ANECDOTE
Je cite l’anecdote suivante, parce qu’elle se trouve imprimée dans le texte des Lithographies de Provins, par M. Dusommerard, et pour faire voir que dans les anciens manuscrits historiques il ne faut pas tout prendre et tout imprimer.
« Un chef de l’armée de la Ligue cherchait à s’emparer, par surprise, delà porte Saint-Jean, pour se rendre maître ensuite de Provins. Il se déguisa, ainsi que quelques-uns de ses gens , en rouher conduisant à la ville, par cette porte, deux voituies chargées en apparence de tonneaux de vin , mais dans lesqnels, au lieu de vin, étaient cachés des hommes armés, .. » Des hommes armés dans des tonneaux ! C’est une licence anecdotique qui passe la permission. Oti peut croire , si l’on veut, que des Grecs
Depuis, Provins n’eut à souffrir du tumulte et des excès des armes, que lors de l’invasion du territoire, en 1814. Nous donnons à nos lecteurs la pièce suivante, qui constate les vexations et les malheurs de tout genre que Provins et ses environs eurent à subir. Cette narration, faite au moment où le canon grondait encore et quelques jours après les événements, inspire une indignation profonde, qui retentira longtemps dans tous les cœurs patriotes.
Les maires, adjoints et membres du Conseil municipal delà ville de Provins, à M. le Préfet du département de la Seine, et à MM. les maires et membres composant le corps municipal de la ville de Paris.
c< Nous venons vous présenter le tableau de ce qui s’est « passé dans notre ville et ses environs, depuis l’invasion de c< l’ennemi jusqu’à sa retraite, du lo au 18 de ce mois.
« Le général Rudler fit faire .ses logements et ceux de son « état-major, le 15 au soir; ce général fit aussitôt des réquisilions forcées chez les particuliers d’une assez grande quan- « tité devins de Champagne, de Bordeaux, de Bourgogne, « d’eau de-vie et de sucre. Le lendemain, les officiers de son c( état-major forcèrent le maire de frapper, à leur profit, des
se sont entassés dans un grand cîieval de bois, mais des hommes cachés dans des tonneaux, cela demande réilesion pour le croire. La ruse des ligueurs n’eut pas une iieureuse issue; ils furent repoussés; mais le capitaine Garnier, qui défendait la porte avec quelques citoyens, fut tué. On fonda pour lui un oint à Saint- Ayoul ; c^est ce dont les registies de la paroisse font foi. L’anecdote est vraie, saul les hommes en tonneaux.
« réquisitions de draps, de mousseline, de toile, de tabacs, « de cuirs de toute espèce, et prirent tous les clous.à cheval a qui existaient dans la ville. Pendant ce temps, les soldats « russes, les cosaques, baskirs et kalmoucks, campés dans « la ville et les environs, ont pillé une partie des magasins c( de vivres et de fourrages, et pillé plusieurs habitants et « cultivateurs de Provins et des environs.
« Le général Rudler a été remplacé par le corps d’armée « du comte de Weitsgenslein , composé d’environ douze « mille hommes, infanterie et cavalerie; il a établi son quar- « tier-général daîîs notre ville. Ce corps de troupes a, <r comme le premier, vexé, maltraité, de toute manière, les « habitants, pillé, volé les cultivateurs et tous ceux qui se « trouvaient sous leurs mains; arrêtant les citoyens dans les « rues, les voyageurs sur les chemins, les fouillant de force « et les dévalisant : ils ont fait subir de mauvais traitements f( à un grand nombre, et en ont retenu plusieurs qu’ils ont « constitués leurs prisonniers. Ce corps s’étaitporté en avant; f( mais le jeudi 17, dans i’après-midi, nous le vîmes repasser <(. en toute hâte l’infanterie, l’artillerie, les bagages, la ca-
valerie, péle-méle, dans la plus grande confusion et le
désordre le plus complet. L’arrière-garde ennemie resta « dans la ville et dans les environs la nuit du 17 au 18. Celte « nuit fut bien désastreuse pour les habitants de notre cité « et pour les villages qui se sont trouvés sur le passage de « cette armée en fuite: ils ont pillé, dévasté, saccagé un « quart des maiso'ns, cassé, brisé les portes et les fené- « très.
(( Ils ont semé partout le deuil et la désolation ; la ville n’a « échappé que par miracle à l’incendie dont ils la mena- « c»iient. On a trouvé le matin, dans beaucoup d’endroits,
< un grand nombre de mèches et fusées incendiaires; nous <r n’avons été sans doute préservés de ce malheur que par la « crainte qu’ils avaient, à chaque instant, de voir arriver « l’armée française, qui, en effet, est entrée sur les 9 heu- « res, le 18, chassant devant elle cette horde de brigands qui « avaient porté la désolation parmi nous et dans les pays « qu’ils ont occupés (1). Les barbares se sont portés à tous (f les excès : on les a vus dépouiller les citoyens de leurs vê- « tements, en plein jour et dans les rues; un vieillard véné- « rable a été laissé nu, par des cosaques, sur le perron de <f son château qu’ils avaient pillé en totalité. Ils ont dévasté « et pillé tous les villages, les fermes, les châteaux, les mai- « sons de campagne ; enlevé presque tous les chevaux, vow « tures, troupeaux et bestiaux, grains et fourrages de toute « nature; ravagé, brûlé des fermes, des maisons et même c( des villages entiers, sur tout le long de la Seine. La fureur « de cette soldatesque etirénée n’a laissé subsister que ce que « le temps ne leur a pas permis de détruire; ces Vandales, « qui n’ont d’humain qu’une figure hideuse, ont brisé, en- « foncé les meubles, cassé les glaces, fait couler dans les <r caves le vin et les liqueurs qu’ils n’ont pu boire ou em- « porter. Ils ont tué dans les campagnes les bestiaux et « troupeaux qu’ils n’avaient point enlevés, et les ont aban- « donnés en très grand nombre dans les champs. On a vu « ces monstres se partager leurs dépouilles, déchirer, mettre « en lambeaux le linge, les rideaux, les lits qu’ils avaient « volés; les sacs que lesbaskirs, kalmoucks et cosaques place cent derrière leurs chevaux, étaient liés avec des ganses,
(1) Ciîci se passait après la bataille de Nangis, où Napoléon en personne défit Senwarzemberg.
c< (les cordons, des torsades de rideaux de lils ou de croi-
(( sées; des portions de franges étaient employées au même « usage.
« Ils ont mis en fuite et maltraité beaucoup de fonction-
naires publics, maltraité, blessé des guides qu’ils avaient « pris en très grand nombre pour les conduire sur toutes les « directions, et ils en ont fait plusieurs [irisonniers, presque c( tous pères de famille; ils ont assassiné des habitants paisi- « blés, ecartelé un maire dans nos environs, mis sur les < flammes un enfant, pour obtenir de sa malheureuse mère « ce qu’ils exigeaient et assouvir leur passion brutale ; violé « en divers lieux plusieurs filles et femmes, dont une femme « âgee de 60ans, une femme grosse quiestaccouchéequelques « instants après; ils ont profané avec une sorte de rage l’asile « de la douleur, en entrant à cheval et armés dans les h()pi- « taux, pour y voler et mutiler de la manière la plus horri— « ble, les malades français qui s’y trouvaient; ils semaient « partout la mort et la destruction. Dans une aussi malheu- « reuse situation, un grand nombre d’habitants abandonne liaient ou se disposaient à abandonner leurs domiciles; les « mères de famille, tremblantes sur le sort de leurs enfants,
<r invoquaient la mort pour elles et leurs filles, plutôt que de « rester sous le joug sanglant de ces fougueux et implacables « ennemis.
« Et cependant des princes allemands et russes, et des « hommes de la plus grande distinction, [larmi nos ennemis, n< commandaient ou accompagnaient les armées coalisées, sans « qu’ils aient donné aucun ordre, ni fait aucun efibrt, pour (( arrêter ou faire cesser ces scènes de désolation.
«Depuis notre délivrance par l’armée française, nous « croirions commencer notre existence, si le souvenir des
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€ maux inouïs que nous avons soufferts, des désastres dont c nous avons été les témoins, n’était gravé dans nos cœurs c en caractères ineffaçables.
« Ce n’est pas douze à quinze millions qui peuvent inc( demniser l’arrondissement de Provins, composé de cent « six communes, des pertes énormes qu’il a éprouvées de- « puis les huit jours d’occupation par l’ennemi. »
Provins, ce 22 février 1814.
Pour extrait conforme, Pesesgüeiun, Simon, Snid.
Personnages illustres arrivés à Provins.
En 1163 le pape Alexandre IIl , qui resta pendant une année à Sens, vint plusieurs fois à Provins visiter Henri-lo- Libéral, son ami.
En 1274-, la reine, femme de Philippe III, roi de France, vint à Provins. Le maire et les échevins lui offrirent les présents d’usage.
En 1298, Philippe-le-Bcl, avec la reine, passe à Provins.
En 1514, Philippe IV, roi de France, vint passer quelques jours à la Fontaine -aux-Bois, d’où il se rendit à Provins pour les affaires de Champagne. On offrit des présents au roi, ainsi qu’aux seigneurs de sa suite.
En 1328, Pliilippe-de-Valois vint à Provins.
En 1358, Charles V convoque à Provins les Etats de Champagne.
En 1400, Charles VI vint à Provins. Il se rendit à l’église de Saint-Quiriace, dont il renouvela les privilèges.
En 1450, la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, séjourne à Provins. (Voy. VUôtel du Graud-Mouton.)
En 1450, Charles Vil et la Pucelle-d’Orlèans arrivent à Provins. Le roi ayant été couronné à Reims, toutes les villes de Champagne et de Brie secouèrent le joug des Anglais. La ville de Provins fut une des premières. Le roi et la Pucelle y restèrent trois jours. Pendant son séjour, le roi accorda aux habitants deux foires francbes, de trois jours cha^ cuiie , bmie à la S. -Thibaut, l’autre à la S. -Martin. Les
lettres-patentes portent que c’est en vue de ce que les habitants avaient chassé les Anglais pour se réunir sous son obéissance. La Pucelle naquit à Vaucouleurs en 14 12, et fut brûlée à Rouen le 50 mars 1451.
En 1440, le Dauphin, depuis Louis XI, vient faire son entrée à Provins. On alla au-devant de lui processionnellement ; toutes les cloches sonnèrent. Il voulut faire sa prière à Saint-Quiriace.
En 1479, le même, Louis XI, fut reçu avec les mêmes honneurs et cérémonies.
En 1529, François P*" fit son entrée à Provins. On lui fit prodigua toutes sortes d’honneurs. Il était accompagné de beaucoup de grands seigneurs, de sa musique, etc. (Voyez Hôtel-de-Ville.)
En 1574, la Reine-Mère et les princes du sang, avec une nombreuse suite, allant au-devant de Henri III, qui revenait de Pologne, arrivèrent à Provins. La milice bourgeoise était sous les armes. Cette princesse logea, avec le duc d’Alençon et le roi de Navarre, à l’hôtel de Philippe Durand-de-Vi!Iegagnon, président. (Voyez les Vil legag lions.) On offrit des conserves et des roses sèches.
HENRI IV, le 16 avril 1605, arriva au château de Montglas, près Provins, où étaient élevés ses enfants. Il resta quelques jours. Le corps de ville de Provins alla lui présenter les hommages re^pectueux des citoyens, et lui offrit des vins, des conserves et des sachets de roses.
Je saisis l’occasion qui se présente de faire connaître la lettre que le roi écrivit à madame de Montglas, gouvernante des enfants de France. Cette lettre est extraite du Journal Militaire de Henri /F, chez Firmin Didot.
« Madame, je me plains de ce que vous ne m’avez pas
(( mandé que vous aviez fouetté mon fils; car, je veux et vous (( commande de le fouetter toutes les fois qu’il sera opiniâtre, « ou fera quelque chose de mal, sachant bien , par moic( même, qu’il n’y a rien au monde qui leur fasse plus de « profit que cela ; ce que je reconnais par expérience m’avoir « profité; car, étant enfant, j’ai été fort fouetté; c’est pour- ((. quoi je veux que vous le fassiez; ce que vous lui ferez en- « tendre ( ce fils fut Louis XIII ). Adieu, madame de « Montglas, etc. »
Cette façon d’élever les enfants est heureusement hors d’usage; la civilisation plus avancée a amené une éducation plus libérale , et soustrait, à cet acte de cruauté, des êtres faibles et intéressants. Les jeunes élèves d’aujourd’hui ne sont pas plus méchants et plus opiniâtres, j’oserais dire qu’ils le sont moins, et cependant ils sont plus instruits qu’autrefois. Cette révolution dans les mœurs, au profit de l’humanité et des lumières, a fait aussi abolir bien des usages barbares, la (juestion, la peine du feu, la potence, les courroies et les verges pour les militaires, et nous ne voyons pas que les crimes soient plus fréquents et la discipline moins bien observée.
Henri IV avait rendu un édit qui permettait aux Calvinistes un libre exercice de leur religion. En exécution de cet édit, des commissaires furent nommés : le sieur Germain, président du parlement, pour les Catholiques, et le sieur Delaunay , de la maison de Rambouillet, pour les lliiguenots; lesquels, étant venus à Provins, choisirent le hameau de Fontaine-Riant, de la commune de Provins, pour le lieu de leurpréche; ce qui fut refusé par les habitants de ce hameau. [Journal de Moisstj.)
LOUIS xin , en 1631, dans des lettres-patentes : s’exprime ainsi : Défendons à nos gens de guerre et autres d’exiger rien en vivres, fourrages, fournitures, etc., desmanans et habitants de Provins, en faveur de la dame de Moniglas, dame par engagement du domaine de Provins, et ci-devant notre gouvernante, et celle de nos très chers et très aimés frères et sœurs ; et, à ce que nos gens de guerre et autres n’en prétendent cause d’ignorance, permettons auxdits habitants de faire mettre aux avenues de ladite ville, et autres endroits que bon leur semblera, nos, panonceaux et bâtons royaux. [Anecdotes de Provins, tom. 2.)
En 1635, on fit, à Saint-Quiriace , un service solennel, où tout le clergé et tous les corps de la ville assistèrent, à l’occasion de la mort de madame la marquise de Montglas, dame de Provins, gouvernante des Enfants de France.
LOFIS XIV à Provins, en 1660. Ce prince passa à Provins, allant à la conquête de la Franche-Comté. Ce fut dans rhôtel-de-ville et dans les deux maisons au nord qu’il logea avec sa suite. Il coucha dans la maison attenant à l’hôtel-deville. Ses officiers et sa suite occupèrent l’hotel-de-ville et la maison qui fait le coin de la petite ruelle. Le propriétaire de la maison où était le roi, se nommait Dussaulsoy, seigneur de Veau, et lieutenant-général de Provins; ayant obtenu la permission de faire sa révérence au roi , il le pria de lui accorder des lettres de noblesse ; et les obtint. Ce q3rince , avant de partir, entendit la messe aux Cordeliers, et monta à cheval dans leur cour.
En IbTS, Louis XIV, allant au siège de Gand, et accompagné de la reine, passe et couche à Provins.
La reine MARIE, fille du roi Stanislas, arrive à Provins, en 1725, pour se rendre à Fontainebleau, où devait se faire la cérémonie de son mariage avec Louis XV. La reine désirant faire ses dévotions, descendit au monastère des Bénédictines, où elle communia le lendemain de son arrivée. La reine venait de Sézanne. Elle entra par la porte Culoison. On alla la recevoir au-delà de la porte ; le maire la complimenta; et, comme il tombait alors beaucoup de pluie, on mit à terre une botte de paille, sur laquelle le maire se mit à genoux.
LOUIS XV passe à Provins, venant de Metz, où il avait été dangereusement malade.
CHARLES X A PROVINS. Le roi, revenant du camp de Lunéville, passa parTroyes, et arriva à Provins, le 21 septembre 1828, à quatre heures après-midi. La gendarmerie et le régiment des chasseurs de la garde royale, en quartier à Provins , allèrent au-devant du roi jusqu’à la forêt de Sourdun. En avant de la porte de Changis, on avait élevé un bel arc-de-triomphe : ce fut là que MM. le sous-préfet, le maire, les présidents et membres des tribunaux rendirent leur premier hommage au roi. Il monta dans une calèche découverte qn’on lui avait préparée , et vint, au milieu du concours du peuple de la ville et de la campagne , descendre à la sous-préfecture, où il fut complimenté [)ar MM. le sous-préfet, le maire et les présidents des tribunaux. Douze jeunes demoiselles eurent l’honneur de lui présenter des fleurs et des conserves de roses. Le roi admit à son dîner les magistrats et autres personnes de distinction. Le soir, toute ta ville fut illuminée; il y eut un grand bal où le roi parut. 11 coucha à la sous-préfecture. Le lendemain il sortit
delà ville en calèche découverte; il passa sous un arc-detriomphe élevé un peu au-delà de la porte de Paris, où il trouva rangé en bataille le régiment des chasseurs de la garde rovale^
Charles X, de retour à Paris, envoya à M. le maire de Provins la décoration de la Légion-d’Honneur, et, à la jeune personne qui lui avait adressé un compliment, une bague en diamants.
Les dépenses faites par la ville, à l’occasion du passage du roi, s’élevèrent à 22,000 fr.