Musée de l’Évêché
Les tapisseries.
4“ pour l’Assomption, le chœur seul et il reste tapissé jusqu’après l’octave de saint Maurice.
5° pour la fête de saint Maurille, il faut tapisser les chapelles et la nef, le chœur l’étant depuis l’Assomption et détapisser le lendemain de la Saint-Michel.
On ne tend pas l’église pour la Toussaint.
Vandalisme au XVI II^ siècle.
Mgr Michel le Pelletier, évêque d’Angers, fit bouleverser l’intérieur de la cathédrale. Après avoir renversé le jubé du XI I Psiècleet fait rouler les stalles au fond du chœur, il reconstruisit l’autel à la romaine. Que de tombeaux et de monuments remarquables furent alors sacrifiés ! on vendit au poids des statues de bronze, des plaques de fondation et même une superbe balustrade pour une somme misérable... c’était le moment de battre monnaie à n’importe quel prix (').
Tous les petits autels furent rétablis e/ mis en marbre : plus tard, le maître-autel perdu, pour ainsi dire, dans ce vide immense, fait autour de lui, parut mesquin : on voulut en élever un, dont la masse imposante rappelât le baldaquin de Saint-Pierre de Rome et on finit par vendre toujours au poids, les splendides tables d’argent doré, données par Normand de Doué (XI T siècle) et par Guillaume de Beaumont (XI I T siècle), jadis respectées par Mgr Michel le Pelletier.
Qu’allaient devenir, au milieu de toutes ces dorures et de ces marbres, les vénérables tapisseries, si prisées jusque-là ? Les beaux esprits du temps ne rêvaient que figures allégoriques, trophées, cassolettes fumantes, consoles, ordre composite ou corinthien... chacun cherchait à faire preuve de goût, à devancer ses contemporains dans la connaissance du grand style. Tout oh]ç.t gothique était condamné d’avance : ce mot même était presqu’une injure... On ne l’employait qu’avec des précautions oratoires : rien d’étonnant après la manière dont Fénelon lui-même traite ce style dans ses écrits...
Toutefois, le Chapitre hésitait : un prétexte était nécessaire pour se justifier aux yeux du public d’une pareille exécution, il fut facile à trouver.
En 1767, il fut délibéré en chapitre que « les tapisseries, causant aux voix un très grand préjudice, ne seraient plus tendues (^) ». Même délibération l’année suivante ; toutefois l’opinion publique réclamant, on ajourna l’exécution de cette mesure jusqu’après la construction de la menuiserie du nouveau chœur.
Z-e 2g mars I'/S2. « Messieurs ont arrêté que les tapisseries ne seront pas tendues pour la « fête de Pâques et même qui on ne les tendra plus du tout (3). »
Enfin, le g avril i'/82, « Messieurs ont arrêté de VENDRE toutes les tapisseiûes de cette
n Bib. de l’Évêché, Ct’r/ï/zraza/ de Lehoreau III. «Le Chapitre vendit la balustrade de bronze de la ch.apelle du Marq « bâtie en 1544 dans l’angle du transept sud pour 900 liv., alors qu’elle avait coûté plus de 4000. Le Chapitre se pressa « un peu ti-op de la vendre, par la crainte qu’il avait de voir Mgr l’évêque s’en emparer pour son dessein, qu’il eut grand « soin de prévenir. Cela aida au dit Chapitre à donner à M*' le Beletier 3600 livres pour le changement du chœur qu’il « aurait neanmoins donnes, si Mgr l’évêque s’en fut emparé avant lui... » Ainsi le Chapitre et l’évêque, tenus par moitié aux réparations at léglist^ rivalisaient d’ardeur dans leur empressement à aliéner tout ce qui avait dans l’église quelque valeur intrinsèque. La mode des embellissements, des autels à la Romaine etc... aveuglait tout le monde surtout les esprits les plus cultivés : aussi ce gaspillage si lamentable au point de vue artistique était-il général En cela' rien de plus triste à Angers qu’à N.-D. de Paris et dans presque toutes les cathédrales ; partout le même vandalisme avec d’aussi bonnes intentions.
2. Archives départementales. Conclusions du chapitre 1767-1768.
3. Archives départementales. Conclusions du chapitre 1780-1785, p. 228.
TAPISSERIES d’a.NGERS.
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Catbéîirale D’angers.
« église, à r exception de celles qui sont nécessaires pour le reposoir du Jeudi-Saint et ont (( chargé M. Cosnier, chanoine fabriqueur, d en faire annoncer la vente par la voix des « affiches, tant de cette province qii étrangères (’). »
Heureusement, on ne trouva pas d’amateurs. Qui pouvait acquérir ces ictwime.'-, gothiques et démodées, sans s’exposer au ridicule, alors qu’on reléguait dans les antichambres et les galetas même les tapisseries mythologiques :
« On a banni des appartements ces tapisseries à grands personnages, que les meubles cou- <ipaient désagréablement, dit l'auteur du tableau de Paris en ijSj. Le damas a trois « couleurs et à compartiments égaux, a pris la place de ces figures, qui, massives, dures et « incorrectes ne parlaient pas à l' imagination des femmes... Les tapisseries descendent des « galetas pour le jour de la Fête-Dieu, ou bien on les envoie à la campagne pour garnir les « mansardes j). »
Le Chapitre d’Auxerre avait vendu à l’Hôtel-Dieu de cette ville, en 1776, une superbe tapisserie, donnée vers 1500 par l’évêque Jean Baillet. C’était la vie de sainte Étienne, qu’on voit aujourd’hui au musée de Cluny. Louis XIV, paraît-il, en avait admire la beaute en passant à Auxerre (^). On la tendait au dossier des stalles.
Cjjapitce i). — 1792 à 1843.
me pardonnera une citation assez longue : elle montrera à quelle aberration on en était arrivé. Comment s’étonner en lisant ce qui suit, que tant de choses précieuses pour l’histoire de l’art aient disparu ?
« Lorsqiien I7Ç2, les volontaires de Bayeux s'étaient levés pour courir aux li armes (S floi'éal an II). on improvisa des chariots pour les armes et les équipages. Une des « voitures avait besoin d'être couverte ; la toile manquant, on indiqua la tapisserie (disons « la broderie) de la reine Mathilde, comme pouvant servir à cet usage. Elle fut à l'instant « exti'aite de la sacristie de la cathédrale, apportée et placée sur le fourgon. Il était en « marche et atteignait la hauteur de la rue Saint- Jean, lorsqiiun des administrateurs du « district, M. le Forestier, accourut, fit rétrograder la voiture, reprit la tapisserie, la « remplaça par de la toile, qii on parvint à trouver et sauva ainsi cette page si précieuse de « r histoire normande.
« Plus tard, lorsqiéil s'agit des préparatif s de la fête de la Liberté, célébrée le lo ventôse « an II, un zèle plus ardent qu'éclairé fut sur le point de la faire lacérer par bandes, pour en « décorer le char mythologique ('*)... »
Quelle pitié !
Au Mans, ce fut autre chose. La splendide tapisserie de la vie de saint J ulien fut employée au moment de la déroute des Vendéens, à préserver du froid les blessés, entassés dans des chariots. Bon nombre de tableaux émigrèrent ainsi et s'échouèrent aux environs de Baugé, où ils ont été retrouvés et successivement rachetés par la fabrique de Saint-Julien.
1. Archives départementales. Conclusions du chapitre 1780-1785, p. 230.