques personnes sur ce que j’ai dit relativement à l’application à’ J gejidicuni à Provins, et sur l’origine et les fondateurs de cettë antique cité ; c’était donc une nécessité de mettre le lecteur à même d’apprécier cette brochure.

Je n’entreprendrai pas de ia réfuter ; ayant tant; à m’en plaindre, je serais suspect. Un autre, qui n'y prend aucun intérêt que celui de ia vérité , l’a fait ; c’est M. le docteur Barrau, dans une dissertation très savante, où il donne des preuves de grandes connaissances en géographie ancienne, et où il fait des observations sur les itinéraires relatifs à Agendicum, qui avaient échappé même au premier géographe de Paris, à M. Barbié-du- Bocagc, qui les a trouvées justes, et en a témoigné sa satisfaction à l’auteur. Il en résulte des preuves irrécusables que W^gendîcum de César ne peut s’appliquer qu’à Provins. Je renvoie à sa Dissùîdation , chez Lebeau , imprimeur libraire. Je rapporterai seulement quelques expressions dont se sert M. Barrau, pour caractériser la Notice et son auteur, son impudence et sa mauvaise foi-

C’est dans les auteurs anciens, qui se trouvaient dans notre bibliothèque communale , que le Secrétaire a cherché à appuyer l’opinion qu’il voulait faire valoir c[u Agendiciim était Sens, et non pas Provins. C’est dans ces mêmes auteurs anciens que M. Barrau a reconnu que le Secrétaire avait dénaturé les passages pour arriver à son but. M. Barrau indique ces infidélités dans sa Dissertation. Voici comme il s’exprime, pcig 8 de sa préface ; «I Le Secrétaire critique et censure même les ouvrages qu’il n’entend pas du tout; il y trouve ce qui n’y est pas... ; pag. 19, la vérité n’est pas respectée dans sa notice, et on ne voit partout que des suppositions, des citations tronquées et mutilées; enfin, tout le cortège de l’erreur et de la mauvaise foi. * C’est ce que M. Barrau prouve encore dans beaucoup d’endroits de sa dissertation.

Malheureusement pour le Secrétaire, il s’est ôté la ressource de présenter ftl. Barrau comme un menteur, et de faire suspecter sa bonne foi, ses connaissances et l’estime dont il jouit. Voie

comme il en parle dans sa Notice, pag. 46 : * M. Barrau joint à la science de la médecine une grande connaissance de l’histoire ancienne... pag. 113, savant en itinéraire... ; pag. I74, bon

géographe...; honnête et savant, qui joint la modestie’ à la science. >

Au titre de menteur et d’homme de mauvaise foi dans ses citations, le Secrétaire ajoute celui de pitoyable écrivain. Il est impossible de trouver un ouvrage aussi plat, aussi sale et aussi bêtement écrit. Partout des platitudes et des niaiseries ; pag. 54, Jules César est un maître-tailleur ; pag. 73 , il amène de Rome une procession àe chie- en -Ut', pag. 194, c’est Michel-Morin; pag. 163, Jérôme-Pointu ; pag. 1 26, saint Jean accolé à Nicolet ; pag. I84, la vieille grand’mère Gentico ; id. , ma mère-grand ; pag. iOO, il s’en faut d’une perruque; ;;ag. 192, la perruque crepée se démêle; pag. 193 , vir cœteroqiiiii doctus est traduit par : savant en maroquin ; pag. 181, des enfants qui tiennent au cotillon de leur grand’mère ; pag. 218, qui passent par trois petits moulins de ma grand’mère; pag. 257, une fille qui a cassé son sabot; dans toute la pag. 21 1 , des bêtises de plus bêtes en plus bêtes. Un homme qui écrit des pauvretés de cette espèce, dans une discussion historique, extravague; il n’a ni jugement ni sens commun ; mais ce n’est pas tout : il joint à cela des polissonneries dégoûtantes , des infâmies dignes de Gilles sur ses tréteaux. Je ne puis les écrire; elles salissent les pag. 52, 61 1 63 , 223 de sa Notice.

Il me dit, toute la page 256, des sottises à l’occasion du mot arrideret, page 19 du deuxième supplément de V Ancien-Prooins : mais c’est une faute d’impression ; il y avait, dans le manuscrit, le moiirnderet, qui a un autre sens et exprime bien ma pensée. Voilà donc une page de mauvaises plaisanteries en pure perte.

SECOND POST SCBIPTUM (1845 .

Wous allons citer quelques passages de la brochure de M. Pasques, pour que le lecteur puisse connaître les vrais motifs des attaques du secrétaire.

< J’ai fait, dit-il, une étude particulière des anciens manuscrits

< sur Provins ; yen ai donné une notice impidmée et de leurs au-

< leurs, dans le rapport de la séance publique de la Société d’A-

< griculture, en 1807, page 80.

€ J’ai réuni dans trois volumes in-folio , ce qu’ils ont dit de f plus intéressant sur notre ville, sous le titre à' Abrégé de VHi$- « loire manuscrite de Provins.

€ J’ai confronté les assertions des nouveaux ouvrages de

• M. Opoix avec ces anciens manuscrits; j’en ai fait des notes que

* gardées, ainsi que mon Histoire manuscrite, pour moi

< seulement et mes amis.

« Je sais me rendre justice ; je n'ai jclniais eu Vetwie de me « faire imprimer. Assez d'autres en ont la fureur. »

Ceux qui ne verront pas percer à travers ces lignes la plus basse jalousie seront aveugles.

Que prouvent ces anciens manuscrits dont parle avec tant d’insistancele digne M.Pasques! Ces manuscrits contiennent des assertions qu’il faut discuter et ne pas croire comme paroles d’Évangile ; et certes M. Opoix a discuté, et bien discuté : c’est ce qui vous fâche !

M. Pasques n’a jamais eu l’envie de se faire imprimer! Et qu’a-t-il donc fait lorsqu’il a imprimé sa brochure et qu’il a tant délayé son opinion ?

Assez d'autres en ont La fureur, dites-vous ? C’est pour cela qu’il fallait publier votre histoire pour rendre service à votre ville ; car lorsqu’on lient la vérité, on est coupable de la garder pour soi.

Je sais me rendre justice, assurez-vous? IN’est-ce pas avouer votre impuissance ? Et alors que demandez-vous à M. Opoix?

€ Le livre de M. Opoix, à quatre exemplaires par souscripteur, « avait tcùt quelque sensation dans la ville, où le plus grand iiom- « bre des lecteurs n’entend pas le latin , et ne sait rien de nos

t anciens manuscrits. Mais on voyait des caveaux à la ville haute, f et l’on désirait fort que Provins fût une ville césarienne. »

N’est-ce pas comme si l’on écrivait : Je suis jaloux du succès de I\1 . Opoix ?

D’ailleurs si vous reprochez à M. Opoix d’avoir fait usag'e de passages latins (chose indispensable !) pourquoi en farcissez-vouS votre ignoble brochure? pourquoi à chaque instant lâchez-vous une sentence pédantesque?

f Mais comme un grand orage éclate quelquefois après un petit c coup de tonnerre, le livre des Commentaires de Cdsar^ I” vo- « lume de l’édition des auteurs classiques latins, sorti des belles f presses de Didot, appuyé du crédit du riche banquier M. Laft fite , et de la réputation des éditeurs et imprimeurs, remua et « étourdit toute notre ville. »

On ne peut pas dire plus naïvement à ses compatriotes : aous êtes des imbéciles !

€ L’auteur Opoix reçut en cadeau ce premier volume de la e part des auteurs qui l’ont cité avec l’épithète de JDoclus.

Doctus ! quelle peine pour M. Pasques! que cela est dur à digérer, doctus ! Des éloges pour M. Opoix et rien pour M. Pasques qui a fait trois volumes in-folio sur Provins, dont Dieu nous garde I

M . Pasques cite Ptolémée pour appuyer son opinion: on discutera plus loin la valeur de ce document.

Le monsieur susdit lait aussi usage de la préface suivante, empruntée à Perrot-d’Ablancourt :

e Ceux qui traduisent Agendicum par Provins, au lieu de € Sens, font tort à la réputation de César, et n’ont pas trop bonne < grâce de lui faire prendre des bicoques pour des capitales. ►

Là-dessus, M. Pasques est enchanté qu’on traite sa ville de Incoque et trouve i\î. d’Ablancourt un homme plein d’érudition.

Hé bien, M. d’Ablancourt auquel M. Pasques porte tant de respect (on ne se figurerait pas que M. Pasques a du respect pour quelque chose), M. d’Ablancourt a dit une cnorme sottise. Que de villes qui ne sont aujourd’hui que des bicoques et qui lurent autrefois puissantes et magnifiques! D’ailleurs la question n’est

pas de savoir si Provins fut une capitale, mais bien s’il faut entendre Agendicnm de Sens ou de Provins.

Il serait trop fastidieux de suirre M. Pasques dans toutes ses excentricités ordurieres. Nous en finirons avec lui en citant un passage d’un de nos adversaires, M. Dulaure :

« M. Opoix, Provinois respectable par son âge et ses qualités

* personnelles, a soutenu que Provins était l’antique Agendicum, € et le secrétaire perpétuel de la société libre de cette ville s’est € montré d’une opinion contraire. Tous les deux ont publié des « volumes (1) pour prouver leurs opinions. Il est fâcheux que « M. le Secrétaire, dans son ouvrage, se soit livré contre son ad-

• versaire à des personnalités grossières , à de pitoyables jeux de < mots. Quand on veut faire le plaisant, il faut l’étre à propos et « avec goût. J’aimerais beaucoup mieux m’être trompé comme « l’a fait M. Opoix, que d’avoir raison à la manière de M. le set crétaire-gériéral. » (Note de la page 118 du tom. VI des En^^i- Tons de Paris, édit, de 1827.)

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