PIERRE DE BRÉZÉ
Pierre de Brézé, après avoir perdu les bonnes grâces du Roi, qui l’avait dépouillé de ses charges et emplois, les regagna et fut rétabli dans ses charges et ses Gouvernements par lettres patentes du 12 novembre 1449.
Le 26 octobre 1461, le Roi Louis XI donna des lettres patentes portant, en faveur de Pierre de Brézé, délai et surséance de lui faire foi et hommage pour ses quatre Châtellenies.
C’est de Pierre de Brézé que date la splendeur de cette famille princière, une des plus puissantes de la France à cette époque.
Jacques de Brézé son fils, qui devait lui succéder dans toutes ses charges et prérogatives, se maria avec Charlotte de France, sœur naturelle du Roi Louis XI, fille de Charles VII et d’Agnès Sorel. Le Roi avait voulu doter royalement « sa très-chère et bien-aimée sœur »; il avait remis à son beau-frère une somme de 40,000 écus d’or, environ quatre millions de notre monnaie. Ce jeune Seigneur, enchanté de la dot que lui apportait sa fiancée, trouva le mariage à son goût. Pierre de Brézé, son père, charmé de l’esprit et de la beauté de sa bellefille, écrivait au Roi dans les premiers jours du mois de mai 1462, quelque temps après la célébration du mariage, qu’il était « bien décidé à ne jamais se séparer de ses enfants et à les garder et entretenir avec lui ». Le Roi lui répondait de Bordeaux, le 18 du même mois, qu’en faveur du mariage de sa sœur il réduisait à un épervier bien restauré la rente de cent livres que lui devait Pierre de Brézé, comme redevance pour les terres et Seigneuries d’Anet, Bréval, etc. Cette conversion avait été faite par lettres patentes du 18 mai 146», enregistrées au Parlement et à la Chambre des Comptes, et , par lettres patentes données le même jour, il lui fit remise de certaines obligations stipulées au contrat de mariage.
Pierre de Brézé mourut en 1466; il fut tué à la bataille de Montlhéry, en voulant prouver au Roi sa fidélité :
a Le Comte de Charolais passa la Seine, le i3 juillet 1465, au pont de Saint-Cloud, qui avait été pris le 10 par le Comte de Saint-Paul, et alla loger à Issy, d’où, le lendemain, il se porta sur Lonjumeau et Montlhéry. Pensant que l’host de Bretagne viendrait par Etampes, Louis XI, peu désireux de livrer sa fortune aux chances d’une bataille, tâchait de gagner Paris sans être obligé de forcer le passage, soit sur les Bretons, soit sur les Bourguignons; son espoir fut trompé. Le quinze au soir, les éclaireurs du Roi et ceux du Comte Charles se rencontrèrent à Châtres (Arpajon). A cette nouvelle, le Comte de Charolais se prépara joyeusement à combatre, et choisit son champ de bataille près de Lonjumeau. Le Roi, au contraire, voulait éviter le combat, et il en avertit ses capitaines dans un conseil de guerre. Parmi eux se trouvait le Sire de Brézé, contre qui le Roi gardait quelques soupçons ; il lui demanda nettement s’il n’avait point baillé son scel aux Princes. Oui Sire , répondit Brézé; ils ont mon scel, mais vous ave ^ le cœur et le corps. Louis XI lui donna l’avant-garde à conduire; mais Brézé, au lieu de suivre l’intention du Roi, marcha droit à l’ennemi pour prouver sa fidélité, et se précipita si aventureusement sur les avant-postes bourguignons qu il fut tué au premier choc; il était vêtu de la cotte d’armes du Roi qu’il avait prise pour donner le change. » ( Lebaà, Dict. encyclopédique de la France .)
Son corps, rapporté à Rouen , fut inhumé dans la cathédrale de cette ville , où 1 on voyait
LE CHATEAU D’ANET
autrefois cette inscription, que nous empruntons au volume de M. Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen , 1 833, p. 53-67 :
Hic jacent
D. Petrus de Bré^é , Dom. de La Varenne, de Brissac , Cornes de Maulevrier,
Magnus Normanniœ Senescallus, occisus in pugnâ Montis Letherici, anno M. CCCC. LXV, ei ejus vxor, Johanna du Bec-Crespin, filia Guillelmi du Bec - Crespin , Dom. de Mauny d' An ger ville.
Ici gisent Pierre de Brézé, Seigneur de la Varenne, de Brissac, Comte de Maulevrier, Grand Sénéchal de Normandie, tué à la bataille de Montlhéry l’an 1465, et sa femme, Jeanne du Bec-Crespin, fille de Guillaume du Bec-Crespin, dame de Mauny d’Angerville.