‹ Histoire et diplomatieChapitre 21 sur 60 · Mémoires de Bernis, t. !•', p · texte numérisé non relu

Mémoires de Bernis, t. !•', p

përe faisant à Dieu le sacrifice d'un de ses enfants? Et quel est le prélat de nos jours qui, s'il avait eu le malheur d'en recevoir de pareils^ les transcrirait tout au long trente ans après, dans une instruction dictée à une jeune nièce et destinée à ses héritiers?

L'intimité d'un jeune abbé avec une maîtresse royale n'ayant rien de contraire à ces exhortations paternelles que Bernis portait gravées dans son âme, ses relations avec madame de Pompadour s'expliquent tout naturellement mieux que par les excuses dont M. de Pontmartin se contente, et qui, sans ce commentaire, seraient insuffisantes. Il était, nous dit^on, l'ami de la favorite et même de sa famille, avant que le roi eût pensé à elle pour remplir la place que laissait vacante la mort de la duchesse de Chàteauroux. Fallait-il pousser la dureté jusqu'à rompre avec la jolie bourgeoise, parce qu'elle devenait toute-puissante? Soit; mettons que l'amitié ait ses droits, bien qu'on en ait vu rompre beaucoup pour de moins bonnes raisons. Mais le malheur veut qu'en y regardant de près on s'aperçoive que Bernis aurait eu les mêmes justifications à présenter pour des relations de même nature, quelle que fût la beauté à laquelle le roi eût jeté le mouchoir; car, en homme avisé, il avait pris ses précautions d'avance à tout événement : « Je ne pouvais manquer, dit-il, d'être l'ami de la maîtresse du roi, je connaissais particulièrement toutes celles qui avaient des préten-

lions. » N'était-ce pas là pour un jeuae ecclésiastique une collection d'amies bien appropriées, et à qui fera-i-on croire que c'était le hasard seul qui aurait pris soin de les rassembler '?

Mais il n'était pas prêtre, ajoute M. de Pontmartin, sous-diacre tout au plus. Ni prêtre, je l'accorde volontiers, ni même sous-diacre , car le sous-diaconat imposant les mêmes vœux que la prêtrise (comme M. de Pontùnartin sans doute ne l'ignore pas), c'e&t été absolument la même chose. Il n'était donc pas prêtre, mais la belle affaire ! Et pourquoi ne Tétait-il pas ? Est-ce qu'il avait renoncé à l'être? En aucune façon ; il avait si peu quitté la profession ecclésiastique, qu'il ne cessait de demander des bénéfices et des abbayes, et trouvait fort mauvais que le bon évêque de Mirepoix les lui refusât sous le prétexte qu'il ne lui trouvait pas de vocation suffisante. Seulement (il en convient lui-même), avant d'enchaîner la liberté, il en voulait jouir quelque temps, et surtout ne l'échanger que contre la certitude acquise et réalisée d'une bonne prébende, non contre une promesse en l'air. C'était là tout le motif de son hésitation à prendre les derniers ordres et de la résistance qu'il opposa aux instances de ses supérieurs. En quoi je dois dire qu'il était appuyé par tous ses amis de la cour. Un prêtre scandaleux eût peut-^tre rencontré, même sous Louis Xy, quelques censeurs chagrins ; mais

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