SCÈNE SIXIÈME ET DERNIÈRE
Les Pregede>ts , FLORIMON , BA/dLE.
M. FLORIMON.
M. Philidor, je vous ai lait venii' pour un acte de séparation que madame et moi vous demandons.
PHiianoR.
M. Dorval m’eu a déjà prévenu. J'en ai ressenti le plus vit déplaisir. Monsieur, vous avez en moi quel [ue contiance. Vous m’avez donné souvent des marques de votre estime. Veuillez me permettre avant tout d’essayer le rôle de pacificateur.
FLORIMON.
.Monsieur, c’est inutile. Croyez qu’il faut que j’aie les raisons les plus fortes pour en venir là , et je veux bien que vous en soyez juge. Madame, je vous épargnerai de trop justes reproches. Je vous pardonne l’inconcevable conduite que vous avez tenue à mon égard. En me séparant de vous, je fais encore des vœux pour que vous puissiez vivre heureuse; si on peut l’être après avoir aussi indignement trompé un mari.
madame florimon.
Monsieur, je n’ai trompé personne, et je n’ai point] de reproches à me faire.
FLORIMON.
Oseriez-vous récuser le témoignage de Bazile ; sa probih; peutelle être contestée ?
MVDAME FLORIMON.
Idi non, monsieur, je connais si parlaitcnient ccl honnêk.
homme, que, sans le savoir, j’avoue tout ce qu’il vous aura dit ; il n’a fait qu’avancer de quelque temps l’aveu que je voulais vous faire moi-meme; mais je me ménageais plus tard cette jouissance.
FLORIMON.
c’est donc une jouissance pour vous que de me plonger un poignard dans le sein. Ce trait est le dernier dont vous puissiez m’accabler , madame ; je ne puis supporter un tel excès d’audace. Veuillez de suite consentir devant Monsieur à notre séparation.
MADAME FLORIMON.
Monsieur , je veux tout ce que vous voudrez ; mais je vous demande d’entendre jusqu’au bout tout ce que j’ai à vous dire . Monsieur {Montrant Dorval.) est la cause de tout ceci. C’est lui qui, par les plus lâches mensonges et la perfidie la plus noire, a . arraché le secret de Bazile sur le sort de cet enfant. Il prétendait me perdre dans votre esprit, et je l’ai bien mérité à ses yeux : c’est le prix qu’il devait à mon obstination à ne pas vouloir partager à son insolent amour , et la défense que je lui ai faite ce matin de ne plus se présenter devant moi.
DORVAL
Une telle imposture n’a pas de quoi me surprendre ; elle est digne de vous. Heureusement que vous ’n’avez pas la moindre preuve pour l’appuyer,
MADAME FLORIMON, à M. FlorimOtl.
Voyez cette lettre. {Pendant que Florimon lit, Doival approche de iui^ connue 'pour s’assurer si c’est vraiment sa lettre; il a l’air de la reconnaître et se retire sans être aperçu )
FLORIMON, après avoir lu.
Quoi! vouloir séduire ma femme, proposer de l’enlever, de me voler mon portefeuille, et de fuir avec elle ! Ah! traître. Mais il a bien fait d’éviter ma juste colère , par une fuite précipitée... tout m’abandonne et me trahit à la fois, femme et ami. Ah! madame, terminons ; je ne puis soutenir plus longtemps une scène aussi déchirante.
MADAME FLORIMON.
Monsieur, je n’ai pas tout dit. Ecoutez-moi. Bazile n’a pas pu vous dire que ect enfant m’appartenait ; mais je vous dirai plus?
j’ai pour lui des entrailles de mère, je l’adopte pour mon tils, et motjsieur en dressera l’acte.
FLORIMOIS.
Quelle impudence 1 ah! c’en est trop.
MADAME FLORIMON.
Encore un mot et tout son sort est éclairé, {à Bazilc.) Connaissez-vous cette boîte?
BAZILE
C’est celle qu’on m’a remise avec Tenlant.
madame florimon, â son mari .
Vous connaissez ce portrait ?
* FLORIMON. ,
C’est le mien.
madame FLOlUMOiV.
Et celui-ci.