SI
comtes? car vous u’avez pas donné d’autres raisons. Serait-ce par votre examen archéologique que vous aui’iez démontré que les lortifications de Provins ne sont pas romaines? Mais nous ignorons complètement ce que vous entendez par votre examen archéologique : vous nous étoui di.ssez toujours les oreilles avec ces mots, et jamais vous ne donnez au lecteur la satisfaction de luiapprendre ce que c’est. Un examen, Monsieur, c’est l’analyse d’un objet, analyse comparée avec les parties d’un autre objet analogue ; de cette analyse on tire des conséquences ; on pèse ces conséquences; on balance les raisons, et on se détermine pour telle ou telle conclusion. Avez-vous fait cela à l’égard des fortifications de Provins? avez-vous pris quelque part des termes de comparaison ? avez-vous dit : cette tour, ce système répond à telle tour à tel système de telle époque, et je cite à l’appui un monument de celte même époque? Vous n’avez rien fait de semblable: il faut toujours vous croire sur parole.
Evidemment c’est faire peu de cas de son lecteur de pen.ser qu’il se contentera d’aussi pauvres raisons , et qu’on pourra lui faire oublier la question principale, en l’égarant sur des détails.
Encore une fois, quel est l’âge des fortifications? Nous vous sommons de nous le dire !
Ne sentez-vous pas que ces mots de votre page *288 ; a Nous « avons montré que ces constructions n’avaient aucun des ca- « racteres auxquels on reconnaît l’œuvre des Romains ® annoncent une discussion sur ce sujet , discussion qui n’existe nulle part dans votre livre; à moins que vous n’appeliez discussion des affirmations purement gratuites et nullement motivées.
Je lis page 290 :
« On se demande comment il ne reste pas dans l’iiistoire quelt que indication précise sur l’àge d’une place aussi importante a que Provins. * •
Oui, on se le demande; et nous vous le demandons; vous déplorez qu’il ne reste que quelques phrases éparses dans les vieux litres, phrases qui ne disent rien de positif, rien de satisfaisant. Vous convenez que les documents vous manquent h vous, à
nous, à tous , vous en convenez, et vous osez vous faire fort de donner l’âge des fortifications de Provins !
Mais vous avez oublié à ce moment-là de mettre en jeu votre examen archéologique. Il fallait le consulter, lui qui vous apprend de si belles choses, lui qui vous a fait déterminer les di^ verses e'poques des constructions militaires de Provins , comme nous l’avons vu? et d’ailleurs puisque vous avez déterminé ces époques , vous devez savoir l’âge des fortifications! et vous dites que vous ne le savez pas, qu’il est malheureux qu’on n’ait pas d’indication précise pour le savoir! ah! Monsieur, je sais bien ce qu’il vous faudrait. Il vous manque d’avoir trouvé une date dans nos titres historiques ; cette date vous sauverait , et avec elle , votre examen archéologique n’aurait pas été en défaut. Vous nous avez donné un si bel échantillon de votre habileté à l’article de Saint-Quiriace!
Revenons à l’âge des fortifications , car nous tenons à le savoir.
Mais donnez-le ! ! Ne vous faites pas tant prier ! Voilà bien des fois que nous vous le demandons.
« Quelques phrases éparses dans les vieux titres , dites-vous , « voilà ee qui reste souvent pour asseoir une probabilité; tels sont « les éléments qui m’ont conduit à la détermination de l’époque
« pendant laquelle furent construites les fortifications. j>
Outre que vous n’avez déterminé nulle part l’époque de la construction de ces fortifications , chose que vous vous plaisez à répéter et qu il ne faut cesser de vous contester , car on dirait que vous cherchez a faire prendre le change au lecteur , outre que vous n avez pas déterminé cette époque, vous avouez que les renseignements sont insuffisants (si vousen aviez, vous ne manqueliez pas de les produire ! j vous 1 avouez et vous soutenez que vous asseyez une probabilité sur ces documents insuffisants!.. Qu’est-ce que cela veut dire !
Qu’est-ce qu’une probabilité? ce n’est pas une vérité. Qu’estce qu’un document insuffisant^, c’est un document qui n’est bon à rien. Vous avouez que vousen êtes réduit à émettre une probabilité assise sur des phrases éparses, phrases que vous n’avez pas meme citees, et apres cela vous voulez que la conviction
s’empare du lecteur ! Vous luttez à la lois contre la terrible promesse J de donner 1 âge des fortifications et l’impuissance complété ou v'ous etes de donner cet âg'e j vous nag’ez dans une effroyable confusion d’idées.
Nous savons maintenant ce que valent vos promesses , nous savons que vous supposez toujours ce qui est en question; et que vous vous moquez enfin de votre lecteur.
La preuve, c’est que vous dites dans la citation ci-dessus, ces propres mots : « tels sont les éléments qui m’ont conduit d la « détermination de V ÉPOQUE pendant laquelle furent construi- « tes les fortifications. >
'Mais cette détermination serait fausse, puisque les renseignements font défaut; mais vous avez oublié de déterminer cette époque; vous ne la déterminez nulle part; cette détermination est restée dans votre plume. Ceci tourne vraiment au comique , et je doute fort que vous vous releviez jamais dans l’esprit des gens de bon sens qui vous auront lu.
Votre système d’asseoir des probabilités vous l’appliquez encore à Provins moderne. Page 70, vous dites: < il est probable € que des murailles l’entouraient en l’an 802. »
Page 72, vous fondant sur cette probabilité qui n’est qu’une assertion, de votre part, vous passez à une conviction complète, et vous dites : « Ainsi Provins se présente au siècle comme € une ville militaire. »
Oui, à cette époque comme avant, Provins avait des fortifications; mais je ne vous cite que pour faire voir Je quelle manière vous raisonnez. Encore une fois, vous supposez toujours ce qui est en question.
Et c’est avec une telle organisation que vous voulez lutter avec un dialecticien serré et profond comme M. Opoix ?
Vous voulez par des assertions enfantines détruire l’œuvre patiemment élaborée d’une tête profondément méditative et douée de tant de pénétration. Il nous semble voir un nain eberebant à renverser un édifice solidement construit. Vous n’avez pas plus atteint la réputation littéraire et scientifique de M. Opoix que sa réputation politique. Ce nom sera toujours cher aux Provinois ; et si quelque coterie refusait la justice qui est due à cet homme
distingué, la postérité le vengerait des dédains irréfléchis et des attaques malveillantes.
P. S. Nous écrivions ces lignes, monsieur, lorsqu’il nous est tombé sous la main un curieux prospectus émanant de vous(1). Ce prospectus promettait une préface telle que celle que vous avez mise en tête de votre œuvre. On pourrait même dire que cette préface n’est qu’une reproduction de votre prospectus.
Après avoir pris la résolution (Récrire l’histoire de Provins (car le besoin d’une nouvelle histoire se faisait généralement sentir^) vous vous êtes dit : 11 n’y a qu’un moyen de faire passer ma besogne, c’est de prendre le contre-pied de M. Opoix, c’est de la faire autrement , comme vous l’avouez si naïvement, page 14 de votre préface.
Il fallait 1® Contredire M. Opoix sur la question capitale d’Agendicum.
2° Contredire votre devancier sur toutes les questions importantes.
30 Annoncer des découvertes nouvelles.
Car enfin, sans cela, on aurait été en droit de vous demander pourquoi vous vous mettiez sur les rangs?
Telles étaient les instructions que de maladroits amis vous
avaient dictées.
La première et la seconde vous les avez suivies : vous avez contredit à tort et à travers avec la gaucherie d’îin avocat défendant une mauvaise cause.
Quant à la troisième, c’est tout bonnement une méchante plaisanterie ou un enfantillage.
En fait de découvertes, nous ne connaissons de vous que la fenêtre à la vision^ la chanson de Thibaut VI sur les bons vins de la Brie, les lieux mal famés de Provins et quelques autres , dont assurément personne ne revendiquera la priorité.
Vous promettez dans ce prospectus des monuments inédits de
(l) Celte pièce d’artifice fut lancée par l’auteur en 1858 pour annoncer son histoire de Provins.
Provins. Quel langage! quelle vanterie irréllJcliie ! des monunients inédits. Cela veut dire : Provinois, je vais faire passer sous vos yeux des édifices qui n’ont jamais vu le jour. Comprend-on ce langage ? L’auteur voulait dire peut-être qu’il donnerait la description de monuments qu’on ne connaissait pas encore; mais où les prend-il? Dans son imagination ? Mon Dieu, non, Il se contente prudemment de parler de ce que ses devanciers ont déjà écrit. Mais il fallait bien promettre quelque chose de nouveau !
< Il restait à exploiter dans les archives de Provins une mine € féconde dont M. Opoix avait seulement ouvert l’entrée, > ditesvous.
Que le mot exploiter est bien trouvé! Et quelle est cette mine féconde, monsieur, je vous prie ? Sont -ce des liasses de paperasses dont vous n’avez extrait que des choses ennuyeuses et qui vous ont égaré dans un dédale de contradictions ?
Comme vous le disait M. Opoix, vous étiez libre de vanter votre ouvrage, avant de l’avoir commencé; mais il ne fallait pas chercher à déprécier son Histoire de Prooins. D’ailleurs , selon nous, il eut grand tort de s’émouvoir de vos pédantesques atta" ques : l’avenir rend toujours justice à qui elle est due.
Plein de votre prétendu savoir archéologique , déjà dès le prospectus vous doriez vos phrases avec ce mot magique. Mais qu’est-il sorti de toute cette archéologie De la fumée, fumus in auras.
Encore deux mots et nous finissons , monsieur. Vous avez insinué dans votre préface et dit ouvertement dans votre prospectus que M. Opoix n’avait écrit que des notes sur Provins M, Opoix a suivi le seul plan à suivre, et nous défions qui que ce soit de pouvoir suivre celui que vous vous êtes tracé.
Lorsqu’une ville est tellement importante qu’elle est mêlée aux évènements qui agitent toute une nation, il n’est pas difficile de rattacher à l’histoire générale d’un peuple l’histoire particulière de cette ville. Mais Provins, sans nous arrêter à la période romaine, ne figure, comme ville influente sur la marche des évènements et sur les destinées de la monarchie française, que depuis Thibaut IV ; et après la mort de Thibaut VII, cette
cité s8 trouve dans un isolement conipiet. Tons les rapports qui la liaient à la suzeraineté de la couronne de France sont rompus, et, après l’extinction des comtes de Champagne, Provins devient une ville à peu près insignifiante sous le point de vue politique. Voilà les réflexions que fait tout homme de bon sens ; c’était là l’écueil à éviter. Vous avez voulu faire une histoire suivie, et les évènements vous manquaient. En vain vous mettez-vous en sueur pour lier Provins à l’histoire générale de la France, après la réunion de cette ville à la Couronne : on entend les fils de Votre tissu informe craquer sous vos doigts : vous êtes obligé de remplir des lacunes énormes avec des bouche-trous insignifiants, ennuyeux. Enfin, ou d’autres auraient succombé, vous ne pouviez pas réussir.
Pour rattacher votre récit aux évènements généraux , vous employez la manière dont voici un exemple :
a En 1525 (page H4)? voyons François P*’ lever pour la « défense du royaume, un impôt sur les Provinois , à peine re~ « mis d’une perte qui açait emporté plusieurs habitants. >
Y a-t-il de la cohérence dans ces idées^là ? Si plusieurs habitants sont morts de la peste, ce n’est pas une raison pour dire que Provins à peine remis de ce fléau. Ces derniers termes supposent que le ravage a été grand dans la ville, et cependant vous écrivez que plusieurs habitants seulement sont morts de la pe^te !
Vous avez l’air de trouver le moment mal choisi par François I®*", comme si la mort de quelques habitants avait fait disparaître les ressources du pays. Hélas, Monsieur.
Vous voulez, et c’est une conséquence de votre plan, que tous les évènements de la monarchie aient un écho dans les murs de Provins. Ainsi, à propos de la Sainte-Barthélem}’’, vous vous extasiez; sur ce que Provins ne prit aucune part au massacre des protestans. Mais, Monsieur, que de villes se trouvaient, par bonheur, dans le même cas !
C’est line loi [)Our vous de tout délayer dans un déluge de paroles : vous êtes obligé de faire du remplissage C’est peut-être là ce que vous appelez les perles de votre style (V. page 3). Ne faites jamais le commerce de ces perles : vous y seriez pour vos fixais.
On a d('jà relevé votre plaisante transition de l’influence du clergé à la rencontre d’un renégat par Saint-Louis, en Orient (Voyez page 191 de M. Opoix).
L’idée de fondre dans un chapitre des choses étrangères les unes aux autres et d’intituler ce chapitre Détails de Mœurs ne pouvait venir qu’à vous.
Reportez-vous au chapitre XXVIII et relisez sans rire, si vous le pouvez, Ce pompeux préambule, boursoufllé de lieux communs pour arriver à quoi? à la fête des fous à Provins.
C’est la montagne accouchant d’une souris.
Dans un chapitre, vous interrompez la suite de votre prétendue histoire pour parler des Provinois remarquables ; vous arrivez jusqu’à Moreau , décédé en 1838. De là vous redescendez à 1814, et vous donnez pour raison de votre interruption, que c vous aviez peine à aborder les désastreuses années de 1 8l 4 et >1815 (page 363).
Quelle raison !
Si on analysait votre récit, ce qui serait par trop ennuyeux, on trouverait à chaque instant des digressions qui prouveraient que vous eussiez mieux fait de vous rapprocher du plan de M. Opoix, qui est autrement rationnel que le vôtre. Enfin vous avez voulu démonétiser M. Opoix et vous n’avez démonétisé que vous-même.
r*^ous ne pensons pas, monsieur, que vous puissiez vous formaliser des petites observations que nous nous sommes permis de vous faire, c Chacun n’a-t-il pas le droit de juger celui qui < so place volontairement devant le tribunal de l’opinion? »