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PRÉFACE. XVII

que ce n'est pas leur histoire, partout et toujours? Est-ce que toutes les républiques ne sont pas plus ou moins de ces femmes faciles qui ont leurs jours d'abandon? J'ignore quel sera le sort de la grande république américaine, fondée dans des conditions absolument nouvelles, et que notre vieux monde ne peut ni imiter ni comprendre. Mais sur notre sol européen, là où tous les éléments nous sont connus, et où l'histoire a eu le temps de rendre son jugement, est-ce qu'on ne voit pas partout reparaître cette propension républicaine à ériger en maître souverain un favori de la mutitude? Est-ce que toutes les républiques d'Italie n'ont pas eu leurs Visconti, leurs Sforza, leurs délia Scala, leurs Castracane? heureuses encore celles qui ont trouvé un Médicis et ont su le garder! Et les républiques, filles de la Grèce, est-ce qu'elles n'ont pas eu leurs Denys ou leurs Pisistrate ? Le fait était même devenu là si habituel qu'on avait un nom tout prêt d'avance pour le désigner. L'homme à qui pareille fortune venait à échoir, on l'appelait couramment le tyran, et ce mot n'avait pas le sens injurieux

xnii ^EÉrACE.

^uil a pris dans nos langues modernes. C'était une qualification toute simple, donnée à une chose toute naturelle, à des accidents dont les républiques étaient coutumières. On appelait de ce nom familier le dominateur, qud qu'il fût, à qui une de ces cités républicaines se livrait sans réserve, dans un accès de découragement, lorsque, lasse de discussions stériles, hébétée et assourdie par les vociférations des partis, écœurée par cette senteur de corruption qui s'exhale des assemblées populaires, quand un souffle généreux a cessé de purifier leur atmosphère, elles cherchaient un peu de repos dans la servitude et dans le silence.

Et non seulement il y avait un mot préparé pour être appliqué à un événement que tout le monde s'attendait d'un jour à l'autre à voir réalisé, mais on s'ingéniait à faire d'avance aussi tout un droit exceptionnel, dont le but unique était d'essayer de le prévenir. C'est ainsi qu'on avait créé à Athènes cette loi fameuse de Tostracisme qui permettait, on le sait, à une minorité inquiète, d'exiler, sans juge-

PRÉFAGK. XIX

mmt, VhùBime poissant oa popalaire qui lui portait ombntge.

On a ealomnié c«tte iiMtitaUoo, que je me perinets de recoBimander aux républicains dans rembarras* On n'a voulu y voir qu'une arme mise emtre les mains de l*envîe pour se délivrer da i^iectacle de la gloire ou de ia verto qui roâbiquent; et je ne nie pas qu'elle n'ait plus d'une fois aervi à satisfaire cette basse passion, si répandue dans les démocraties. Mais ce n'était pas le but. L'ostracisme était uniquement une précaution prise , et comme un remède anticipé contre le mal républicain par excellence. C'était un moyen préventif destiné à empêcher un citoyen qui acquérait dans l'État, par supériorité èe mérite ou par toute autre, une influence prépondérante, d'en user pour usurper le souverain pouvoir. On n'avait trouvé, et je crois qu'on rie trouvera rien de mieux ni surtout de plus efficace.

C'est l'avis de l'illustre historien anglais Grote , qui entre avec complaisance dans la pensée du législateur athénien, en se servant même de termes que je n!altère pas (je le proteste), bien

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