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LE DUC DE PENTHIÈVRE

disparus. Les habitants et même les étrangers étaient admis dans la Salle à manger pendant le dîner du Prince, qui daignait adresser la parole à tous les visiteurs. Aussi la foule ne manquait pas à l’honneur de voir un si bon Prince, qui la recevait si bien, mais elle se retirait discrètement au dessert.

Greuze, par le charme de son pinceau, créa à Anet une de ses plus gracieuses productions : la Cruche cassée , dont le modèle fut une jolie paysanne d’Anet, comme nous l’avons entendu dire à Anet dans notre enfance par de vieilles gens qui, à coup sûr, ne l’auraient pas inventé.

La Correspondance de Voltaire contient une lettre adressée au Chevalier de Florian , qui renferme un mot flatteur pour le Duc de Penthièvre :

De Ferney, 1777.

Vous étiez né, Monsieur, pour plaire aux Princes et pour servir l’Etat; vous remplirez votre vocation. Nous autres, habitants des cavernes du Mont Jura, nous partageons les obligations que vous avez à ce Prince si vertueux et si aimable, auprès de qui vous avez le bonheur de vivre.... Jouissez de votre heureux sort, que vous méritez, et agréez, etc.

Le vieux malade de Ferney , Voltaire.

Une lettre de Florian à M. le Curé de Saint-Eustache, qui était la paroisse de M. le Duc de Penthièvre à Paris, contient des vers charmants sur Anet.

Lettre à Mr L. C. D. S. E.

Du Château d'Anet, le 3 mai 1779.

Je suis chargé, mon cher pasteur, au nom de tous les habitants d’Anet, de vous adresser des plaintes sur votre départ précipité; nous sommes tous fâchés contre vous. Le peu de jours que vous avez passés ici va rendre moins agréables ceux que nous devons y passer encore, et, à présent que vous n’y êtes plus, nous aimerions mieux que vous n’y fussiez pas venu : car le plaisir ressemble à ce fruit du livre de l’Apocalypse, qui était si doux dans la bouche, et si amer quand il était mangé.

Depuis votre départ, les bergers de nos bois Aux sons du chalumeau n'accordent plus leur voix;

On n’entend plus chanter la tendre Philomèle;

Le printemps est fini; déjà la fleur nouvelle, ,

Qui de l’amant de Flore annonçait le retour,

Se fane et va mourir sans avoir vu le jour.

Si j’osais vous parler de notre Prince, je vous dirais qu’il n’est pas le moins chagrin de votre absence, et cela seul vous rend inexcusable.

Quoi, vous quittez sans murmure D’Anet le charmant séjour,

Ce vallon, où la Nature Épuisa ses trésors pour contenter l’Amour !

Vous fuyez sans regret un Prince qui vous aime, Qui sait fixer le volage bonheur Et veut déposer sa grandeur Pour être chéri pour lui-même,

LE CHATEAU D’ANET

Qui se plaît à marquer chaque jour d’un bienfait,

Et dont l’esprit, toujours aimable,

Égaie avec douceur les propos de la table Et sait parler de tout, hors du bien qu’il a fait.

Heureusement pour vous, mon cher pasteur, nous savons votre secret, et, quoique nous y perdions, il faut vous en aimer davantage, etc.

En septembre 1784, le Duc de Penthièvre reçut à Anet la visite du Prince Henri de Prusse, frère du grand Frédéric, qui arrivait de Versailles et qui voyageait sous le nom de Comte d’Oels. Le Duc lui fit les honneurs du Château, où se trouvaient des souvenirs glorieux pour les armes françaises dans les tableaux des batailles du Duc de Vendôme , et le mena sur le champ de bataille d’Ivry, illustré par Henri IV, où le Duc de Penthièvre avait fait élever un monument sur le lieu même où le Roi s’était arrêté. Ce but de promenade était plein d’intérêt pour un Prince dont le frère était certainement alors le plus grand capitaine de l’époque.

Une jeune paysanne donna ces vers au Prince de Prusse, en lui présentant une branche de laurier :

Ici se reposa des Rois le plus aimable,

Le héros des Bourbons, l’idole des Français,

Comme César et vous aux combats redoutable,

Comme vous seul sensible et tendre dans la paix.

On doit aimer ceux qu’on imite ;

A la place où s’assit cet illustre guerrier Daignez enfoncer ce laurier ;

Planté de votre main, il y croîtra plus vite.

O campagne d’Ivry, de ce nouvel honneur Ne perdez jamais la mémoire;

Un si beau jour vaut bien celui de la victoire.

Henri, de ses sujets le père et le vainqueur,

Reparaît à nos yeux sous une double image;

Bourbon, né de son sang, a ses vertus, son cœur.

Et d’Oels a son nom et sa gloire en partage.

Henri de Prusse, touché des délicatesses gracieuses de ces vers, autant que des vertus de son hôte, répondit : « Il n’y a qu’en France, Monsieur le Duc de Penthièvre, que l’on trouve des merveilles dans tous les genres. »

Le Duc de Penthièvre avait marié sa fille au jeune Duc de Chartres, qui a été depuis le Duc d’Orléans, père du Roi Louis-Philippe.

Les grands écrivains du XVIIIe siècle, et en particulier Voltaire, Montesquieu et J. J. Rousseau , avaient réussi à créer en France, par la force invincible de leur intelligence , une puissance nouvelle, d’autant plus forte quelle s’élevait d’elle-mème en face des scandaleux abus du pouvoir absolu de la vieille monarchie. La monstrueuse exigence toujours croissante de la Cour, du Clergé et de la Noblesse, où le Duc de Penthièvre était vraiment une seule et unique exception , avait mis la nation dans une détresse extrême et incroyable de misère et de douleurs, qui devait amener une terrible catastrophe. Plus le peuple avait été malheureux,

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