‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 89 sur 138 · RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE

la mort de François Ier, il était à craindre que les artistes italiens appelés par lui à Fontainebleau et naturellement protégés par Catherine de Médicis, devenue Reine de France, continuassent à s’imposer à l’art français. Une femme ne le voulut pas , et cette femme c’est Diane de Poitiers.

Diane, au Château d’Anet, se confia au génie libre des enfants de la patrie, au Lyonnais Philibert de Lorme, à Jean Goujon, de Normandie, à Jean Cousin, de Sens. Française, elle voulut une œuvre française.

Philibert de Lorme dressa ces portiques, accoupla ces colonnes, détacha sur le ciel ces crêtes aux arabesques dorées , ces élégantes lucarnes où les chiffres de Diane se découpent sur le ciel , les silhouettes de ces gracieuses tourelles suspendues, les flèches et la croix de la chapelle, le cerf aux abois de l’horloge avec ses chiens de bronze, les croissants et le chiffre de Diane, et bâtit enfin ce palais enchanteur où l’œil et l’esprit se reposent délicieusement, surtout quand, pour y parvenir, on a traversé les plaines monotones de la Beauce. Ces terrasses immenses et pittoresques, avec leurs guirlandes et leurs dentelles de pierre; ces balcons ajourés, où s’entrelacent, comme au moyen âge, les chiffres amoureux; les escaliers et les perrons merveilleux, les pavillons discrets, aux pieds desquels coule le murmure des ruisseaux; les fontaines jaillissantes, qu’écoutent les belles Divinités auxquelles Jean Goujon semble donner la parole : tel était le Château d’Anet, qui cache au milieu des peupliers et des aunes ses cheminées blanches, blasonnées de lis et d’acanthes, et qui conserve tout l’inattendu des anciennes demeures féodales sans en avoir aucune des sévérités.

LE CHATEAU D’ANET

Sur le plan , si savant dans sa simplicité , du grand architecte , Jean Goujon broda les arabesques délicates de sa poétique imagination; ses Renommées qui, avec leur tunique légère, semblent voler au-dessus des portiques et offrir à la souveraine du lieu leurs lauriers et leurs palmes; ses anges au gracieux sourire, qui portent sans fatigue les emblèmes sacrés de la divine Passion; ses Déesses à la noble attitude; ses Nymphes à l’élégant profil, et, pour rendre architecturale l’invention exquise de leurs mouvements, l’accompagnement ornemental des lacs d’amour, des arcs et des flèches, des croissants réunis, des triangles mystérieux, des chiffres brillants, des cartouches enlacés d’écharpes flottantes, qui tous, chacun de leur côté, répètent les armes de la Grande Sénéchale.

Jean Cousin, bannissant dans les verrières les fortes couleurs du style gothique, inventa, de concert avec deLorme, « l’émail blanc », resté fameux sous le nom de Grisaille d’Anet , et sur les fenêtres des salles il raconta les fables de l’Antiquité et les Métamorphoses d’Ovide, comme dans la Chapelle il peignit la grande prière de charité, le Pater , la victoire de Moïse sur les Amalécites, et Abraham rendant à Agar son fils bien-aimé.

Palissy orna les tables et les crédences de ses magnifiques faïences aux chiffres de Diane et de Henri, et si les pavés émaillés, portant leurs chiffres et employés au pavement des salles, purent 11e pas être faits par lui-même, ils l’ont été du moins dans son sentiment. Enfin Benvenuto Cellini fit la coupe en cristal, qui répète à profusion sur son couvercle émaillé le chiffre de Diane.

Aussi, la figure que l’on évoque à Anet au milieu de toutes ces merveilles, ce n’est pas la Diane de Fontainebleau, de Saint-Germain ou de la rue Saint-Antoine, c’est la belle Duchesse, la Déesse chaussée de patin blanc liégé , la teste adonnée à la nymphale , avec force perles et pierreries , couverte d'habits grecs à l'antique , la jambe aornée de son fin caleçon de soie florence et l’arc turquois en main , effleurant de son pied léger les gazons verts, la Diane telle que la virent les grands artistes français , la Diane de l’art, celle enfin qui créa la Renaissance française (1).

A cette époque Diane était arrivée au sommet de la splendeur de son pouvoir. Henri n’étant que Prince, et ensuite Dauphin, avait pris les couleurs du deuil de Diane pour ses couleurs; étant Roi de France, il continua de les porter, et il ajouta deux croissants qui, enlacés dans la première lettre de son nom, formaient ainsi le chiffre de Diane. Voici la description du costume du Roi Henri II, par un jeune Vénitien :

« C’était à une réception; Sa Majesté se tenait près d’une fenêtre, debout, vêtue d’un pourpoint de damas noir bordé de velours et doublé des plus beaux agréments, avec un justaucorps de cuir blanc, et brodé sur champ de deux croissants d’or accommodés de manière à sembler être deux D; dans cet enlacement des deux D on voit d’abord un H, initiale du nom de Sa Majesté ; on voit aussi un E, seconde lettre du nom de Henri; on y peut voir aussi deux D enlacés, lesquels sont la double initiale de la Duchesse de Valentinois, appelée aussi Madame la Sénéchale. Son vrai nom est Diane, et l’allusion est bien manifeste dans ces deux croissants si unis et si joints par l’enibrassement des deux D. Sa Majesté portait au cou une chaîne d’or travaillée, et sur la tête une toque de velours noir, avec une petite plume blanche.

1. Une partie de cette dernière page a été empruntée au texte écrit par M. Achille Ducleusiou , dans la Monographie du Château d’Anet, de M. Pfnor, d’après les renseignements et les indications que nous leur avions communiqués.

Roussei del.

lmp.Lemepoier RC* Paris

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