TAPISSERIES
Une de ces tapisseries représente la Fable d’Iphigénie, avec cette inscription dans le haut :
Sur tous mortelz la belle Iphigénie Doit à Diane une grâce immortelle;
Elle devoit par mort estre punie,
Car des hautz Dieux l’ordonnance étoit telle;
Mais, par pitié de la saincte pucelle Pour qui les Rois et Capitaines Greqs Souffroient au cueur rail ennuyeux regretz,
Diane ung cerf sur l’autel leur présente,
Et, pour servir à ses honneurs segretz,
Osta du feu la victime innocente.
Sur une autre est la Fable de Méléagre, avec l’inscription suivante :
En Calydon occist Méleager,
Avec le porc de Phœbé mesprisée,
Deux oncles siens, qui^vouloyent outrager Atalanta, sur tous de luy prisée.
Dont Althéa, leur seur, fut attisée D’ire et pitié; mais enfin l’ire a peu Tant qu’elle mit le tison en un feu.
Avec lequel son filz devoyt fin prendre;
Ainsi sentit l’outrageux peu à peu Et le tison et son corps venir cendre .
La troisième offre la Fable de Latone, avec cette inscription :
Latone encor fuyant vint en Lycie Près d’un estang où la Chimère ardoit,
Et pour de l’eau aux villains s’humilie Mais d’en avoir chascun d’eux l’en gardoit.
Dont l’œil Divin, qui du Ciel regardoit Leur cruauté, en grenoilles les mue.
D’autre costé Cypris, d’orgueuil esmue,
Veut que d’Amour Diane soit frappée;
Il guette assez, mais en vain se remue Pour ce qu’elle est à la chasse occupée.
Cette tapisserie, de la même hauteur que les autres, porte 4 mètres 70 centimètres de large, ce qui lui donne 70 centimètres de plus.
La quatrième présente la Fable d’Orion, avec ce dizain :
Phœbus, marry que Phœbé vouloit tant S’accompaigner d’Orion le chasseur :
« Veux-tu », dit-il, « faire un bon coup, ma seur? « Frappe cela qui va sur mer flottant. »
L’arc elle enfonce, et sa visée estent Si droit que hélas à mort, sans y penser,
Son Orion luy advint d’offenser,
Dont la Déesse avec ses Nymphes pleure;
Mais Juppiter, pour le récompenser,
Lui donne au Ciel, avec son chien, demeure.
Cette décoration était composée de plus de quatre tapisseries, car le montant d'une cin-
LE CHATEAU D’ANET
quième a été retrouvée tout dernièrement sans aucune indication du sujet ni trace d’inscription.
Dans la décoration du Salon des Glaces, nous avons parlé de Ponthus de Thyard; voici pourquoi. Un petit volume, conservé à la Bibliothèque nationale, porte ce titre : Dou^e fables de Fleuves ou Fontaines, — avec la description pour la peinture — et les épi grammes — par P. d. T. *
La Préface dédicatoire est ainsi conçue :
A Pontus de Thyard, Seigneur de Bissy, Evesque de Chatons.
Monsieur, vous ne serez pas marri si j’ai entrepris de faire imprimer ce papier, que je pris, il y a deux mois, en vostre estude à Bragny ', et lequel vous enviiez trop avarement au public et sous si foibles excuses que je ne les ay peu ni deu prendre en payement : car, quant à votre aage et profession trop dissemblables à escrits de telle étoffe que mettez en avant, cela n’a rien de commun à l’eage ny à la saison esquels vous les listes, d’autant que ce fut en un temps où l’on le pouvoit appeler un très-honeste et louable exercice, sçavoir il y a environ trente ans, lorsque l'on accommodoit cette superbe maison d'Anet, qui a pris son plus grand lustre de vos belles inventions , dont aucuns se sont emparé et en ont emporte \ la gloire à bon marché. Recevez-le donc comme vostre, et ne le désavouez pas, car je m’asseure qu’il ne fera point de honte à vos autres écrits et que la France me sçaura bon gré de mon honneste larcin, vous priant humblement croire que sans cette asseurance, je n'eusse pris la hardiesse de le mettre en lumière à votre insçeu, comme celuyqui ne vouldroit rien faire qui fust désagréable, et qui demeurera à jamais votre très humble et très obéissant serviteur,
Tabourot.
De Paris, ce jour de Toussaints 1 585 .
Voici le titre de ces Fables :
Jre
Fable. —
IIe
Fable. —
IIIe
Fable. —
IVe
Fable. —
Ve
Fable. —
VIe
Fable. —
VIIe
Fable. —
VIIIe
Fable. —
IXe
Fable. —
Xe
Fable. —
XIe
Fable. —
XIIe
Fable. —
Du fleuve Clytorie, qui a force de désenyvrer.
La fontaine d’André (Andros), qui a force d’enyvrer.
Du fleuve Selemne, qui efface la passion d’amour.
De la fontaine Callirrhoé (nom grec de Fontainebleau), qui engendre le réciproque amour. Du fleuve Phasis, qui asseure les jaloux.
Du fleuve Araxe, où se prouve si la fille est vierge.
Du fleuve Inde, où vient la pierre qui conserve les vierges contre la violence des ravisseurs.
De la fontaine de Narcisse, dans laquelle, si un amoureux se mire, il reçoit allégeance. Du fleuve Salmace, qui fait les Hermaphrodites.
Du fleuve Chrysoroas, dedans lequel se trouve l’or.
Du fleuve Strymon, qui console les désolés.
Du lavatoire d’Isis, qui sert d’assurance contre les larves, les malins esprits et chiens aboyants.
Nous donnons le texte qui décrit la peinture de la XIIe Fable, les autres n’ayant rien qui ait rapport à Anet :
Faudroit peindre à l’entrée d’un Enfer poétique, tel que l’ont décrit Virgile et les autres poètes, Osiris, qui seroit vêtu d’une longue robe blanche, et à l’entour de sa tête quelques rayons solaires, car les Egyptiens 1 estimoient être le Soleil. Il seroit assez près de Gerberus, chien à trois têtes, représenté aboyant à gueule
»• Village sur la rive droite de la Saône, en face de Verdun. Pontus y mourut en i6o5.
TAPI SSERI ES.
ouverte. En un autre endroit seroit représenté un temple d’Isis, qui se pourroit faire, par une perspective ù ligne visuale de front et basses diagonales, de la Maison d’Anet , pourvu que le peintre adjoustat à la porte quelques têtes de lions ayant les gueules ouvertes, selon la superstition des Egyptiens. Et ainsi par la porte se pourroit voir le dedans d’une partie du temple, sur le pavé duquel seroit écrit ceci : Meurn péplum nullus mortalium detexit l; cette inscription est tirée de ce qui étoit escrit sur le pavé du temple d’Isis en Egypte. Auprès du temple se verroit un Lavatoire, tel que celui même d’Anet , dedans lequel Garmathonè, Reine Egyptienne, descendroit, guidée par Isis, vêtue d’une longue robe comme celle d’Osiris, excepté qu’elle seroit peinte de divers couleurs, comme blanc, bleu, rouge et surtout de noir, selon qu’elle est décrite par les Anciens. Je suis toutefois d’avis, et me semble l’avoir lu en bon auteur, qu’Isis se peut vestir de couleur blanche et noire, ou d’une longue estole, ou robe blanche, et d’une noire plus courte, en façon de surplis qui seroit sur la blanche. Elle doit avoir au haut du front un croissant, car Isis représente la Lune comme Osiris le Soleil. Au reste, la vertu du lavatoire est assez commodément rapportée à ce lieu.
Rien ne prouve que cette décoration ait été exécutée; notre citation n’a pour but que de ne rien omettre de tout ce qui peut intéresser Anet et son histoire, et de faire remarquer que Ponthus pourrait bien être l’auteur des dizains des tapisseries que nous venons de transcrire.
Des fragments du pavage ont été trouvés, dans des terrassements, sur l’emplacement où était jadis l’ancien Vestibule. Parmi ces quelques débris, deux carreaux seulement sont à peu près entiers. Ils sont carrés, de douze centimètres de côté et d'une couleur rouge brique assez claire.
Sur l’un sont peintes au centre, en émail blanc mat, les armes de Louis de Brézé, sur un écu bordé, portant huit croisettes autour d’un petit écusson bordé; les angles de chaque côté de l’écu central sont décorés par des feuilles d’acanthe. Ce carreau est en outre orné d’une bordure dentelée. L’autre carreau porte le monogramme de Louis de Brézé enlacé avec deux palmes, en émail blanc. Les deux carreaux sont émaillés et paraissent venir de la même décoration; ils étaient sans doute employés à composer un semis dans un pavage par compartiments, et à répondre aux panneaux sculptés d’un plafond décoré Su milieu par un cartouche d’un semis à peu près semblable.
Tout dernièrement nous avons eu la bonne fortune de trouver, dans notre jardin, un troisième carreau de la meme grandeur et du meme émail, dont le chiffre, quoique différent, est un autre monogramme de Louis de Brézé. Ce chiffre est placé au milieu d un ovale, dont les angles forment un carré par la réunion de quatre carreaux.
Diverses feuilles de parquet de la Renaissance, avec des incrustations, existent encore dans une maison d’Anet appartenant à notre famille. Ces feuilles de parquet sont de trois dessins différents; toutes les pièces principales, composant un dessin, sont bordées d’un filet de bois d’amarante incrusté dans le chêne ; ces feuilles de parquet proviennent de la vente du mobilier du Château d’Anet et avaient succédé au pavage émaillé.
,. Nul mortel n’a jamais enlevé ni soulevé les voiles qui m’enveloppent.
LE CHATEAU D’ANET
On lit, dans les œuvres de l’abbé de Chaulieu, cette petite pièce, qui nous donne la description d’un Cadran, avec une vue du Château d’Anet peinte au-dessous d’un Soleil :
Inscription pour mettre sur un Cadran a Anet, ou le Soleil était peint en haut dans son char ,
ET toute cette belle maison au dessous, en perspective.
Phœbe , nihil toto spectabis amœnius orbe ;
Hic utinam voilier es sistere velles equos!
Tempora nec fluerent, nostri nec Phyllidis amores ,
Nec veniet tacito curva Senecta pede.
(Phœbus, tu ne verras, dans le monde entier, rien de plus agréable; plût aux Dieux que tu voulusses arrêter ici tes rapides chevaux. Le temps ne passerait pas ni notre amour pour Phyllis, et la vieillesse courbée, avec ses pas silencieux, ne viendrait jamais.)
CHATEAU D'AN ET
Roussel d'après Ph.de Lorme lmp Remercier & C~e Paris
ABSIDE DE LA CHAPELLE '• . i