ÉTAT ACTUEL DE LA CHAPELLE FUNÉRAIRE
Cette Chapelle existe encore dans son entier, mais nue et dévastée; elle sert provisoirement d’Orangerie. Toutes les boiseries et les stalles ont été démontées et vendues; Diane elle-même a été exhumée et portée au cimetière commun -, son tombeau et les autels ont été détruits et les matériaux vendus.
La seule destruction du tombeau a été décrétée par une motion faite par deux Commissaires de sûreté générale venus de Dreux.
C’est le seul ornement du Château qui ait été abîmé et détruit par le fait direct de la Révolution, tandis qu’aucune partie du Château, pas plus que l’autre Chapelle, n’a eu à souffrir des excès de la Révolution, ce qui n’a pas empêché bien des auteurs de mettre la destruction du Château d’Anet sur le compte des révolutionnaires. L’histoire du vandalisme en France est
LE CHATEAU D’ANET
complètement à faire ; l’ignorance des grands seigneurs, appelés à conserver les chefs-d’œuvre faits par leurs devanciers, a plus détruit de merveilles que n’en touchèrent jamais les fameux révolutionnaires de 1793; les immenses destructions faites par le Duc de Vendôme à Anet le prouveraient surabondamment. Seulement l’inscription : Guerre et mort aux tyrans , fut mise à l’extérieur de la Chapelle, sur les tables de la Loi tenues par la statue de la Foi, et l’œil de la République, avec cette légende : surveillance publique, fut peint sur la rosace. Il existe même encore assez de traces de ces inscriptions pour que nous puissions les relever.
Revenant au tombeau, il faut dire que le nommé Saillard, laboureur à Rouvres, a acheté le sarcophage de marbre noir dont il avait fait une auge pour faire boire ses chevaux. La statue de Diane et les quatre sphinx ont été laissés au Château et déposés sous le grand escalier.
Le surplus des marbres du tombeau fut vendu au citoyen Brizard. Quant aux pierres qui composaient l’autel, au bas-relief de l’Adoration des xMages et à la statue de la Vierge, le tout fut acheté par le citoyen Tessier, maçon à Anet.
Les deux anges, en posture d’adoration, avaient été brisés à coups de pied et à coups de pierres par les Commissaires. Enfin le cercueil de plomb fut fondu pour faire des balles, et, en 1846, en ouvrant le caveau pour le visiter, on y a retrouvé un moule à balles oublié.
Voici les notes d’achat de ces divers fragments, réunis par les soins de M. A. Lenoir pour le compte de l’État :
Je, soussigné, Antoine Saillard, propriétaire à Rouvres, près Anet, reconnais avoir reçu du citoyen Alexandre Lenoir, Administrateur du Musée des Monuments Français, la somme de 25o francs pour le sarcophage en marbre noir et le socle provenant du tombeau de Diane de Poitiers. — Fait à Rouvres, le 6 fructidor an VI delà République (23 août 1797). Signé : Saillard.
Je, soussigné, reconnais avoir reçu du citoyen Alexandre Lenoir, etc., la somme de 96 francs, pour l'acquisition de deux enfants, sculptés en marbre blanc, provenant du tombeau de Diane de Poitiers. — Fait à Anet, le i3 fructidor an VI de la République (3o août 1797). Signé : Devesly, propriétaire à Anet.
Je, soussigné, Estienne-Jérôme Lacroix, domicilié à Anet, reconnais avoir reçu du citoyen A. Lenoir, etc., la somme de 1 5 5 francs, pour le dessus en marbre noir du tombeau de Diane, le cartel du même monument et quatre consoles, etc. — Fait à Anet, le i3 fructidor an VI de la République. Signé : Lacroix.
Je, soussigné, reconnais avoir reçu du citoyen A. Lenoir, etc., la somme de 36 francs, pour l’acquisition d un bas-relief en pierre, représentant l'Adoration des Mages. — Fait à Anet, le 14 fructidor an VI de la République (3 1 août 1797). Signé : Tessier, maçon.
La note qui suit nous donne le détail de la restauration du tombeau de Diane, et nous indique comment il a été réédifié :
Je, soussigné, Beauvallet, sculpteur statuaire, reconnais avoir reçu du citoyen Al. Lenoir, etc., la somme de 5e8 fr . , prix convenu pour la restauration complète du tombeau de Diane de Poitiers, et déclare avoir lait ces travaux pour ce prix par égard pour sa personne et par reconnaissance pour les services qu’il a rendus aux arts. Fait à Paris, ce 25 germinal an VII de la République (14 avril 1798).
Signé : Beauvallet.
Voici comment M. A. Lenoir lui-même nous parle de sa réédification :
La statue, en marbre et à genoux, de Diane de Poitiers, est posée sur un sarcophage en marbre noir, porté sur un piédestal supporté par quatre figures de femmes. Ce tombeau, dont j’ai acheté les débris à Anet, était dans un état d’abandon tel que les animaux les plus vils paissaient dedans ; il vient d’être res-