‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 14 sur 66 · PETITS AVIS A UN GHAKTRIEH · texte numérisé non relu

PETITS AVIS A UN GHAKTRIEH

Veuillez souffrir, Monsieur, quelques petits avis charitables sur un œuvre dont vous êtes trop enthousiasmé. Peut-être les remarques suivantes vous seront-elles de quelque utilité, c La charité, € comme dit Harpagon, nous oblige, M. Simon, à rendre ser- * vice à notre prochain. »

Nous commencerons par votre préface, ce chef d’œuvre de logique et de modestie.

Apres plusieurs pages aussi nébuleuses qu’incohérentes sur la manière de traiter l’histoire , après des considérations sur l’utiiité des histoires locales, vous dites ;

« L’homme de génie lui-même ne doit pas dédaigner de con- « sacrer ses talents à un histoire locale. ►

(1 ) (Tcci est irrciacl.

— iOl —

Et voilà justement, monsieur, que vous suivez votre précepte, vous ne dédaignez pas de faire à Provins l’Iionneur d’écrire son histoire.

< Ce ne sera pas, il est vrai, pour lui, (pour l’iiomme de génie), € ajoutez-vous, l’occasion de déployer ce coup-d’oeil d’aigle qui « de ses hauteurs embrasse tout un monde; mais il lui faudra < bien plus de sentiment et de poésie que dans une histoire « générale. »

L’occasion de déployer votre coup-d’œil d’aigle n’est pas encore venue, mais elle se présentera lorsque votre Histoire de Pro~ ohis t concourra à la grande œuvre historique que vous rêvei € (page 15). >

Quant au sentiment que vous demandez aux écrivains d’histoires locales, vous n’en manquez pas, monsieur ; vous prenez la peine de nous le dire vous-même, page I4 '•

« J’ai travaillé dans la persuasion qu’il fallait , pour être lu

• avec fruit et avec plaisir, que l’auteur d’une monographie fut « narrateur, consciencieux , peintre de sentiment, philosophe et « moraliste. »

Peste, monsieur, comme vous y allez 1 on ne peut pas, en vérité, se prodiguer plus libéralement les talents que la nature ne dispense qu’avec tant d’avarice l

Le style c’est l’homme, a dit Buffon. En ellet votre style trahit assez votrecaraclère: nous savons maintenantque vous n’allez plus douter de rien, et que, vous croyant un homme de génie et propriétaire d’un coup-d’œil d’aigle, vous ne prendrez pas le soin d’examiner mûrement les questions.

f L’histoire locale est destinée, continuez-vous, à devenir f d’une immense importance pour l’histoire générale. *

Franchement on s’en était douté du moment qu’on a vu que les hommes de génie se mettaient à écrire l’histoire de leur ville natale.

€ MOI, dites vous, j’allai chercher dans les bibliothèques de

• Paris, aux archives du royaume... les quelques lignes qu’elles t( renfermaient sur ranti(|ue résidctice des comtes de Champa- € gne... (page 13). >

Quel I facas, pour quelques lignes I

t De sérieuses recherches m’out fourni une masse considéra- « ble de faits puisés aux sources historiques mêmes.... (page « 15). >

Ah ! pardon , monsieur , il me semble que vous vous contredisez. Là haut, vous récoltez quelques lignes seulement, ici vous accumulez une masse considérable de laits ! Comme cela est conséquent î Hélas ! que d’occasions on aurait de faire remarquer des incohérences dans vos opérations intellectuelles !

Vous poursuivez avec cette modestie qui ne vous abandonne pas un instant :

« J’ai cru que mes convictions basées sur des témoignages « écrits, ou sur l’inspection des monuments, jetteraient quelque « jour sur l’histoire de Provins. »

On croirait vraiment qu’il s’agit de Patmyre ou de Ninive ou de toute autre ville sur laquelle les notions manquent ! quelque jour sur l’histoire de Provins! comme si vous n’aviez pas suivi le fil que vous tendait M. Opoix ! comme si vous aviez dit sur Provins quelque chose d’important que votre devancier n’eût pas dit! Et dans ce moment, monsieur, je réponds à votre pensée plutôt qu’à votre phrase, car, suivant votre habitude, il y a si peu d’aflinitéentre vos pensées et vos mot! Quoi! monsieur, après cette masse de faits, après cinq ans d’études d’un homme de génie, d’un peintre de sentiment, après tant de coup-d’œil d’aigle enfin, vous n’êtes parvenu qu’à jeter quelque jour sur l’histoire de Provins? Evidemment vous n’avez pas su expliquer votre pensée.

Quittons celte curieuse préface capable, à elle seule, de ridiculiser vingt auteurs, quittons là; mais permeltez-nous de relever deux fautes de français pour nous distraire.

Vous imprimez ceci :

a C’est à eux (à vos concitoyens) à prononcer sdls y trouvent t leur histoire nationale. »

Prononcer prend un régime ; on dit prononcer un jugement sur une mauvaise histoire. On dit encore se prononcer pour ou contre le mérite de quelqu’un ; mais on n’a jamais dit : prononcez si vous y trouvez votre histoire nationale.

Deuxième faute : c Tous mes désirs serout remplis si cette his- € loire obtient a la fois l’approbation des Pi ovinois, et si elle i peut être de quelque utilité à ceux qui, etc. i

Vous saurez qu’êt la fois demande ici un corrélatif pour le substantif qui le suit ; il fallait dire : si elle obtient a la Ibis 1 approbation des Piovinois et l’estime de ceux qui, etc.

Cette dernière faute est bien grave pour un homme de génie.

Votre deuxième chapitre est consacré en entier aux souvenirs des Celtes à Provins. Où donc, s’il vous plaît, avez-vous pris vos documents sur cette époque parfaitement inconnue? Vous nous donnez de belles raisonset surtoutd’admirables etymologiesl Nous vous votons une médaille d’encouragement pour avoir trouve Pro, Bro^Braw et win,cvvin, \vind \ Etes-vous bien certain que ces mots se prononçaient comme vous les écrivez ? Avez-vous connu quelque Celte qui vous ait communiqué sa prononciation ?

Vousécrivez un chapitre sur des présomptions en l air et vous trouvez mauvais, dans votre délicieuse prélace , pnge 10, que l’on se livre à des dissertations sur l’origine des villes! Mais, monsieur, si tout était clair, on n’aurait pas besoin d’étudier, de fouiller, de discuter ; si tout était connu, on n’aurait pas besoin de corps savants qui s’occupent de recherches, et qui ne font pas toujours de bons élèves; et d’ailleurs si on ne discutait pas sur l’origine des villes, aurions-nous appris de vous que Provins vient de PrOjBro^ Gwin, IVind^ ce dont je vous remercie très cordialement, je vous assure.

Encore quelques petits avis, et nous passerons a 1 examen de vos arguments contre Jgeiidiciini et de votre opinion sur les fortifications.

Avez-vous lu Molière, monsieur ? Vonsdevez avoir embrassé les comédies de cet écrivain avec votre coup-d’œil d aigle; et vous devez connaître ce conirère, puisqu’il était comme vous un homme de génie. Dans le Bourgeois gentilhomme , le maître de danse, le maître de musique et le maître d’armes se querellent sur la supériorité de leur art;arrive le maître de philosophie qui s’exclame ; et que sera donc la philosophie l Et vous, semblable

à ce dernier, vous avez dit: on a fait une histoire de Provins qui jouit d’une certaine réputation; on établit savamment qu’^ge/idicum est Provins ; on ne fait presque pas usage des chartes ; on est de l’avis des historiens graves et de Montfauçon, lui-même, moine de Saint-Germain-des-Prés, qui prétendent tous que la plus grande partie des chartes sont supposées et qu’il faut les lire avec une extrême défiance ; et quoi! on m’aura fait passer plusieurs années à déchiffrer des parchemins moisis et je ne pourrai pas trouver le placement de mon immense savoir ! Ah î mes chers compatriotes, je vous en donnerai des chartes ! Vous en aurez au bas des pages, dans le texte, à la lin du volume ! Ah I vous vous amusez à lire des dissertations fatigantes (1) sur l’origine des villes, eh ! bien, je vous distrairai de cette fatigue en vous en procurant une de plus grande, en vous servant le latin agréable du moyen-âge !

Hélas ! monsieur, vous avez promis cela, et vous n’avez que trop tenu parole! Vous avez tout vu dans les chartes; vous nous avez accablé des moindres détails ; vous avez cru tout ce qu’elles disent, ces chartes, et c’est en cela que vous surpassez Tacite.

Jamais Tacite aurait-il cru une vision (2), et surtout aurait-il jamais trouvé de lui-même, aussi bonnement, aussi facilement que M. Jourdain faisait sa prose, aurait-il jamais trouvé cette belle fenêtre par laquelle vous dites que Thibaut VI aperçut une dame blanche I Non, Tacite n’était pas de cette force.

Ah ! monsieur, pour notre compte, nous regrettons bien vivement de n’avoir pas étudié les chartes : ce sont elles qui vous ont donné ce sens droit par lequel vous brillez.

Certes, ce n’est pas nous qui aurions dit comme vous, page 164 ; « Thibault fut galant lui même et ses amour&avec Blanche de Castille....

Ah I prenez garde, monsieur , il nous semble que vous allez bien loin sur un sujet si délicat. Savez-vous que ses amours a<rec, cela suppose qu’il y avait entre Thibaut et Blanche un commerce

(1) Préface, page 10

(2) Voyez le mot Cordelières. — Ilist. Opoix.

intime ; \ ous devez connaître la force de ces tertnes ^ et cependant vous ne laissez pas de dire, page 177 : * Ce qui me paraît

< prouvé, c’est que si elle ne fut pas la maîtresse de Thibaut ,

< elle sut le tenir enchaîné par des artifices de coquetterie. » Là haut, vous affirmez, ici vous doutez, et cela sur le même sujet. Mais nous sommes habitués à votre logique.

De plus, page 175, 176 et 177, vous vous mettez à faire battre le cœur de Blanche , 1° pour 'l'hibaut; 2» pour un jeune Allemand; 3° pour le cardinal Saint-Ange. Ah ! monsieur, vous qui possédez si bien les secrets des dames , vous n’êtes guère discret !

Cette logique, dans laquelle vous excellez, vous fait dire, page 26 5, en parlant des Juifs : « Ces mallîeureux mis en dehors de

< toute idée soc/u/e, etque le seigneur peut vendi-e selon son bo,, « plaisir, viennent aux foires de Champagne. *

Mais xous ignoiez qu il est impossible qu’un liomme, que son seigneur peut vendre, ne peut pas, pour cette raison même, bouger de place ; vous ne savez pas que cette cla.sse d’individus s’appellait de restei ? Et pourtant vous faites

aller ces Juifs aux foires deChampagne ! Est-ce ainsi qu’on étudie le moyen-âge à l’école des chartes?

Toujours avec cette admirable logique qui n’appartient qu’à vous, vous affirmez que ces malheureux étaient mis en dehors de toute idée sociale, et vous voyez dans la charte de 1230, que vous rapportez tout au long, que les Juifs étaient jugés et protèges pai les comtes : vous dites, a[)res >1. Opoix, que les Juifs avaient à Provins des synagogues ; pensez vous que des sectaires qui exercent publiquement leur culte, sont des malheureux mis bois de toute idee sociale ! Appi'cnez a être conséijuent !

Votre préface prouve, monsieur, que vous avez de la modestie et cela prévient le lecteur en votre faveur. Cette modestie vous porte à vous donner comme un grand archéologue. Vous faites entendre que vos devanciers, ne possédant pas votre science n’avaient pu faire véritablement une histoire de Provins (c’est voti e fi’ançais; je ne l altère pas). Mais vous moquez-vous du lecteur ? avez-vous donné une date de monument que vos devanciers n’eussent pas donnée ? Peut-être appelez vous archéologie la

fureur d’enclievelrer dans ses lignes les ternies d’architecture, tels que transept, areature, tore, chevrons archivolte, boudin. Quel mérite y a-t-il à cela ? aucun , si ce n’est d’ennuyer le lecteur, ou de manquer au devoir d’un peintre de sentiment qui est, avant tout, de se faire entendre.

Pour peu que cela vous soit agréable pourtant, nous conviendrons avec vous que vous êtes un grand archéologue. Oui, il faut reconnaître à chacun son mérite, vous êtes en archéologie d’une force rare. Nous sommes en effet resté confondu lorsque, page 337, vous avez prononcé du haut de votre tribunal que Saint-Quiriace a été construit vers la fin du xii® siècle. Gonvenei que vous avez pris beaucoup de peine 1 Vous avez consacré plusieurs pages à l’examen des caractères architcciuranx de ce monument. Vous pouvez vous éventer avec votre grand chapeau de docteur, comme \e Médecin maigre lui. La belle cure ! la belle cure ! I

Mon Dieu ! comme vous écrivez dramatiquement! Vous nous ménagiez une surprise ; ainsi apres avoir ti ouve, grâce à votre savoir archéologi([ue , que Saint-Quiriace datait de la fin du xii® siècle, vous avouez plus loin, page 338, que vous saviez qu Henrile-Libéral avait fait construire cette église en 1160. Ah ! quel savoir, monsieur, vous avez la date d’un monument et puis vous dites : par l’examen, je juge que ce monument est de ce temps là. Il eût été bien plus fort, monsieur, de donner un démenti à

celte date, et d’avancer ou de reculer la construction de Saint- Quiriace de plusieurs siècles. Voilà à quoi l’on reconnaît un bon

archéologue.

Cependant consolez-vous de n’avoir pas contredit celte date de 1 1 GO que vous ne nous faites arriver qu’à la fin de votre récit, comme la péripétie dans les drames; consolez -vous en pensant que vous êtes un historien très exact.

Vous consignez dans vos immortelles pages que Lété de 1558 fut très orageux, que le feu prit au grenier de l’hôtellerie du Chapeau llouge. Ah ! quels événements, monsieur, et que vous faites bien de les transmettre à la postérité la plus reculée ! (1).

(1 ) Voyez page 144.

Vous nous apprenez aussi, page 226, que Thibaut \ Il reeonimanJe aux taverniers de faire sortir leurs cochons deux fois par jour « pour pissiers » comme cela est intéressant! A la postérité la plus reculée I

Vous trouvez dans une Charte qu’un comte de Champagne partant pour la Palestine donne à je ne sais quels moines trois pintes de vin , et parce que c’est dans une charte, vous pensez que la postérité doit s’intéresser à ces trois pintes.

A propos, savez-vous si ce vin était le même que Thibaut Vl chantait dans la chanson à boire que vous lui avez lait faire?

(voj. page l87, Hist. Opoix.)

Pensez-vous que Voltaire n’aurait pas ri de ces balivernes, vous (|ui le citez avec l’intention de vous moquer des autres ?

Vous rapportez un passage de ce grand écrivain dans lequel il ridiculise les gens qui avaient la manie d’attribuer tout à César. C’est un travers, et Voltaire eut raison de s’en moquer : il ne faut pas attribuer légèrement telle ou telle fondation au conquérant des Gauler. Mais les travaux historiques de M. Opoix, mais ce corps formidable d’arguments à l’appui de son opinion, mais cette force de dialectique et cette sagacité qu’il a déployées pour prouver que \’ A^endiciuti des Commentaires de César est le Provins d’aujourd’hui, pensez-vous, Monsieur, que tout cela soit le fait d’un homme qui attribue, comme le curé dont parle Voltaire , la construction de son poulailler à l’empereur romain? Que pi’ouve le passage de Voltaire dans cette circonstance, si non de la malveillance de votre part?

D’ailleurs vous avez, vous, une manie : c’est de traiter tous les gens du peuple. J’ai remarqué cela plusieurs fois dans votre ouvru^e. Sachez, Monsieur, que lorsque des noms comme ceux de M. Opoix et de M. Eusèbe Salverte sont mêlés à une question, il faut s’ab.stenir d’appeler les gens peuple ; car cela n’est pas d’un homme bien élevé. En fait de crédulité, Monsieur, réservez vos douces épithètes pour ceux qui croient à la vision de Thibaut et qui découvrent niaisement la fenêtre par laquelle le comte eut cette même vision (1).

Gardez encore vos politesses pour ceux qui croient que des

(1/ Voyez M. Opoiï, page 500.

chevaliers agitaient devant des dames des questions sur les mauvais lieux (v. pages 152 et suivantes ; Hist. Opoix) Gardez-les encore pour ceux qui ajoutent foi au bruit malveillant qu^on avait répandu que Napoléon avait ordonné en 18I4 cle noyer la ville basse de Provins et de démolir une partie de la ville haute. Sachez que l’Empereur ménageait nos villes le plus qu’il pouvait et qu’il serait entré un jour plus tôt dans Troyes s’il eiit voulu user du canon. Ce lait là aurait dû vous servir de critérium pour rejeter le bruit mal fondé que vous répétez.

Le nom de Voltaire vous a porté malheur ; si vous eussiez étudié la manière si claire, si pure et si logique de cet illustre maître, vous n’auriez pas dit page 248, qu’en 1791 le corps mort de Voltaire passa à Provins ; il n’y a rien d’élonnant à ce que le corps de Voltaire fut mort en 1791, puiscjue ce grand homme était décédé en 1 778.

Que diriez- vous, Monsieur, si on vous querellait sur ce que vous avez mis 1781 pour 1791? vous traiteriez cette critique d’absurde. Pourtant vous avez relevé des fautes d’impression dans l’ouvrage de M. Opoix. A ce moment, il était facile de voir que vous n’aviez jamais fait imprimer..

Savez-vous ce qui est une manie? c’est de dire à chaque instant, je suis un peintre de sentiment, je suis un grand archéologue, lorsqu’on écrit aussi mal qu’on juge mal ! Savez -vous ce qui est une manie ? c’est de se servir de termes employés par des écrivains originaux dans des œuvres originales. V. Hugo, dans Notre-Dame-de-Paris, se sert souvent du mot souder en parlant des divers genres d’architecture qui venaient se superposer les uns sur les autres. Ce mot est bien placé dans son style, mais il fait tache dans votre ouvrage accolé à des mots ordinaires et didactiques. Ne vous parez pas des plumes du paon. Non erat hic locus.

Laissez aussi ses grands mots à M. Michelet, et lorsque vous parlerez de la jalousie de la féodalité contre Pindiistrialisme^ prenez la peine de le citer , car l’idée vient de lui et pas de vous (1).

(1> Voyez la nouvelle Hisloire de Provins, page 179, et V Histoire de France, par M. Michelet, époque de saint Louis

Abordons enfin cette question à'^ Agendicum^ Sens et Ageiidicitm^ Provins.

C’est à la fin du vi' livre de ses commentaires que César parle à'Ageiidiciim pour la première fois. Voici ses termes ; Sex reliquas in Senoniim finibus Agendici in hibernis collocavit ; « César colloqua les six autres léguions dans le territoire des Sénonais à Agendicum. >

Une chose utile, avant d’aller plus loin, c’est de nous faire une idée bien précise des quartiers d’hiver des Romains. Nos adversaires n’ont pas assez remarqué le système qu’employait César pour y camper ses soldats. Dans la conquête des Gaules, César isolait ses troupes des villes gauloises , et, à une ou deux exceptions près, les légions construisaient toujours leurs quartiers dans la campagne.

Produisons des preuves. Au retour de l’expédition d’Angleterre, César, par suite de la disette de blé, ne put établir ses quartiers d’hiver de la même manière qiPil l’avait fait les années precedentes : il distribua ses troupes dans plusieurs pays (1). 11 ne nomme pas une seule ville en indiquant les quartiers d’hiver; certes, l’ordre émanant de César lui-même, et ce général se trouvant sur les lieux, rien ne lui eût été plus facile que d’écrire dans son récit les villes où il envoyait ses légions. De plus, les Commentaires nous donnent un renseignement bien précieux à l’appui de notre opinion : le récit nous apprend que sept légions étaient placées, campées, de manière que les deux plus éloignées étaient a une distance de 3o lieues; les autres légions étaient à peu près échelonnées entre ces deux- là. César trouvait cette distance trop grande , mais il cède à la nécessité, à la disette du blé , qui le forçait à éparpiller ses troupes pour les faire vivre sur divers territoires. 11 avait donc l’habitude de les ressei rer davantage. né bien, il faut conclure de là que, dans le cas où l’abondance eût régné au lieu de la disette, César aurait renfermé

(1 ) Quod eo anno frumenlum in Gallià , propler siccitates , anguslius provenerat coactus est aliter, superioribiis annis, exerciturn in hibernis collocare Icgionesque in phires civilates dislribuere. — Comm. de César, livre V.

ses troupes dans des limites plus étroites. Nous demandons s’il était possible de trouver dans un espace moindre , 20 lieues par exemple, assez de villes pour que sept légions ou 4^ mille liommes pussent y trouver des logements? Evidemment non.

Les légions avec des habitudes à part, avec leurs exercices militaires, avec leur discipline, ne pouvaient pas hiverner dans les villes; d’abord parce qu’il était impossible à ces villes d’avoir des logements pour un surcroît inattendu d’habitants: ensuite parce qu’en supposant qu’il y eût eu de la place dans les cités, il aurait fallu trop fractionner les forces ; et enfin parce que César n’aurait pas voulu apprendre ses ressources et la science militaires à ces Gaulois qu’il nous dépeint comme des hommes excessivement aptes à tout imiter.

Ce que nous venons d’avancer est incontestable ; nous parlons preuves en main. Aussi nous n’appuierons pas sur le plan formé par les Gaulois qui, sachant que César avait expressément recommande à ses soldats de ne pas sortir des quar tiers en son absence, avaient résolu de fondre surles Romains enfermés dans leurs camps (1).

Malgré cet ordre si formel Cicéron eut l’imprudence de sortir de ses quartiers; une s inglante défaite en fut la conséquence. Comment croire après cette triste expérience que César, à la fin de la campagne, ait logé des troupes dans des villes gauloises et qu’il ait assigné Sens à six légions pour y passer l’hiver?

Mais continuons. Après avoir laissé son armée à peu près dans les mêmes contrées et notamment six légions à Agendicum, César se rend en Italie. Son départ est le signa! d’une révolte générale. La principale tactique des Gaulois était de séparer César de son armée et de rendre son retour impossible. « Ils croyaient « cela facile, dit le narrateur, car ils ne supposaient pas que les « légions oseraient sortir de leurs quartiers, en l’absence du gé- « néral et que celui-ci pût rejoindre ses légions sans es- « corte. # (2)

(1) Esse Galliæ commune consiliuni omnibus liibernisCæsaris oppugnandis, tiunc esse dictum diem, ne qua legio alleri legioni subsidio venire posset.

(2) Id esse facile, quod neque legiones, absente imperatore, audeanlex hibornis egredi ; neque imperalor , sine præsidio , ad legiones pervenire possit. — Gomm. , livre YM.

Ne lépugne-t-il pas à la raison de croire cjue six légions éiaient enfermées dans une ville gauloise, dans Sens?

Une page plus loin, le récit signale le progrès du soulèvement . Vercingétorix met dans ses interets les Senonais, les Parisiens, etc.

Les Sénonais sont en révolte, et il y a, dit-on, six légions à Sens I Est-ce raisonnable ?.... A la nouvelle de ce mouvement , César, déjà accouru d Italie, quitte Narbonne et se rend en Auvergne; il y laisse les soldats dont il pouvait disposer ; il court à Vienne delà à Aulun qui n’était pas encore déclaré contre lui et qu’il voulait , par sa présence , maintenir dans la tranquillité. Pourquoi n avait-il pas la pensée d’aller à Aaendiciim pour comprimer aussi le soulèvement des Sénonais ? C’était inutile : Âaendicuni n’était pas Sens.

En quittant Autun , il rejoint les deux légions qui campaient dans le territoire de Langres. Là il rappelle toutes les légions qui étaient en quartier d’hiver dans le voisinage. Les six légions, suivant le système d AgendicumSens, , auraient évacué cette ville le plus tranquillement du monde et sans être attaquées ! Comme 1 explication d AgendicumSens est naturelle et logique !

César , à la tête de toutes les forces qu’il avait laissées dans le nord des Gaules, ne sait s il doit les garder toutes dans sa main pour les faire hiverner ensemble, ou s’il doit se mettre immédiatement en campagne ; il balance les chances, et prend ce dernier parti. Que fait-il ?

Duabus Agendici legiombus aiqiie impedimentis totius^^exer^ citus relictis ^ ad Boios pro/iciscitur ; t ayant commis deux lé- « gions a la garde des bagages de toute Varmèe dans Agendicum^ « il part pour le Bourbonnais. » En présence d’un texte aussi clair, veut-on que César reconduise à Sens , ville d’un peuple soulevé, ces mêmes six légions qui étaient venues le joindre au lendez-vcus général destroupes? Maisalors les Komains entraient a Sens et en sortaient suivant leur bon plaisir! et le texte dit que les Sénonais avaient déclaré la guerre aux Bornai nsi Cela est-il conséquent? Mais voussupposez que César a perdu la tête, en voulant qu il choisisse une ville ennemie poury déposer le bagage etle mal tériel de toute l’armée du nord, et surtout en supposant qu’il en confie la garde à deux légions seulement ! Mais vous avez oublié que tout à l’heure. César, ‘'uivant votre système, laissait six légions

à Sens dans nn moment on il pouvait croire que la Gaule était tranquille !

Hélas! ainsi, les partisans d’ J.gen<iicwm-Sens sont forcés d’admettre cette absurdité que César, en temps de paix, enferme six légions (36,000 hommes) dans une ville, et qu’il choisit l’instant où les peuples auxquels cette ville appartient sont en révolte pour y déposer un matériel considérable et 12,000 hommes seulement!

Agendiciim ne peut donc pas être Sens.

Suivons César dans son expédition. Dégagé des bagages qu’i dépose à Agejidicum, le conquérant romain, pour ne pas laisser d’ennemis derrière lui {post se) , pour éviter le danger d’avoir .ses communications coupées, pour protéger ses convois, attaque Château-Landon. Or quand on quitte Provins pour se rendre h Orléans ( comme César va le faire), il est naturel de passer par Château-Landon, et il n’est pas naturel, quand on a quitté Sens, qui est beaucoup plus bas vers le midi , de dire : pour ne pas laisser d’ennemis derrière moi, allons beaucoup plus haut que Sens à Château-Landon ; car alors ce ne serait plus post se < derrière lui! » (1). Il est évident que César manœuvrait pour lier toutes ses opérations avec son dépôt à! Agejidiciwi , et que Château-Landon était la clé de la campagne ; car si ses bagages eussent été à Sens, comme on le veut, ses convois n’auraient pu être inquiétés par Château-Landon, qui est à onze lieues plus haut, et qui n’est pas derrière soi, lorsqu’on quitte Sens.

Poursuivons. César laisse à Trébonius le soin de traiter avec les habitants de Château- Landon ; ensuite il se dirige vers Orléans qu’il saccage, puis il continue de marcher vers le Bourbonnais.

Cepenflant les Sénonais s’agitent encore. César envoie contre eux et contre les Parisiens quatre légions qui vont rejoindre les deux campées à Agmdicum. La jonction de ces six légions est le résultat de la prise de Château-Landon : les communications étant restées libres. Ces six légions vont se trouver sous les ordres de Labiénus. Celui-ci laisse deux légions à Agendiciim et part

(1) Altrro die cùm ad oppidum Senonum Vellanodunuin venisset, nequern POST SE hosteni relinqueret... oppugnare inslituit. Livre \'I1

avec les quatre autres pour Paris. Ainsi , selou l’interprétation à’ ^ ^endicurn-Sens , Labiénus répète la même absurdité que César : ces Jeux habiles capitaines laissent dans une ville , qui a pu renfermer 36,000 hommes (ce qui supposerait qu’elle aurait été d’une grande étendue), deux légions seulement pour garder cette ville considérable , et il emmène 24,000 hommes contre Paris. Cette absurdité conduit à d’autres.

Les partisans de Sem-Agendicnmy font arriver Labiénus par la rive gauche de la Seine. Les Commentaires parlent d’un marais qui arrêta la marche de ce lieutenant de César, et l’histoire atteste qu’il yen avait un sur la rive droite qui a donné son nom A un quartier de Paris. Mais on veut à toute force en inventer un pour la rive gauche, afin d’accommoder le texte de César à ses idées On charge la rivière de Bièvre, qui coulait au pied de la colline Sainte-Geneviève , de faire ce marais dont les partisans iV JgendicuniSens ont besoin. Cette rivière n’était qu’un ruisseau, mais le prodige du marais n’en est que plus beau !

Il n’y a qu’un petit malheur à tout cela, c’est qu’on n’a pas réfléchi que l’endroit où ce ruisseau coulait est en pente , et que cette rivière, si elle formait marais, supposition gratuite, ne pouvait le former (ju’à son embouchure dans la Seine. Alors quoi de plus facile à Labiénus que d’éviter ce marais en remontant le cours de la Bièvre? Et puis, observons que la Bièvre coulant au bas de la colline Sainte-Geneviève, dont le sommet est à 35 mètres au-dessus de la Seine, colline par conséquent qui, à la hauteur de la rue St-Victor, ne permettait pas à l’inondation, si tant est qu’elle existât, de monter plus haut. Or la rue Saint- Victor est située bien avant l’île de la Cité qui formait Lutèce , ce (|ui prouve bien que la colline aurait j)rotégé de ce côté les abords de Lutèce, en cas de débordement. Ainsi, nous pouvons dire A nos adversaires , à propos du marais de leur invention : 1® Ce marais ne pouvait exister par suite de la configuration des lieux; 2*^ Itien, aucun document n’atteste son existence. Il faut bien admettre le marais sur la rive droite.

Abandonnez votre marais , Monsieur : Dulaure ne l’a admis que parce qu’il avait cru voir ailleurs que dans ce marais des raisons pour croire (\n' Jgctidinim était Sens , et il n’a inventé cc

marais qui , suivant ses expressions, ponçait être formé par la rivière de Bièvre , que pour faire cadrer avec ses idées les Commentaires de César (1).

Nous ne reviendrons pas sur votre fautive traduction du passag’e par lequel César veut exprimer combien le marais de Lutèce faisait obstacle aux Romains. Voyez là-dessus la note de la page 35. Nous n’ajouterons qu’un mot. Y a-t-il un élève de huitième qui traduisît ces mots, à propos du marais , qui magnoperè hune locum impediret, autrement que par ceux-ci : Ce marais formait dans ce lieu un grand obstacle? Traduirait- il : Ce marais ençironnait la place de tous côtés ? (2).

Est-ce ainsi que savent le latin les élèves de l’école des Chartes ? , Arrivons aux arguments que vous opposez à M. Opoix , arguments qui d’ailleurs vous sont communs avec M. Pasques , et auxquels, par conséquent notre réponse sera commune.

(1) Nous soupçonnons Dulaure de n’avoir pas étudié cette question comme ellele mérite. Gesavant n a, comme nous venons de le dire, admis la possibilité de l existence du marais que parce qu’il était préoccupé des raisons qui 1 avaient porté à croire qu’Agendicum était Sens. Mais ces raisons sont détruites par 1 interprétation des Commentaires de César. D’ailleurs, Dulaure n’ose pas dire trop positiveriient qu’il existait un marais près de la rivière de Bièvre; il dit.' ce marais pouvait être formé par la Bièvre. Ce ne sont pas les expressions d’un homme sûr de son fait.

En racontant 1 histoire del’expédition de Labiénus contre Paris, il dit c’est là que ce général apprit les revers de César et sa marche précipitéesür Agendicum, Cela est inexact; les Commentaires disent: t Le bruit courait que César avait » levé le siège de Clermont, que les Autunois s’étaient révoltés, que la disette * l’avait forcé à se retirer dans la province romaine. C. Gom. lib. VII, cap. 59.

Labiénus n’avait pas d’autres renseignements que ce bruit, et c’est parce qu il le croyait fondé qu’il ne prit conseil que de son courage, pour tenter la manoeuvre hardie qui dispersa les forces des Gaulois pour les battre séparément. Gela est dit formellement dans le texte latin, et il n’est pas du tout parlé delà marche précipitée de César sur Agendicum.

Cette erreur de Dulaure prouve qu’il ne possédait pas assez son texte lorsqu’il écrivait ces lignes. Voyez aussi pour les contradictions de Dulaure, la réponse de M. Opoix à cet historien.

(2) César ayant besoin de dire qu’un marais et un fleuve protégeaient la ville d’Avaricum dit , propè ex omnibus partibus flumine et palude circumdata. Voilà des mots explicites, propè ex omnibus partibus.

Dès la préface, vous commencez à crier : Je suis archéologue l Je vais vous expliquer les murs de Provins , vous dire Page des fortifications ; elles ne sont pas romaines, comme je le prouverai.

Nous craignons bien qu’il n’y ait encore dans ces assertionsbeaucoup plus d’esprit de contradiction que de raisonnement. Vous allez en juger.

Les deux principaux arguments, ceux sur lesquels vous comptez le plus, sont 1° La Notice de la France , par Magnus ; 2* Le témoignage de Ptolémée (1).

Avouez-nd\is que vous n’avez tant de confiance dans la Notice de Magnus que parce qu’elle sert votre esprit de contradiction. L’àge auquel vivait Magnus n’était pas l’âge de la saine érudition , pas plus que celui de la critique , et, très certainement, Magnus, si son texte est authentique, aura voulu donner un nom historique à la ville dont il était archevêque, un nom mentionné dans les Commentaires de César. Vous allez voir si nous nous trompons. Ouvrez Ammien Marcelin, livre IV (2), et vous trouvez Sens appelé senonæ. Cet historien vivait dans le milieu du quatrième siècle, quatre cents ans environ avant Magnus.

Ainsi, Sens aurait été nommé pendant la conquête des Gaules Jgendicum; 350 ans après, Ammien Marcellin l’appelle Senonæ; quatre siècles plus tard, Magnus lui donne le nom di’ A^endL cam ; peu de temps après , Sens porte le nom de Pagus SenonL cas, dans les Capitulaires.

Vous expliquez-vous bien clairement tout cela? Tout cela n’est -il pas naturellement expliqué par Agendicum-VvoYxml AgendiciimNov\.evesse ?

Que peut contre les Commentaires expliqués par M. Opoix et le témoignage d’x\mmien Marcellin ; que peut contre ces actes émanés de la puissance suprême qui appellent Sens Pagus Senonicus la

(I) il est bien entendu qu’il ne (aut pas compter le passage des annales de Bertin,où une virgule placée à propos peut trancher la question pour l un ou pour l’autre parti. Laissons les discussions futiles cl ne nous arrêtons pas à des virgules.

(f ) Voyez au surplus M. Opoix, page 44.

vaine prétention de Magniis d’appeler Sens A^endiciim? Que prouve enfin cette notice, sinon que Magnus pensait que sa vilie était V A^endicum de César? Pourquoi d’ailleurs l’opinion de Magnus prévaudrait-elle ici? Nous discutons; plût au ciel que Magnus en eût fait autant!

Passons à Ptolémée.

Cet argument-ci vous paraît, sans doute, le plus vigoureux ■ vous apprécierez. Vous écrivez hardiment :

« A.U second siècle, le géographe Ptolémée avait dit :

t Ceux de ces peuples qui sont le plus à l’Orient sont les Sé- € nouais dont la capitale est Âgendicum. »

Si cette phrase était dans Ptolémée, Monsieur, la question serait vivement eclairee. Mais vous allez voir combien vous avez erré.

J’avais déjà vu dans le dictionnaire de Charles Etienne (1) Agendicum^ aliàs J^edincum; Ptolémée, vulgo Provins. — Après avoir connu votre citation, j’admirai le flegme de cet auteur qui, à l’appui de son opinion, A ÿendicum-Vi' cite Ptolémée qui, suivant vous, est pour Sens. J’ouvris donc Ptolémée au plus vite et la lumière se fit.

Voici la traduction latine de ce géographe :

3Iagis orientales Senones cjuorum ciçitas y Agendicum.

Vous traduisez, vous, Monsieur, cioitas par capitale j et qui vous y autorise? Cwitas signifie ici , dans le langage du traducteur, ville et non capitale. Qu’appelle-t-on capitale (car enfin, il faut avec vous expliquer les choses les plus connues)? n’est— ce pas la ville principale d’un pays , d’un empire?

Maintenant lisez ceci qui est extrait du même Ptolémée :

Et suh lis Solies quorum ciritates^ et sous eux, lesAo/Zes, dont les villes sont ;

Tarascum (Tarascon.)

Glanum (Gap.)

Arelatum (Arles.)

Aquæ Sextiæ (Aix.)

Ernaginum.

(S) Diclionn, hisloricum et poelicum, Paris, 1515,

Si vous traduisez c/Vz7iZ5 par capitale^ voilà, Monsieur, cinq capitales pour un bien petit pays.

Finissons-en. Civitas^ dans la traduction, répond à polis dans le texte grec. Ce dernier mot signifie ville, urbs ; et quand les Grecs voulaient exprimer capitale ^ ils disaient rnetropolis y métropole. Prenez Ptolémée lui-même, dans sa nomenclature de la Gaule lyonnaise, et vous lirez ceci ; Lugdounon rnetropolis^ Lyon, jiiétropole y capitale.

Convenez-vous, Monsieur, que vous n’avez pas entendu le texte ? N’avez-vous pas donné à civitas un sens qui n’est pas plus dans la pensée de Ptolémée que dans celle des traducteurs ? Est-ce ainsi que l’école des Chartes apprend le latin et le grec ? Ses élèves lui font beaucoup d’honneur.

Que faire de l’indication de Ptolémée ? Il Tant la considérer comme une mention d’une ville des Sénonais dont il croyait pouvoir donner la position géographique, et dont il avait vu le nom dans César. Peut-être a-t-il pris à tort Agendicum pour une ville, peut-être en était-ce une déjà de son temps. Les anciens géographes ne donnent que des notions confuses sur bien des pays. Ils voyageaient peu : les communications étaient rares et difficiles, les renseignements incertains et vagues. Un autre inconvénient bien grave, c’est que Ptolémée a été refondu, retouché d’àge en âge (1); c’est que les commentateurs, glossateurs et traducteurs l’ont surchargé d’interpolations.

Voilà bien des raisons pour ne consulter Ptolémée qu’avec défiance ; mais nous admettons , pour faire plaisir à nos adversaires, que ce qui concerne Jgendiciini a été écrit de la main même de Ptolémée , tout en nous étonnant qu’il n’ait pas mentionné d’autres villes des Sénonais. On l’a vu, le renseignement de Ptolémée, s’il est incontestable, ne nous apprend qu’une chose, c’est que de son temps Agendicum était une ville, après avoir été une forteresse.

(1) Voyez là-dessus Mallebrun, Histoire de la Géographie. Voyez la préface de l’édilion de Ptolémée, 1562, par Joseph Molclius ; cel éditeur dit dans sa dédicace au cardinal Aloysius:

t Addila sont in primum et srptinumi lihnim amplissima rjusdcin corn-

Nous sommes vraiment désolé, Monsieur, d’avoir réduit vos deux principaux arguments en poussière, mais vous en trouverez d autres, vous qui avez, comme vous le dites si hautement

(page ^7) étudié mûrement la questioUy ainsi que nous nous en sommes aperçus.

Maintenant examinons comment vous avez tenu vos promesses réitérées de donner Vâ^e des fortifications ; voyons ce que vous appelez votre examen archéologique.

Vous dites modestement dans votre préface, page 13, que personne avant vous n’avait apporté dans l’histoire de Provins cette science archéologique qui apprend à déterminer^ par leur caractère^ Vâge relatif des monuments. Mais qu’avez vous dit de neuf ? Est-ce la date de Saint-Quiriace ? Et en quoi cette science

archéologique vous a-t-elle aidé à découvrir l’age des fortifications ?

Voyons , nous vous prêtons l’oreille. Vous prétendez que les constructions militaires de Provins ne sont pas romaines , et vous vous fondez sur ce qu’on rencontre des ogives dans ces constructions. La belle raison I Ne peut-on pas expliquer cela par

mealaria, quibus omnia, quæ ad geographiam allinent, et quæ pretermissa sunt Ptolemæo declarantur: atque nomiuibus antiquis regionum, civilatem, oppidorum, montium, sylvarum, fluvionim, lacuum, cæterorumque locorum, apposita sunt recenliora. »

« On a ajouté au premier et au septième livre de très amples annotations « sur tout ce qui intéresse la géographie.^ On a suppléé aux omissions de « Ptolémée; et on a placé les noms nouveaux à côté des noms anciens de « villes, de montagnes, de forêts, de lacs, elc. »

Puisque nos adversaires ne peuvent pas se servir de Ptol émée pour nous combattre, même en supposant qu il ait écrit ce qu’il dit d’Agendicum, nous irons plus loin dans nos inductions. Nous dirons sans détour que nous regardons celte mention d’Agendicum comme une interpolation de commentateur. Ammien Marcellin nomme Sens Senonœ , un siècle et demi environ après Ptolémée; cet historien avait voyagé dans les Gaules; il en donne une description en connaissance de cause; son témoignage est irrécusable. S’il appela Sens Senonœ, c’est qu’il ne se nommait pas Agendicum ; il y a une raison pour croire que Senonœ ou Senones a toujours été le nom de la ville de Sens, c’est qu’il renferme le nom des peuples qui habitaient son^terriloire.

les remaniements inévitables que les comtes de Champagne ou les l'ois de France peuvent avoir faits à ces fortifications I Quoi d’étonnant que les comtes aient approprié certaines parties de cette place forte aux besoins nouveaux! D’ailleurs ne vous épouvantez pas tant des ogives. Ignorez-vous que des savants ont cru qu’elles étaient employées dans l’architecture gauloise? N’avez-vous pas dit vous-même que M .Quatrc-Mère deQuincy, a signalé des ogives dans les Thermes de Dioclétien, à Rome ? Ne savezvous pas que Taqueduc de Coutance , construit par Constance Chlore, est en arcades ogivales ?

D’ailleurs, si pour décider la question des fortifications de Provins vous faites entrer en considération les ogives, il faut bien que vous y admettiez les pleins-cintres, parce qu’il y en a.

Voici comment vous raisonnez : les fortifications de Provins ont des ogives , donc elles ne datent pas du temps des Romains.

Suivant ce même système , voici comment on pourrait raisonner : Les fortiûcations de Provins ont des pleins— cintres , donc elles sont romaines.

La présence des ogives s’explique aussi par les changements que le laps de^temps ne manque jamais d’amener, et il y a six ou huit siècles, on devait réparer avec plus ou moins d’intelligence et de caprice, les monuments dégradés , absolument comme nous le faisons de nos jours.

Nous savons, par d’anciens titres , que les comtes ont entouré la ville basse de Provins de murs devenus nécessaires; nous voyons des réparations faites sous Thibaut VI ; mais tout cela est partiel. Là n’est pas la question ; il s’agit de savoir qui a construit les fortifications et les souterrains de la ville haute. Vous avez beau vous démener et réitérer toujours vos promesses , vous ne parvenez pas à nous donner l’àge de ces fortifications Vous dites, page 50 ; < On reconnaît des traces de constructions de diverses époques. > Je vous défie, car c’est trop d’audace , je vous défie d’assigner une époque précise à ces diverses construciions. Comment! vous qui avez tant de confiance dans votre savoir en archéologie , vous êtes en peine de dire l’àge de ces constructions, et pourtant vous aviez fait sonner bien

haut que vous le diriez. C’est un peu trop abu;er de l’imprimerie , c’est ne pas se respecter comme auteur, que de dire toujours : je vais résoudre celte question, et de conduire le lecteur jusqu a la fin de deux volumes sans résoudre cette même question.

Remarquez un peu votre logique ; vous dites , page 51, Thibaut IV et Henri-le-Liberal ont fait des réparations aux murs, donc ils ont construit l’ensemble de fortifications de Provins.

Voilà en substance ce que vous ditesj c’est bien creux! Et cependant vous etiez si fort dans votre préface ! vous aviez tant de preuves! vous aviez en votre possession tant de Chartes à l’appui de votre opinion ! Produisez-les donc, de grâce, ces Chartes que vous nous annoncez comme faisant foi d’une différence dans I âge des fortifications ! Vous connaissez deux exemples de réparations dont vous avez là date, date que vous ne produisez qu apres votre examen archéologique; et de ce qu’on doit penser que les fortifications ont ete retouchées, vous voulez que les Romains ne soient pour rien dans les constructions de la ville haute. C est avoir fait divorce avec toute raison.

Et , apres ces beaux arguments, vous osez dire que vous avez déchiré la première page que l’on avait consacrée avant vous à 1 histoire de Provins! Que vous l’ayez voulu, oui; que vous l ayez fait, non I II faut raisonner plus puissamment que vous ne le faites.

On pouvait s’attendre à trouver sur Fâge des fortifications, si pompeusement annonce, autre chose que des assertions gratuites dont vous avez garni votre chapitre 111. Cet âge tant désiré , vous promettez enfin en tete du chapitre XIII de le donner au lecteur. Ce chapitre est intitulé : Constructions militaires de Provins. — Leur âge.

La promesse est formelle; c’est la seconde fois que vous la la faites. Voyons.

Je lis , page 288 « Nous avons montré que ces constructions

* avaient aucun des caractères auxquels on reconnaît l’œuvre t des Romains. » Et ou avez-vous montré cela, s’il vous plaît? Croyez-vous avoir résolu la question en trouvant des ogives dans CCS conslrucl ions ? Est-cc en alléguant les réparations des

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