‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 58 sur 66 · SCÈNE CIIVOUIÈI^IË · texte numérisé non relu

SCÈNE CIIVOUIÈI^IË

FLORIMON , MADAME FLORIMON.

MADAME FLORIMON, SC mettant à V ouvrage.

Monsieur, votre chasse n’a pas été longue ni heureuse : le mauvais temps en a été cause.

FLORIMON.

ïl est vrai.

MADAME FLORIMON.

Quelque chose de sérieux vous occupe.

FLORIMON.

Oui, assurément.

MADAME FLORIMON.

M. Dorval en est sûrement la cause; il vous aura parlé poli

tique, vous aura- contredit, impatienté comme c’est sa coutume ; il a une façon de penser qui n’est pas celle d’un bon Français...

florimon.

11 n’a pas été question entre nous d’affaires politiques.

MADAME FLORIMON.

C’est manquer à l’amitié et aux devoirs de l’hospitalité.

FLORIMON.

Il ne m’a jamais donné une plus grande preuve d’attachement.

MADAME FLORIMON.

Eh ! bien, je ne sais de quoi il s’agit;., mais à ce ton de froideur que je ne vous ai jamais vu , peut-être dans cet entretien étais-je pour quelque chose?

FLORIMON.

Oui, et pour beaucoup.

MADAME FLORIMON.

Dans ce cas, je suis donc bien coupable !

FLORIMON.

Vous l’avez dit.

MADAME FLORIMON.

Bien coupable envers mon mari : cela est sérieux. Un des grands crimes d’une femme serait, par exemple, d’être infidèle. Mais après douze ans de mariage, on ne s’avise pas de l’être.

FLORIMON.

On l’est à tout âge.

MADAME FLORIMON.

Je vois ce que c’est : on vous aura parlé de lettres galantes reçues, de rendez-vous acceptés, enfin de tête à tête. Je conviens de tout cela.

FLORIMON.

Oh! ciel ; est-il possible, n’était-ce pas assez...

MADAME FLORIMON.

Quoi 1 ce n’est pas cela?

FLORIMON .

Non , madame, mais rien ne m’étonne plus. Il ne doit rien manquer à mon malheur. Quelle audace! Quelle sécurité dans le crime? Madame je n’éclaterai pas en reproches; je ne permettrai

'à mon honneur outragé qu’une seule vengenneej c’est celle de me séparer de vous pour toujours.

MADAME FLORIWON.

IVlonsieur, expliquons nous de grâce.

FLORIMON.

Non madame, je n’ai rien à dire ici, c’est tantôt devant le notaire qui doit rompre les liens qui m’attachaient à vous, que je vous donnerai les preuves irrécusables de votre mauvaise conduite, et des procédés peu délicats et outrageants que vous vous êtes permis à mon égard.

MADAME FLORIMON.

Et moi aussi j’ai des torts à vous reprocher, mon amour et ma générosité m’ont empêché d’en parler jusqu’ici. Ce sera aussi devant ces mêmes témoins et ce même notaire qne je veux m’expliquer, et c’est là que vous me connaîtrez tout entière.

FLORIMOIV.

Que parlez-vous de tort de ma part? Le seul que je puis me reprocher, c’est de vous avoir trop aimé. Quels sont-ils ces torts?

MADAME FLORIMON.

vie n’ai rien à vous dire ici. [Florirnon sort brusquement). Je me perds dans toutcela. Quelle fable ce Dorval aura-t-il inventée? Quelle calomnie aura-t-il imaginée? Mais qu’ai-je à craindre? J’aurai bientôt dissipé cet orage.

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