DE CHARLES LE MAUVAIS ET DES CUISINES
On y allait de la Cour d’honneur par deux entrées qui existaient de chaque côté de la Chapelle, et qui ont été considérablement agrandies au XVIIe siècle. Sous Diane, ce n’était qu’un passage entre les deux salles, mais en 1682 on a sacrifié une de ces salles pour agrandir le passage, et les trois arcades, créées de chaque côté de la Chapelle et qui, correspondant aux arcades donnant sur la Cour d’honneur, donnaient une large et facile communication entre les deux Cours.
Autrefois cette Cour de droite était formée : au nord, par ce qui restait de l’ancien Château de Charles le Mauvais et de Louis deBrézé; à l’ouest, par l’abside de la Chapelle, qui se détachait presqu’en entier de l’aile droite du Château et avançait dans cette cour; au midi, par les terrasses donnant sur la Place, sous lesquelles étaient établies les Cuisines; à l’est, par un portail qui était l’entrée principale de cette Cour et auquel on arrivait du dehors par un pont sur les fossés. Ce pont était primitivement en bois et à bascule; en 1720, il a été refait en pierres par Madame la Princesse de Condé.
PORTAIL DE L’EST
Cette porte est un petit édifice très-curieux; malgré son style Renaissance, il a tout à fait le genre moyen âge.
Sa face extérieure est d’une architecture très-simple. De chaque côté de la porte, cintrée
et surmontée d’un attique, sont deux motifs d’architecture, décorés au milieu par un tableau
ayant des meurtrières aux angles. Les deux meurtrières inférieures sont réelles; dans les deux
du haut sont deux pièces de canon sculptées en pierre. La corniche est ornée par deux
tablettes inclinées. Au-dessous de ce petit monument existe de chaque côté une double
LE CHATEAU D’ANET
terrasse, reliée Tune à l’autre par un passage au-dessus de la porte. Chacune de ces terrasses porte une espèce de logette ou de guérite assez basse, carrée, voûtée à quatre pans et éclairée par un trou rond comme pour donner passage à une pièce d’artillerie; enfin la calotte des logettes était terminée par un croissant.
Cette façade extérieure, comme on le voit, a tout à fait l’aspect d'une fortification, mais mitigée de grâce, et d’un très-beau style.
La façade intérieure de ce petit monument, exactement pareille comme disposition architecturale, est toute différente comme décoration. Ce n’est plus l’aspect d’un fort, reste des mœurs féodales et guerrières du moyen âge; c’est la Renaissance avec sa beauté gracieuse, inspirée de mœurs plus adoucies et plus gaies.
Sur cette face intérieure, les deux motifs d’architecture, de chaque côté de la voûte, au fond de laquelle s’ouvre une porte principale, sont décorés chacun d’une porte donnant accès à l’intérieur du monument. Au-dessus, les meurtrières garnies de canons de la face extérieure sont remplacées par deux beaux vases d’une forme élégante, ornés de pefles et gracieusement inclinés. La logette des terrasses, visible seulement sur la face extérieure, est cachée par le haut d’une cheminée, et l’on ne peut qu’admirer dans cette double façade, si habilement trouvée, le contraste de deux génies opposés qui se produisent à l’intérieur de lignes de la même forme.
Les croissants, qui surmontaient les logettes, n’existent plus. A part cet ornement, qui faisait bon effet, ce portail est intact; il n’a subi ni changement, ni dégradation sérieuse, sauf dans quelques pierres, rongées par le temps et dissimulées sous la verdure, qui envahit peutêtre un peu trop ce joli petit monument.