‹ Histoire et diplomatieChapitre 20 sur 60 · Jbid., U I", p · texte numérisé non relu

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reusemeot gardé son secret, et, calculée ou non, l'indiscrétion lui fut utile. De plus, accepter de l'argent sans savoir de qui, et sans savoir comment on le rendra, n'est pas précisément le fait d^un homme qui le prenne de bien haut avec la destinée. Deux ans se passèrent pourtant avant que son illustre bienfaitrice, la princesse de Rohan, consentît à se faire connaître, tant elle craignait de ToiTenser, en lui imposant le fardeau de la reconnaissance.

On se tromperait fort, d'ailleurs, si l'on pensait que son habileté ait toujours consisté dans cette adroite manière de demander et de recevoir. D en mit tout autant dans loccasion à braver la puissance. Tout le monde connaît son charmant dialogue avec le cardinal de Fleury, qui lui refusait un bénéfice, après le lui avoir promis : Vabbé^ vous n'aurez rien de mon vivant. — Monseigneur ^ f attendrai. Louis XIV se serait fâché, Fleury ne fit que sourire. Le mérite de cotte impertinence était de venir juste à point et de répondre, dans une exacte mesure, à l'ennui fort peu mêlé de crainte que faisait éprouver aux courtisans la longévité inattendue du débile ministre. L'opposition des salons est la dernière qui survive sous le pouvoir absolu et la première à renaître, dès que ce pouvoir se relâche. Bernis, par ce seul mot, devint leur favori. Bref, grâce à ce talent de prendre le vent en toutes choses, sachant raisonner avec les sages, rire avec les fous, amuser les femmes, il

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tira si bon parti même de ses disgrâces, que,quand madame de Pompadour, entrant à la cour, fit appel à son amitié, ce fut pour lui demander ses conseils autant que pour lui offrir sa protection. Il avait sur elle (je l'accorde volontiers à M. de Pontmartîn) l'avantage d'un gentilhomme sur une bourgeoise ; il connaissait tout le monde à Versailles, tandis que la belle Poisson, marquise d'hier, et la première de son espèce qu'eût jamais visitée la faveur royale, n'y voyait autour d'elle que des figures inconnues et malveillantes.

Mais c'est ici le point délicat où je vais surtout ine trouver en dissentiment avec M. de Pontmartin. Avec la meilleure volonté du monde, je ne puis entrer comme lui dans les distinctions de diverses natures et dans les divisions chronologiques à Taide desquelles Bernis essaye de se décharger de toute connivence dans le scandale dont il profita. Le dirai-je même? D'un bout à l'autre des ifemoires^ ce qui me froisse le plus chez Bcmis, ce ne sont pas les fautes dont il s'accuse, ce sont ses apologies et ses justifications. J'y trouve un mé-. lange de délicatesses et de capitulations de cons-^ cience dont le secret m'échappe, et cette casuistique subtile est à mes yeux un des plus étranges traits de mœurs de cet ancien régime dont les idées sont si loin des nôtres.

Mes surprises en ce genre commencent, je l'avoue, dès les premières pages des Mémoires, car je suis

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moins édifié qu'amusé du sang-&oid avec lequel Bernis nous raconte leâ singuliers adieux que lui fit son père sur les marches du vieux château de Saint-Marcel en Ardèche, le jour qu'il partait pour le séminaire : « Mon père, dit-il, le jour de mon départ, après m'avoir embrassé sans aucune mar* que extérieure d'attendrissement, me dit ces paroles qui se gravèrent dans mon âme à mesure qu'il les prononçait : « Mon fils, vous allez dans un pays j> où j'ai beaucoup vécu; je ne vous y serais pas » inutile encore. J'aurais bien voulu vous y con- » duire, mais je suis trop vieux. Souvenez-vous » que dans ce pays-là vous trouverez beaucoup » d'égaux et un grand nombre de supérieurs.

» Faites-vous aimer des premiers et ne soyez ja- » mais familier avec les autres; sachez les res- » pecter, mais ne soyez jamais leur complaisant. » Apprenez à obéir, mais souvenez-nous que vous » n'êtes fait pour être le valet de personne. » Tout va bien jusqu'ici, et celte fierté de gentilhomme est assez touchante, quoique, à le bien prendre, ce soient là des avis plus démise au régiment qu au séminaire ; mais écoutez la péroraisou : « Si la crainte de Dieu ne vous éloigne pas » du commerce des femmes, craignez du moins d'y » perdre votre santé ^ » De bonne foi, où sommesnous? Est-ce un vieux roué, un médecin accommodant qui donne ces conseils d'hygiène ; est-ce un

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