PREMIER ÉTAGE
Cette Chambre est au-dessus de la Salle à manger que nous venons de décrire; on y entre par le palier du grand escalier à gauche. Au XVIIIe siècle, c'était le Salon de l’appartement n° 5 ; le feu de la cheminée était argenté, et la tenture en damas cramoisi.
Aux deux angles, deux portes secrètes donnent accès aux deux tourelles, autrefois reliées au dehors par un passage suspendu qui a été supprimé en 1842; en la même année, ce Salon avait été partagé en deux chambres. La suppression de cette cloison dans la dernière restauration de 1862 lui a rendu son étendue, et elle a été transformée en Chambre à coucher.
Elle est décorée d'une magnifique tenture rouge cramoisi; le dessin représente des arabesques enrichies de cartouches de la Renaissance, au chiffre de Diane, avec ses emblèmes et allégories, dont le principal motif est emprunté d’un panneau sculpté du XVIe siècle.
On y voit une cheminée sculptée, en noyer; en face, un lit à colonnes orné d’anciennes tentures, et, à côté du lit, une table de nuit dont le panneau principal est sculpté du temps de Diane.
Le plafond, à solives apparentes entre les poutres et ornées de clous dorés portant le chiffre de Diane, alternant avec des petits pendentifs en cul-de-lampe qui forment sur les poutres et les solives un semis d’un charmant effet.
Aux angles sont les deux tourelles. Celle de droite est encore ornée de peintures du temps de Diane, mais fortement endommagées; celle de gauche a été peinte à la dernière restauration, sur les dessins de la première. Cette seconde tourelle sert d Oratoire.
La peinture du plafond de ces tourelles , dont le fond est brun , est divisée en quatre
CHAMBRE A COUCHER
parties-, le centre de chaque motif représente un autel surmonté d’arabesques sur fond d'or; on y voit deux bagues, dont l’allusion à Diane n’est pas douteuse. Entre ces quatre parties d’ornement se trouve une tête, couleur de bronze, portée çar un cartouche en forme de bouclier, où vient s’enrouler de chaque côté une corne d’abondance ; cette tête de bronze est coiffée d’ornements. Le centre de ce petit plafond rond est bleu.
La peinture des murs de cette tourelle est sur un fond brun comme le plafond. Le sujet principal représente un personnage complètement effacé; il est posé sur un piédestal formé d’arabesques. Dans la partie inférieure se trouve un vase entre deux volutes qui portent une tablette soutenant ce piédestal. De chaque côté du sujet principal est un Faune, les mains derrière le dos , portant une volute sur laquelle porte le motif d’architecture du dessin qui forme une niche autour du personnage du milieu; le Faune a un pied posé sur un Dauphin dont l’extrémité vient s’enrouler au motif central. La partie architecturale de cette décoration est soutenue aux extrémités par une frêle colonnade dans laquelle sont suspendus deux pendentifs : l’un est un cartouche, en forme de bouclier, suspendu par un collier de perles; celui du haut est formé d’une lyre enlacée avec une harpe, et plus bas est un bouclier avec des armes enlacées. Chaque Dauphin est posé sur une draperie taillée en feston; au-dessous, un autel antique entre deux volutes. L’ensemble de cette belle peinture rappelle complètement, surtout pour la partie architecturale, le style antique que l’on retrouve aujourd’hui à Herculanum et Pompéi, que le XVIe siècle a connu par les grottes ou plutôt par les chambres funéraires découvertes alors, qui ont été le modèle des Grotesques de la Galerie des Loges au Vatican , et sont passées en France par les Italiens avant d’y être tout à fait popularisées par les gravures de Ducerceau.
Le dessus de porte, en pierre sculptée , représente un cartouche aux armoiries de Diane , entouré de branches de feuillages peintes sur le mur.
Cette peinture a été répétée dans la tourelle servant d’Oratoire, avec une légère modification, pour remplir le vide des parties effacées et se rapporter au caractère religieux de sa nouvelle destination.
Le peu qui restait de ces peintures consistait en jambes de Satyre posées sur des Dauphins, et en quelques fragments d’ornementation présentant des trophées, des mascarons et une queue de serpent. Ces peintures présentent une figure de femme invoquant la puissance divine par la prière. Les démons sont enchaînés; revenant de leurs erreurs, ils se prosternent en suppliants.
Le vitrail moderne est une imitation des vitraux en grisaille.
A côté de cet Oratoire est une seconde porte, dissimulée dans la muraille et conduisant sur les terrasses du Portail d’entrée.
Toutes les portes de cette Chambre ont des verrous anciens au chiffre de Diane.
La pièce à côté était, au XVIIIe siècle, la Chambre à coucher de l’appartement n° 5. Elle est décorée d’une boiserie très-simple. Au plafond existe une frise en voussure dont les ornements en relief sont faits de plusieurs trophées composés de cuirasses, de casques et d’armures, avec des Renommées; cette décoration fait tout le tour de la Chambre au-dessus de la boiserie.
LE CHATEAU D’ANET
Sur le côté de la cheminée, en marbre de Languedoc, est un petit cadran de cuivre doré, représentant une Rose des vents orientée, où l’aiguille indicatrice correspond par plusieurs broches et engrenages à la girouette placée extérieurement au sommet de la cheminée et marquant la direction du vent.
Le lit était à colonnes, et les rideaux en damas bleu, galonné en or fin, ainsi que tout l'ameublement de cette Chambre. Il y avait aussi un lit de repos dont la plate-forme était encadrée d’une étoffe à fond bleu et à fleurs d’or. On y remarquait aussi treize petites figures en bois, du XVIe siècle, très-finement sculptées.
Cette Chambre est restée intacte, sauf l’ameublement qui n’est plus le même. Un escalier dérobé, dissimulé dans une fausse bibliothèque et descendant au rez-dechaussée, y a été ajouté en 1842.
En revenant au grand escalier, le nouveau Vestibule à l’extrémité du palier, en face de la Chambre à coucher dont nous venons de parler, fait arriver à une Salle magnifique , dont la porte est décorée d’un très-beau chambranle en marbre rance, c’est-à-dire d’un rouge jaune. Sous Diane de Poitiers, c’était la Salle des Gardes.
Cette grande et belle Salle était ornée d’une cheminée monumentale en marbre; le plafond, divisé en trois parties séparées par deux poutres, était composé de plusieurs panneaux de différentes grandeurs. Du reste, le plan de tous les plafonds du Château d’Anet au XVIe siècle était presque toujours le même, excepté dans la Galerie de Diane, et se composait de rectangles de deux grandeurs, placés l’un en long, l’autre en travers, et reliés entre eux par de petits et de grands carrés.
Chacune de ses trois divisions était ainsi composée. Chaque panneau était richement sculpté et rehaussé d’or; les fonds étaient peints. L’un de ces panneaux, orné des armoiries de Diane, richement sculptées dans un cartouche, faisait pendant à un autre portant les armes du roi Henri II.
Parmi les autres, qui alternaient, l’un représentait une flèche avec deux branches de laurier entrelacées d’une banderole portant cette inscription : sola vivit in illo (Elle ne vit qu'en lui) ; l’autre , un croissant , et sur une banderole la fameuse devise que Henri II avait déjà comme Dauphin : donec totum impleat orbem, qui offre le double sens : Jusqu'à ce que , cessant d'être un croissant, il atteigne tout son plein , et : Jusqu'à ce que sa gloire remplisse le inonde entier ,
LE CHATEAU D’ANET
ou encore : Vivre en croissant, comme nous le trouvons dans le chapitre des rébus des « Bigarrures » de Tabourot.
Les poutres étaient chargées de riches sculptures, parmi lesquelles on voyait une javeline en¬
tourée d’une banderole portant la devise : consequitur quodcunque petit ( Elle atteint tout ce qu'elle vise).
Trois lustres, en bois sculpté et doré, étaient suspendus au plafond.
Les lambris de cette salle étaient revêtus de panneaux sculptés et dorés représentant des trophées , des panoplies d’armures , d’attributs de guerre et de cuirasses de chevaliers du XVIe siècle.
Parmi les ornements des casques et des armures se voyaient des croissants et
d’autres allégories à Diane et à Henri II .
A la restauration de la fin du XVIIe siècle, toute cette riche décoration de Jean Goujon a été détruite, moins le plafond et la cheminée de marbre , et cette.
Salle a pris le nom d’appartement n° 6. Une autre décoration en a été faite; elle consistait en cinq grands tableaux représentant les campagnes du Duc de Vendôme en Espagne. En voici la description d’après Lemarquant :
Au-dessus d’une vaste cheminée de marbre est le portrait de M. le Duc de Vendôme sur le cheval de bataille qu’il montait à la journée de Villaviciosa, et qui n’était autre qu’un très-beau cheval qu’il avait fait détacher d’une charrette à Anet.
A droite en entrant est un tableau de vingt pieds de large sur neuf de haut, et représentant le siège de Barcelone. Dans un autre tableau de neuf pieds de large est le siège de Brihuega; entre les deux croisées qui donnent sur la cour est un tableau, de vingt et un pieds de large, qui représente la bataille de Cassano, et enfin, depuis la dernière fenêtre jusqu’au retour de la muraille, est représentée, dans un tableau de dix pieds de large, la fameuse journée de Villaviciosa du 10 décembre 1710. Cette journée procura à Philippe V le trône d’Espagne.
Il n’est rien demeuré de la décoration de cette Salle. Elle est restée nue et dévastée jusqu’en 1860, où la dernière restauration est venue la relever de ses ruines. Aujourd’hui c’est la nouvelle Galerie de Diane.