‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 9 sur 66 · HIST'.DE PROVINS FAR M'OPOIX · texte numérisé non relu

HIST'.DE PROVINS FAR M'OPOIX

faoe 111 .

FRANÇOIS IVALIGRE

Imyr; àc 11 Hiiiâvâel .vue k U Jinuenne

BiCTiOiUNAiKE MISTOEIQÏJE.

Académie. — Velly, en parlant de jolies chansons que faisaient plusieurs seigneurs du temps de Thibaut-le-Chansonnier, s exprime ainsi : « Ces vers, au langage près, feraient € honneur dans un siècle aussi délicat que le nôtre; on ad- € mirerait surtout les chansons que le comte de Champagne, « devenu amoureux de la reine Blanche , composa à la « louange de cette princesse, et fit graver sur les murailles « et sur les vitres de son château de Provins... Il avait à sa « cour un grand nombre de poètes, parmi lesquels on dis- < tinguait Gacet-Brulé , seigneur du premier rang. Ces « beaux esprits s’assemblaient souvent pour examiner leurs « ouvrages, et le comte ne dédaignait pas de présider à cette « assemblée, qu’on doit regarder comme la première acadéc mie française. »

d’Aligre, Messire François, fils d’Étienne II, chancelier de h rance, naquit en 1()20. Il lut installé, comme abbé de Saint-Jacques de Provins, en 1644. Son attachement à cette ville, son peu d’ambition, sa modestie lui firent refu¬

ser, en 1669, l’évéché d’Avranches, auquel il avait été nommé.

Sévère quant à la discipline ecclésiastique, son premier soin, en prenant possession de cette abbaye, fut d’y compléter la réforme qu’un de ses frères, qui l’y avait précédé, avait commencée, pour mettre un terme au relâchement qui s’était introduit dans cette maison.

Appelé, en 1674, à la cour, pour aider son père, alors chancelier, dans la direction des affaires de l’État, il sut mériter la haine des intrigants et l’estime des gens de bien. Après la mort de son père, qui arriva en 1677, il séjourna constamment à Provins jusqu’à sa mort, en 1712, terme d’une existence si glorieusement remplie. Il ne quittait de temps en temps cette ville que pour visiter, à la Trappe, son ami l’abbé de Rancé.

Pendant ces trente-trois années, sa vie était celle d’un Trappiste, sa nourriture se composait de pain, de fruits, de salade sans huile ni sel. Il était toujours couvert d’un cilice, couchait sur une paillasse, et n’avait pour chevet qu’une pierre de taille. Cette vie austère n’était que pour lui : il ne l’exigeait pas des autres. Il était meme très aimable en société, et les étrangers qui venaient le visiter se louaient de l’accueil gracieux qu’il leur faisait. Malgré ses grands revenus, on ne concevait pas comment il pouvait exécuter tant de travaux utiles , et répandre tant de bienfaits. Ceux qu’il exerça envers la classe indigente n’ont été bien connus que des contemporains; mais nous savons que sa charité était sans bornes.

Il voulut être le bienfaiteur des pauvres après sa mort et à perpétuité. Il chargea, par une fondation, la maison de Saint- Jacques d’une distribution annuelle d’une quantité d’aunes de tiretaine de Provins aux femmes et aux enfants indigents.

Il fonda rétablissement des Orphelines, où trente jeunes filles étaient élevées jusqu’à l’âge de dix-huit ans. En sortant on les habillait à neuf, et on leur donnait un trousseau.

Il se rendit le protecteur de l’Arquebuse (Voy. ce mot). Ce jeu, dont l’hotel existe encore rue des Bons-Hommes, était un délassement de leurs occupations journalières que prenaient des citoyens aisés, dans les classes commerciales et industrieuses, que M. d’Aligre favorisait particulièrement.

Il établit, à Saint-Jacques, un cours de théologie pour ses novices et pour les jeunes Provinois.

■ Mais ce qui lui aurait valu une reconnaissance éternelle , et qui est aujourd’hui un objet d’amers regrets, c’est cette belle bibliothèque qu’il légua à la ville , composée de plus de 10,000 volumes, avec beaucoup d’instruments de mathématiques et de physique. Cette bibliothèque , qu’il avait établie dans la maison de Saint-Jacques, avait un bibliothécaire et était ouverte trois fois la semaine au public. Il ne se contenta pas de l’avoir fondée, il affecta une rente à /a disposition de la maison de Saint-Jacipies, avec l’obligation d’en faire tous les ans l’emploi pour l’acquisition de livres nouveaux.

Cette bibliothèque, et les armoires nombreuses, surmontées d’une frise, furent incendiées (Voy. Biùlio(lièqué),

I Cette perte, après tant d’autres, est d’autant plus sensible,

; que le portrait de M. d’Aligre fut aussi la proie des 1 flammes.

Il nous reste de sa bienfaisance inépuisable nos remparts I qu’il lit aplanir et planter, et une fontaine qui donne ses j eaux dans la rue de Changis, et qui a conservé le nom de

— iU —

Fonlaine d'Aligre. Cet illustre prélat mourut à 92 ans. Sa longue carrière présenté une suite non interrompue de vertus et de bonnes actions. Nous renvoyons à son oraison funèbre qui a été imprimée. Sa mémoire chère et honorable pour les Provinois sera, pour toujours, Tobjet de leur vénération et de leur reconnaissance.

Ames pieuses. Saint Lyé^ sainte Lucence^ saint Thibaut. Le premier était fils d’un tisserand de Savins , village prés de Provins; ce jeune homme était très pieux :il faisait de continuels reproches, sur leur inconduite, à deux jeunes gens de son âge, ses cousins; ceux-ci, importunés des remontrances de leur parent, lui tranchèrent la tête. La tradition, et un vieux manuscrit conservé dans l’église de Savins, rappellent le miracle de saint Denis; le corps du jeune saint Lyé se releva, ramassa sa tête (î) et la porta jusqu’à 1 église, dont les portes s’ouvrirent d’elles-mémes, et dont les cloches sonnèrent sans aucun secours humain. Il fut relevé corps saint par un évêque, commissaire nommé à cet effet par le pape, et en présence de Fabbé de Saint-Jacques. On lit 1 inscription suivante en bas d’un tableau représentant ce bienheureux dans l’église de Savins ; Ce très pieux adolescent fut martyrisé ici.

Les tisserands de Provins prirent saint Lyé pour leur patron; ils firent peindre, en 1525, sur les vitraux de l’église de 1 hôtel-dieu, où se célébrait tous les ans la fête de saint Lyé, les circonstances de son martyre, avec tous les outils qui servent dans leur métier, et même un tisserand faisant de la toile. Plusieurs inscriptions sont au bas des panneaux, qui donnent 1 explication des sujets peints. Je ne rapporterai

(1) Il n’est pas dit qu’il la baisa, comme saint Denis ; c’eût été un bien plus grand miracle.

que les deux vers suivants, qui donnent une idée du temps où ils ont été laits ;

Priez Dieu et monsieur saint Lyé Qu’en paradis soyons liés.

Ce que cet article peut avoir encore d’intéressant, c’est qu’il nous donne occasion de parler des beaux vitraux de l’église de l’hôtel-dieu, qui sont estimés, quant aux dessins et aux belles couleurs. Malheureusement ceux qu’on a enlevés sur la rue du Murot Font été avec si peu de précaution, qu’on n’a pu les replacer ailleurs : ceux de saint Lyé sont du nombre; mais il en reste encore de très beaux.

Sainte Lucence. D’une naissance et d’un état obscur, cette sainte était fileuse de laine et vivait en 990. On montre encore dans la rue du Four-des-Reines , la maison qu’elle habitait. Elle était toujours en prières et s’imposait des jeûnes continuels. La tradition raconte qu’étant accusée d’un crime d’impureté, elle prouva son innocence en portant des charbons ardents dans son tablier, sans qu’il en fût brûlé. Elle était en grande vénération à Provins. C’était la patronne de la ville; cependant nous ne voyons pas qu’elle fût fêtée, si ce n’est par le chapitre de Saint-Quiriace. La châsse était portée processionnellement en temps de calamités publiques.

Saint Thibaut. Pour les détails sur la vie de ce saint, voyez à la page 69, et pour l’Eglise que Thibaut comte de Blois fit élever à ce saint, voyez plus loin le mot Saint- Tuibalt.

Arbalétiueiis. Il y a eu très-anciennement, à Provins, une compagnie d’arbalétriers. Au besoin, ils servaient â la guerre. En 1539, Philippe VI dit de Valois^ se préparant à résister aux attaques d’Edouard III , roi d’Angleterre, en-

yoya, à iVIortagne^ quatre cents arbalétriers de Provins, vêtus de drap partie rouge et partie jaune. Ils passèrent par Lille et Tournay, comme on le voit dans Thistoire de cette dernière ville.

Plus tard il y eut, dans la compagnie des arbalétriers, de bons bourgeois et môme des ecclésiastiques. On voit dans un ancien registre de cette communauté, sous la date de 1401, la réception d’un sieur Renegu, commandeur de la Croix-en- Brie. Le jeu des arbalétriers était établi dans l’emplacement oü fut -bâti bien longtemps après le couvent de la congrégation des Filles de la Vierge, en 1611.

Dans les lettres de franchises que Thibaut VI accorda à Provins, il est dit que chaque homme de la commune, qui aura vaillant 20 livres , sera tenu d* avoir une arbalète en son liôteL

Armes de Provins. La ville de Provins, porte d’azur, au château llanqué de quatre tours d’argent, maçonnées et crénelées de sable. Couronne de comte. A la porte est un lion. Ce sont ces armoiries qui furent rendues à la ville par Louis XVIII, en 1816. Elles sont semblables à celles qui figurent sur le plafond boisé de l’église de Sainte-Croix , à la porte du midi; on y lit cette légende :

Condidit haiic Cœsar ; tune sen^at Cœsare major.

Sur un cachet du présidial, on voit la tour avec donjon et créneaux; plus récemment l’emblème de la ville de Provins était la tour telle qu’elle existe de nos jours avec son toit de tuiles. Il faut présumer que ces armes ne varieront plus. (Voy. les armes de Provins dans le plan des fortifications).

Arqeebüsieks. L’hôtel de l’Arquebuse était au bout de la rue des Bons-Hommes, vis-à-vis la tuilerie. Il fut bâti

en 1670. Sur la porte d’entrée était gravée cette inscription : Médius Martis pacisque ludus (Horace) ; sur le drapeau, d un côté était la grosse tour avec cette légende ; Struxit me Cœsar y servat me Cœsare major ; ce qui faisait allusion à Louis XIV ; sur le revers du drapeau, semé de lis et de roses, on lisait : Sic florent nostris lilia mixta rosis, L arme des chevaliers était un fusil d’une forme particulière : sur la culasse il y avait une visière; le canon très-épais était carabiné ; la balle entrait de force.

La ville leur avait accordé quelques privilèges. Ils avaient le pas sur la milice bourgeoise, dont ils étaient les grenadiers. Tous les ans, le jour de Saint-Louis, ils tiraient un oiseau, celui qui l’abattait s’appelait le Roi ; il était exempt de taille pour l’année, de logement de gens de guerre et du droit de courte-pinte, (Voyez ce mot.)

Aune de Provins. Cette aune n’était pas seulement en usage à Provins, on s’en servait en beaucoup d’endroits ; on 1 employait môme comme mesure de longueur et mesure itinéraire, de même que nous nous servons de la toise et du

mètre. Dans le titre qui se trouve à la fin de la coutume du duché de Bourgogne, au chapitre de la mesure de la lieue, il est dit que celle de Bourgogne contient cinquante portées de longueur; la portée, douze cordes; la corde, douze aulnes de Provins ; ("aulne de Provins, deux pieds et demi; le pied, douze pouces.

En 1210, la comtesse de Pontieu assigne, sur la halle d Abbeville, à l’abbaye de Saint-Maurice, en Suisse, treize

livres de rente pour acheter vingt aunes d’écarlate, à l’aune de Provins.

II est à remarquer que cette aune se conserve dans quel—

ques autres villes que Provins. Les Anglais, en se retirant de Provins (voyez page 126), emmenèrent beaucoup d’ouvriers en drap, qui emportèrent avec eux l’aune de Provins, qui, dit-on, est encore en usage en Angleterre.

Ce fut en l’an 1100 que l’aune de Provins fut fixée. La matrice de cette aune était emboitée solidement, et sous clé, au coin de la première maison, à droite en entrant dans le cloître de Notre-Dame-du-Val ; au-dessus étaient les armes de France. Elle était placée là, comme étant dans le temps une place publique et un grand marché ; le chapitre en avait la garde et la surveillance. Ce n’est qu’à l’époque de la révolution qu’elle a cessé d’être dans cet endroit. On voit encore la place où elle était : l’arête de l’encoignure, en pierres de taille, est coupée en chanfrein pour la recevoir; il reste aussi quelques ferrements soudés en plomb, qui terminaient l’emboiture faite de fortes planches peintes.

Les mesures de longueur, pour la corde de bois , étaient aussi sous la garde du chapitre, ainsi que le poids dit le poids du roi, (Voyez Notre-Dame-du-Val,)

Saint-Ayoul. Eglise et Prieuré de Saint- Ayoul. Ce dernier fut fondé en 1048. Saint-Ayoul, né à Blois, mort martyr en 664, transporté à Provins, et enterré clandestinement dans la chapelle de Saint-Médard, au milieu des bois, auprès de laquelle a été bâtie l’église paroissiale de Saint-Ayoul. Son corps fut découvert et livré à la piété des fidèles en 996.

Il y a une vie de saint Ayoul en vers français qui a été imprimée ; il serait curieux de la lire tout entière. Nous allons en rapporter quelques vers; voici les premiers ;

Vantera-t on toujours, Provins, sur toutes choses;

Tes parterres de pourpre et tes moissons de roses.

. A.yoiil, saint abhé de Lérins.

11 avait pris naissance en la ville de Blois .

Sous Clotaire second, environ l’an six cents.

Et, depuis six cents ans, de surprenants miracles

Sont en notre pays d’ordinaires spectacles .

Ces vers paraissent avoir au moins deux cents ans de date.

Le nom de leur auteur est Bernard Lelleron, avocat à Provins.

Sainl-Ayoul naquit de parents pauvres. 11 enseigna d'abord la théologie, et devint abbe de Lérins. Ce qui prouve que ce saint jouissait d’une grande considération, c’est ce que dit l’abbé Velly du monastère de Lérins, en Provence. « Dans « le cinquième siècle, on commença à bâtir des monastères. « Le ])remier et le plus lameiix est celui de Lérins, fondé « par Saint-llonorat. 11 fut pendant longtemps l’école de la « vie monastique et le séminaire des évêques. »

La châsse de Saint-Ayoul était un buste d’argent doré ayant des proportions plus fortes qu’un homme ordinaire. Le chef était couvert d’une mitre; ce travail était estimé. Cette châsse lut enlevée dans la révolution par le gouvernement. Elle était placée dans l’église du prieuré des Bénédictins, attenant à l’église paroissiale de Saint-Ayoul. L’église et le prieuré des Bénédictins furent incendiés dans le milieu du douzième siècle. Les dommages furent si considérables que les religieux tirent des quêtes , non-seulement dans toute la I lance, mais en Angleterre, j)or(ant avec eux les reliques de Saint-Ayoul, pour mieux (‘vciter la pitié et la générosité des

peuples. L’entrée du courent des Bénédictins était sur le devant de la cour actuelle de la sous-préfecture. Elle présentait une porte charretière, et était couverte de bâtiments; ce qui la rendait obscure.

Le portail de l’église de Saint-Ayoul est remarquable, ainsi que les vitraux Coloriés, le tableau de Stella, les sculptures du maître-autel et quelques statues de saints. Nous en parlerons à l’article Objets d’ai't.

Tous les vendredis de carême, le vicaire de Saint-Ayoul allait dire une messe basse à la chapelle du mont Jubeii, bâtie dans l’endroit le plus élevé de la montagne du nord-est.

Attenant l’église des Bénédictins, et dans un enfoncement près le carrefour du Toupet, il y a, sur la gauche, un vieux bâtiment avec quelques sculptures; c’était la chapelle de Sainte-Marguerite ; actuellement c’est une écurie, et l’entrée qui conduisait à l’église des Bénédictins est devenue une grange. Cet enfoncement a été lithographié.

Nous avons parlé avec assez d’étendue des religieux de Saint-Ayoul, du privilège unique qu’ils avaient d’être maîtres de la ville pendant huit jours ; de faire rendre la justice en leur nom par leurs officiers ; d’exercer la justice civile et criminelle, etc. (Voyez page 111.)

Bains et etüves. Le bain était d’un fréquent usage à Provins, dans le moyen-âge. On y voit des bains établis pour toutes les classes du peuple. Nous avons cité, pag. 1 17 et 1 18, quelques emplacements qu’on appelait les Vieux-Bains, lesquels devinrent insuffisants pour les besoins; ce qui donna lieu d’en établir de nouveaux ; permission qui fut accordée parLouis-le-Hutin, comte de Brie et de Champagne : Ob aflluenUampopuli,(iü-\\ dit dans cette permission. A pro-

pos (les temmcs nouvellement aecoiicliées h rtuMel-dieu, on voit, dans les titres de cette maison, qu’il fut prescrit, en

I année 1263, que le bain fut préparé trois fois la semaine pour les enfants. Proliùus, bahiea triain hebdomade pararentur. Il y avait, sur la rivière de la Voulsie, près de la porte des Bordes, des bains pour les femmes; c’est ce qu’indiquait le nom de la rue qui y conduisait.

On ne sait pas où furent établis les nouveaux bains autorisés par Louis-le-Hutin ; mais je ferai remarquer cinq salles bien voûtées, avec pilastres, corniches et arceaux, d’une ancienne et très-solide construction, le long de la rivière Durtein, qui, toutes les cinq, servent aujourd’hui de cuisine, et sans doute depuis longtemps. L’une, dans la grande maison, (pii était autrefois une synagogue, au coin de la rue aux Juifs et de celle de Hollande; l’autre, rue du Moulin-de-la- Buclle, en face de cette usine, et appelée les Vieux-Bains; une autre, rue aux AuW , où était l’hotel des Poids-aux- Laincs; la quatrième, dans une maison au coin des rues aux Porcelets et du Pont-Pigy ; une cinquième, rue de la Venière, dans la seconde maison h droite. Je ferai observer qu’on u’en voit pas de pareilles dans le reste de la ville basse.

II y a apparence que ces établissements situés le long de la rivière Durtein, étaient des bains. 11 est à remarquer aussi (jiie leur position, un peu élevée, les mettait à l’abri des inondations; ce qui a pu entrer pour quelque chose dans la position qu’on a choisie.

J’ajouterai que l’endroit qui servit longtemps de cuisine à rh(>tcl-(lieu , est aussi une voûte. Elle est beaucoup plus grande que celles dont nous venons de |)arler ;

qui se prenaient dans cette maison. Celte grande pièce

est soutenue, dans son milieu, par un pilier sur lequel retombent les arceaux de la voûte. Il y a tout lieu de penser que c'était une salle de bains. Elle ressemble beaucoup à la salle des Vieux-Bains dont nous avons parlé, page 118, et dans laquelle salle se trouve, de même au milieu, un pilier sur lequel s’appuyaient les cintres de la voûte. Par les changements qui ont été faits récemment à l’hôtel-dieu, cette salle voûtée est redevenue, pour la seconde fois peut-être, une salle de bains.

Le goût des Provinois pour les bains, si commun autrefois, pouvait leur venir des Romains , qui, comme on sait, en faisaient un grand usage.

Beau Sexe. Voici une corde délicate à toucher; mais il faut cependant aborder la question, puisque l’histoire de France, au moyen-âge, parle des Provinoises d’alors. On lit dans le 5^ vol. de la Gaule Poétique, par M. Marcbangy, ouvrage très estimé et très répandu : « Dans une croisade, f< là on dissertait sur des contes de fées; plus loin on riait, « on faisait chère-lie ; ailleurs on devisait sur la chasse et « l’amour, et traitant gravement la question de savoir si, « comme on le disait, les filles de Provins étaient les plus « voluptueuses de France. Voyez, est-il dit. Fabliau tom. S, «r page 325. »

Cette question a sans doute été décidée par l’affirmative, et je ne vois pas que ce fut au désavantage des Provinoises ; ce que j’espère prouver. Ayant, par plusieurs écrits, cherché à me rendre utile à la ville de Provins, où je suis né, dois-je laisser échapper l’occasion de plaider la cause du sexe qui en a toujours fait la partie la plus intéressante, et à qui je dois les plus doux moments de ma vie.

Je ferai d’abord remarquer que le nom de filles, qui se prend aujourd'hui quelquefois en mauvaise part, était alors le seul mot qu’on eut pour désigner les personnes du sexe qui n’étaient pas mariées (1). Celui de demoiselles ne se donnait (ju’aux filles de condition, c’était un titre de noblesse (2) ; et, de nos jours d’anciens nobles se plaignaient encore de Tusage, abusif selon eux, qu’on faisait du mot demoiselle. Nous les avons vus appeler et faire appeler leur fille , mademoiselle tout court.

Il est bon aussi de remonter au temps où ta question dont il s’agit a été proposée. C’était celui de cette galanterie chevaleresque où les chevaliers français se distinguèrent plus que ceux des autres nations. j

Si, dans le tumulte d’un camp où se trouvaient des guerriers de toutes les provinces de la France, et peut-être de toutes les autres nations de l’Europe, les femmes de Provins ont été citées comme les plus voluptueuses de France ; et si le burin de l’iiistoirc de ces temps a consacré cette anecdote galante, j'en tire une nouvelle preuve que Provins était alors une ville considérable et importante, très fréquentée et très civilisée pour ces temps. Loin d’ellacer ces lignes de l’histoire, je vais faire voir, comme je l’ai dit, que cette réputation de femmes voluptueuses n’était pas défavorable alors aux Provinoises.

(1) Nous irons plus loin que M. Opoix. Pourquoi le nom de filles ne signifierait-il pas les femmes nées a Provins? Ne voyonsnous pas dans la Bible : filiœ Jérusalem ^ filles de Jérusalem, pour exprimer des femmes nées dans cette ville? C’est une tournure familière aux poètes, et du poète au chroniqueur il n’y a qu’un pas.

(2) Les dictionnaires rendent le mot mademoiselle par filia nobilis.

D’abord, il faut observer que cette singulière discussion se faisait gravement. Ce n’était point une plaisanterie ; on ne cherchait pas à s’amuser aux dépens des femmes de Provins, et à censurer leur conduite : c’était le siècle de la galanterie. Les chevaliers rompaient des lances en l’honneur de leurs maîtresses pour en obtenir les faveurs, et combattaient vaillamment l’ennemi pour mériter leur estime. L’amour des femmes et celui de la gloire supposaient, dans ces chevaliers, d’ailleurs d’une naissance distinguée, des sentiments nobles et délicats, et, dans l’objet de leur tendresse, des femmes aimables et sensibles ; et telles devaient être alors les Provinoises*

La volupté est la jouissance de tous les plaisirs des sens ; c’est l’art d’en saisir, d’en apprécier et d’en savourer toutes les nuances ; c’est un raffinement et une recherche dans le plaisir, dont les âmes communes ne sont pas susceptibles. Ce serait prodiguer le mot voluptueuses, que de l’appliquer à des femmes de la classe du bas peuple, sans éducation, sans grâces, sans goût et sans délicatesse. Les Provinoises réunissaient donc ces qualités, et sans doute à un haut degré, puisque leur souvenir occupait encore le loisir de ces guerriers campés dans des pays si éloignés de leur patrie (1).

(1) Il est incontestable qu’on ne doit pas entendre ici le mot çoluptueiises dans son sens le plus matériel : ce terme exprime ce que tout le monde comprend lorsqu’on lit, par exemple, dans l’histoire : Corinthe, , ville {foluptueuse. Ce mot n’exprime pas autre chose que l’organisation et les habitudes des individus qui ont du penchant pour toute espèce de jouissance. Il y a des âges dans la vie des peuples qui sont caractérisés par la manière de vivre ; Rome , sous Nurna, était austère; elle fut voluptueuse sous Auguste; crapuleuse du temps de Juvénal.

Mais les mœurs, me dira-t-on ! les mœurs, répondrai-je ! Celles de ces temps-là n’étaient pas en opposition avec la i>alanterie. Il n’était pas malséant qu’une femme, même de haut parage, montée en croupe sur un paletroi, accompagnât son amant dans ses courses aventureuses ; et les faveurs des

L’auteur d’une nouvelle histoire de Provins a donné une très fausse interprétation au passage de Marchangy. Il a transporté, sans réflexion , dans le moyen-âge, le seiis que nous attribuons aujourd’hui, en mauvaise part, au mot filles. Dans le moyenâge , ces sortes de créatures avaient un nom très énergique que Molière n’a pas craint de mettre dans la bouche de Pourceaugnac, au moment où ses prétendus enfants l’appellent Ce

mot énergique figure dans les ordonnances des rois, relatives à la poli('e de Pai is; donc notre contradicteur a erré lorsqu’il a vu le mot filles dans le moyen-âge.

De plus, de ce que notre contradicteur a r/ecoîœeri qu’il y avait autrefois des lieux mal famés à Provins, il ne faut pas conclure avec lui que le mot de voluptueuses n’était en usage que [)Our les lial)itantes de ces réceptacles; car il y avait des lieux mal famés dans toutes les villes.

Pourtjuoi aussi s’aviser d’appeler ces sortes de créatures des femmes voluptueuses ? qui ne sait que ces tristes instruments de brutalité n’ont jamais été ce que notre contradicteur veut les faiie?

Quel est l’homme de bon sens qui supposera que des chevaliers, agitassent en cour d’amour, devant de nobles dames, des questions oi'durières sur les mauvaises maisons? Qui croira cela ne connaît ni l’histoire ni le cœur humain.

Une des preuves les plus fortes que notre contradicteur apporte à l’appui de son opinion, c’est qu’il y avait à Provins une rue nommée rue Tdte... Mais à Paris n’y avait-il pas la rue Tire... ^ aujourd’hui rue Dlarie Stuart ) ? Est-ce à dire pour cela que les lènnucs de mauvaise vie de Paris étaient les plus voluptueuses d(' l'h ance ? La plupart des dissertations de notre contradicteur ui ésentenl la même incohérence d’idées que nous remarquons ici.

femmes, coQime on sait, étaient ie prix des vainqueurs dans les tournois.

Les premières leçons que recevaient les jeunes chevaliers regardaient surtout l’amour de Dieu et des femmes [Vellij, tom. 4, pag. 9 et 22). La chevalerie [pag. id.) était tellement considérée, qu’une dame qui reçoit un chevalier ne veut point s endormir qu elle ne lui envoie une de ses filles pour

lui faire compagnie ; c’est ce qu’expriment ces vers du temps : Elle (la mère.)

Appelle une sienne pucelle ,

La plus courtoise et la plus belle ;

A l’oreil , l’y dit , bel amie ,

Allez tôt, ne vous ennuyé , mie ,

Avec ce chevalier .

Et le servez, s’il est métier. .. (S’il est besoin.)

Dans le temps des croisades, des femmes et des filles se faisaient un mérite, et croyaient faire un acte de dévotion de suivre les armées licencieuses des croisés. Par les mêmes motifs de religion, des femmes accordaient les dernières faveurs à ceux qui leur promettaient de partir pour la Terre-Sainte. Elles les accordaient môme sous ce motif louable, et « l’opi- « nion des femmes alors, ajoute à cela l’auteur de la Gaule « poétique, était qu’elles répondaient devant Dieu des jours c( d’un homme dont elles auraient hâté la fin par leurs ri- « gueurs ; en sorte qu’il suffisait aux amants de feindre le « désespoir pour obtenir ce qu’ils souhaitaient de leurs maî- « tresses compatissantes, et l’on disait publiquement que le <r seul moyen d’être heureux dans cette vie et dans l’aulre, « c’était de servir Dieu et l’Amour. » Que conclure de tout

cela à l’égard des Proviïioises ? C’est que par toute la France on sacriliait à l’amour, mais qu’il avait plus particulièrement à Provins un culte et des autels, ses prêtresses et ses fêtes.

11 faut se rappeler aussi que ce comte, Thibaut VI, qui habita longtemps son palais de Provins, où il était né, est ce même prince qui fut l’amant heureux ou malheureux de la reine Blanche, mère de Saint Louis; qu’on a de lui nombre de poésies galantes. Très instruit et ami des gens de lettres, il réunissait à Provins les beaux esprits de son temps, et nous avons vu que ce fut, suivant Yelly, comme un germe de la })remière académie qui se forma en France.

La cour de ce prince était la plus brillante qui fut alors, et la plus fréquentée de la haute noblesse. C’était le rendez- ^ous de ces enfants du plaisir, de ces aimables aventuriers ; enfln, de ces voluptueux troubadours accueillis et fêtés partout, et célébrant dans leurs chansons joyeuses, le vin, l’amour et les femmes. Celles de Provins alors reçurent sans doute des leçons d’une galanterie plus rechercliée. Il régna plus de politesse dans les mœurs, plus de lumières dans les esprits, plus de courtoisie et de bon goût, et un meilleur ton qu’ailleurs; et Provins fut le Paris de ce temps-là, pour le luxe, l’urbanité et les belles-lettres.

Il n’est donc plus étonnant que cette ville eût un certain renom pour son beau sexe, comme nous avons vu qu’elle jouissait d’une grande considération, tant dans la France que dans l’étranger, par ses manufactures, ses opérations commerciales, ses foires, ses monnaies, etc.

Il faut encore ajouter que ce brillant état de choses, sous Ihibaut VI, remontait à un siècle au-delà. Déjà, comme nous l’avons vu aux articles concernant Thibaut VI et Ilenri-IC'Libéral, Provins était dans l’état le plus florissant.

La cour de ces princes était la plus galante et la plus magnifique qui fût alors : elle était remplie de personnages les plus considérables de l’Europe (1).

J’attribuerai donc les dispositions à la volupté des Proviuoises des 12® et 13® siècles, uniquement aux mœurs du temps, à des influences locales, aux circonstances particulières où elles se sont trouvées, à cette affluence de gens aimables, dont Provins devenait le séjour , et je désire avoir prouvé qu’on ne peut en tirer aucune conséquence défavorable à leur égard. Il y a donc six ou sept cents ans que les Provinoises ont cessé d’être les plus voluptueuses; mais , si on en juge par celles de nos jours, elles n’ont pas cessé d'etre des plus aimables (2).

Bénédictines. Le monastère des Bénédictines était primitivement établi à Champbenoist, près Provins : c’est aujourd’hui une ferme qui en a retenu le nom ; il existait is le xii® siècle. Il fut transféré dans la ville en îOoO. La prieure, dans les derniers temps, prit le titre d’abbesse.

(1) Les Proviiiois d’aujoind’hni n’apprendiont pas sans étonnement que leur ville, qui ne compte pas six mille habitants , a etc , sons les comtes, non seulement une des plus considérables villes de France (U de l’Eui'ope , sous le rapport de la population et du commerce , mais encoi’e la première pour la littérature et la civilisation.

(2) !l faut plaindre ceux qu’un sentiment de jaloc.sie a portés à criti(]uer, a\cc d’aussi pauvres raisons, un article où respire cette galanterie du bon vieux temps dont M. Opoix fut un des derniers représentants parmi nous.

Bienfaiteurs et citoyens de provins anscqnels la ville doit de la reconnaissance pour leur atlacliement à leur pays et les reckercfies qiiih ont laborieusement faites sur l histoire et les anti(juités de Provins,

Les premiers sont M. l’abbé d’Aligre et M. le prieur Guignace (Voy. les articles qui les concernent). Les autres sont principalement MM. Billate, chanoine régulier de l’iiôtel-- (lieu; Grillon, qui en était médecin ; Rullier, pharmacien et maire de Provins; Ilivot, médecin; Ithier, doyen de Saint- Quiriace, et Michelin , imprimeur de la ville. Ce dernier, outre plusieurs manuscrits, a laissé un poème sur Provins, eu vers moitié sérieux et moitié burlesques, en six chants. 11 se trouve tout entier dans les volumes manuscrits de M. Ithier. M. Billate a fait une description élégante de Provins, en vers latins ; j’ai regret de ne pouvoir en enrichir cet ouvrage. Il faut joindre à ces personnes bienfaisantes, à qui la ville doit un tribut de reconnaissance, Pierre-le*-Givre (jui exerça la médecine à Provins pendant (juarante ans, et qui a su tirer de nos eaux minérales, dès leur découverte, le j)lus grand |)arti, et leur donner une grande ré[)utatlon. Nous parlerons plus amplement de lui à l'article Eaux minérales ,

Bibliothèque de la ville. Messire François d’Aligre, abbé de Saint-Jacques, fonda, dans une grande galerie de cette abbaye, une bibliolbèipie considérable, qu’il rendit publique; outre un grand nombre de volumes, elle était ornée et enrichie de tableaux, de globes, d’instruments de physique et de rnathénialiques. M. d’Aligre avait laissé de jilus un revenu jiour être enuplové en achat de livres nouveaux. La destruction de celte maison religieuse devant avoir lieu, par la vente (ju’en (ui avait faite, on trans[)orta cette bibliotliè-

que dans riiôtel-de-ville dont elle occupait toutes les salles. Elle fut entièrement consumée par les flammes, lors du funeste incendie de Fhôtel-de-ville, la nuit du 2 janvier 1821. On portait le nombre des volumes à plus de dix mille. Il s’y trouvait de ces livres anciens et rares que les savants et les érudits recherchent, et qui ne se trouvent pas dans de belles bibliothèques modernes.

Une perte bien sensible, résultant de cet incendie, et qui a été vivement sentie des âmes reconnaissantes, c’est comme nous l’avons déjà dit, la perte du portrait de M. d’Aligre. C’estpouFdiminuerles regrets, que nousen avons faitexécutcr le portrait que nous joignons à cet ouvrage. (Voyez p. 141.)

Blaise (saint). Église souterraine du palais des comtes (Voy. page 79).

Boucheries publiques. Il v en avait une à la ville haute, près Saint-Thibaut, et une à la ville basse, place du Val. La fontaine, derrière laquelle était la boucherie, portait ce nom. Les boucheries étaient de grands bâtiments dont les murs, dans l’intérieur, ne s’élevaient qu’à trois ou quatre pieds; sur ces murs était placée une charpente à jour; les montants qui la formaient étaient des colonnes tournées proprement, et qui s’élevaient jusqu’à la sablière. L’intérieur était garni d’étaux. La communauté des bouchers payait un droit aux propriétaires de cette halle.

La boucherie du Val, qui, depuis longtemps, était la seule, fut abattue en 1792. Il faut dire aussi que les bouchers étrangers à la ville, et qu’on appelle bouchers de campagne, n avaient pas le droit de venir étaler et vendre de la viande à Provins.

Brébans (lks), famille ancienne et illustre de Provins. On voit, cloître de Sainl-Quiriace , au nord, l’hôtel qu’ils ont longtemps habité, et qui date de plus de six cent cinquante ans. Il est établi sur la fortification. Le puits Certain, sur la rue du Murot, en faisait partie, ainsi que le terrain qui s’étend jusqu’à la fausse porte. Cette habitation est remarquable par le haut pignon qui domine cette rue montante et par les énormes piliers de chasse, en arcs-boutants, qui la soutiennent. Cette partie de nos fortilications a été aussi lithographiée.

En 1177, un Jean de Bréban reçut, à titre de récompense, du comte Henri-le- Libéral, entre autres choses, ses entrées libres de bois par les portes deCuloison et de Troyes, avec un four banal, rue de Culoison , sur le ruisseau des Auges; c’est aujourd’hui l’auberge des Trois-Poissons.

Dans les manuscrits sur Provins, il est question d’un Bréban, mort en 1181.

Le chevalier Milon-dc-Bréban, qui est le plus connu, lit le voyage de la Terre-Sainte, au temps des croisades. A son retour, par Constantinople, en 1206, il rapporta le chef de Saint-Quiriace, dont il fit présent à cette église. On lit dans un titre de ce chapitre : Milo de Brebano , qui anno 1206, atlulit de ConslanlinopoU , caput Sancti-Qui-^ riaci; qui Milo erat de Plessio dominus... Lequel Milon était seigneur du Plessis, près Provins. Il s’appelait le Plessis-Brcban, et depuis le Plcssis-aux-TonrncHes.

Milon-de-Bréban fut aimé de la reine Blanche de Navarre, veuve de Thibaut. Dans le titre d’une donation qu’elle fit à ce chevalier, en 1201 , il est dit ; Dilecto et fideli meo MU oui de Brebano.

Un autre chevalier, Pierre de Brébau, fut amiral de

Franco, en 1406, et un Philippe de Bréban était prévôt des marchands à Paris, en 14|5; enfin, un Pierre de Bréban fut doyen de Saint-Quiriace, en 1418.

Brétéches (les). Il y a au nord de la place des Changes (Saint«Ayoul) et vis-à-vis la rue des Faisceaux, une maison que l’on appelait la Petite-Brétoclie ; et, un peu plus loin, en face de la rue du Minage, une autre maison, mais plus grande que la première, qui, de tous temps aussi, était appelée la Grande-Brétoclie. Ce nom Brétoche est un nom populaire, et une corruption du vrai mot, qui est Brétèclie, Voici l’explication que donne de ce root le grand Vocabulaire français: Brétèche^ vieux mot qui se dit autrefois d’une sorte de forteresse.

Les deux maisons dont nous parlons avaient cela de particulier, que le premier étage faisait sur la rue une saillie de huit à neuf pieds, soutenue par des piliers, et sous lesquels on passait à couvert, comme sous les piliers des halles à Paris. Î1 n'y a guère que 50 ou 60 ans que ces saillies ont été abattues. On voit encore dans le pavé, devant ces maisons, les pierres blanches qui étaient les fondations des piliers.

Le nom de Brétèche était donc anciennement celui de certains endroits fortifiés. On voit, auprès de Nangis, à quelques lieues de Provins, des constructions qui ont toujours conservé le nom vulgaire de grande et petite Brétoche, qui, comme nous avons dit, sont une altération de Brétèche. La Grande-Brétoche, plus près de Nangis, ofire encore quelques restes d’anciens murs d’une certaine épaisseur. La Petite-Brétoche ne présente plus rien d’ancien ; mais on y remarque des restes de fossés que le temps n’a pas entièrement effacés. Tl faut aussi observer que ces établissements

étalent des domaines seigneuriaux. La Grande-Brétoche appartenait aux seigneurs de Nangls.

Ce qui confirme ce que j’ai dit, et de l’altération du mot, et de la destination des grande et petite Bréloches de Provins, comme ayant été des endroits fortifiés, et dont le vrai nom devait être Brétèche, c’est qu’il se trouve, à trois lieues de Provins, et dans les environs de Bûnot, un château rebâti à la moderne, sur d’anciennes fondations, et oii il y a des fossés; cet endroit s’appelle la Grande-Brétèclie ; et à quehpie distance, une habitation appelée la Petite-Brétèchc,

N’est- il pas singulier qu’aux trois endroits dont nous venons de parler il se trouve à la fois grande et petite Bréléches, ou Brétoches, suivant le nom vulgaire? Cela n’annonce-t-il pas clairement que ces trois endroits avaient été construits avec les memes intentions, et avaient les mêmes destinations?

11 faut observer encore que ces Brétèches de Provins, qui, dejjuis longtemps, sans doute, n’existent plus, mais dont les enq)lacements en avalent toujours retenu le nom, étaient à j)eu près à la même distance du monastère de Sainl-Ayoul, (pie l’était le Château-Fort. Ces maisons et d’autres qui les avoisinent dépendaient encore, avant la révolution, du cou- Muit des Bénédictins, où étaient chargées de quehjues redevances envers eux. Ces saillies sur la rue semblent annon¬

cer que le fort s’avançait jusque-là, et lors(pi’il aura été détruit, on aura conservé le privilège d’em[)iéter sur la rue, à la charge de laisser un passage dessous.

Les environs du monastère de Saint-Ayoul étalent donc défendus au moins jiar les établissements fortiliés dont nous parlons, et qui jiouvaient [irotégcr en même temps les habilatlons, avant la consirucllon des murs de la ville basse.

C^était Tiisage de ces temps, et sans doute le besoin de se défendre, en quelque façon pied à pied, qui nécessitait ces maisons fortifiées , même dans l’intérieur des villes. En 1226, Louis VIII fit démolir, dans Avignon, trois cents de ces maisons fortifiées (Voy. Velly, Histoire de France ^ tom. 4, pag. 55).

Depuis la destruction des saillies, on n’appelle plus nos deux maisons les Brétoches, parce qu’elles n’offrent plus rien qui les distinguent des maisons voisines, et le nom de Brétoche n’est plus usité, et ne sera plus connu que parce que j’en viens de dire.

Bristands (les) . C’était une famille illustre de Provins ; ils habitaient une grande maison , dite l’hôtel des Bristands^ rue Sainte-Croix, vis-à-vis l’église. Elle devint le siège de leur vicomté. En 1178, Pierre Bristand était vicomte de Provins. Il fut chargé par le comte Henri dit le Libéral (Voy. pag. 75), du gouvernement de ses états, en Brie, pendant son second voyage à la Terre-Sainte (Voy. Vicomté).

Caveau du Satnt-Esprit , on hôpital dn Saint-Esprit, rue de Jouy. Il fut fondé en 1177 par le comte Henri le Libéral (1). 11 servait à loger les pèlerins , les pauvres , les vieillards et les enfants. Il y a eu des religieux jusqu’en 1352. Cet hôpital dépendait de celui de Saint-Bernard, en Suisse. Ce grand établissement fut détruit, en 1627, par un incendie; il n’en reste que la belle salle qui porte aujourd’hui le nom ôo Caveau du Saint-Esprit.

Ce que je vais en dire pourrait engager à le visiter au moins dans sa partie bien conservée. Il a cent vingt pieds de

M) Donius et, eleemosyna iiobllis viri Henrici. (Rilatle.l

long sur quarante de large. La voûte est soutenue par vingt colonnes sur deux rangs, formant trois longues arcades. Les murs du pourtour figurent aussi des arcades en ogives, soutenues par vingt-huit pilastres en partie engagés dans le mur. Les voûtes peuvent avoir douze pieds sous clef. En tête, au midi et sur la rue de Jouy , est une entrée de ce caveau! On y descend par un escalier de pierres , à gauche duquel se trouve un puits engagé dans la maçonnerie, et ayant son ouverture sur la rue. Ce puits s’appelle le Puits-Salé. A droite de l’escalier est une ouverture qui était celle d’une galerie souterraine , mais qui est murée. A l’autre extrémité et au nord , comme le terrain , depuis la rue de Jouy , va toujours en s’abaissant , on entre de plain-^pied dans ce caveaupar une large porte qui, sans doute, était la principale entrée. Ces deux ouvertures entretenaient un courantd air , qui rendait cette salle basse convenable à un hôpital. Les propriétaires, depuis 1 incendie, en ont muré une partie. Dans celle qui est abandonnée , la voûte , n’étant plus recouverte par des bâtiments, a éprouvé de grands dommages par les infiltrations des eaux pluviales.

Chateaü-Fort (le). J’en ai parlé comme établissement de commerce (voyez pag. 115), mais plus anciennement c’était un endroit fortifié , comme son nom l’indique. C’est sans contredit, excepté peut-être Saint-Laurent-des-Ponts (voyez ce mol), la j.dus ancienne construction de la ville basse , si 1 on compare les dégradations de ses voûtes à l’état encore intact des bâtiments de la ville, qui datent de plusieurs de siècles. Mais pourquoi cet endroit fortifié dans fintélieui delà \ilje? Voici la réponse probable à cetlc question :

On sait que la chapelle do Saint-Médard , qui devint le

couvent des moines de Saint-Ayoul, sous le nom de Bénédictins, était au milieu des bois. Dans la suite on abattit ces bois, à mesure que la population s’accrut. Ce fut Thibaut IV, dans le commencement du xii® siècle , qui permit aux habitants d’abattre la forêt de châtaigniers qui était autour du monastère de Saint- Ayoul, et ce n’est que dans le commencement du xiii® siècle que la ville basse fut entourée de murs.

Dans les premiers temps, la chapelle de Saint-Médard, le monastère et les habitations , isolées dans les bois, avaient besoin d’être défendues contre les incursions fréquentes des Sarrasins et autres bandes de pillards, qui couraient le pays, les armes à la main. On sait qu’en 937, les Sarrasins tentèrent de prendre Provins. Il parut sans doute nécessaire d’établir à la proximité du monastère et des habitations quelques constructions fortifiées , et c’est , je crois , ce qui fit sentir la nécessité du Château-Fort. Ce que je remarque encore , c’est qu’il appartenait anciennement au monastère de Saint-Ayoul. Il fut cédé ensuite par les religieux de cette maison , moitié au chapitre de Saint-Quiriace et moitié aux Dames-Bénédictines ; mais on payait les droits seigneuriaux au monastère des Bénédictins (voyez le mot Cens). La maison qui touche au Château-Fort a toujours appartenu aux religieux Bénédictins , ce qui me donne lieu de croire que cette maison, dans l’origine, faisait partie du Château-Fort, et lui donnait une certaine étendue. Il y a plusieurs années, on a fait des changements dans l’intérieur et dans le mur, sur la rue : les ouvertures gothiques ont fait place â des croisées modernes, pour en faire une habitation plus commode. Cependant il reste encore quelques traces des constructions primitives.

Chateau (le vieux). On voit au fond d’une maison , au midi de la place du Châtel, un reste de bâtiment qui a conservé le nom de Vieux-Château. Son état de dépérissement , malgré sa construction massive et ses murs épais , annonce une haute antiquité. Il paraît que cet ancien monument avait plus d’étendue; ce qu’il en reste est remarquable. L’espèce de salle qui existe consiste en plusieurs colonnes, engagées en partie et formant un faisceau. Les chapiteaux des colonnes sont ornés de quelques sculptures ; sur Tun d’eux figurent Adam et Eve; l’arbre de la science, autour duquel est le serpent , est placé entre eux ; des branches de l’arbre pend le fruit fatal. Le crime est déjà consommé; une espèce de lierre ou de figuier est de chaque côté des personnages , et une des feuilles couvre leur nudité. Sous cette salle , il s’en trouve une autre , dans laquelle on peut descendre. Elle est de môme grandeur que la première; mais l’architecture en est moins bien soignée. Les sculptures dont nous avons parlé, grossièrement faites, annoncent l’enfance de l’art. Cet antique monument, éloigné des regards, semble avoir été oublié. Je n’ai pas vu que nos annales en aient fait mention. L’intérieur a été dessiné par des artistes de Paris et a été lithographié.

Cens (pierre de). 11 y avait, dans différentsendroitS delà ville, des pierres où l’on payait les cens seigneuriaux. Ces pierres étaientrondes ou carrées. Dans la rue de Saint-Nicolas, il y avait une pierre carrée, attenant le puits San toron. Ce puits existe toujours; derrière ce puits, ({ui avance un peusurla rue, est la cour de Santoron. Sur cette pierre on venait |)ayer les cens dus à l’abbaye du Paraclet. Au coin des rues Syrurgues et des Lions, il y avait, placée devant la maison des Vieux-

Bains, une pierre ronde sur laquelle on payait les cens dus au monastère des Cordelières, depuis, l’hôpital général. Audessus de la rue Froid— Manteau, après les Jacobins, il y a une grande maison antique, appelée l’hôtel de Lalan. Devant cette maison on voit encore aujourd’hui une grande pierre ronde et plate, sur laquelle on payait les cens à la fabrique de Saint- Pierre, pour le fief de Bonne— Aventure. La ruelle qui est au-dessus s’appelle la rue de la Pierre -Ronde. Il y avait, au coin de 1 église de Saint— Thibaut, une de ces pierres de cens, où la communauté des bouchers payait le cens le jour de la fête de Saint-Thibaut. On en voit encore une rue de Jouy, près le caveau du Saint-Esprit; elle est au coin et à l’entrée du cul-de-sac. Cette pierre ronde, qui fait saillie, sert de patin à l’encoignure de la maison, autrefois l’hôtel de la Pie. C’est sur cette pierre qu’on devait payer le cens au

fief de Montoglos, dont un tiers appartenait à l’Hôtel- Dieu.

Ces cens établissaient la seigneurie ; mais ils étaient peu de chose, quant à la valeur. Le Château-Fort, rue de Troyes, devait deux deniers de cens aux Bénédictins, payables annuellement sous le portail de leur maison conventuelle.

Citadelle (la). Le lieu dit la Citadelle n’en a retenu que le nom; rien meme n’existe au dehors qui puisse faire croire qu’il y en eut une dans cet endroit. Voici ce que l’on sait: Henri IV, après avoir réduit Provins sous son obéissance, pour soulager les habitants, chez qui les soldats vivaient à discrétion, pour maintenir la discipline et contenir les habitants dans le devoir, donna ordre au commandant qu’il laissa de construire une citadelle. Celui-ci choisit, à cet effet, 1 emplacement prés de la porte Saint-Jean, où se trouvait

un ancien fort (Voy. les Anecdotes de Provins, tome II , page 218). Apparemment le vieux fort fut denmli, la citadelle fut commencée et sans doute ne fut pas achevée; car il n’est pas question qu’on s’en soit servi, et on ne voit sur la place que plusieurs maisons qui auront été bâties des pierres des démolitions; mais ce qui annonce l’ancien fort, cesont les caveaux qui subsistent et qui sont aujourd’hui, je crois, les plus beaux de la ville haute; c’est ce puits qui, sans doute, en faisait partie? Quant aux fossés qui entourent ce terrain el qui sont encore très apparents, ont-ils été creusés pour la citadelle, ou étaient-ils une dépendance de l’ancien fort? C’est ce qu’on ne pourrait assurer. (Voyez Fortifications.) Ce fort était , pour la porte de Saint*- Jean , ce que, pour la porte de Jouy, était le fort dont faisait partie ce qu’on appelle aujourd’hui le Tournillon.

Collège. On ignore ce qu’étaient et où étaient placées les maisons d’instruction avant la fin du seizième siècle. On sait (ju’en 1450, ou 1460, Robert Gaguin (voy. son article) a fait ses études à Provins. 11 n’est question du collège qu’en 1571. Il était placé alors rue aux Juifs. Il fut dirigé, tantôt par des prêtres séculiers, tantôt par des hommes mariés. On le transporta dans le palais des comtes quand les juridictions qui y étaient établies descendirent à la ville basse, et se lixèrent à l’iiôtel-de-ville. Ce fut en 1670 que les pères de l’Oratoire occupèrent le collège. On y enseignait les humanités et la philosophie. C’était à Saint-Jacques qu’était le cours de théologie. Le collège avait un revenu que lui faisait la ville; outre cela, une prébende dans le chapitre de Saint-Quiriace, et une autre dans le chapitre de Notre-Dame. Ce revenu permettait d’y entretenir six professeurs, un su-

périeur et un préfet des classes. L’enseignement s’y donnait gratis. Les moyens d’instruction n’ont jamais manqué à Provins. Nous avons dit que, dès l’année 1120, il y avait, dans cette ville, une école de dialectique et de philosophie très fréquentée (Voyez page 73).

A la révolution, les Oratoriens cessèrent d’enseigner à Provins. Le collège fut tenu, à titre d’entreprise, par différents particuliers qui se sont succédés. Aujourd’hui cet établissement a acquis un caractère de stabilité, d’où il résultera d’heureux effets.

La ville de Provins vient d’obtenir de l’Université un collége^-mixte qui est actuellement en plein exercice. Il jouit des mêmes privilèges que les collèges royaux, et donne par conséquent aux élèves le droit d'acquérir les différents grades. Il est aussi un petit séminaire. On y reçoit les aspirants à l’état ecclésiastique, et on y éprouve leur vocation.

La surveillance de cette maison d’éducation est confiée à M. l’évêque de Meaux. Le chef de cet établissement prend le nom de principal.

Le bureau, composé des premiers magistrats et d’autres personnes recommandables de la ville, inspecte l’administration du collège- mixte.

L’emplacement de ce collège, dans le palais des Comtes, est un des plus beaux qu’on puisse trouver, quant à sa vaste étendue et à la pureté de l’air qu’on y respire.

COMMERCiE, Industrie, Foires et Marchés, Population, importance de Provins ancien et moderne ; monnaie de Provins ; mœurs des habitants.

Après nous être occupés de Torigine et du développement de nos deux villes, Agendicum , la ville haute, et Anatiloriim, la ville basse , nous allons parler de ce qui était commun aux deux sous le nom de Provins.

O 11 a pu voir, dans l’iiistoire abrégée que nous avons donnée des comtes de Champagne, que plusieurs d’entre eux avaient encouragé le commerce de Provins. Ce fut surtout à Thibaut VI le Chansonnier que l’industrie provinoise dut sa prospérité. Voici ce que l’histoire de ce prince nous a transmis à cet égard :

« A son retour à Provins, Thibaut fit réparer son palais. « Cette ville était devenue si considérable, qu’on y compta, (( du temps de ce prince, plus de 20,000 feux. » La population pouvait donc s’élever environ à 80,000 âmes. Selon quelques mémoires, 00,000 personnes étaient employées aux fabriques de draps et de cuirs. Inutile de dire que cette population appartenait, pour la plus grande partie, à la ville basse. 11 est à remanpier, qu’alors , un des faubourgs de cette seconde ville allait jusqu’à Fontenay-Saint-Brice. Ce faubourg donnait un des douze échevins qui, avec le maire, jugeaient au civil et au criminel.

« Les habitants, continue l’iiistorien, étaient appliqués

« aux manufactures, surtout à celles de draps de laine, et <r ils y avaient si bien réussi, qu’il s’y trouva, à l’époque « que nous venons d’indiquer, pour la population , trois 0 mille métiers battants, autant de foulons et de cardeurs, « sans y comprendre les autres ouvriers nécessaires à la dis- <r position des laines et des draps que l’on faisait dans cette « ville, et qui étaient en plus grand nombre. »

Non content, est-il dit, de l’état brillant de sa ville de Provins, Thibaut VI appela encore les meilleurs ouvriers de l’Europe dans toutes sortes de professions. Comme on sait, on lui doit la culture du rosier, dit depuis rosier de Provins, qui réussit parfaitement dans cette ville, et qui depuis ce •temps là est devenu un objet de commerce pour elle.

Mais le principal commerce de Provins était le produit de ses fabriques de drap de laine et de couvertures, et de ses cuirs façonnés. Nous venons de voir quelle quantité d’ouvriers occupaient les manufactures de draps. Ces ouvriers étaient sans doute répandus dans les deux villes proportionnellement à leur étendue et à leur population respectives. Cependant ce n’était que dans la ville basse que les cuirs étaient manufacturés, et c’était là seulement qu’on mettait les draps en teinture. Quelques recherches nous ont appris que le seul objet de la teinture était très-important, ainsi qu’on va le voir, ce qui prouvera combien la fabrique de drap devait être considérable.

La rue qui porte aujourd’hui le nom de la Vénière, s’appelait, en 1226, rue des Teinturiers, Tincloriorum, à cause des teinturiers en draps qui l’habitaient. Dans cette rue, se trouvait une place nommée la Croix- du-Tiroir, parce qu’on y tirait les draps. Au bout de cette rue et près le moulin à tan, qui était un moulin à fouler les draps, on voyait

une fontaine. Le pont Bossu qui en était voisin existe encore aujourd’hui. ïi y avait aussi au hameau de Fontaine-Biant, des tiroirs pour les draps.

De la rue des Teinturiers , en partait une autre ([ui passait sur la rivière Durtein, et traversait l’enclos qui, depuis» a fait partie du couvent des Ca[)ucins. Elle s’appelait la rue des Chaudières. Le nom lui venait de ce qu’on y avait établi les chaudières des teinturiers.

Cette rue des Teinturiers, aujourd’hui la rue de la\ énière, est dans une direction parallèle à la rivière Durtein. Les maisons qui donnent sur cette rivère portent encore les marques de leur ancienne destination. Dans la première, au coin (le la rue du Pont-Pigy, se trouve une double voûte soutenue par des piliers détachés, ayant des chapitaux qui soutiennent les arcades avec rosaces. Quoi(jue cette construction ait été solidement faite, le laps de temps a causé des dégradations (pli en ont nécessité la réparation. Cette double voûte se prolonge sur la rivière où elle a une ouverture.

A l’autre extrémité de cette rue, on voit un cellier qui était autrefois une longue voûte. Il ne reste plus que des piliers coupés à la hauteur de six à sept pieds , et les arcades qui n’existent plus ont été remplacées par un plancher. La direction de cette ancienne voûte est aussi sur la rivière où elle a une issue. Entre ces deux maisons, on a trouvé des restes de bAtiments et des outils qui avaient sans doute servi aux teinturiers.

Il paraît certain qu’il existait anciennement à Provins au moins 125 fabriques de cuirs. Dans tout le cours de la Voulsic, à partir de son entrée dans la ville, on trouve des ti aces d’anciennes tanneries. On voit évidemment que des tanneries

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étaient établies sur la rivière Durtein (1), depuis la Nozaie, ou mieux la Chenaie, jusque bien au-delà en suivant le cours de cette rivière. Dans les fouilles qui ont été faites rue aux Juifs, on a trouvé des fosses de tanneurs. Le chemin qui traverse la Chenaie et qui suit la rivière, s’appelait la rue de la Petite-Tannerie. Dans l’emplacement de l’ancien couvent des Capucins, il y a encore aujourd’hui une tannerie.

(1) Le nom de Durtein que porte cette rivière ne semble-t-il pas venir de ce qu^elle est plus propre à imprimer plus de ténacité aux teintures , et à donner plus de fermeté aux cuirs , qualité qu’elle doit aux particules de fer qu’elle charrie.

La prairie où coule cette rivière, à partir des Grandes-Planches, abonde en eaux minérales. Au printemps et dans les temps pluvieux, les fossés sont l emplis de cette eau qui dépose une terre jaune très abondante. Aussi les cuirs fabriqués sur cette rivière sont plus fermes , plus compacts et spécifiquement plus pesants que ceux confectionnés sur la Youizie; eflet évidemment dû à la présence plus abondante de la terre du fer. Cette terre, comme l’écorce du chêne, possède une qualité astringente ; elle doit donc ajouter au tan un nouveau degré d’énergie. C’est celte propriété du fer de resserrer, en général , les tissus des substances animales , et de leur donner plus de fermeté, qui i end nos eaux minérales si efficaces dans les maladies qui pî’oviennent du relâchement des fibres. C’est donc pour ces raisons que les eaux du Durtein étaient plus propres à fixer les couleurs et à (aire de bons teints , comme à rendre les cuirs plus denses et plus durs à l use.

Le mot Durtein est probablement composé de deux autres mots qui chacun exprime l’action de ces eaux sur les cuirs et les teintures. Si cela est ( et c’est très vraisemblable), il eût élé difficile de renfermer dans un mot de deux syllabes ces propriétés avec autant de justesse et de précision Le mot Durtein serait alors pour cette rivière ce que celui iV Anatiloriini est pour la ville basse.

Par rêtendiio de ces établissements on peut juger de quelle importance ce genre de commerce était cà Provins. Cette marchandise dont la qualité supérieure avait une réputation incontestable était fort recherchée des négociants de tout j)ays, surtout de ceux du midi qui s’en chargeaient volontiers en retour d’autres denrées.

La réputation des cuirs de Provins s’est toujours soutenue. Us sont très connus à la halle aux cuirs de Paris, et se vendent toujours au-dessus du cours.

C-’était surtout dans la ville basse que l’industrie avait pris une grande extension. Il s’^y taisait un commerce considérable d’exportation et d’importation. Les marchands des contrées les plus éloignées se donnaient rendez-vous aux toiles de Provins. Les négo,ciants du midi de la France, ceux de la Lombardie, du pays de Gènes, etc. , apportaient les soies, les vins spiritiienx, les huiles, les fruits secs, les aromates et les drogues médicinales de l’Arabie ; les épices et les bois de teinture des Indes; le roucou, l’indigo, etc. Le cap de Ponne-Espérance n’ayant pas encore été doublé, tout le commerce de l’Europe se faisait par les ports de la Méditerranée. C est contre CCS productions du Levant et des pays méridionaux, et contre les objets labriqués à Provins, que le nord de la France, le Flamand, le Hollandais, l’Allemand, venaient échanger les [iroductions de leur pays et de leur industrie; comme les chanvres, le lin, les toiies, les fers, les aciers, le cuivre, les huiles de graines si nécessaires aux fabri({ues dedrajis; les huiles de poisson, essentiel aliment de

la corroierie ; les poix et les résines du Nord, ainsi que les beurres salés et les beurres fondus (jui se vendaient dans un emplacement particulier et spacieux, auquel on avait donné le nom de marché au Beurre.

Comment, à une époque où les monnaies variaient de province en province, cette grande réunion d’hommes de pays si différents pouvait-elle s’entendre pour faire des transactions avec le numéraire? îl n’y avait qu’un moyen, c’était le change ; et il est à remarquer qu’il se trouve dans la ville basse une grande place nommée jusqu’à présent la place des Changes (la ville haute avait aussi une place du meme nom). C’était devant l’église de Saint-Ayoul, sous une halle, que se faisaient, comme à l’hôtel des Osches, les comparaisons des monnaies, les virements de toutes les opérations de commerce.

On vient d’imposer un autre nona à cette place des Changes, et c’est par un zèle aussi peu réfléchi qu’on a changé en même temps le nom de la place du Val et celui de quelques rues ; l’intention sans doute a été bonne, mais il faut toujours conserver les anciennes dénominations, parce qu’elles indiquent et facilitent l’explication des titres de propriétés. Il faut encore les conserver quand elles intéressent l’histoire du pays(l).

La ville haute ne fut pas étrangère aux grandes opérations de commerce qui se faisaient à la ville basse ; mais elle faisait encore des affaires à part ; elle avait sa place des Changes (c’était la partie de la grande place du Châtel , au nord ; la croix même qu’on y voit s’appelle la Croix-des-Changes) ; son marché aux chevaux et aux bestiaux , appelé le Cours-aux-

(1) Il est à croire que l’on reviendra de ces noms nouveaux , qui, d’ailleurs, ne prouvent rien, parce que ce ne sont que des mots. Dans tous les cas, le devoir de l’iiistorien est de constater les changements de noms pour faciliter les recherches des personnes qui s’occupent d’antiquités.

Bêles, Cursiis Bestiarum, parce qu’on les y exerçait (1) ; un marché aux toiles, Allodium Tellarum, dans le Bourg- Neuf; son marché franc le mardi de chaque semaine, avec exemption du sou pour livre de toutes les marchandises qui s’y vendaient.

En 1620, le roi, par lettres patentes, « confirma le mar- « ché franc établi de toute ancienneté , au Châtel de Pro- « vins ; lequel marché, est-il dit, pour la plus grande com- « modité des habitants, se tiendra alternativement de mois <r en mois à la ville haute et à la ville basse. »

Il y a longtemps qu’aucun marché ne se tient plus à la ville haute. Le marché du mardi s’était conservé à la ville basse pour le blé; mais il s’y en vendait peu. Depuis une cinquantaine d’années, ce marché du mardi n’a plus lieu. Il n’y en a plus qu’un, le samedi, pour les deux villes.

Provins avait en outre deux marchés ou halles au poisson : l’une à la ville haute, près Saint-Thibaut, et une à la ville basse, sur le Pont— au-Poisson. Cette dernière comprenait deux maisons qui sont au midi, et se prolongeaient dans le cul-de-sac appelé VIsle. Il y a environ 50 ans, le rez-dechaussée d’une de ces maisons servait encore de boutique aux marchands de poisson. La rivière passait dessous, et il y avait une trappe d’où l’on tirait de l’eau pour le poisson vivant, et dans la rivière était un cofiVeoù l’on en conservait pour le besoin et les demandes. Le devant de ces maisons était en outre garni de paniers, de jales et de tables, où le poisson de mer et d eau douce était étalé et exposé en vente.

(1) C était un grand espace où tut , dans'Ies derniers temps, la chapelle de Saint-Jean.

Les dames Cordelières, et depuis l’hôpital général, exerçaient sur le poisson, qui se vendait au Pont, un droit qui n’a cessé qu’à la révolution. Tous les mardis maigres de l’année, l’huissier de la maison, avec un domestique portant le panier, venait au Pont, et prenait dans chaque jale, panier et caque , et sur chaque table, tout ce que sa main pouvait contenir de poisson.

Il est à croire que les Cordelières choisissaient toujours des huissiers qui eussent de larges mains. Ce droit s’appelait la Mainvée. Les marchands qui avaient quelques beaux poissons ne manquaient pas de les cacher pendant que l’huissier des dames Cordelières faisait main basse sur les paniers. Ce droit se percevait sans réclamation, et sans qu’on sut trop pourquoi. Voici ce qui avait donné lieu à ce singulier impôt.

Le monastère des dames Cordelières avait, de tout temps, joui du privilège de la pèche dans les fossés de la ville, et il faut savoir que la ville basse était entourée de larges fossés, tels qu’il s’en trouve encore entre la porte de Culoison et celle de Troyes. (Voyez Fossés,) La pèche ayant cessé de pouvoir se faire, on indemnisa cette maison religieuse, en lui accordant, à de certains jours de l’année, un prélèvement sur le poisson de la halle. Ce droit, appelé mainvée, a une étymologie que tout le monde comprend : mainvée était synonyme de poignée.

Depuis qu’on a séché plusieurs beaux élangs des environs de Provins, le commerce du poisson a beaucoup diminué.

Des établissements qui se faisaient remarquer par leur importance, c’étaient les Minages ou halles aux grains. 11 y en avait deux à la ville haute. Le marché au blé, dans cette dernière partie de Provins se tenait près le Cours-aux-13ôlcs.

La ville basse avait aussi son marché ou sa halle au grain ; celle aux orges était dans la rue de Troyes. II y avait une halle pour le son ; elle était dans la place des Changes, en face de l’église de Saint-Ayoul. On l’appelait le Petit-Minage ; elle fut démolie en 1687.

Aujourd’hui il n’y a plus qu’une halle au grains, ou Minage, pour toute la ville. Cette grande halle est établie depuis longtetnps dans la rue qui porte le nom de rue du Minage. Elle appartenait aux religieux de Moutier-Ià-Celle. Ils en affermaient le droit qui se perçoit sur les grains, le son, les noix, les pois et les haricots. Actuellement le Minage appartient à la ville; il n’est ouvert, pour la vérité; que le samedi, jour du marché de Provins.

Au sujet de la police qui s’exerce ou s’exerçait au Minage, je dois rapporter ce qu’en dit, dans le Parfait-Boulanger y M. Parmentier, de l’académie royale des sciences. C’est un hommage rendu à ceux qui ont établi cette police; un encouragement pour la perpétuer dans notre ville; un motif pour y ramener, si on s’en était écarté, et un exemple qui mérite d’élre connu et suivi ailleurs.

« On ne serait pas trompé, ditM. Parmentier, en parlant (T des achats de blé qui se font, si dans tous les marchés on « observait la même police qu’à Provins. Quatre nolables du « lieu, connaisseurs en grains, sont chargés de veiller aux « fraudes qui peuvent se commettre. Si l’acheteur a Heu de « se plaindre, le blé sur-le-champ est cacheté, porté dans « un grenier en dépôt, et confisqué au profit des pauvres, « s’il y a prévarication. Cette institution est fort sage; et il « serait à désirer que toutes punitions d’infidélités dans le « commerce tournassent au soulagement des malheureux. »

Il n'y a pas longtemps, il se vendait encore du blé sous le Minage les mardis; mais la vente était moins considérable que le samedi. Aujourd’hui le marché pour le grain , le mardi, n’a plus lieu.

Le mot targot est fort en usage à Provins ; je ne sais d’où il vient. C’est le prix qu’a valu le blé et autres grains, le jour du marché ; il est arrêté sur le rapport qu’en font à la police quelques marchands de blé désignés à cet effet. Le targot intéresse beaucoup les fermiers et les propriétaires ; car ceuxci dans les baux qu’ils passent retiennent souvent le blé sur le pied du targot. Celui du marché de la Saint-Martin fait ordinairement la loi.

Les expéditions en blé et en farine que fait le commerce provinois sont très considérables.

A tous les établissements dont nous venons de parler, il faut ajouter les boucheries publigues. Il y en avait une à la ville haute, près Saint-Thibaut, et une à la ville basse, place du Val. (Voyez Boucheries.)

Provins avait aussi une rue des Orfèvres , une rue de la Friperie , dont trois étaux appartenaient au chapitre de Notre-Dame.

Après avoir esquissé le tableau des établissements de commerce de Provins , il faut parler de ses foires qui jouirent d’une si grande réputation. On trouve dans les mémoires authentiques sur Provins : « De toutes les foires de « France , les plus célèbres étaient celles de Champagne « (chronique de Saint-Martin d’Auxerre, 1288). » Prœ cœteris nundinis celeberrimœ olim fuêre in Francia Campanienses. Ces foires étaient pour Provins , capitale de la Brie Champenoise , celle de mai , qui durait six se-

maines ( l ) ; la foire do Saiiit-Ayoul , qui commençait le 16 septembre et linissait à la Toussaint ; et la foire de Saint- Martin , qui commençait le jour de Saint-André et qui finissait le dernier décembre.

Les droits que percevaient les comtes , dans les foires de Champagne et de Brie, étaient considérables. Ces foires,

en 1296, rendirent:

liv s. d.

A Provins, celle déniai . 1225 12 1

A Troyes , celle de Saint^Jean . -1375 18 >

A Pro/ins, celle de Saint-Ayoïil . 1554 *

A Troyes, celle de Saitit-Remi . 1396 8 4

La foire de Lagny-sur-Marne . 1813 7 8

La foire de Bar-sur-Anbe . 1140 13 5

On peut remarquer, par -le tableau ci-dessus, que les foires de Provins rapportèrent aux comtes plus qu’aucune autre, et que les deux citées ci-dessus dépassèrent d’un quart celles de Troyes. On pourrait conclure de là et de ce que nous avons dit })lus haut des foires de Champagne , que celles de Provins étaient les plus célèbres, non seulement de la France, mais de l’Europe.

Les marchands et les fabricants de Provins fréquentaient aussi les autres foires. On voit qu’ils avaient des balles à Troyes , à Bar-sur-Aube et ailleurs.

Je dois rapporter aussi ce qu’on lit dans l’iiistoire deThi-

(1) Il est question de cette foire dans un acte de donation que Henri P*", comte de Cliam pagne , signa au profit de Pcglise de Saint-Jean-Baptiste, à Sebaste , ville de la Palestine. J1 est dit dans cet acte <|ue les chanoines de cette église aui'ont droit à 10 livres de revenu, à prendre aux foires (|ui se tenaient à Provins, au mois de mai .

haut VL « La quantité de marchands que le commerce apc( pelait à Provins , et le débit des différentes marchandises « qu’on y vendait, rendirent ses foires si considérables, € que l’on fut obligé de bâtir des hôtels pour loger séparé- « ment les marchands des provinces et des villes qui s’y « trouvaient; ce qui se connaît encore aujourd’hui par « plusieurs de ces logis qui en ont toujours retenu les noms, « et par les conventions faites entre les marchands et les « consuls de Toulouse, d’Aurillac et d’autres, avec les c( doyens et chapitre de Saint-Quiriace et autres. »

Voici ce que l’on trouve dans le recueil des historiens de France, Epistolœ Sugeri , tome XV, page 500: ce En c< 1 148 , Thibaut, comte de Champagne et de Blois , écriée vait à l’abbé Suger pour se plaindre de ce que le vicomte « de Sens , nommé Solo , et ^on fils Garin avaient arrêté , <e sur le chemin royal , des changeurs qui se rendaient à < Provins, et leur avaient enlevé la valeur de 700 livres. « Je ne souffrirai pas, dit-il, qu’un tel attentat reste impu- « ni. Mes foires seraient ruinées. » (Cette note est tirée de l’histoire de Paris, par Duchesne, tome premier, page 402).

Le concours de tant de marchands de tous les endroits du royaume et de l’étranger dans la ville basse , détermina Thibaut VI à la faire fermer de murs et à l’entourer de fossés, pour la joindre à la ville haute; mais cela fut fait aux dépens des habitants. Ceci est encore une réponse â quelques personnes opiniâtres , comme le sont les gens peu instruits, qui veulent que nos forutications aient été faites par les comtes de Brie et de Champagne. Thibaut VI en est le plus puissant et le plus riche, et on voit qu’il ne se charge pas même des murs de la ville basse , constructions qui ne sont rien auprès des immenses travaux de l’ancien Provins.

Thibaut , sur les représentations des commerçants de Provins, cpii se plaignaient de n’avoir que deux maisons pour peser les laines, l’une à la ville du Val , et l’autre au Cliâtel , en établit sept autres , quatre à la ville basse et trois à la ville haute, ce qui lit neuf en tout.

Les rois , après la réunion de la Champagne et de la Brie à la couronne , firent des réglements pour les foires qui se tenaient dans ces provinces. Nous lisons, en tête d’une ordonnance de Louis \ dit le Hutin , en 1515, le sommaire suivant :

« Tout marchand italien , tant le vendeur que Tacheteur, c< payercmt au roi, par chacune livre de marchandises ven- « dues aux foires de Champagne et de Brie et dans la pro- «: vince de Narbonne, deux deniers de la monnaie à la- « quelle le marché aura été fait, et hors des foires deCham- « jiagne et de Brie et de Narbonne , quatre deniers. »

Le roi choisissait , dans la ville où se tenaient ces foires, un bourgeois pour recevoir le produit des impôts dont elles étaient fra[)pécs (1).

Lorsque les étrangers , qui vendaient leurs marchandises aux Provinois, ne recevaient pas en échange les produits de findustrie de ces derniers, ils devaient nécessairement rechercher beaucoup le numéraire de Provins qui , sous le nom de monnaie de Provins^ jouissait d’une réputation méritée

(1) Suivant le réglcmonl du 23 mars 1806 , les foires de Provins sont celles du 2 févriei', du dimanche de la Trinité^ du 24^ juin, du 11 septembre et du 11 novembre. De ces foires, il n’y en a que trois (jui existent : ce sont celles du dimanche avant la Pentecôte , dite la foire de Saint- Ay 0111; celle du 24 juin, appelée la foire du Saint-Jean , et eelle de la Suint Martin^ le 1 1 novembre : ces foires tiennent pendant trois jours.

On présume que Charlemagne fit battre monnaie à Provins. A dire vrai , on n'a aucun monument historique qui puisse servir d’appui à cette opinion. On lit dans Adrien de Valois : « Nous avons vu beaucoup de pièces de monnaie des « descendants de Charlemagne frappées dans le chûteau de « Provins , et portant le nom de cette ville (1).

En effet, dans les écrivains et les capitulaires des successeurs de Charlemagne , on voit souvent figurer les sols et les livres de Provins.

Cette monnaie a eu cours dans toute l’Europe , comme le rapporte Dufresne dans son Glossaire, tome III, page 452. « Les comtes de Champagne, y est-il dit, n’avaient « pas d’autre monnaie que celle-là, que l'on appelait vul— a gairement la monnaie des comtes de Champagne et mon- « naie de Provins , parce qu’elle était frappée dans la ville « de Provins. » Moneta comitiim Camponice , sic dicta moneta Provinensis , quod in oppido Pruvinensi cuderetur.

Il est souvent fait mention de cette monnaie dans les anciens cartulaires , dans les légendaires , dans les vieilles chroniques , et dans les archives de plusieurs églises , métropoles , collégiales et abbayes.

Voici ce que dit Dufresne , au tome II de son Glossaire , page 652 : Campaniœ comitum monetæ Priivinensis mentio est ^ non soliim apud scriptores in veteris tabulis , sed etc.

Le pape Innocent III , dans le xii® siècle, fait mention, dans ses épitres XCI et XCII , de la monnaie et de la livre

(1j Nummos non paucos vidinius Caroli Magni poslerorum percussos in Castro Piovino ac inscriptos Provino,

de Provins, dans des arrangements qui eurent lieu à Rome avec les chevaliers du Mont-Aventin .

Pierre Rouvier parle souvent de la monnaie et de la livre de Provins, dans son histoire du Moutier-Saint-Jean , en Bourgogne.

Leblanc, dans son traité historique des monnaies de France, 1692 , page 129 rapporte que sur une des pièces de monnaie du règne de Louis d’Outremer , on lit : Gratiâ Del Rex y et un L au milieu; au revers, on lit : Castris Rrovinis (1).

Ursion , prieur de Saint-Martin-des-Champs , de Paris , donne à Odon , en retour d’un hôtel , un cheval , et à sa femme, soixante sous en monnaie de Provins, et deux onces d’or , en l’an 1085.

Dans un cartulaire de l’abbaye des Charmes , ordre de Fontevrault, on voit une fondation faite par la comtesse Yoland , pour le prix de quinze livres de Provins. Dédit et concessit eeclesiœ de Charma quindecim libras Pruvini, Anna 1215, mensejannario.

Dans une transaction qui fut passée en l’an 1220, au sujet des comtés de Champagne et de Brie , il est stipulé :

Moyennant quatre mille provinoises , «plus...

En 1250, Geolfroy deBellemond reconnaît avoir reçu, de la foire de Bar-sur-Seine , cent livres provinoises forles.

Dans le livre des fiefs de l’église de Langres , il est fait mention d’une obligation du duc de Bourgogne , en faveur de l’évôque de Langres , de cinquante livres de Pro-

(1) Le territoire de Provins figure quelquefois dans les Capitulaires de Charles- le-Chauve , sous le nom de Pa^us Provinensis.

vins. Qiiingentis libris Provini. Actum 1229, mense februavio.

On trouve à l’abbaye du Font-aux-Dames, ordre de Citeaux , une fondation par un comte de Saint-Paul , faite n\oyennant dix livres de Provins. Decem iibras Pruvini, Aclum anno 12’26 , mense aprilis.

Dans une charte du chapitre de Saint-Etienne, de Troyes, en 1202, il est dit : Pro quatuor libris^ monèta Provinensis.

En 1248 , Guillaume Desbarres vend le vicomté de Provins 550 livres de Provins. La date porte : In Castro Pruvinensi.

La livre numéraire de Provins était, la forte, de vingt sous, et la faible de dix-huit sons quatre deniers, monnaie de France.

Quelques-unes des pièces frappées à Provins sont gravées dans le Glossaire de Dufresne, nous en citerons quatre :

Une, sous Charles-le-Chauve, en 840, qui, sur une face, porte : Gratiâ D.ei, et, sur le revers, Castis Pruvini.., Elle était presque d’argent fin, c’est-à-dire à douze deniers seize à dix-huit grains d’aloi, pesant vingt-deux grains ;

2® Sous Thibaut, une où on lit : Theobal . Cornes;

sur le revers : Castri Pruvini ;

5^ Une de Henri-le-Libéral (né en 1127), portant : Henricus Cornes, et , sur l’autre face : Castris Pruvini;'

40 Une de Henri-le-Jeune , qui porte les memes in-scriptions.

Henri-le-Libéral établit son hôtel des monnaies à l’endroit où fut dans la suite le presbytère de Saint-Pierre. Laü rue par laquelle on y arrivait directement commençait dans la rue aux Porcelets, et traversait, en montant, le terrain

(u'i est riIôtel-Dieu. Elle s’appelait la rue de la Monnaie. Simon de Valon fut le dernier maître de la monnaie de Provins. Il mourut en loo6. Son épitaphe se lisait encore dans l’église basse de Saint-Firmin , en 1795 ; elle n’existe plus.

On dit qu’en 1224 Thibaut VI, comte de Brie et de Champagne , pressé par le besoin d’argent , altéra sa monnaie de Provins; ce qui donna lieu à ce quatrain :

L’an mille deux cent vingt-quatre,

Thibaut fit sa monnaie abattre ,

La vieille monnaie de Provins ,

Où l’on boit souvent de bon vin.

Un plaisant de ce temps ajouta le vers suivant ;

Qnand on le lait venir de loin (1).

M. Tarbé, de Sens, qui s’est beaucoup occupé de recherches historiques, m’écrivit (24 octobre 1820) qu’on venait de trouver à Sens, dans des démolitions, deux pièces de monnaie d’argent, frappées à Provins, dont l’une porte, d’un coté, Theobal. Cornes, et, de l’autre, CastrisPru- Il a bien voulu me les communiquer.

Le cabinet du roi possède plusieurs pièces de monnaie de billon frappées à Provins, et Adrien de Valois dit y avoir vu

(1)En effet tous les Briards, aujourd’hui même, ceux qui aiment le plus letir pays, avouent que le vin de leur cru est détestable. Un nouvel historien de Provins n’a pas craint de dire, page 252, que Thibaut, dans ses vers , avait chanté les çins de Pro\^ins. Nous ne savons où cet auteur a pu trouver la chanson de Thibaut qui avait rapport aux bons vins de la capitale de la Brie, mais ce (|ue nous savons, c’est qu’elle n’est pas dans le recueil qui nous reste des poésies de Thibaut.

des pièces de monnaie frappées à Provins sous Charlemagne, c’est-à-dire il y a environ mille ans.

TobieseU'Dubi, dans son Traité des Monnaies [Paris, imprimerie royale, tome 2), cite sept pièces de monnaie des comtes Thibaut, frappées à Provins, avec les légendes : Theobaldus cornes et castis Priivini , désignées sous les noms de Denier de billon pesant dix grains, et d’Oboles.

Il n’est pas possible, est-il ajouté dans ce Traité, de distinguer auquel des cinq Thibaut, comtes de Champagne, appartiennent les sept pièces ci^'dessus.

Tobiesen-Dubi cite encore cinq pièces de monnaie frappées à Provins, sous les comtes Henri, avec les légendes : Henri cornes, Denier de billon, mais de types différents. On ne peut distinguer, dit-il, auquel des trois Henri appartiennent ces pièces.

Cet auteur ajoute : « H y avait autrefois à Provins une <( manufacture d’étoffe de laine dont les Romains faisaient tous « les ans des achats considérables, et dont on vantait la beauté c( et la finesse. Les marchands de Provins, portant à Rome « leurs draps, stipulaient, dans leurs factures, le prix en « monnaie de Provins. C’était pour la facilité de ce cornet merce que le Sénat romain frappait des monnaies sem— « blahlesà celles des comtes, et qui ne se distinguaient que « parleurs légendes et par le monogramme S. [Senaius). <r On lisait, d’un côté, S. R., et au revers, Roma capiit « miindi. »

L’Italien Muratori, dans sa dissertation, dit que les monnaies frappées à Provins s’appelaient simplement sols provinois , et celles frappées à Rome , sols provinois du Sénat (1).

Nous empruntons à rilistoirc du Luxembourg, par

M. Désiîrt, président du tribunal de première instance de Luxembourg (2), les citations suivantes:

Dans les 12% 15^ et 14* siècles, les comtes de Luxembourg et de Bar, et ceux de Brie et de Champagne formaient des alliances de familles très étroites; ils se soutenaient réciproquement dans leurs guerres et entreprises ; ces relations en amenaient d’autres, surtout en fait de commerce; de sorte que la monnaie de Provins était commune à Luxembourg, et que l’on comptait particulièrement en livres de Provins. En voici quelques exemples:

En 120î), Thibaut P% comte de Luxembourg et de Bar, lit un accord avec le seigneur de Saint-Dizier^ par lequel celui-ci accorde aux individus qui voudront s’établir à Bourmont la faculté de le faire, en payant à leur entrée cinq

(1) Cette uniformité clans la fabrication et le titre entre la monnaie de Rome et celle de Provins prouve l’importance des relations qu’entretenaient ces deux villes. On a vu plus haut que Louis X avait réglé qu’il ne percevrait que deux deniers par livre sur les Italiens dans les foires de Champagne et de Brie , tandis cjue dans les autres foires il serait perçu sur eux cjnatre deniers par livres. Jl fallait que les Ualiens fissent un grand commerce à Provins pour cju’un roi aussi avide d’impôts que Louis X vouhit consentir à baisser la contribution des Italiens, dans les foires de Champagne et de Brie, au-dessous de ce c^u’elle était ailleurs.

(2) M. Desert est né à Provins ; il y a fait ses études. D’abord il embrassa 1 état ecclesiasticjue, mais la révolution en lit un .soldat. Lors de la prise de Luxembourg, il fut nommé juge du tribunal français c|ui y fut c tabli.A la paix, cjuoique Français, il fut

eontinué juge, et ensuite nommé président du tribunal : ce qui fait son éloge.

sols, monnaie de Provins, et cinq autres, chaque année ; il fixa aussi les amendes pour batterie à cinq sols, sans eifusion de sang, et à quinze sols, quand il y avait du sang répandu. [Histoire du Luxembourg, tome 4% page 105.)

En Tannée E262, dans un traité survenu entre le comte de Bar et celui du Luxembourg, le premier s’oblige à payer 7,500 livres de Provins. [Tome 4% page 140.)

En Tan 1263, le grand-maître des Templiers fit un accord avec le comte et la comtesse de Vienven, province du Luxembourg, lesquels pourront faire bâtir une église, à condition de donner tous les ans au commandant de la chevalerie des Templiers soixante sols provinciens. [Tome 5% page 147).

En Tan 1268, saint Louis , arbitre-constitué entre le roi de Navarre, comte de Brie et de Champagne, et le comte et la comtesse de Luxembourg, régla que ces derniers paieraient, ou plutôt rembourseraient au comte de Luxembourg et de Bar 7,000 livres, monnaie forte de Provins, {Même tome, page 169.)

En 1227, on battait, à la Monnaie de Provins, des florins à TAgnelet, ainsi nommés parce qu’ils représentaient Tagneau pascal. Ils valaient vingt-un sous trois deniers, et étaient d’or pur. On a trouvé, en 1821 , dans la cave de l’ancienne maison, au coin de la rue Syrurgues et de celle du Pont-Pigy, plusieurs pièces d’or anciennes, parmi lesquelles il y avait des florins â TAgnelet, qui se fabriquaient à Provins; l’agneau était surmonté d’une croix. (Voyez page 118.)

Dans une ordonnance du roi Charles IV, relative aux habitants de Clermont, il est dit article premier : Chaque bourgeois et bourgeoise de Clermont paiera aux seigneurs du lieu une redevance annuelle de 5 sols de Provins. Le dernier article porte : Toutes les amendes se paieront en monnaie forte (le Provins.

Cette monnaie, qui était recherchée par toute l’Europe, était donc d’un titre incontestable et d’un poids sincère. Beau privilège, au milieu des désordres et des altérations d’espèces du moyen-âge!

Le caractère des Provinois a beaucoup de rapport avec l’ancienne monnaie de leur ville. Leur probité les rendaient et les rend encore un des })euples les plus estimables de l’ancienne et la nouvelle France. Les Provinois réunissent des mœurs très sociables à beaucoup d’esprit naturel. Ils ont plus de moyens intellectuels que d’activité pour les faire valoir. Amateurs du repos et de la vie facile, ils recherchent la joie et le plaisir (I ).

(1) Un nouvel historien de Provins a trouvé l’explication de l’apathie du caractèi e provinois. C’est ])rohablenie7it â influence monacale^ dit- il, que les habitants doii^eni leurs habitudes tranquilles. Si les Provinois avaient, eu un caractère remuant et actif, l’auteur de la nouvelle histoire en atirait trouvé l’explication dans le grand commerce que lit auti efois Provins. Il faut avouer qu’il y a des honinie-; doués d’une pénétration qui vous confond 1

A[)iès avoir donné une si belle raison de l’apathie provinoise, l’auteur ajoute , par uniî transition très naturelle et fort bien amenée: Cependant, au \\\C S'ccle^ Provins produisit un renégat. . . .

Ce nouvel hi.storicn scm!)!e dire : * L’influence du clergé était t tout dans Provins; cependant jsaint Louis rencontra en c Orient un Saria/in (jui n’était autre qu’un Provinois qui

Dans les temps reculés, le goût de l’instruction devait être répandu à Provins. Dans le xii® siècle, Abeilard y fit beaucoup de prosélytes , et at(ira un grand concours à ses leçons. On a fait monter le nombre de ses auditeurs à trois mille. Il faut ajouter qu’il y avait encore avant lui d’autres maîtres à Provins qui enseignaient les sciences et dont la jalousie ne put supporter la présence d’ Abeilard.

Nous avons dit que des savants et des beaux esprits se réu-* nissaient à la cour des comtes de Champagne , une des plus spirituelles et des plus galantes du moyen-âge.

Le grand nombre d’ecclésiastiques qui, de tout temps, se trouvaient à Provins, entretenaient le goût des sciences et des belles-lettres. Les Bénédictins enseignaient les principes de la langue latine. Le collège avait six professeurs (sans compter le supérieur et le préfet des classes) pour les humanités, la rhétorique et la philosophie. Il y avait encore un cours de théologie à Saint-Jacques, indépendamment de sa riche et nombreuse bibliothèque. Tous ces établissements

€ s’était l'ail Turc.» —Et nous disons ; heureux ceux qui voient de la liaison entre ces idées , heureux ceux qui ne s’aperçoivent pas de l’incohérence de leurs raisonnements. Le nouvel historien a rangé celte anecdote, déjà citée par M. Opoix, dans un chapitre intitulé : Détails de mœurs. Est-il possible de prendre un lait isolé pour le rapporter aux moeurs d’une ville qui doivent toujours être esquissées d’un point de vue général? Pourquoi aussi à propos de détails de mœurs relatifs à Provins, aux habitants de Provins, raconter l’histoire scandaleuse des Cordeliers et des Cordelières? est-ce que ces deux couvents étaient à eux seuls les habitants de Provins? Ecrire a'insi l’histoire, c’est faire comme un homme qui ramasserait dans la Gazette des Tribimaux ce qu’il y a de plus scandaleux pour en tracer une histoire des mœurs de notre époque.

gratuits se sont conservés jusqu’à l’époque de la révolu tion.

On lit, dans les Annales Historiques de Provins, tome II , page 257, qu'au commencement du dix-septième siécle il y avait à Provins une sorte d’académie, ou réunion de savants, de beaux-esprits et de poètes, au nombre desquels Christophe Lauret est nommé le premier. Il est dit de plus que les pièces de vers qui sont à la tète de l’ouvrage de Lauret sont de cette société; il s’en trouve encore, nous dit-on, dans un recueil imprimé à Provins, en l’an 1602, chez Jacques Roussin. Bernard Lelleron, qui, comme nous l’avons dit, a fait un poème en six chants, sur la vie de saint Ayoul, et composé des vers à la louange de Christophe Lauret, était de cette société de gens de lettres.

L’esprit provinois s’est encore montré dans ces derniers temps. On a vu à Provins, pendant les quinze ou seize années avant la révolution, une société instruite et joyeuse, quoique composée de gens d’un état grave et sérieux, s’occupant, dans leurs réunions aimables, de chansons et autres bagatelles: ce qui leur valut le nom de Lanterniers ; mais il y avait temps pour tout, et celui de travailler à se rendre utiles à leurs concitoyens avait son tour. On leur doit les almanachs de Provins pour les années 1780 et 1781 (1). On y trouve quelques dissertations intéressantes, et quelques

pièces de vers qui ont rapport au pays. Ces almanachs sont curieux encore pour ceux ([ui désirent connaître quel était alors l’état civil et ecclésiastique de Provins , état qui ne ressemble en rien à ce qui existe aujourd’hui.

(i ) Un trait de ressemblance deCliristophe Lauret avec le Christophe moderne, c’est que celui-ci , membre de celte dernière société, n’en était pas le moins actif.

On leur doit encore l’institution des réverbères. Ils placèrent, à leurs frais, dans la place du Val, le premier réverbère qu’on ait vu à Provins, ils sollicitèrent quelques personnes aisées de les seconder, et le même hiver ils établirent douze réverbères dans la ville.

Les brevets de réception dans cette société étaient en vers ordinairement burlesques, et offraient les caricatures plaisantes des récipiendaires. On a conservé quelques-uns de ces brevets, ainsi que les statuts de la société, et quelques pièces de vers dans le genre, et qui respirent une franche gaîté. Il s’en trouve aussi dans les almanachs de Provins, dont nous avons parlé. Quatre fois l’année, il y avait un banquet où les dames étaient invitées.

Dans la tourmente révolutionnaire, la ville de Provins a été une des plus calmes; elle a eu sa société populaire, comme il y en avait sur tous les points de la France; mais, grâce aux mœurs douces de ses habitants et à leur peu de tendance aux passions violentes, elle sut se garantir des excès qui accompagnent trop souvent les révolutions; il n’y eut pas à Provins une seule victime. Il faut dire aussi que le député de cette ville, à la Convention, dans sa correspondance avec la société populaire, était loin d’exalter les têtes et de provoquer à des dénonciations presque toujours funestes à ceux qui en étaient l’objet. Il s’est fait connaître dans son poste périlleux par des opinions politiques modérées, et il fut delà minorité qui, par ses votes, chercha à sauver la vie de Louis XVI (i). (Voy. la préface du Traité des Eaux minérales de Provins).

(1) Les intentions de l’honorable M. Opoix sont ici clairement expliquées par Ini-mênie. Sa conduite à la Convention fut celle

CoRDiaiEiis (les). L’élablissement du coiiveni des Cordeliers, à Provins, date du xm® siècle ; voici ce qu’on en sait : « L’an 1258, mourut, à Provins, Marguerite de Bour- (( bon , comtesse de Champagne et reine de Navarre. Son <( corps fut porté à Clairvaux. Dans le nécrologue des Cor- (T deliers de Provins, se trouve son épitaphe et son éloge; c( cotte éj)itaphc tinit ainsi... qiiœ fuit sponsa primi fiui'- « datons luij us ecclesiœ ; cum beatls regnet. (Voyez « pag. 93). »

L’église des Cordeliers était très vaste; on y remarquait de belles sculptures; et un tableau d’autel de Stella, représentant Jésus préclu’înt dans le temple. (Voyez Snint-Ayoul et objets d'art.) Thibaut VI, à son retour de la Terre- Sainte, partagea un morceau de la vraie croix dont il donna une partie à l’église des Cordeliers, et l’autre à celle de Sainte-Croix. Ce fut dans leur église que Louis XIV entendit la messe en allant faire la conquête de la Franche- Comté.

Ces moines, dans le xvii® siècle, donnèrent à toute la ville de Provins le spectacle d’une suite de scènes scandaleuses dont on n’a |)as d’exemple, et qui eurent lieu pendant de longues années dans le monastère des Cordelières, dont

d’un républicain et d’iui ami de l’humanilo. vSavoir conserver son intégrité , aux époques orageuses , au point que ni républicains ni royalistes ne puissent improuver la conduite qu’on a tenue , obéir à un sentiment généieux au milieu des vociférations de la vengeance, n’est-ce pas le signe d’un de ces caractères fortement trenq^ésqui commandent le respect? Ceux qui s’atlaquent k de tels hommes font assez voir qu’ils sont envieux ou qu’ils sont insensibles à ce qui est réputé généreux et beau dans l’opinion publique.

iis avaient perverti les religieuses. Nous allons en parler dan s l’article suivant.

Cordelières (les). Elles habitaient le monastère du Mont-Sainte-Catherine, aujourd’hui et depuis 1748, l’hôpital général. Je rapporterai, quoique j’en aie déjà parlé pag. 93, ce que dit sur son origiue et sa fondation le factum des dames Cordelières, duquel nous allons nous occuper.

« Le monastère du Mont-Sainte-Catherine de Provins fut (( fondé, en 1237, par Thibaut VI, roi de Navarre et comte « de Brie et Champagne. La tradition de ce monastère « porte que ce prince le fit bâtir en l’honneur de Sainte- «î Catherine, ensuite d’une vision qu’il eut dans son châ- « teau de Provins, d’où il vit, à plusieurs nuits différentes, sur la montagne au nord de son palais, et au lieu où fut c( le monastère, une clarté lumineuse, au milieu de laquelle <r il aperçut une dame d’une extrême beauté qui , de la pointe de son épée, traçait le circuit de cette maison. Ce « prince, qui avait beaucoup de dévotion à Sainte-Gathe- «( rine, crut que c’était elle qui lui marquait le lieu où Dieu <c voulait être servi, sous ces auspices. Il prit donc la réso- (T lution d’y faire bâtir un monastère de filles; de le fonder « et d’y mettre celle de Saint-Claire, qui vivait encore. Les « saintes filles demeurèrent dans son palais de Provins l’es- <( pace de quatre années, pendant lesquelles le monastère « ayant été achevé, elles en prirent possession. Après la « mort de Thibaut YI, son cœur fut déposé dans ce monasc( tère.

«T hibaut VII lui ayant succédé n’eut pasmoins d’afîèction c( pour ce monastère que son père, il fit de grands dons à « ces fdles, et leur accorda de grands privilèges pour le droit

« qu’elles percevaient sur le marché au poisson. (Voyez c( Maùivée, »

Ce monastère essuya plusieurs incendies. L’église fut brûlée par les Anglais. Ce fut dans ce monastère qu’Henri IV, ainsi qu’on l’a vu, établit son quartier-général lorsqu’il vint faire, pour la seconde fois, le siège de Provins. Les religieuses ayant été transportées ailleurs, on établit dans cette maison l’hôpital général. (Voyez ce mot.) Nous allons rapporter les scènes scandaleuses et malheureusement trop connues, qui eurent lieu dans le monastère des dames Cordelières, au milieu du dix-septième siècle (1).

Factum DES Dames Cordelières, contre les Cordeliers de Provins, Par ce factum adressé au parlement de Paris, la portion la pins estimable des religieuses de cette abbaye demande d’étre soustraite, tant au spirituel qu’au temporel, de la direction et administration des Pères Cordeliers, et d’être soumise à celle de l’archevêque de Sens.

Pour appuyer leur demande, elles exposent, dans ce factum, le libertinage effréné que les Cordeliers avaient introduit dans leur monastère depuis beaucoup d’années ; ce qui

(1) La dissolution des mœurs monacales était chose connue. La plupart des couvents, tant d’hommes que de fdles, étaient plongés dans d’affreux désordres. Parmi tant de faits scandaleux, nous n’en citerons que deux. Voici ce qu’on lit dans V Essai sur V Esprit et les Mœurs des nations , par Voltaire, chap. CXXXIII.

< ... Après qu’on eut aboli les couvents dans Genève, on trout va des chemins secrets qui donnaient entrée aux Cordeliers tf dans des couvents de filles. On découvrit à Lauzanne , dans la c chapelle de l’évêque , derrière l’autel , une petite porte qui « conduisait par un chemin souterrain chez des religieuses du € voisinage ; et cette porte existe encore. »

Voyez, dans l’Histoire de Port-Royal par le pudique Racine,

le prouve, c’est qu’il est dit, dans le factum, que la licence du père N... avec la mère N... a été depuis trente-huit ans le scandale de tout Provins.

Sans doute il est pénible de retracer une telle dépravation de mœurs dans l’état religieux ; mais ce procès ayant eu la plus grande publicité par le factum imprimé , dont plusieurs exemplaires existent encore à Provins ; le parlement de Paris et celui de Rouen s’étant successivement trouvés investis de cette affaire ; la reine elle-même, qui en eut connaissance, s’y étant intéressée, et M. Dulaure, dans un supplément à Phistoire de Paris, rapportant très au long les faits scandaleux contenus dans ce factum ; enfin la ville de Provins ayant eu pendant tant d’années ces désordres sous les yeux, ils deviennent une partie intégrante de l’histoire de Provins. Seu*^ lement j’omettrai plusieurs citations du Factum.

Les Pères Cordeliers, y est-il dit, parlaient d’amour aux religieuses jusque dans le tribunal de la pénitence. Une d’elles vient s’accuser de ses péchés ; le confesseur lui dit : Mon cœur, accusez-vous de vos rigueurs. Ils faisaient tout ce qui peut allumer le feu des passions pour satisfaire leur lubricité ; toute pudeur était bannie. Un d’entr’eux, devant une bonne compagnie, dit à une religieuse qui lui refusai t quelques faveurs, qu’elle devait savoir que, depuis la ceinture jusqu’au haut, tout appartenait tellement à un bon ami, qu’on ne devait lui en refuser ni la vue, ni l’attouchement.

le désordre dans lequel vivaient les religieuses de ce monastère, avant que la sœur du fameux Arnault en fût la Mère.

Voyez aussi ce que dit Dulaure sur les religieuses du Val-de- Grâce, que le lieutenant de police avait su changer en sérail à son usage.

Une leçon qu’ils donnaient aux religieuses était que le sein, la bouche et la main devaient être à un ami.

Les Cordeliers s’insinuèrent dans les cellules, si ce n’était pas toujours par les portes, au moins avec le secours des échelles, de cordes et de corbeilles. Il est question de travestissements de Cordeliers en religieuses, et de celles-ci en religieux ; de chansons les plus déshonnêtes, de danses, de festins, de cadeaux de rubans, etc. ; enfin d’actions extrêmement condamnables, comme celle qui eut lieu un vendredisaint, où on fit violence à une novice sur les marches de l’autel.

On cite dans le Factum beaucoup de lettres très passionnées, et quelquefois peu décentes, écrites aux religieuses par les moines. Dans une de ces lettres, nos eaux minérales y figurent ; voici ce qu’on y trouve... « Quoique mon cœur « nage dans l’eau, et par les bains et par les eaux minérales <r que je bois, je ne sens point qu’elles aient amorti la moin- « dre étincelle des leux que le vôtre y a puissamment allume mes. »

Dans une autre, on lit : Si Ja froidure vous a empêché d écrire, qu importe ; pourvu qu’elle ne soit point au coeur r pour moi, je n’ai jamais froid aux parties cachées...

Ln taisant le récit de ces saturnales et de ce cynisme monacal, dont nous avons encore plusieurs traits à citer, on aime à retrouver, dans quelques-unes de ces lettres, parmi des expressions passionnées, de la grûce, du sentiment et de la délicatesse. Un religieux, dans une lettre à son amie, lui dit, en finissant: « Dites la vérité; elle vous ressemble: « comme vous, elle est plus belle quand elle est nue. » C’est sans doute déplacé ; mais on ne peut pas dire quelque chose déplus flatteur pour une femme.

âOO

Nous finissons par citer la lettre d’un de ces moines, écrite à une religieuse, sous le nom de Mélite. Elle est terminée par les vers suivants à qui l’auteur est censé adresser la parole :

Partez : osez vous hasarder ;

Allez, faibles enfants d'un coeur plein de tendresse.

Si mon adorable maîtresse,

Si Mélite , à l’abord daigne vous regarder,

Votre bonheur, digne d’envie,

Excitera ma jalousie.

Quel prix pour un amant qu’un regard de ses yeux !...

Dites-îui seulement que je suis tout en elle ,

Et jurez-lui , pour moi , par le plus grand des dieux ,

Que je serai constant tout autant qu’elle est belle.

Cette fin est charmante. Il faut observer que ces vers ont été faits avant que Boileau et Racine eussent rien écrit.

Il faut citer un singulier usage qui avait lieu dans ce mélange monstrueux de religieux et de religieuses, et dont on ne se ferait pas d’idée. Je veux parler des mariages qui se contractaient , dans cette maison , entre religieux et religieuses , avec toutes les cérémonies requises et usitées dans les mariages des séculiers. Voici ce que dit le factum, page 125 : « Les Cordeliers avaient soin de faire qu’il n’y eût « pas une seule, dans la maison, qui, dès son noviciat, c’est- « à-dire dans un âge et dans un temps où elle n’osait leur « résister, n’eût quelque Cordelier pour ami particulier, et « avec qui elle ne contractât une alliance intime ; ce qui se « faisait avec toutes les solennités possibles, devant se traiter <r dans la suite comme maris et femmes, selon l’ordre établi « par eux dans le monastère... On faisait des épreuves d’ac( mitié, des demandes, des conventions. On prenait jour

i( pour dresser les articles, faire les fiançailles, enfin les <r noces. »

Voici le détail d’une de ces noces, page 126 ; on n’y croirait pas si ce n’était extrait d’un Factum présenté au parlement et à la reine :

« Une sœur, après avoir été recherchée par le père... à c( présent gardien de. , . ; on lit les solennités de leür mariage.

« Un Gordelier fit la demande à madame l’abbesse qui pas- « sait pour la mère de la sœur. Le père... servit de notaire « pour le contrat. On publia des bans. Le père... servit de « curé ; il les maria en faisant dire les mêmes paroles, et fai- « saut de son côté les mêmes prières et les mêmes cérémo- « nies dont on use dans les véritables mariages. On donna « la bague qui fut mise au doigt de l’épouse. Une sœur, « déguisée en cordelier, leur fit une exhortation sur les de- « voirs du mariage, et ils furent renvoyés ensuite seul et « seule à un autre parloir, pour consommer le mariage. ^

c( Les confesseurs s’amusaient à caresser les pension-

« naires (ju’on leur envoyait pour les instruire à la sainte com- « munion, et à leur faire toutes sortes de contes ridicules. c( Quand, par occasion, elles sortaient et allaient vers ces « pères, ils avaient avec elles toutes sortes de privautés mal « séantes... afin de se les rendre ensuite plus complai- « santés .

« Je puis dire comme en ayant une connaissance assurée, « dit une religieuse, que trois novices prêtes à faire profes— « sion, ayant été vers le père N... confesseur, pour être in- « struites à cette sainte action, il leur lit cent cajoleries, leur « donna à chacune un gage de son amitié, les obligeant de (( le porter sur elles, leur conseilla lort de prendre de bons « amis, leur disant que cela était commode pour eux, les

a exemptant AUitiev aux cabarets^ et divertissant pour elles <a leur faisant passer agréablement le temps.

c( Ce qui causera encore de la surprise , c’est ce que dit le factum, page 155 : <l Ce ne sont pas de simples particuliers» tf ni des Cordeliers du commun qui ont commis dans cette c( maison tous ces horribles désordres que Ton a rapportés ; « ce sont les visiteurs, les vicaires, les provinciaux, les corn*c( missaires généraux, leurs secrétaires, les gardiens, les doc- « leurs, les bacheliers de l’ordre, les plus célèbres de leurs prédicateurs, qui ont fait naître tous ces désordres, les ont « favorisés, etc. » En voici une preuve entr’autres :

« Une religieuse avait pris en dégoût ces commerces, et <( saisit occasion de rompre celui qu’elle avait avec un de ces <i pères. Le père provincial en prit connaissance, et s’y inté- « ressa de telle sorte que, dans sa visite, il lui persuada de « renouer cette amitié; il s’informa des autres amis qu’elle <t avait , et lui dit que ce n’était pas assez de les voir une « fois la semaine, qu’il lui en permettait du moins deux <i fois. j> (Voyez page 156 Au Factum.)

Il est impossible de remonter au commencement des désordres qui régnèrent dans cette maison. On sait, par le factum, que madame d’Ossonville en fut abbesse pendant 40 ans ; qu’elle mourut en 1636. Elle entra donc dans cette maison en 1596; et il est dit qu’elle trouva la maison dans d’horribles débordements causés par la conduite des Cordeliers, et que le désordre augmenta à sa mort. Il ne cessa qu’en 1665, où l’archevêque de Sens, sur l’autorisation du parlement, ordonna aux Cordeliers de ne faire aucune fonction dans la maison sans ses ordres.

Ainsi, de 1596 à 1665, il y a 69 ans, et les religieux les passèrent dans le libertinage.

On SC doute bien que de ces cominerces habituels , et si longtemps continués entre religieux et religieuses , il a dû en résulter des naissances dont on se serait bien passé. Le factum en parle , page , et aussi des artifices criminels qu’employaient les Cordeliers pour en dérober la connaissance. (l)

La bibliothèque de l’Arsenal possède quatre éditions différentes de ce Fcictuïii. L’édition la plus estimée est un volume petit in— 12, de 210 pages, sans la table; impression de Doregnal, Hollande, Elzévirs, 1679

En marge de l’exemplaire de la reine , à la bibliothèque de l’Arsenal, M. le marquis de Paulmy d’Argenson , ministre d’état, a écrit: « Le Factum pour les religieuses de c( Sainte-Catherine de Provins, en 1668, in-4“ , réim- « primé en 1679, in-12, est rare; on l’attribue à Alexan- (( dre Varet , grand vicaire de Louis-Henri de Gondrin , « archevêque de Sens. »

M. Ythier , doyen du chapitre de Saint-Quiriace de Provins, observe, dans ses recueils manuscrits, que le Factum in-8®, imprimé à Doregnal, est beaucoup plus satirique que celui qui est in-l6,* qu’il renferme des choses horriblement scandaleuses. Cet in 8® est de 545 pages , sans les tables; il renferme le Factum et la réponse des Cordeliers.

On est sans doute étonné que ce Euefum, qui contient des faits horriblement scandaleux, ait été imprimé plusieurs fois, et (ju’une bibliothèque royale en contienne quatre édi-

(1) Il est dit , dans ce Factum, qu’on a supprimé des choses que notre langue est trop chaste pour pouvoir exprimer.

Les Cordeliers de Catalogne, du bon La Fontaine, c est un conte; les Cordeliers de Provins, c’est un fait.

lions, avec l’exemplaire de la reine, écrit avec luxe. Ce Factum a donc été répandu avec profusion , et on ne le conserve, sans doute , avec tant de soin , que comme un fait sans exemple et un monument historique qui donne la connaissance des mœurs du temps. La réponse des Cordeliers, dont nous donnerons un extrait , fait voir que la licence régnait aussi dans les rangs les plus élevés de l’état ecclésiastique. Voici comment elle est intitulée : Toilette de mon>-* seigneur V Archevêque de SenSf en réponse au Factum, Les Cordeliers , dans leur réponse, attribuent le Factum à monseigneur l’Archevêque de Sens , dans l’intention de s’emparer de la direction, tant au spirituel qu’au temporel , du monastère des dames Cordelières. Ils établissent d’abord leurs droits sur cette maison religieuse. Ils se plaignent amèrement du Factum, nient les faits; mais ils ne se justifient sur aucun. Ensuite , pour se venger de monseigneur l’Archevêque, ils dévoilent sa conduite scandaleuse; ils disent que sa toilette est couverte de lettres tendres , pressantes , que lui écrivent de bonnes amies. On lui reproche son manque de parole ; mais il ne peut tenir toutes celles qu’il donne. Il va la nuit en bonnes fortunes : dans une de ses courses nocturnes il est poursuivi, maltraité ; il se réfugie chez madame ^ qui le console agréablement de sa mésaventure. L’édition de Doregnal [Hollande) rapporte plusieurs de ces lettres galantes. Nous nous abstenons de les citer, pour ne pas choquer les personnes scrupuleuses.

La réponse au Factum , ou Toilette de monseigneur l* Arehevêque , est de Jean Burlegay, gardien des Capucins de Provins.

Les Cordeliers ont mis dans leur réponse ce mauvais jeu de mots ;

Quoique ce grand prélat ait l’église de Sens,

Sa conduite a prouve qu’il a bien peu de sens (1).

Que le lecteur nous permette quelques reflexions à propos de la conduite des Cordelières de Provins. Sans doute des religieux qui ont fait voeu de chasteté sont coupables, aux yeux delà religion, de rompre des engagements pris avec tant de solennité. Mais, il faut bien le dire, la philosophie et l’humanité regardent ces désordres (blâmables sans contredit) avec beaucoup d’indulgence.

Autrefois les anachorètes, pour mortifier leur chair révoltée, s’imposaient les jeunes les plus pénibles, les fatigues les plus grandes; qiielques-’Uns même se couchaient sur des épines. Quelque sévères qu’aient été les règles des couvents, elles n’ont jamais approché de la rigueur cruelle des mortifications des premiers Solitaires ; d ailleurs ces règles tombaient peu à peu en désuétude, et les moines s’abandonnaient à ce penchant si naturel à 1 homme, de se rendre la

vie aussi douce que possible. ^

Ceux qui attachent une grande importance à la chasteté

du clergé, doivent éprouver de pénibles désenchantements

(1) Les mœurs des hauts dignitaires de l’Eglise n’étaient pas meilleuresau xvii' siècle qu’auparavant. Richelieu avait des maîtresses; le cardinal de Retz a pris la peine de nous raconter luimême ses amours. Le commerce de 1 archevêque de Paiis, Har ai

de Chamvalon, avec madame de Lesdiguières, était connu de tout

Paris. Le cardinal Mazarin passa pour l’amant de sa souveraine. Sous Louis XV, le nombre des prélats qui, au lieu de résider dans leurs diocèses, venaient étaler leur luxe et menei joyeuse vie Versailles, était fort grand. Les rapports de la police secrete que le libidineux monarque, Louis XV , laisait niettie legu lerement toutes les semaines sous ses yeux, renfermaient les details les plus scandaleux sur la conduite du clergé d alors.

en parcourant Fhistoire. Jamais le clergé, tant séculier que régulier, u’eut ce qu’on appelle des mœurs. Dès que ce corps, devenu si important dans l’état, eut des richesses, il se donna toutes les jouissances du luxe : la table, le faste, les femmes. Les prélats ne craignaient pas de se montrer en public avec leurs concubines. Déjà sous Charlemagne, nous voyons des 3Iissi Bomînici envoyés de tous côtés pour réformer les mœurs du clergé, et pour empêcher ses dilapidations. Le territoire senonais, entre autres, estcompris dans les pays où se rendirent les envoyés impériaux.

L’histoire du clergé, surtout celle des moines, ne retentit à chaque instant que de réclamations contre les mœurs ecclésiastiques. On remarque une lutte perpétuelle entre les membres du clergé qui veulent suivre la règle évangélique dans toute sa pureté, et ceux qui veulent y mêler les plaisirs et les divertissements du siècle.

Cette lutte était inévitable : les vœux des moines étaient en contradiction llagrante avec la nature humaine; et quelle force de volonté ne fallait-il pas pour dominer les penchants sur lesquels la nature fonda la conservation de l’espèce? La force dans la volonté n’est que le partage de quelques hommes : le plus grand nombre faiblit.

Et d’ailleurs, pourquoi tant de jeunes hommes s’enfermaient-ils dans les couvents? le savaient-ils eux-mêmes? concevaient-ils la portée des vœux qu’ils fesaient? Au lieu c{ue certains hommes, fatigués de la vie ou épuisés par les chagrins, allaient demander du repos pour leurs corps usés et flétris, des jeunes gens entraient dans le cloître, avec des sens d’autant plus inllammables, qu’ils étaient neufs! C’étaient ceux-là qui avaient de rudes combats à livrer! Entendez l’auteur de I’imitation du christ ; il convient lui-même,

que, dans la vie monacale, personne n’est assez parfait ni assez saint pour etre exempt de tentations. IS’emo tant perfectus est et sanctiis, qui non habeat aliquandà tentationes; et plenè eis carere non possumus. Malheur à ceux qui veulent méconnaître les droits imprescriptibles de la nature ! ils deviennent plus fragiles que les autres ! N’aurait-on pas du ne recevoir dans les monastères que des hommes d’un Age mûr et expérimentés à gouverner leurs passions? Quoi, vous voulez que de jeunes sujets conservent leur chasteté, lorsque le couvent touche aux maisons des laïques, lorsqu’il est englobé dans la ville qui mène joyeuse vie? Vous voulez qu’une matière inflammable ne prenne pas feuàcôtédufeu? Bien plus, des religieux, par exemple les Cordeliers deProvins, sont chargés de la direction d’un couvent de eligieuses, et l’on voudrait ([u’il n’en résuUcït pas ce qui en est ésultél Je ne sais plus quel saint raconte, qu’étant troublé e soir par la vue d’une femme qui logeait en face de chez ui, et qui lui paraissait beaucoup plus belle à la lumière, il fut obligé de changer de demeure pour n’étre plus exposé aux tentations. Et ce saint touchait à la vieillesse. Comment les Cordeliers de Provins , qui se trouvaient tous les jours en contact avec des religieuses, (pii les écoutaient au confessionnal dans cette ombre et ce demi -silence si persuasif et si tentateur, lorsque le cœur est disposé à la tendresse ; eomment ces religieux, repus de bien-être, égayés par leur oisiveté, auraient-ils été insensibles à la vue de ces fraîches et calmes beautés que recélait le cloître des Cordelières? Les Cordeliers apprirent aux religieuses à se repentir d’un serment téméraire dont ils se repentaient eux-mémes au fond du cœur. Il eiït fallut que ces êtres eussent été des anges pour ne pas céder à l’entraînement des sens. L’oisiveté, la

paix des couvents est favorable aux développements des penchants affectueux, surtout chez les femmes; et certes, bien des religieuses, en aimant l’époux céleste, n’ont fait que donner le change à leurs vagues ardeurs. Voyez le tableau de Delahyre représentant Jésus apparaissant aux trois Maries; quelle volupté dans l’empressement que ces femmes mettent à toucher les pieds du Christ, radieux de beauté et de gloire! Ainsi est faite la nature humaine. Pourtant nous avons trop bonne opinion de la délicatesse des femmes pour ne pas croire que les Cordeliers eurent à combattre des résistances de la part des religieuses. Il n’est pas dans la nature des femmes de s’abandonner tout-à-coup à la débauche. Les Cordelières durent éprouver des sentiments d’affection ; cetamour ne fut pas exempt des inquiétudes d’une conscience timorée. Aimer était doux pour elles; mais Dieu n’était-il pas offensé? Les mariages dont nous parle le Factum furent probablement imaginés pour couvrir la faute des religieuses à leurs propres yeux, et pour assurer à tel ou tel la possession exclusive de telle ou telle : ce qui annonce encore une certaine délicatesse dans le désordre môme.

Chose étrange! ces religieux avaient transformé leurs couvents en lieux de délices; et, où régnait la vertu^ ils fi-rent régner le plaisir. Qui l’aurait cru alors? Tandis que les bons habitants de Provins croyaient les religieux courbés sous le fouet des macérations ou étendues sur leurs dures couches, ces murs épais abritaient les voluptueuses fêtes des filles du Christ! Les amants, sous la bure et sous la guimpe, erraient dans les allées du jardin et du verger entrelacés dans les bras l’un de l’autre! C’était l’abbaye de Thélôme du bon Rabelais! Ce que le joyeux curé de Meudon avait rêvé, les Cordeliers de Provins l’avaient réalisé !

Les Cordelières, devenues femmes du monde dans le cloître môme, et animées du désir de plaire^ devaient s’efforcer de transformer leur sévère costume en Instrument de coquetterie. Peut-être laissaient-elles glisser dans un coin du bandeau une mèche de cheveux bruns que le ciseau fatal avait oubliée. Peut^-étre les longs cheveux des jeunes novices avaient-ils pour les Cordeliers un attrait que nous ne pouvons apprécier.

Oui, quelque part, j’ai lu qu’il ne faut pas Aux fronts voilés des miroirs moins fidèles Qu’aux fronts ornés de pompons et dentelles.

Ainsi qu’il est pour le monde et les cours Un art , un goût de modes et d’alours ,

Il est aussi des modes pour le voile.

Il est un art de donner d’heureux tours A l’étamine , à la plus simple toile ;

Souvent l’essaini des folâtres amours ,

Essaim qui sait franchir grilles et tours,

Donne aux bandeaux une grâce piquante ,

Un air galant à la guimpe flottante;

Enfin , avant de paraître au parloir,

On doit au moins deux coups-d’œil au miroir.

Yerveut, chant

Nous ne voulons pas pallier les fautes de ces religieux, nous les expliquons et nous cherchons à démontrer que leurs vœux étaient contradictoires avec la nature. Nous ne voulons pas non plus déguiser les scènes de débauche qui ont pu SC passer dans le couvent des Cordelières, mais que l’on remarque que ces violences furent une des causes qui portèrent les religieuses auxquelles ce commerce déplaisait à secouer le joug des Cordeliers.

CoüRTE-PiNTE. Dans les comptes delà ville, il est question d’une recette pour le droit de courte-pinte» Il est bon de donner l’explication de ce terme : la pinte, la chopine et le demi-setier étaient les mesures dont on se servait avant l’usage du litre. Il était permis à ceux qui vendaient du vin en détail de se servir de ses mesures échancrées ou coupées près de 1 anse, d’une manière déterminée ; ce qui faisait que la mesure ne s’emplissait que jusqu’à l’échancrure, d’où est venu le nom de coiirte-pinte ou pinte-coupée ; et le droit que la ville avait de percevoir, sur les aubergistes et les cabaretiers, treize sous par muid de vin vendu.

Coutumes bizarres, à Provins. Ceux qui n’ont lu l’histoire que dans les abrégés où il n’est question que des faits généraux et importants, seront étonnés des bizarreries, pour ne rien dire de plus, qui ont caractérisé les siècles qui nous ont précédés. En leur comparant cette urbanité de mœurs, cette raison éclairée, cette teinte de philosophie et ce sentiment des convenances qui ont pénétré plus ou moins dans toutes les classes de la société, on croirait que ce que nous allons raconter est étranger à la France, et n’a pu avoir lieu que dans des temps d’ignorance et de barbarie, et très éloignés de ceux où nous vivons; cependant le premier fait ridicule par lequel je vais commencer s’est passé pendant plusieurs années sous mes yeux.

Le Dragon et la Lézarde. A la procession des rogations, le sonneur du chapitre de Saint-Quiriace et celui de Notre- Dame portaient, devant la croix, au bout d’un long bâton, celui de Saint-Quiriace, un dragon de bois ayant des ailes, et celui de Notre-Dame, un autre animal qu’on appelait la lézarde; ces monstres étaient ornés de lilas et d’autres fleurs

de la saison. On disait que ces représentations rappelaient deux animaux qui avaient autrefois désolé la ville de Provins et les environs; mais ce n’est pas cela, puisque cet usage avait lieu dans d’autres villes, à Paris et ailleurs.

Lorsque les deux animaux se rencontraient dans les rues pendant la marche des deux processions, ce qui arrivait toujours, les sonneurs imitaient une espèce de combat en heurtant les deux monstres l’un contre l’autre, et, le dragon et la lézarde, avec leurs longues mâchoires mobiles et garnies de clous, s’arrachaient leurs tleurs : celui auquel il en restait moins était le vaincu. Les chanoines prenaient part à la gloire de leur animal vainqueur et chantaient victoire. Cette scène qui amusait beaucoup le peuple n’était pas la seule qui se passât à cette procession. Je supprime les autres parce que la gravité de l’histoire dédaigne des farces indécentes et puériles. Ce ne fut qu’en 176i que le dragon et la lézarde cessèrent de figurer aux processions des rogations.

Cet usage déporter des animaux aux processions était assez général; il remonte à une haute antiquité, et on ne sait pas quand il a commencé. A Paris, il a cessé en 1720; et à Troyes, en 1728. 11 est probable que Provins a été le dernier à abandonner cet usage.

On ne voit pas le rapport que ces ligures d’animaux pouvaient avoir avec le culte. Il semble que ce soit un reste des cérémonies du paganisme que la grossièreté des mœurs de nos pères mêlait avec le culte catholique. (Voyez Saint-Laurent-des-Ponts.J D’autres personnes croient que ces monstres hideux hguraient le diable et l’hérésie terrassés par l’Église. Aussi quelquefois leur faisait-on jeter du feu par la gueule pour exprimer les feux de l’enfer.

Langues de feu. Le jour de la Pentecôte, pendant l’of-

fice, on faisait tomber dans le chœur de Saint-Quiriace et de Notre-Dame du Val, par les trous qui sont aux voûtes, des étoupes de chanvre enflammées, et on lâchait un pigeon, pour figurer la descente du Saint-Esprit en langues de feu sur les apôtres rassemblés. Ceci se pratiquait aussi dans les principales villes du royaume.

Danse et Salutation, Le jour de la nativité de la Vierge, le vicaire perpétuel de Saint-Quiriace choisissait une des plus jolies filles de la paroisse, habillée tout en blanc. 11 la plaçait d’une manière apparente dans le chœur, et la saluait, en lui disant, l’antienne en français, Ave regina : je vous salue, reine; ensuite il la prenait par la main et la conduisait en chape devant le portail de l’église, et commençait la danse avec elle. Ce ne fut qu’en 1710 que le chapitre, pour obvier au scandale, à l’insolence et autres dissolutions qui en étaient la suite, lit cesser cet usage.

Danse dite de Saint - Thibaut. Cette danse avait lieu chaque année le premier juillet, jour de la fête de Saint-Thibaut, (Voyez Saint-Thibaut.) Elle se commençait à la porte de l’église du saint , et se continuait jusqu’au palais des comtes (aujourd’hui le collège). On lit, dans le Journal de Lecour, qu’en 1660 M. Passeret, alors maire, fit les frais de cette cérémonie , et distribua aux garçons et aux filles, qui avaient hguré, du pain, des cerises et une tarte. Cette danse était apparemment une manière de célébrer, par des réjouissances, la fête d’un saint du pays, et par la promenade on indiquait qu’il était de la famille des comtes. Cette danse cessa d^avoir lieu en 1670.

Danse du jour de Pâques. Cette danse, ainsi que la collation et autres divertissements qui s’ensuivaient, avait lieu dans la nef de l’église de Saint-Quiriace , le jour de

Pâques. On y distribuail du vin en chantant et en dansant. Les anciens comptes du chapitre en font foi. On lit dans celui de 1571 : Fro vino in vesperis pascliœ, ï> liv. » s.

» d.; dans celui de 1418, il est 'porté la somme de... » liv. » s. » d, ; pour hoire, Messieurs et autres, d plusieurs seigneurs et dames, et le peuple en grand nombre, après les vêpres et chansons, comme on a accoutumé de le faire tous les ans... » liv. » s. d d. ;

Dans le compte de 1456 : <r Le premier mars, jour de Pasques, pour quatorze pintes de vin, à la danse du chœur. . . > liv. » s. D d.

Dans celui de 1444 : Pour la danse du chœur, après vêpres, douze pintes devin.

Il paraît que cela n’a cessé à Provins qu’en 1564. (Voyez les Anecdotes Historiques de Provins, à la lin du tom. 5.)

Cet usage de danser, de chanter des chansons, et de hoire môme dans le chœur des églises le jour des Pâques, était très commun en France. Ce n’était pas seulement le peuple, mais les gens de distinction qui prenaient part à ces amusements. On croit que cela venait d’une mauvaise interprétation de ce verset: Venite, exsultemus et lœtemur in fiac die quant fecit Dominus,

Insectes exorcises. Le 20 mai 1699 , le chapitre de Saint-Qniriace fit une procession autour des fossés de la ville haute, et exorcisa, dans trois cantons dilférents, les écrivains qui ravageaient les vignes, et l’on vint chanter une grand’messc à Saint-Thibaut.

Pour que le blâme de ces cérémonies ridicules ne tombe pas sur le clergé de Provins seulement, mais sur l’esprit du temps, je vais en citer d’autres exemples encore plus bizarres.

L'évêque de Laon, en 1120, prononça une excommunication contre les chenilles et les mulots. [Journal de Ver^ dun, 1768.)

L’évêque de Troyes, sur la requête des habitants de Vii« lenauxe, lança une excommunication contre les écrivains. [Journal idem.)

En 1314, un procès fut fait à un taureau, par les juges du comté de Valois, pour avoir tué un homme d’un coup de corne; il fut condamné, sur la déposition des témoins, à être pendu. La sentence fut confirmée par un arrêt du parlement. (Essais sur Paris, par Saint-Foix.)

En 1512, l’évêque de Langres excommunie les souris qui ravageaient les blés.

En 1540, par sentence rendue à Dijon, un cochon fut pendu pour avoir dévoré un enfant. [Histoire de Dijon.)

En 1 560, il fut décidé dans la même ville que , pour remédier auxdégâts que la vermine causait dans les vignes, on ferait une procession générale ; que chacun se confesserait, et que défense serait faite, sous rigoureuses peines, de jurer. [Histoire de Bourgogne.)

Saint Bernard, pour chasser les mouches qui persécutaient les fidèles dans une église qu’il avait fondée dans le diocèse de Laon, déclara qu’il les excommuniait. (Voyez Cérémonies et Coutumes religieuses, tom. î, pag. 272.)

Sous le règne de François on donnait un avocat à ces insectes et animaux malfaisants. On plaidait contradictoirement leurs causes et celles des fermiers. (Journal de Ver*

dun.)

Je finis par un fait assez curieux que Saint - Folx rapporte dans ses Essais historiques sur Paris :

« Le célébré Chassenevez, qui fut depuis premier président du parlement de Provence (dans le quinziéme siècle), n’étant encore qu’avocat du roi au bailliage d’Autun, en Bourgogne, prit la défense des rats, contre une sentence d’excommunication lancée contre eux par l’évêque d’Autun. Il remontra, dit M. Thon, que le terme qui leur avait été donné pour comparaître était trop court, d’autant plus qu’il y avait pour eux, rats, du danger à se mettre en chemin; tous les chats des villages voisins étant aux aguets pour les saisir. »

L’avocat obtint que les rats seraient cités de nouveau pour comparaître. [Essais historiques de Paris, tom. 4, pag. 163, édit.)

Fête de l'âne. On faisait, le dimanche des Rameaux , une procession dite la Procession de l’Ane. C’était en mémoire de l’entrée de Jésus dans Jérusalem. Tout le clergé de la ville se dirigeait processionncllement à la chapelle de Saint-Nicolas, où il y avait sermon. On lâchait l’âne dans le cimetière, et s’ensuivaient les cérémonies d’usage.

Les Anecdotes Historiques de Provins, t. 5, nous donnent des détails sur la fête de l’ùne. Voici ce qu’on lit au quatrième et dernier feuillet ; « Les enfants de chœur et « les sous-diacres, après avoir décoré le dos de l’ûnc d’une <r grande chape, allaient le recevoir à la porte de l’église (T en chantant i’hvrnne de l’âne dont voici un verset: »

Un àne fort et beau Est arrivé de l’Orient.

Hél Sire Ane? hé! chantez;

Belle bouclie, rechignez;

Vous aurez du foin assez,

Et de l’avoine à plantez.

« On menait pompeusement l’âne devant l’autel , et on « lui chantait pour antienne: Amen, amen ^ asine ^ hé! c< hé! hé! sire âne, hé\ hé! hé! sire âne. A la lin de c< la messe , le prêtre au lieu de dire : îte missa est , criait « trois fois : Hi-han ! hi-lian ! lii^lian ! et le peuple « répondait sur le même ton : Ili-^lian ! Iii-han 1 /u— « han. »

Dans l’antienne dont nous venons de citer un fragment , il y a un verset qui dit qu3 la vertu cisimne avait enrichi le clergé.

Fête des fous. Elle avait lieu à Provins , comme ailleurs, le premier janvier de chaque année. Les chapitres de Saint-Quiriace et de Notre-Dame donnaient du vin et du blé aux acteurs de ces farces ridicules. 11 est dit dans un compte de Saint-Quiriace de 1351 : Die festo Circumcisionis, pro festo stultorum tria sextaria vini.,.. 30 s.

M. Dulaure , dans le premier volume de l’Histoire de Paris, nous apprend ce que c’était que cette fête qui se célébrait le premier janvier dans presque toutes les cathédrales et collégiales de France. Il décrit très-au-long ce qui se passait à cette étrange fête. J’abrégerai de beaucoup son récit.

Les diacres et sous-diacres élisaient entr’eux un évêque des fous. Le clergé allait processionnellement chercher cet évêque revêtu des habits pontificaux , et le conduisait à l’église; là, commençaient les scènes les plus extravagantes et les plus indécentes. Les ecclésiastiques y figuraient sous des habits de baladins , couverts de masques hideux , ou habillés en femmes. On dansait pendant la messe, on jouait aux cartes sur l’autel , on y mangeait du boudin, des saucisses; on en présentait au prêtre qui disait la messe.

Après la messe, le désordre, les extravagances et les proia nations prenaient un nouveau caractère. Des sauts , des cris, les gestes de la luxure, les chansons obscènes étaient les principales actions de cette orgie religieuse.

On voyait ces ecclésiastiques, enflammés par le vin, se dépouiller de leurs habits, et se livrer entr’eux aux débauches les plus criminelles.

La fête ne se bornait pas Là.

Ces ecclésiastiques parcouraient les rues dans des tombereaux remplis de boue qu’ils jetaient sur la foule qui les suivait.

Tls dressaient des tréteaux en forme de théâtre , et ils y représentaient les scènes les plus scandaleuses. Des acteurs vêtus en moines attaquaient d’autres acteurs habillés en reli gieuses. Ces dernières succombaient, et ou les voyait dans les postures les plus cyniques.

Voilà le tableau des mœurs d’autrefois. Peut-on, après cela, regretter les temps où vécurent nos pères? et les adversaires du progrès et de la civilisation sont-ils raisonnables lorsqu’ils déclament contre la prétendue dissolution et la corruption du siècle.

La fête des fous fut abolie à Provins en t-489. On n’y faisait sans doute pas moins d’extravagances qu’ailleurs ; car dans nos manuscrits elle est nommée la fête des Grands- Fous.

I! paraît que la fête des Innocents donnait aussi lieu à des scènes non moins boiilfonnes. En 1607 , le chapitre de Notre -Dame-du-Val permet à Vincent, sonneur de son « église, de faire son bis Evêque des Innocents , selon « rancien usage ; au cas que , s’il y a quelque scandale, on « ne le permettra dorénavant pas à d’autres. »

Canal royal. Depuis l’Hôtei-cle-Viile, bâti sous François il ne s’esi fait de construction publique que le corps de caserne, en 1778, et, dans le même temps, le Canal royal de Provins. Celle grande entreprise, faite parle prince de Saîm-Kyrbourg, a été abandonnée, après une dépense de plus de 1,^200,000 francs devenue inutile. Î1 n’en reste qu’un beau et spacieux bassin à la descente du rempart du Midi, et une portion de canal toujours pleine d’eau qui se termine à la première écluse où se trouve la maison qui était destinée à l’éclusier. Cette portion de canal, bordée d’allées d’arbres, offre encore une promenade très agréable. (Voyez V Almanach de Fr ovins, 1781 .)

Capucins. Leur couvent fut fondé en 1651. Les capucins n’avaient pas de revenu ; ils vivaient de leurs messes et d’aumônes. Ils se choisissaient dans la ville une mère et un père; la mère des capucins était une femme dans le voisinage du couvent qui leur faisait quelques achats, et qui leur rendait quelques services pour affaires de ménage. Le père des capucins était une personne fortunée qui venait à leur secours quand iis manquaient du nécessaire, et qui, le jour de la fête du patron, faisait en grande partie les frais du repas auquel il assistait, ainsi que plusieurs notables habitants.

Chapelle de Notue-Dame-^des-Champs. (Voyez. No-

tre-Dame-dU'- Val. )

Chapelle DE Saint-jean. (Voyez. Villecranet SainU Laurent, ville haute.

Chapelle du Mont-Jubert, au levant de la ville basse. Voyez Saint-AtjouL)

Chevaliers de la Table-Konde. Ils avaient leur hôtel à Provins, dans la rue qui en porte le nom. Cet ordre de chevalerie qui prit naissance en Angleterre, et fut établi parle roi Arthus, était célèbre et très ancien. Î1 fut renouvelé sous le nom iï ordre de la Jarretière. On croit que Chôtei des chevaliers de la Table-Ronde était celte grande maison au milieu de la rue, et sous laquelle se trouvent de beaux caveaux creusés dans le tuf. Plusieurs religieuses ont habité celle maison, où elles vivaient en communauté. Au coin de la rue de la Table-Ronde et celle du Murot, est le ci-devant hôtel de la Cloche, qui était un tief.

Chevaliers de Malte. Ils succédèrent, à Provins, aux Templiers, et possédèrent les établissements, biens et privilèges qui appartenaient à ces derniers. Ces biens étaient régis par le commandeur de la Croix-en-Brie. (Voyez Vicomté.)

Chevaliers du temple. Les Templiers avaient à Provins plusieurs établissements considérables, sous le nom iV Hôpitaux, comme l’hôpital de la Madeleine (voyez ce mot), à la ville haute; l’hôpital de la maison des Bristands, rue de Sainte-Croix, et l’hôpital de Notre-Dame-de-la-Roche (voyez hôpital des Templiers et V Ermitage.)

^ oici ce qu on ht dans l’histoire sur l’extinction des Templiers : « L’an 1 507, au mois d’octobre, les chevaliers du « Temple de la maison de Provins, savoir : ceux qui de- « meuraient devant l’église de Sainte-Croix; ceux de la f( Madeleine, au château, et ceux de laBelle-Maison (depuis « l’Ermitage), furent arrêtés et amenés prisonniers au châ- (( tcau de Melun (l ). »

(1) Le roi Philippe-le-Bel fit enfermer un grand nombre de Templiers dans ce château.

Croix (sainte) , paroisse de la ville basse, ancieniienient la chapelle de Saint-Laurent-des-Poiits, ainsi surnommée parce qu’autrefois on y arrivait aussi de la rue des Boulançois, et que, de quelque coté qu’on y abordât, il fallait passer sur quelques ponts qui sont sur les ruisseaux qui l’avoisinent. Elle fut augmentée et érigée en paroisse avec le titre de prieuré, par Thibaut IV. C’était un monastère avant l’an 1170. Cette église fut incendiée en 1509 , rebâtie et augmentée en 1519 , et achevée en 1558 , époque gravée en dehors sur un des éperons au midi. L’ancienne chapelle n’a pas été brûlée , elle subsiste toujours , et forme le bas-côté de l’église au nord. Elle est remarquable par son architecture qui n’a rien de commun avec celle de l’église; elle se composait de deux nefs qui ne sont plus ce qu’elles étaient. Il y avait en dehors trois piliers de chasse. Le rang intérieur des piliers au midi a été démoli, ainsi que le troisième pilier extérieur, pour le raccorder avec la bâtisse de la nouvelle église. En regardant du dehors ce monument religieux , la différence entre la bâtisse de la chapelle et celle de l’église qu’on lui a accolée est frappante. On voit clairement qu’on a abattu le troisième pilier de chasse pour construire le mur et les arcades intérieures qui sont devenus communs à la chapelle et à l’église.

Le portail de la chapelle est orné de sculptures. Les deux piliers de chasse qui restent au-dehors et le pignon sont surmontés de pierres sculptées dans un goût particulier. Nos autres anciens édifices ne présentent rien de semblable; elles peuvent désigner une époque dans l’histoire de l’architecture.

L’intérieur de la chapelle présente des piliers dont les chapiteaux ne sont pas sans intérêt. A la partie moyenne, le chapiteau offre un gros cordon composé de feuillages et

(ranimaiix de ddTéroiUes espères , dont les corps allongés tournent avec ce cordon. On en reconnaît quelques-uns. Les autres semblent être faits de fantaisie; il est au moins impossible de leur assigner un nom. Ces sculptures, comme celles du portail, sont très saillantes et très profondes; elles se détachent : la main peut en suivre les contours et les embrasser; cequi ne peut avoir été obtenu que par un travail long etdifücile; il faut observer aussi que tous ces sujets n’ont aucun rapport avec le culte catholique. On dirait qu’ils décorent un temple consacré aux idoles, tel (ju’un temple égyptien, où l’on adorait des plantes et des animaux; les vitraux coloriés de l’église sont remarquables. Nous en parlerons à l’article Objets d'art.

Sur le jambage droit et extérieur de la porte d’entrée de la chapelle, on voit, d’un côté, dans un médaillon , une tête d’homme, et de l’autre côté, h gauche et à la même hauteur, une tête de femme, toutes deux assez bien sculptées, et qui , moins exposées aux regards, ont été peu dégradées. Au-dessous des têtes, il va une épée antique dont la lame est triangulaire, et la pointe en bas; une pareille épée se trouve sur le devant.

Au-dessus des moulures de cette porte d’entrée, on voit deux animaux sculptés, et (jui se détachent en partie de la pierre. Je les ap{)ellerai un dragon et une lézarde. (Voyez Coutumes bizarres.) Il ne me paraît pas probable (jue toutes ces figures d’animaux n’expriment quelque chose et ne soient des hiéroglyphes, etc. Le petit portail de la chapelle de Saint-Laurent-des-Ponts et une partie de l’intérieur de l’église ont fourni le sujet d’un joli dessin lithographié.

Thibaut VI, à son retour de la Terre-Sainte, donna, à

Téglise de Sainte-Croix, un morceau de la vraie croix; c’est de là que lui est venu son nom.

Les voûtes lambrissées de cette église sont chargées de figures peintes, d’écussons, de devises relatives à des circonn stances historiques particulières à la ville. De ce nombre est le médaillon qui représente la tour de César, avec l’inscription. On a exhaussé, en 1714, le pavé de cette église, d’où naît renfouissement d’une partie des piliers.

Cette église, dans les premières guerres de la révolution, devint un atelier de salpêtre; on avait creusé dans la nef un puits. Le chœur devint le temple de la raison. Chaque décadi ou dimanche républicain, ta municipalité s’y rassemblait avec les autorités constituées et un concours de peuple. On y célébrait les mariages et on y prononçait des discours dans le sens de la république. Sur l’autel était la déesse de la raison, figurée par la statue de Sainte-Catherine, qui venait du retable d’autel des Cordeliers ; actuellement cette statue est à l’autel de la Vierge de Saint-Ayoul.

Desmarets (.Tean), naquit à Provins en 1510, de Thomas Desmarets, avocat. Il suivit la même carrière que son père. Il fut reçu au parlement de Paris, où il se distingua tellement par son éloquence et son mérite qu’il fut fait avocat du roi et nommé un des commissaires députés par Charles, dauphin, régent du royaume, pour ratifier, en 1560, le traité de Bretigny, entre la France et l’Angleterre.

Les chanoines de Notre-Dame-du-Val, après la démolition de leur première église, hors de la porte de Troyes, étaient dans la plus grande désolation. Ils eurent recours à Jean Desmarets, qui, par son crédit et ses sollicitations auprès du régent, obtint l’abandon d’une maison du domaine

de la couronne, avec toutes ses dépendances, qu’on appelait riiôlel des Osches, pour y bûlir une nouvelle église et des maisons claustrales. (Voyez Notre-Dame-du-Val.)

11 existe un recueil des décisions de M*" Jean Desinarets, à la tin du 2^ tome du Commentaire de Bredeau, sur la coutume de Paris.

Les longs et éminents services que Jean Desmarets rendit à sa patrie, son dévoûment et sa mort tragique le placent au premier rang parmi les hommes célèbres. Le lecteur me saura gré de mettre sous ses yeux ce que l’abbé Velly et son continuateur disent de cet illustre personnage si recommandable par ses vertus, ses lumières, ses talents et son attachement à sa patrie pendant une longue suite de troubles civils.

En 1556, après la bataille de Poitiers , si fatale à la France, le roi Jean ayant été fait prisonnier et conduit en Angleterre, son lils Charles, dauphin, depuis Charles V, devint régent du royaume. 11 conclut, en 1559, un traité de paix avec le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, surnom qui lui fut donné à causes de ses cruautés et de ses pertidies. « Le « régent (voyez V Histoire de France, tom. IX, pag. 575), « sollicité j)ar le roi de Navarre, qui avait des raisons secrètes « de revenir à Paris , assembla les principaux bourgeois « dans la chambre du parlement. Après la lecture du traité, c( il voulut bien déclarer que le roi de Navarre demandait la « permission de venir à Paris, mais qu’il ne la lui ac- « corderait pas contre le gré des habitants. Jean Desmarets, « avocat au parlement, répondit |)Our l’assemblée que les « Parisiens n’avaient (jue des grûces h lui rendre de la paix « qu’il venait de leur procurer; qu’ils ne s’opposaient pas au

a retour du roi de Navarre, pourvu qu’il n’ameiiâi pas avec c( lui cerlaios traîtres qu’il lui nomma tout haut. L’évêque « de Laon était en tête des perfides désignés par l’orateur « des bourgeois de Paris. Le prince répondit que les sou- « haits de l’assembîée'étaient conformes à son intention; que « le roi de Navarre l’avait inutilement prié de pardonner à <r ces coupables indignes de grâce. »

On voit déjà de quel degré d’estime et de considération Jean Desmarets, encore simple avocat au parlement, jouissait auprès du prince et des principaux bourgeois de Paris, au nom desquels il portait la parole. Il ose démasquer nominativement des traîtres, et cet évêque de Laon, puissant et vindicatif. Celte noble et rare intrépidité de caractère dans les temps les plus orageux de la monarchie le fera conduire et l’accompagnera à l’échafaud.

Charles V, en mourant, laissa le royaume à son fils âgé de douze ans. Charles avait trois frères : le duc d’Anjou, le duc de Berri et le duc de Bourgogne. Ce fut au duc d’Anjou qu’il laissa par testament la régence, comme étant l’aîné; mais les princes ses frères la lui disputèrent, et chacun eut ses partisans, d’où naquirent les troubles qui désolèrent la France pendant le règne malheureux de Charles VI.

f( Il se tint, dit l’histoire de France, tora. XI, pag. 216, « une grande assemblée des princes, des prélats et des perce sonnes les plus distinguées, pour régler la forme du gou- « vernement. Le chancelier d’Orgemont parla fortementpour « l’exécution des dernières volontés du roi. Jean Desma-

rets, alors avocat général, qui prit la parole après ce ma- (( gistrat, laissa échapper dans son discours plusieurs traits « lavorablcs au duc d’Anjou, qui indisposèrent contre lui

« les ducs de Berri el, de Bourgogne. C’est là, du moins, la « seule démarche que les ennemis de Desmarets osèrent lui reprocher : mais, s’il est vrai (pi’en cette occasion Desma- « rets ait appuyé de son éloquence les droits incontestables « du duc d’Anjou à la régence, en qualité de premier prince f( du sang, ce magistrat, organe des lois, n’a lait que rem- « plir un devoir indispensable, puisqu’il s’agissait de main- « tenir les constitutions du royaume.

« Après s’être acquitté de celte obligation, comme avo- « cat général, Jean Desmarets, loin d’alTecter une partialité « suspecte, employa tous les ressorts de son génie pour pro- (( curer la tranquillité publique et la concorde entre les prince ces, qui ne purent lui refuser une confiance due à ses (( lumières et à son intégrité, (’.e fut sur ses avis qu’on a nomma les arbitres qui terminèrent les contestations. « Homme public ou concitoyen, son zèle ne se ralentit ja- « mais; s’il fut victime de l’injustice de son siècle, que, du (f moins, la postérité, qui juge sans passion les évènements

« (jui reste sur la terre à la vertu opprimée, d

Queréloge plus beau et [)lus vrai nos plus grands magistrats ont-ils mérité de l’iiisloire? Mais nous ne connaissons encore Desmarets que de profil; voyons-le tout entier.

a Le 2 octobre {loin. Xî, pag. 218), quinze jours après (( la mort du roi Charles V, il se tint un lit de justice. « M*" Jean Desmarets porta la parole, et dit : Que combien « ^fue le roi fut mineur d'âge par la coutume de France, « et ne fut gue de l'âge de douze ans, néanmoins, (( pour le bien de la chose pubUiine, pour le bon gou- « vernement du rogaume, et pour nourrir bonne paix

« et union enti^e le roi [notre sire et ses oncles, ledit c< monsieur le régent a consenti que le roi soit sacré et « couronné ci Reims, en la manière accoutumée, et, ce c( fait, qiiil ait le gouvernement et administration de « son royaume, et que ledit royaume soit gouverné en « son nom par le conseil et avis des susdits oncles, et, c( à cette fin, ledit monsieur le régent l'a agréé et pour « tel réputé.

c( En 1580, !e peuple de Paris (tom. Xî, pag. 250) s’é- « tant révolté, et les séditieux ayant forcé le gouvernement « à révoquer les lois sur l’établissement des impôts, Jean « Desmarets, dit Juvénal des Ursins, fut chargé d’annoncer « au peuple ieur abolition ; il prit pour texte de son discours ; « Novus Rex, nova lex, novum gaudium (i).

« En 1581, le duc-régent (tom. XI, pag. 281), voulant « ensuite rétablir les impôts, tint à ce sujet jusqu’à sept con- « seils avec les plus notables de chaque état, qui n’accepté- « rent ni ne rejetèrent entièrement ses j)ropositions. Il ne « se rebuta pas. Jean Desmarets fut chargé de faire de sa « part quelques tentatives auprès du peuple; mais elles pro- « duisirent un effet tout contraire à ce qu’on attendait de c( l’éloquence et du crédit de ce médiateur.

« Paris (pag. 288), livré au pillage, semblait une ville 0- prise d’assaut. Les citoyens sensés, qui prévoyaient les « suites de la sédition, faisaient tous leurs efforts pour réta-

(1) Dulaure [Histoire de Paris, iom. ii) ajoute : « Jean Desma- « rets, aime du peuple, et qu’on avait souvent, avec succès, em- < ployé à ramener les mécontents à la soumission, parcourut les f rues de Paris monté sur une litière, à cause de ses infirmités, f annonçant cette bonne nouvelle et la clémence du roi.

« bllr la iranquiUlté ; mais personne ne s’y employa plus (T effîcacement que Tavocat général Desmarets. Dès le corner mencement de l’émeute, Cévêque de Paris ^ les ma-* « qistratSy la plupart des gens de marque s’étaient retirés, « ne se croyant pas en sûreté dans une ville menacée d’un « bouleversement général. Le seul Desmarets eut le cou- (( rage de rester, et sa présence apaisa l’orage. 11 était éloc( quent : on respectait sa vertu. Vieilli dans les emplois c( publics sous quatre rois, il jouissait de la considération (( due à ses talents et à son intégrité ; il en fit usage pour a ramener les esprits, rendre le plus signalé service qu’on pût « attendre d’un homme en place, à qui le devoir fait une <r loi, dans de pareilles circonstances, de ne pas commettre <( la fortune et le salut de la patrie. »

Cette conduite de Jean Desmarets n’a rien qui l’égale; elle est au-dessus de tout éloge. Le passage qu’ont vient de lire est à lui seul une couronne civique que l’histoire pose sur la tête de Jean Desmarets.

« Le duc d’Anjou (pag. 29.oi. qui voulait, à quelque prix <r que ce fût, tirer de l’argent des Parisiens, pour les be- « soins de l’État, employa les moyens les plus violents. Il fit « venir des troupes... les campagnes autour de Paris furent « dévastées, et les biens des citoyens aisés exposés au pillage c( des compagnies. On renoua les conférences, et l’accom- « modement négocié par l’évéque de Paris, l’abbé de Saint- (( Denis et .Jean Desmarets, fut enlin terminé à la satisfac- « tion de la cour et du peuple »... Mais nous touchons à la catastrophe odieuse qui va mettre un terme aux jours de Jean Desmarets.

« Le jeune roi Charles VJ, à son retour de Flandre, mar- (( che av(‘c, son armée sur l\aris (pag. 529), dans l’intention

(( de punir les Parisiens cjui s’éfaient révoltés. Les troupes ,c( entrent dans la capitale comme dans une ville conquise... « tout tremble; les prisons sont remplies de coupables,.. La c( mort de Nicolas le Flamand, un des chefs de la sédition, <r fut sans doute un acte de rigueur nécessaire. Mais quel juc< gement doit-on faire de la justice du prince, ou, pour « mieux dire, de ceux qui gouvernaient en son nom, lorsqu’on « vit sortir des prisons douze infortunés destinés au dernier « supplice? Ils étaient tous enchaînés sur la même charrette. « Sur une planche^ placée au heu le plus élevé de ce « char funèbre, paraissait t avocat généralj ean Desma^ « rets, ce respectable magistrat, plus que septuagénaire, c( 1 organe des lois, l’honneur et l’amour de ses concitoyens, « à qui l’on ne pouvait reprocher que des services sans nombre rendus à son ingrate patrie. Loin d’être complice des « desordres publics, il les avait prévenus ou réparés autant <r qu’il avait pu; il les avait toujours condamnés. Le peuple, « les grands, ceux même qui le perdaient, tous étaient perce suadésdeson innocence. Proscrit sans être jugé, on le « ü^ainait à réchafaud. Sans se plaindre de ses persécuteurs, cc il prononçait d’une voix ferme ces paroles de David : ce Judica me, Deus, et discerne causain meam de gente (( non sancta. Arrivé au lieu de l’exécution, on le pressa cc de demander pardon au roi : Jean, lui disait-on,

ce criez merci au roi, afin gu il vous pardonne. Il récf pondit, en se retournant : J'ai servi au roi Philippe, ce son grand aïeul, au roi Jean et au roi Charles son ce père, bien et loyalement; jamais aucun de ces rois ce ïCa rien eu à me reprocher, etlaussi ne ferait celuicc Cl, s'il avait âge et connaissance d'homme fait... à cc Dieu seul veuille crier merci. Tous les assistants fou-

« daient en larmes ; lui seul ne pleurait pas. Il reçut le eou[) « mortel avec une constance digne de l’intégrité de sa vie... )) La véritable cause de sa mort fut la haine que lui portèrent « les ducs de Berri et de Bourgogne (i).

c( On peut regarder, ajoute le continuateur de Velly, cette « mort, arrivée en 1582, comme un des évènements les <( plus honteux de ce règne, et, peut-être, un de ceux qui « contribuèrent le plus aux calamités publiques. C’est par la (( violation manifeste des lois qu’on parvient à rendre une « nation indocile. »

Telles furent la vie et la mort admirables de Jean Desmarets. Feuilletez l’histoire, cherchez dans la haute magistrature un personnage qui, jmur le salut de la patrie, ait, pendant tant d’années, mis sa vie en péril, et l’ait perdue d’une manière aussi tragique, avec autant de résignation et de fermeté que Desmarets. . . Ses dernières paroles ont quelque chose de sublime : demander gnlce, comme on le pressait de le faire, c’était un désaveu de sa conduite, c’était trahir la vérité et sa conscience. Préférer la mort, c’est mourir comme Socrate; n’attendre rien des hommes, attendre tout de Dieu, et le professer hautement, c’est mourir comme les martyrs.

Provinois, si, par des recherches et des travaux multipliés, j’ai été assez heureux pour faire ([uehjues découvertes

(1) On lit dans l’iiistoire des ducs de Bourgogne, par M. de tarante, un bel éloge de la vie de Jean Desmarets, et un tableau touchant de sa mort. Le corps de ce magistrat, le plus honoré du parlement^ dit l’iiistoricn, lut recueilli pour être enseveli secrètement, et, bien des années après, il reçut une sépulture honorable, dans l’église de Sainte-Calberine.

IG

qui vous aient été utiles, il n’en est pas qui me flatte autant et dont je m’honore davantage que de vous faire connaître des circonstances ignorées de la vie de Jean Desmarets, notre compatriote, et d’exhumer de l’histoire ses actions si recommandables, qui paraissaient y être ensevelies. Voyons avec une sorte d’orgueil que notre ville a été le berceau de ce grand homme. La France lui doit une statue; pour nous, modestes Provinois, sachons au moins nous honorer en cherchant a elever dans nos murs un monument à la mémoire de notre illustre concitoyen.

En 1558, un Guillaume Desmarets était conseiller à Provins. En 1587, un autre Jean Desmarets était chanoine et chantre de Saint-Quiriace ; et en 1414, on voit encore un Pierre Desmarels, bourgeois de Provins. L’hôtel de cette famille provinoise était cette grande maison, au pied de la grosse tour, rue du Palais. Elle s’appelait l’hôlel Desmarets ; ce fut aussi la demeure des Filles dévotes. (Voyez ce mot.)

Eaux minérales. La nature, en accordant si libéralement à Provins ces belles sources d’eau vive dont tant de villes sont privées, n’avait pas borné là ses faveurs {Voir Fontaines^. On découvrit tout près de la ville, et presque sous ses murs, une belle fontaine d’eaux minérales. Ce fut en 1648 qu’un médecin de Provins, Michel Prévôt, ht creuser la terre dans I endroit qui donnait le plus d’indices d’eau minérale ; il ramena plusieurs lilets d eau dans un centre commun, et voilà l’origine de la fontaine minérale de Provins. Les essais que firent de ces eaux plusieurs malades, furent très heureux. Cette source est une des jilus chargées de fer et des plus chicaces de celte classe. La ville, jiar reconnais—

BA’l'IMKNT U BS EAUX MINERALES

sance, exempta Michel Prévôt et sa femme, leur vie durant, de taille et de logement de troupes. La fontaine fut nommée de son nom. Fontaine Saint-Michel ; ensuite elle prit le nom de Fontaine de Sainte-Croix , parce qu’elle est située sur cette paroisse. Une autre fontaine fut découverte sur le chemin qui conduit à Saint-Brice, et près l’église de Notre- Dame-des-Champs, et fut appelée de ce nom. Elle était moins chargée de fer que celle de Sainte-Croix.

Dans le même temps, Pierre Legivre, de Château-Thierry, exerçant à Provins la médecine, fit une étude particulière et approfondie de ces eaux. Cet habile médecin les mit en grande réputation, tant par ses écrits que par les belles cures qu’il obtint, en les appliquant à un grand nombre de maladies. Tl trouvait l’eau de la Fontaine de Sainte-Croix, actuellement la seule fréquentée , supérieure à celles de Spa et de Forges. (Voyez le Traité de 7ios, Emix , à Provins, chez Lebeau, imprimeur- libraire.)

Dans l’origine on fit quelques constructions auprès de cette fontaine; mais depuis longtemps elle se trouvait isolée et sans abri. Il y a peu d’années qu’on a élevé les bâtiments ipi’on voit aujourd’hui.

fiât huent s des eaux minérales. Voici ce qui donna lieu à leur construction : le puits minéral appelé la Fontaine Mi nérale était , depuis on ne sait combien de tem[)s, isolé sur le bord de la prairie, mal fermé et ex[)osé aux inondations et aux tentatives des malveillants (pii pouvaient y introduire (pielque chose de nuisible. Ayant été nommé en ISOi, par le gouvernement, insjiecteur de ces eaux, mon j)remier soin fut de mettre la fonlaine à l’abri d’accidents, d’en décorer rextérieur, et d’inspirer plus de coidiance aux malades. Un des plus célèbies dessinateurs de Paris, M. Mo-

reaii le jeune, était à Provins, ou il avait une maison dans le cloître de Saint-Quiriace ; ce lut à lui que je m’adressai pour une construction à élever autour de la fontaine minérale. Cet habile artiste s’y prêta très volontiers , et me donna le plan de ce qui existe aujourd’hui, en y joignant même le plan d’une galerie ou promenoir couvert pour les preneurs d’eau, et qui était terminé par deux pavillons. Mais r inspecteur des eaux ne se croyait pas encore assez heureux s’il pouvait réussir à faire construire le petit monument de la fontaine. La ville n’ayant rien à donner, il proposa à un preneur d’eau, M. Magin, inspecteur-général de la navigation de l’intérieur, que la vertu de ces eaux venait d’arracher des bras de la mort, de faire les frais de la bâtisse. Notre riche convalescent, sans se faire prier davantage, consigna le prix présumé entre les mains de l’inspecteur, et le bâtiment fut élevé. Ce petit édifice est élégant; il ressemble un temple consacré à la déesse de la Santé. Sa forme est demicirculaire. Le portique se compose de quatre colonnes d’ordre toscan; elles soutiennent un entablement et un fronton. La vue de l’ensemble est très agréable ; les colonnes proviennent du cloître de Saint-Jacques qu’on venait d’abattre.

Il fallait témoigner sa reconnaissance aux deux bienfaiteurs de nos eaux. J’obtins de la ville que la rue où se trouve la maison deM. Moreau, prendrait le nom de rue des Beaux- Arts*, et je fis mettre sur la partie de la frise, au couchant, cette inscription ;

Munificent iâ cwis ^rali ob sanitateni mire redditam.

Comme la bâtisse avait été faite dans la même année et le même mois qu’eurent lieu les batailles d’Uim et d’Austerlitz, je fis écrire sur la frise, à l’orient, ce vers :

Tune lidyram clavâ sternehai Gallia victrix .

Sur la porte d’eiUrée ou lit : Mille mali species Nijmplta levabil (ujuâ. Ce joli mouuiiient a été très lieureuseinent <lessiué et litliogra[)hié. Il est inséré dans ce volume.

Ou a l)cUi depuis, sur le mur du remj)art , et à l’endroit où était l’ancien logement du lontainier, uu hûlimenl j)lus commode et dont les preneurs d’eau ont le droit de jouir. La lontaine avait toujours appartenu i\ la ville. Le gouverncuient se Test attribuée en 1818.

•Avant de terminer l’article Eaux minérales, je dois rappeler le nom d’un de leurs premiers bieulaiteurs. Pierre Legivre, dans son ouvrage, nous dit que, peu de temps après la découverte des sources minérales, ou éleva des bâtiments commodes pour y recevoir les malades, et même qu’on y lit des embellissements. On dut, ajoute Legivre, ces constructions, vivement sollicitées, au zèle vÀ aux soins de M. Rose, maire de Provins. Il l’ait un grand éloge de ce magistrat citoyen, et il s’étend aussi beaucoup sur les qualités bienfaisantes de sou fds, Toussaint-Rose, et les services (ju’il rendit à la ville.

Lu MITAGE. [Les deux articles (jui vont suivre sont extraits de / Indicateur de Seine-et-i^iarne , et sortent de Inélégante plume de M. De Tliézan,)

Ib’ovius possède une foule de ruines mouimumtales aussi chères au j)oète (jiCà l’arcbéologue , aussi précieuses pour les recberebes de l’art que pour les éludes de la nature^ les formes du-moyen âge y subsistent presque intactes. Nous ne

nous occuperons ici (jue du lieu dit V Ermitage , près Provins, autrefois étal)lissement considérable, cbel-lieu de l’Ordi e (b's Tcnijiliers et ensuite de l’Ordre de Malle , et connu

alors sous le nom de la Commanderie de Nolre-Dame-de-la Roche, détruit entièrement par les Anglais , et qui n’a rien conservé de son antique splendeur que le gazouillement de ses fontaines, toujours le même depuis huit siècles; le murmure monotone de ses sources vives qui s’épanchent sous le gazon parle seul aujourd’hui des fastes des croisades. Essayons de remonter le cours du temps et de trouver comment a été modifiée de siècle en siècle cette pieuse retraite si solitaire ja*dis, et maintenant si délicieusement animée par ses beautés modernes.

L’Hôpital du Temple-lès-Provins , qui reçut plus tard le nom d’Ermitage de Notre-Dame-de-la-Roche , remonte au xii*^ siècle. Gracieusement posé au pied du coteau de Fontaine-Riante , ce petit domaine ressortit d’abord de l’Ordre des Templiers : Olivier-de-îa-Roche {de Rupe) était en 1228 commandeur du Temple de Provins; en 1255, on trouve investi des mêmes titres Jean de Beaulieu {de bello loco), en 1257, messire Pons d’Albou, et enfin, en 1266, Amauri-de-la-Roche, commandeur du Temple de la Langue de France, était seigneur spirituel et temporel de Notre-Hame-de-la-Roche. A l’extinction des chevaliers du Temple , cette habitation, comme mouvant de la haute seigneurie de la Croix-en-Brie , passa avec la commanderie de ce nom dans l’Ordre de S.-Jean-de-Jérusalem. On voit que plusieurs chevaliers de l’Ordre ont fait séjour è Notre-Dame-de-la-Roche. Lorsque l’armée anglaise eut occupé Provins, le commandeur de Malte , Claude de Giresme , qui y habitait , et Denis Chailly, bailli de Meaux, mort en 1400, aidés de quelques gentilshommes du pays et de leurs vassaux, vinrent forcer les Anglais retranchés dans la ville haute, et les mirent en fuite. Provins repris, les ennemis ruinèrent de fond en corn-

ble iXolre-Dame-de-ld-Koche qui iie sc releva [)lus que dans un pauvre ermitage, asile de quelques solitaires, placé sous la protection des commandeurs de la Croix. Parmi les bienlaiteurs de l’ermitage on trouve André Kuflier, bourgeois de Provins, mort le 22 août 1682 ; l’inscription que consacre la donation que fit cet homme pieux à la chapelle, d’une lampe et de douze pintes d’huile pour l’entretenir fêtes et dimanches, mérite d’être rapportée ici telle qu’on peut la lire encore sur un des murs latéraux de ladite chapelle, parfaitement conservée (1) ;

Considère, Chrétien, d’un œil de piété

L’amour qu’André Ruftier eut pour la Vierge-mère ;

Devant la sainte Image à perpétuité Il voulut qu’en ce lieu une claire lumière Drillàt fête et dimanche; imite son dessein,

Et prie avec ferveur cette Vierge si belle,

Qui porta la lumière éternelle en son sein,

De te conduire au jour de la vie immortelle.

Au nombre des ermites dont les chroniques ont noté l’existence, figure frère Claude Kigiet de Monlgeux qui , suivant ré[)itaphe ({ui nous a été communiijuée , aurait été enterré dans la chapelle de l’Ermitage, eu 1704. Voici cette é[)ita-' phe :

« Cv gist le dévot frère lliglet, hermite de céans, natif de

(1) Ce M. Ruftier s’est occupé de recherches sur Provins; IM. Billatte, prêtre; M. Rivot, médecin; ÎVI. Ythicr, doyen de Saint-Qiiiriace, ont rendu les mêmes services et ont bien mérité des Provinois. Depuis la révolution, la chapelle est devenue la demeure du portier; le petit clocher existe encore ainsi que la cloche; elle fut fondue en 1715, et porte le nom de rouisei'raii^oisc .

« Montgeux , près de Troyes , en Champagne , lequel con- <( naissant que le devoir d’un vrai gentilhomme est de servir « son roi dans ses armées , quitta fort jeune la maison de « Riglet, escuyer, seigneur de Montgeux, son père (qui le « destinait à être prêtre), pour s’engager au service du roy; « où ayant donné des marques de valeur et d’un courage « digne de sa naissance , en plusieurs occasions et notam- (( ment sous les ordres du maréchal de Gassion, où il aurait « exercé plusieurs emplois dans la cavalerie pendant plusieurs « années; il eût envie de voyager, il se transporta à Rome c( où il prit l’habit d’hermite le 19® mars 1676, et se serait « venu établir dans cet hermitage de Provins en l’année « 1 681 , où il a vécu jusqu’au 2« avril 1 704 ; qu’il a rendu ï( son âme à Dieu en réputation de sainteté, ayant donné « des marques d’une véritable conversion par des austérités (( continuelles. »

Voici la triste aventure du chevalier de Montgeux, qui d’un homme de guerre en fit pour la vie un humble et dévot ermite. Il venait d’épouser une jeune et jolie femme qu’il aimait beaucoup et dont il était très jaloux ; un jour il lui dit qu’il était obligé de s’absenter pour un jour ou deux.... Sa femme dit à une de ses amies : « Ce voyage est un prétexte « pour m’éprouver; il reviendra cette nuit crovant me sur-

« prendre. Jouons-lui un tour qui nous amusera et lui aussi; venez coucher avec moi et prenez un bonnet de nuit

« d’homme. » Cette jeune amie y consentit En effet, le

mari revient la nuit, monte à la chambre de sa femme, ouvre le rideau, et voit ou croit voir un homme couché avec elle. t)ans le premier moment il tire son épée et la plonge dans le sein de sa femme,... Quand il eut connu sa fatale erreur, quel chagrin ! quel déscs[)oir î 11 renonce au monde, fait te

voyage de Rome où il prit l’habit d’ermite en 1676, et vint se retirer dans 1 Ermitage de Provins où il refusa de voir sa famille et ses amis. Il mena la vie la plus austère et mourut le 2® avril 1704.

Vient ensuite frère Antoine Bara qui mourut en 1723; puis en 1736 un frère Louis, mauvais sujet; il s’engagea dans les Pandours, En 174o, le chevalier de Fleurigny, commandeur de la Croix, vient installer à Notre-Dame-de-la Roche celui qui en sera le dernier ermite. C’est un gentilhomme , his du major de Sedan , Hilarion de Sainte-Marie , qui entra au service, devint garde du corps de Louis XIV, tua un homme en duel et s’enfuit à Rome; il n’eut la permission de rentrer en France qu’en se faisant ermite. Ce fut à Provins qu’il se retira en 1777; cassé d’infirmités, il obtient à la recommandation de la duchesse de Fleury, dame du Plessis-aux-Tournelles, un lit à l’hôpital, où le 10 avril 1778, Agé de 81 ans, il s’endort dans l’éternité (i).

Le frère Hilarion eut aussi une aventure, mais elle ne fut |)as triste. Madame la duchesse le protégeait beaucoup ; un jour il vint au chaleau , sans doute pour demander quelque secours. Madame la duchesse était dans son salon avec sa compagnie, elle proj)osa une quête pour le frère Hilarion : il j)résenta d’abord le j)lat d’argent à madame la duchesse (pii jeta dedans un louis ; toute la compagnie se crut obligée de

(1) Voilà un rapprochement bien singulier : deux nobles chevaliers, IMontgeux et Hilarion, d’abord tous deux au service du roi, et tous deux coupables d’un meurtre, tous deux vont prendre l’habit d’ermite à Pvome, et tous deux viennent successivement occuper l’ei initage de Provins, et meurent dans cette solitude. r,e (jue l’on remaiapiera encore c’est que les ermites de Provins ont tous ct<’ soldats, H y en plusieurs dont on n’a pas su les noms.

mettre un louis. Sans doute le frère fut quelques jours sans se nourrir de racines , comme faisaient ses confrères.

Maintenant, TErmitage restera veuf de cénobites jusqu’au jour où le nouvel acquéreur de cette terre sacrée y viendra s’ensevelir dans l’étude et le recueillement, fuyant le monde pour la science, homme de politique et de famille, poète autant que philosophe, naturaliste comme historien l

Ici l’Ermitage change de forme comme d’habitant ; il se civilise. Cet épais vêtement de feuillage qui enveloppait la modeste cellule va s’éclairer de rayons ; un parc moderne va succéder à ces broussailles touffues, à ces nombreuses arcades qui cachent mille sources palpitantes sous la verdure. Il y aura mouvement dans ce silence, et la vie va renaître de cette demi-mort !... (11 mai i 859 .)

L’Ermitage d’aujourd’hui est une jolie propriété abritée contre les vents par la courbe semi-circulaire de Fontaine- Riant, et d’où la vue peut tour à tour s’étendre sur la plaine de gazons et d’oseraies que borde l’allée des remparts , ou contempler dans une sorte de ravissement les deux hôtes des anciens jours , les deux colosses de la ville haute, l’église de S.-Quiriace et la grosse tour, que le soleil dore de ses rayons. Un jardin à la manière dite anglaise enserre de guirlandes de verdure et de fleurs la blanche maisonnette construite à côté de riuimble chapelle grise qui n’a plus d’autel ! Calme, sombre et gracieux, ce paysage est à la fois plein de mystères et d’enseignements : l’ame s’y épanouit, l’esprit y médite, le cmur y fait mille rêveries de honhcui ! Oh!

oui, (le bonheur; car par ces IVaîchcs aurores de mai, — heures de po(!;sie de l’année, — c’est une jouissance bien pure que d’errer par les sentiers d’aubépine et de lilas, à l’heure où le soleil se lève entouré d’une auréole de vapeurs. On voit la nature qui se dilate en quelque sorte ; la fleur qui éclot ses pétales embaumées aux lèvres de l’abeille qui vient s’y poser en bourdonnant. Des ruisseaux clairs dont la'primevére brode les pentes, s’échappent de la vieille fontaine des Templiers, que le lierre et la clématite tapissent depuis six cents ans! et par ibis aussi, comme une boulîée d’étrange murmure, vous arrive la voix des rieuses jeunes filles qui viennent boire la santé aux eaux minérales qui jaillissent là, tout près, en bas de la ravine !... Oui, ce site est un des rares séjours de mélancolie et de recueillement, où Tétude s’allie à rinspiration, où le cœur et l’esprit reconnaissent et adorent le Dieu (|ui s’y révéle dans toute la pompe de scs (Euvres.

Aux jours de fêles surtout, ces lieux s’emplissent de visiteurs et c’est une renaissance merveilleuse le long de ces sentiers ombrés dont le feuillage tamise les rayons d’un soleil trop ardent. C’est quelque chose de bon et de sacré, (pielipie chose qui réjouit l’ànie et délasse l’esprit, cpie l’aspect de cette jeunesse qni joue et folâtre sous l’ombrage ; que ces enfants (pii courent autour de leur mère, tranquillement assise au pied d’un arbre comme une nymphe anti([ue; ipie ces jeunes filles pétulantes que la frêle escarpolette ballotte jusipi’au sommet des branches ; ({uc toute cette existence, en un mot, franche, active, vivace, au sein de cette nature pleine de sève! Oh ’ oui, cela est bon et mille fois préférable à ces tourbillons d’un monde dont la coipietterie et le mensonge font pres(|ue toujours h‘s [dns grands frais.

Eli bien î disons-nous, cette magique transformation est due au propriétaire actuel. Il y a quatre ans, ce vieillard, qui s’étonne d’étre encore, regarda autour de lui, — le jour anniversaire du février 1745, il regarda autour de lui, puis derrière lui, — loin, bien loin, appelant tous ses amis arrêtés en chemin par la mort ; il regarda, hélas ! et se trouvant seul de son siècle, ce vieillard, qui depuis quatre-vingtquatorze ans a vu passer neuf rois, — grandes figures et grandes infortunes, — se prit à soupirer tristement, comme le barde Ossian, fils de Fingal, et sa voix laissa tomber ces mots pleins d’un charme mélancolique, d’une simplicité patriarcale ; elle disait :

Adieu , solitaire Ermitage ,

Autrefois lieu triste et sauvage ,

Et qui , par d’heureux cliangemeuts ,

Devint mon plus doux passe-temps ;

Adieu , Provins , antique ville A qui je cherchai d’être utile Par des travaux intéressants.

J’ai décrit ta noble origine ,

Tes caveaux, les tours en ruine,

Ton histoire de deux mille ans 1 Tes roses de la Palestine ,

Les grandes vertus de tes eaux ,

Tes marbres et tes minéraux !

Ainsi, il semble que l’auguste vieillard ait voulu y continuer la série des ermites d’autrefois ; et, en elTet, quel lieu autre eût pu lui offrir une plus délectable relraite, un plus magnifique sentiment des beautés de la nature, à lui, — homme d’études, de progrès et de civilisation, ami de la paix autant qu’avide de savoir ? Et pour toute organisation d’élite, pour une Ame de poète et de révélation, n’est-ce jias un

hoiiliem ((UC de se sentir vivre au sein des cliam|)s, au luilieu des mille rumeurs et des nulle ((arl’umsdont la rialure abonde, |)rit.‘resel encens universels (jui montent cà Dieu!...

Mais ce ne fut que tard dc'jà dans la vie qu’il fut domm à l’homme de vertus et de science ce repos de la solitude. Dans la tourmente r(:;volutionnaire, dont il fut une des âmes fortes (jui osèrent protester (contre l’aniarclne, que de jours mauvais, que de fureurs, que d’orages, que de tempêtes eut à luaver cet homme au front plein de sérénité! Chacun a lu le drame de sombre terreur où une tète royale fut dévolue â l'échafaud! Ce n’est pas ici, ni à nous, de raj>pelcr ces journées où s’entendaient partout l’émeute, le tocsin, le bourreau!... Mais n’est-ce pas une œuvre de sublime courage, une action d’héroïsme antique que cette manifestation ouverte de scs sentiments en face de ces hommes accusateurs et juges à la fois?... Voici comment cet homme simple raconte à ses concitoijcns sa conduite à la Convention ; écoutez-le :

« . Ma faible voix et une certaine émotion empéché-

c( rent qu’on m’entendît de la tribune; ce qu’ayant remar- (( qué, et voulant que mon vote fût exprimé sans altération, je « descendis de la tribune et j’allai, sur le bureau, écrire et signer <ï mon vote... J’ai été souvent menacé ; la porte de la maison c( que j’habitais a été plusieurs fois marquée, comme l’étaient « celles de plusieurs dé])utés... J’ai cru longtemps que je (( serais victime de mon dévoiïmcnt si hautement prononcé « pour Louis XVÎ. »

Echappé à l’ouragan, revenu dans sa ville natale, M. Opoix SC retira dans son Ermitage, oubliant désormais le inonde, et tout enlier à rétude, une Histoire de Provins, un Traité des eaux minérales, wur 'Théorie des Couleurs,

une 3linéralog{e, et plusieurs autres ouvrages de métaphysique, entre autres VAme dans la veille et le sommeil, enrichirent dès lors les bibliothèques ; et, certes, ces œuvres d’un consciencieux talent étaient bien dignes d’attirer à son auteur une juste reconnaissance. Pourtant, dit le jeune poète provinois qui vient de mourir si tristement à l’hôpital de la Charité :

.... Seule, . .

La rose de Provins brille à sa boutonnière.

Mais il est temps d’achever. Puissions-nous voir un jour, — plein de respect pour celui qui l’habita , — les Provinois visiter l’Ermitage avec le meme cœur et la meme émotion qu’apporte le pèlerin à l’Ermitage de Montmorency! — Et déjà une réaction de l’oubli ne s’est-elle pas opérée ! La belle rue qui vient d’èlre ouverte ne porte-t-elle pas le nom de Christophe Opoix? Pour nous, nous avons la confiance que personne ne désavouera nos sentiments : la couronne de la vieillesse est inviolable, et c’est un devoir sacré pour la jeunesse d’olfrir son hommage à celui qu’elle peut appeler son père ! Nous avons écrit ceci pour qu’il ne soit pas dit qu’un homme aussi distingué ait paru sur notre pâle horizon sans qu’une voix humaine ait salué son passage 1 —

Denis De THEZAN,

(Mai 1859. )

Familles anciennes de Provins , remarquables par une haute antiquité et encore existantes en cette ville : l’une est celle des Thomassins. Avant l’an 1200, les religieux de Sainl-Ayoul abandonnèrent , par acte, à un Tho-

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niassiii, un lorrain attenant la rivière de la Voiilsie, à la charge d’y établir une tannerie. Sur le registre de la cominunaulé des tanneurs , il est question successivement des 'rhomassins. En 1591, dans l’histoire du siège de Provins, on voit un Thoniassin. Aujourd’hui il y a encore à Provins trois Thomassins, tanneurs. Plusieurs des meilleures maisons de cette ville sortent , du côté des femmes, de cette famille qui est encore la plus nombreuse de Provins.

L’autre ancienne famille est celle des Guérins. L’histoire

fait mention de deux personnages de ce nom, Étienne Mi Thomas Guérin, Le premier fit profession à l’abbaye de Vauluisant, en 1511. Par son mérite, il devint prieur de celle maison, ensuite proviseur du collège de Saint-Bernard, à Paris; enfin abbé de Notre-Dame-de-la-Charnoy. Le second, Thomas Guérin , fut lieutenant-général à Provins , en 1514. Cette ancienne famille subsiste encore à Provins , où elle a toujours rempli avec honneur des places distinguées.

Fijjæs de la Vierge [Couvent des). Le couvent de la congrégation des Filles-de-la-Vierge fut fondé, en 1685, dans l’emplacement où les Arbalétriers s’exerçaient à leurs \ii\i\ ,[y oyMi Arbalétrier s .) Plusieurs filles desmeilleures maisons de Provins s’étaient réunies dans l’hôtel Desmarets, à la ville haute, pour y vivre saintement. M. l’archevêque de Sens , sur leur demande , leur adjoignit quelques religieuses (v. Filles dévotes) , et ce fut le noyau de la congrégation des Filles-de-la-Vierge qui devint un établissement considérable par son étendue, le nombre des religieuses et des j)ensionnaires de tout Age qui y étaient admises. Il en faut dire autant de ral)bave des Bénédiclines dont nous avons

parlé. Les églises de ces deux maisons étaient très belles. Les dames de la congrégation tenaient des écoles pour les jeunes fdles peu fortunées. Elles distribuaient tous les jours de la soupe à tous ceux qui se présentaient.

Filles Dieu {Les) ou du Mont-Notre-Dame (Voy. Tliihaut Vî).

Fontaines. Un des grands avantages de la ville de Provins, et que peu d’autres villes partagent avec elle , ce sont ses fontaines. 11 y en a huit placées dans différents quartiers. Ces eaux, qui nous viennent des sources de Fontaine- Riant et de rhôpital général, sont très saines. Elles sont incrustantes et forment des dépôts terreux ; mais j’ai fait voir dans la Minéralogie de Provins, qu’elles n’en sont pas moins bonnes, et surtout que ces dépôts n’ont aucun rapport de nature avec les concrétions pierreuses de la vessie. Une de ces fontaines (quartier de Changis) porte le nom de Fontaine d’Aligre, parce que c’est à ce digne prélat qu’on la doit.

On s’étonne toujours de ce que, dans les temps de pluie, l’eau des fontaines de la ville , qui vient de Fontaine-Riant, est louche et blanchâtre , pendant que l’eau fournie par les sources de l’hôpital est parfaitement limpide dans tous les temps. Voici ce qui est la cause de cette ditïérence qu’on ne sait à quoi attribuer : L’eau de l’hôpital , qui n’arrive que par des tuyaux de plomb, ne peut admettre d’eau étrangère qui puisse altérer sa limpidité. Il n’en est pas de meme de l’eau des sources de Fontaine-Riant, qui passe d’abord par des tuyaux de maçonnerie. Ils ne ferment pas assez exactement pour qu’il ne s’y rencontre pas quelques petites ouvertures par où s’inlilirent un peu d’eau de [duie, lorsque la terre en est

enlièrement pénétrée; et, comme cette eau de pluie lave une terre argileuse qui se trouve au-dessus des conduits, elle communique à l’eau de source une couleur laiteuse.

Avant la destruction de la maison de la Congrégation des rilles-de-la-Vierge, ce monastère avait aussi, pour son usage, une belle fontaine qui lui venait des sources de l’Ermitage , très anciennement une maison des Templiers, ensuite Chevaliers de Malte. A la vente du couvent des Filles-de-la Vierge, les tuyaux qui amenaient l’eau dans cette maison ont été levés, et les sources épanchent leurs eaux dans l’Ermitage, dont elles font un des plus beaux ornements.

Autrefois, des sources assez éloignées fournissaient de l’eau à la ville. Elles sont situées sur la colline au midi de la ville basse. La plus connue est celle dite la Fontaine-aux- Ecus; nous allons en parler, ainsi que de celle de Fontaine- Riant. Une autre, près de Flégny, amenait de l’eau dans la maison conventuelle des Jacobins. Nous parlerons bientôt d’une source abondante qui semble sortir de la fortification, et qui porte le nom de Fontaine-du-Bourreau. (Voyez jportifications.) La ville haute n’est [ as même sans quelques l)elles sources d’eau, qui se trouvent dans plusieurs caveaux.

Fontaixe-aux-Écus. Peu après le meurtre de Guillaume Pentecôte, maire de Provins, le comte Edmond, fils de Henri lïl, roi d’Angleterre, et qui avait pris le titre de comIe <lc Cliampagne, parce qu’il avait épousé Blancbe-d’Artois, comtesse de Brie et de Champagne, ayant eu de grands différends avec les habitants de Provins, et pour les absoudre du meurtre de leur maire, exigea d’eux de fortes sommes, mais qu’il fit servir à leur utilité. Elles furent employées à établir dans la ville quatre fontaines dont l’eau fut prise princij>ale-

ment d’une source sur la colline dont noti<^ avons parlé , et au midi de la ville basse. Elle reçut le nom de Fontaineaux-Écus, à cause des sommes d’argent que le transport de celte eau, par des tuyaux d’une très grande étendue , avait coûté aux habitants.

Fontaine-Riant ou Fontaine-Argent. Nous avons, au nord-est , et tout près de la ville basse , le hameau appelé Fontaine-Riant, Mons-Ridens, et qui tire son eau, pour ses besoins , d’une des deux sources qui fournissent de l’eau à la ville. Le nom de Fontaine-Riant est celui que lui donnent les personnes un peu distinguées; mais tout le peuple de Provins et des campagnes environnantes dit Fontaine- Argent.

Je ne serais pas surpris qu’ici la masse du peuple eût raison, et qu’elle eût conservé la vraie tradition. La source (La Fontaine-aux-Ecus), dont on avait fait venir de si loin et à grands frais les eaux à la ville, était-elle capable de fournir de l’eau à quatre fontaines? Ne doit-on pas croire qu’on tira aussi de l’eau des sources de Fontaine-Riant, qui sont s près de la ville, et qui fournissent à présent de l’eau à la plupart de nos fontaines? ce qui aura donné lieu dans le temps, à raison des dépenses que ces conduites d’eau occasionnèrent aux habitants, de dire Fontaine-Argent, comme on disait Fontaine-aux-Ecus? Cette dénomination serait donc la véritable. Ces réflexions, que je crois justes, me vonl dire doréüiW uni Fontaines-Argent, dussent en murmurer les gens de bonne compagnie..

Je pourrais dire aussi que le site de ce hameau, sur une colline sans tapis de verdure ni massif d’arbres, et qu’une fontaine, au milieu de la rue et près d’un mare bourbeuse,

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n’ont rien de riant; ce ne pourrait etre que le clieinin (pii y conduit , encore n’est-il agréable que jusqu’à une certaine distance de la ville. J’ajouterai que le nom de Fontaine-Riant n’est pas plus didicile à prononcer pour le jieuple que celui de Fontaine-Argent. Il aurait donc dit le premier, s’il eut été originairement celui du hameau.

J’explique, dans la Minéralogie de Provins, tom. F% et dans un long détail, les propriétés, les avantages et les inconvénients de l’eau de/ios fontaines et de nos rivières dans l’emploi qu’on en fait pour les arts industriels et les usages domestiques, dans la médecine et la pharmacie.

Foiitifications, Fossés, Portes, Tours et Tour-

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