‹ Histoire et diplomatieChapitre 22 sur 60 · Mémoires de Bemii, t. !•', p · texte numérisé non relu

Mémoires de Bemii, t. !•', p

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on trouvait tout naturel qu'un cadet de famille, tonsuré un peu malgré lui, voulût se donner quelques années de bon temps, et demandât, en attendant, à dépenser en plaisirs aimables le patrimoine de rÉglise et des pauvres.

Le jour vint cependant où il se décida à franchir le pas décisif; ce ne fut pas du tout, comme l'affirme M. de Pôntmarlin, en 1764, au fond d'une retraite, après quatre années de disgrâce : ce fut bel et bien en 1755, en pleine faveur, quand madame de Pompadour lui eut fait obtenir l'ambassade de Venise en reconnaissance des bons conseils qu'il lui donna pour guider ses premiers pas à la cour. Ce jour-là, il nous dit encore luimême qu'il prit la résolution raisonnée de changer toute sa manière d'être. « J'étais annoncé à Venise comme un homme aimable : on s'attendait à des galanteries et à une représentation fort médiocre, je trompai l'attente publique sui* ces deux points, m Effectivement, c'est dans cette ambassade que Bernis, mêlé pour la première fois à la politique, montra la merveilleuse aptitude dont il était doué pour se plier à tous les postes que la fortune pourrait lui assigner. Son extérieur devint grave sans cesser d'être aimable ; il ne fit plus de petits vers, mai« des dépêches qui surprirent les connaisseurs du ministère par leur tour heureux et spirituel; il ne se mêla plus aux intrigues de boudoir ou de salon, mais il étudia les institutions et les mœurs de la vieille république,, et s'initia aux intérêts de

toutes les cours dans cette cité qui, si elle n'était plus un grand centre de politique, était encore un lieu de passage pour tout le personnel royal et diplomatique d'Europe. Il ne fit plus le charme de petits soupers galants, mais il donna d'excellents dîners où la chère était exquise et le service magnifique. La prêtrise était à ses yeux le complément naturel de ce changement d'attitude : c'était la manière de faire connaître à tout le monde que désormais il passait du plaisant au sévère. D'ailleurs il approchait de quarante ans, Tâge où les plaisirs fatiguent, où les désirs se calment, où il est de bon goût d'éviter par une décence extérieure (qui ne prive de rien quand on sait s'y prendre) le ridicule d'im libertinage trop prolongé. La prudence aussi conseillait de profiter de la faveur qui pouvait passer, pour fonder un établissement solide, et l'Église seule pouvait l'offrir. « Sou venez- vous bien, lui avait dit un évêque ami de sa famille et qui connaissait le monde, que rien n'est plus triste et plus humiliant à Paris que l'état d'un vieil abbé qui n'est pas riche. Cette exhortation, dit-iL, ne me sortit jamais de la tète et me décida à prendre un parti. » Ce parti fut de recevoir les ordres sacrés des mains du patriarche de Venise. L'ambassadeur de France, consacré parle patriarche dans l'église Saint-Marc, ce fut sans doute une belle cérémonie à laquelle ne voulut manquer aucune des nobles patriciennes des palais du Grand-Canal. Très peu

de temps après Bernis retournait en France, où l'attendait une place de conseiller d'État ecclésiastique qu'il était désormais en mesure de remplir *.

Cette fois, bel et bien engagé dans l'Église, allait-il au moins se tenir un peu sur la réserve, et ses conseils, si madame de Pompadour lui en demandait encore, allaient-ils être inspirés par quelque sentiment de son nouvel état ? Hélas ! non, c'est tout le contraire. Il trouva madame de Pompadour triste, dégoûtée, ne comptant plus sur l'effet usé de ses charmes et parlant de retraite, soit dans un accès de découragement sincère, soit pour se faire regretter et retenir par le royal amant qui la négligeait. Ce fut Bernis qui lui rendit cœur à l'ouvrage et la retint à la cour en lui représentant les services qu elle pouvait rendre à l'État : « Le conseil, dit-il, pouvait être donné sans blesser la vertu, puisque la liaision de madame de Pompadour avec le roi était pure et sans danger pour l'un ni pour l'autre. Il ne restait plus que le scandale à éviter. J'aurai occasion de dire plus tard quel conseil je donnai au roi pour éviter un si grand malheur ^ » Les Mémoires n'ayant pas été achevés, nous ne saurons jamais quel* était le moyen imaginé par Bernis pour faire taire les mauvais propos et convaincre

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