‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 29 sur 66 · DUO · texte numérisé non relu

DUO

Air : De Caroline,

AGATHE

Le ciel, en m’ôtant ce que j'aime, Trouve- t-il donc mon sort trop doux?

Faut-il que sa rigueur extrême.

Me force à prendre ün autre époux?

Le devoir veut que ton amie Hélas ! te perde sans retour.

Une mère est plus que la vie:

La nature est avant l’amour,

JnLIEH,

Le sort m'enlève à ce que j'aimè; Mais le plus rude de ses coups.

Et ce qui rend ma peine extrême.

C’est qu'un autre en sera l'époux.

Chère Agathe, ô ma tendre amie !

Je vais m'éloigner pour toujours; Mais bientôt de ma triste vie Le trépas finira le cours.

SCÈIVE NEUVIÈME.

AGATHE, JULIEN, JULIE, LUCILE, CÉLICOUR, LINYAL.

Voilà, mesdames, notle libérateur, et celui qtii a généréüsement refusé toute gratification pour la vie qu’il nous a sauvée. Voyez quels doivent être ses regrets de se voir privé de la possession d’une aussi aimable femme qu'Agathe.

LUCILE

Quelle est intéressante I leur sort m’attendrit.

JULIE

Qu’il serait doux de faire le bonheur de ces deux amants!

LIINVAL.

Voilà monsieur Jolivet qui amène sa compagnie. Julien, restez a\ cc nous, nous avons quelque chose à \ous dire.

Liis AcTEuus l'Ucr.KnENTs , ÏMADAME NICOLE, JOLIVET , MA- TliUniN, OUDINET, DULASOü’,, GUILLAUME.

JOLl\ET.

Mesdames, ayez la complaisance de prendre ces fauteuils; messieurs, remettez-vous à table, vous y serez tout aussi bien que debout. Est-ce votre avis, Durasoir?

DURASOIR.

Oh! tout-à-fait, et je n’y serai pas les bras croisés. Ça, ma commère Nicole , venez vous mettre à côté de moi. Je veux boire à votre santé.

MADAME NICOLE

Volontiers, Durasoir, vous êtes un enfant de la joie, et vous savez tout mettre en train.

DUBASOin, le verre à la main.

Air: (Jwe pantin serait content.

Pour chasser le noir chagrin,

El l’humeur mélancolique;

Pour chasser le noir chagrin,

Il n’est tel que du bon vin.

Toujours gai, toujours content,

Durasoir ce bon vivant A table et dans sa boutique,

Fait la barbe à tout venant.

Pour chasser le noir chagrin, etc.

(Il boit avec madame Nicole.)

ouiUisÊT, apres avoir ajusté ses lunettes.

Vous avez entendu une partie du contrat dans la cbainbrc voisine, ainsi passons légèrement sur ce ([ue je vous al lu. (il ht en parcourant.) Pardcvatit. .. etc... si pendant le futur mariage il survient des enfants... etc.

MATHüRiN , interrompant.

Oh! parbleu, c’en est trop. Quel diable d’homme avec ses et coetera. Qu’entend-il par ces enfants qui surviendront et cœtera ? tout cela ne me convient pas, voyez-vous. J’entends qu’il ne viendra dans mon ménage que les enfants que j’y aurai faits et point d’et coetera.

OUDINET.

Hé ! quelle mouche vous pique, Mathurin, il n’y a pas là de quoi vous fâcher, et quand...

MATHÜRIN.

Je sais bien ce que je dis. Défunt mon père m’a toujours élevé dans la crainte de Dieu et des et cœtera. Un maudit et cœtera de notaire lui a fait susciter un procès qui a pensé nous ruiner. Et un autre et cœtera avait coûté bien des larmes, et des regrets à sa pauvre niece Lise. Voici ce qu’il nous disait souvent et je l’ai toujours bien retenu.

Air ; Je suis le maître de choisir.

Et cœtera dans les contrats Ruina plus d’une famille.

Lise un jour permit à Lucas Un seul baiser, Lise est gentille.

D’un seul il se contenta Il en prit deux et cœtera...

, î Lise pleura son infortune :

D’où je conclus qu’et cœtera Toujours nuira, toujours nuira A l'honneur comme à la fortune.

OUDINET.

Vous êtes un radoteur et un vieux fou. Quel malheur peut-il vous arriver de ce que j’ai dit et cœtera ? quand je dis et cœtera, c’est pour ne pas lire tout au long et pour abréger. (Il lui crie à Voreille.) Entendez-vous, à présent visionnaire.

MATHÜRIN.

Visionnaire soit, mais je ne veux pas dans mon ménage être exposé à des visions qui ne me feraient pas plaisir. Je sais ce qu’il en peut arriver tout au long et en abrégé. (// lui crie à lo-

• dis.

ôis.

veille.) Entendez-vous, sire Oudinet? et pour commencer il faut, madame Nicole, donner de suite le congé à Julien,

MADAME NICOLE

Hé I comme vous êtes donc jaloux, Mathurin ; fi, ce n'est pas bien. Chasser ainsi ce pauvre garçon , et où voulez-vous qu'il aille? Attendez quelques jours.

MATHURIN

Non, non, il ira où il pourra; ce sont mes conditions moi, ou point de mariage.

CÉLICOUR.

Madame Nicole , vous voyez quel mari vous allez donner à votre fille. Quant à Julien , soyez sans inquiétude sur son sort. Ce sera nous qui y pourvoirons. 11 est temps de vous expliquer nos intentions.

LUCILE

Nous devons la vie à Julien , qui nous l'a sauvée en risquant la sienne. Il a refusé l'argent que nous voulions lui donner. L’argent ne paie pas une pareille action. Mais nous remettons à M. Jolivet les quinze cents fr. de pot-de-vin qu’on demande, et n ous donnons à Julien la main d’Agathe, dont il a déjà le cœur.

JULIEN, transporté.

Ah I quelle générosité ! vous me donnez plus que vous me devez. Agathe est plus précieuse que la vie.

AGATHE

Madame, vous faites notre bonheur. [Julie et Liicile embrassent Jgathe.)

MADAME NICOLE

Vous comblez tous nos désirs ; le ciel vous en doit la récompense. (Elle embrasse aussi Julie et Lucile.)

JOLIVET

Ames généreuses, recevez aussi mes remerciements. Nous ne perdrons jamais le souvenir de cette belle action. Ma joie n’a plus de bornes.

DÜRASOIR.

Air : Fidèle époux.

Le jour qu’un vieux prend jeune hile, Chacun s’empresse à le parer.

Un jeune officieux l’habille,

Un autre cherche à le coiffer.

Déjà pour votre mariage,

Mon rasoir était repassé ;

Mais je n’en ferai pas usage 1 Mathurin vous êtes rasé... j

MATHÜRIN.

Air : Je suis le maître de choisir.

J"ai toujours retenu cela De tout il faut qu’on se console.

Et de ce petit malheur-là Croyez-vous que je me désole? bis.

Mathurin quand il le voudra, bis.

Trouvera jeune ménagère.

Un vieillard quand il a de ça,

11 a de ça, il a de ça

Il a de ça sait toujours plaire. bis.

y AL DEVILLE.

Air: Du vaudeville des Visitandines,

JfCLIEN.

L’amour est dans, plus d’un ménage,

Commis, clerc ou garçon meunier ;

Mais avec le maître il partage

Tous les profits de sou métier. bis.

Il fait les parts a la sourdine.

Et sait s’y prendre de façon Que toujours l’époux a le son,

L’amant la fleur de la farine, bis.

ctLicüur. .

La blonde'veut paraître brune;

La vieille n'avoir que vingt ans.

Le gascon vante sa fortune.

Le poète ses grands talents. bis.

Cet homme enrichi de rapine Ose vanter sa probité.

Un autre arrivant tout crotté

Dit qu’il descend de sa berline. bis,

DDRASOIR.

Cet homme de figure commune Porté dans un char brillant d'or,

En deux ans a fait sa fortune ;

Il se fait appeler Mondor. bit.

De Mondor voici l’origine,

Il est le fils d’un porte-faii.

Lui-même a porté vos paquets

En descendant de la berline. bis.

LUCILE

Lise à pied quitte son village,

Et s’abandonne à son destin :

Mais la fortune est du voyage,

Et l’amour la tient par la main, bis.

Pour elle un milord se ruine,

Ses meubles sont des plus brillants.

Lise a de l’or, des diamants

Et voyage dans sa berline. bis.

LINVAL.

Le Français longtemps n’y vit goutte,

On le menait on le sait où.

Foulé, culbuté dans la route;

Le char était un casse-cou. . , bis.

Nous allions à notre ruine.

Mais un habile conducteur.

Aujourd’hui pour notre bonheur.

De l’Etat conduit la berline. bis,

AGATRF, au parterre.

L’auteur de celte œuvre comique Qui connaît £on faible talent.

Craint de rencontrer la critique

Au lieu d'un parterre indulgent. bi$.

Il est là comme sur l’épine,

De vous il attend son destin.

Messieurs, chacun un coup de main,

El vous soutenez sa berline. bi$.

FIN

LE POmUIT RESSEHBLAIIT.

PEBSONNAGES.

CRISALE , peintre.

ALCANDRE , vieillard.

JULIE , fille de Crisale,

ÉRASTE , amant de Julie.

MARTON , suivante.

La scène se passe dans un salon.

LE

PORTRAIT RESSEMRIANT,

OU

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