SCÈNE SIXIÈME
MADAME FLORIMON , DORINE.
MADAME FLORIMON.
Comme il est intéressant : je m’y attache tous les jours davantage. Le ciel ne m’a pas donné d’enfants, mais j aime celui-là comme mon propre fils.
dorine.
Madame, je crois que M. Dorval dirige ses pas de ce côté.
MADAME FLOLIMON.
Retirons-nous promptement. Je dois éviter de me trouver avec cet homine-là.
SCÈIVË SEPTIÈME.
DORVAL, seul.
Elle n’y est plus : je suis bien lâché de ne pas l’avoir retrouvée ici ; mais c’est peut-être un bonheur. Si je lui eusse reproché ce dont je la crois coupable, elle se serait mise sur ses gardes. J aurais trahi ma vengeance et j’en aurais peut-être perdu tout le fruit. Avant de parler, il vaut mieux éclaircir mes soupçons ; mais je dois nie hâter; elle m’a interdit sa présence. Florimon sera bientôt instruit de tout : il l’aime, il peut me chasser ; ma situation serait très embarrassante. Prevenons-la ; oui , ce petit Alexis , qui ne passe ici que pour son filleul , est sûrement son enfant naturel. L attachement qu^elle a pour cet orphelin prétendu me le démontré seul. Mais cet enfanta été exposé quelques mois apres son mariage a la porte d’un paysan de ce village • ce paysan l’a apporté de suite à cette maison. Suivant les renseignements que j’ai pris, madame Flormion avait peine , en le recevant, à dissimuler sa joie : elle y semblait préparée. Elle a voulu en etre la marraine i elle le traite comme son propre fils. Ce Bazile, qui a apporte cet enfant, a paru embarrassé aux ques- Rons que je lui ai faites : il s’est coupé. Avec un peu d’adresse, il me sera possible de tirer de cet homme la vérité tout entière. Simple, crédule et franc, il saura mal la déguiser. Florimon est naturellement ombrageux et délicat : d’après ce que je lui dirai et les preuves que j’aurai acquises, il ne manquera pas de prendre un parti violent , et nous verrons qui sortira d’ici d’elle ou de moi. Rien ne me rendra suspect : la lettre que j’ai eu l’imprudence de lui écrire est heureusement déchirée. Mais Dorine .
Dorine n’acquerra aucune conûance : on dira que c’est une récrimination de leur part, un accord entre elles deux pour se venger en cherchant à me perdre dans Fesprit de Florimon. Mais le temps presse ; allons de ce pas trouver Bazile ; faisons-lui croire que je sais tout et que je viens de la part de madame Florimon,