Arneth, Geschichie Maria Theresia\ t. IV, p
même temps, et c'est aux défenseurs de Frédéric h les faire accorder comme ils pourront. Quant au silence observé par l'écrivain royal dans VHistoire de la Guerre de Sept ans^ il doit s'expliquer par cette raison qu'il y a des choses qu'il peut être utile de faire, mais qu'il n'est pas honorable de raconter, et que, si on peut tenir deux langages quand on est couvert par le secret diplomatique, il devient difficile de les concilier dans l'unité d'un récit destiné au public ^ Mais ce qui est plus étrange encore que ces contradictions entre la conduite et le récit de Frédéric, c'est que, tandis que le royal auteur, averti de la difficulté, a pris le parti de dissimuler au moins Tune des deux prétentions, il s'est trouvé des écrivains français, plus Prussiens que la Prusse et plus royalistes que le roi, pour les justifier l'une et l'autre. Vous lirez dans toutes les histoires, à deux pages de distance, quelquefois dans la même page, que le gouvernement de Louis XV eut le tort de repousser les services ofi*erts par Frédéric, mais qu'il fut coupable aussi de vouloir l'entraîner malgré lui
4. D'après SchœfiTer, (Histoire de la Guerre de Sept ans), écrivain prussien, qui a pu consulter les archives de Berlin, et en cite plusieurs pièces, ce ne serait pas Frédéric qui aurait offert à Londres la neutralité, mais l'Angleterre qui l'aurait demandée, et Frédéric y aurait répondu en proposant sa méditation entre les combattants. Rien de pareil ne résulte des pièces produites par M. d'Arneth, et d'ailleurs méditation et neutralité étaient également contraires aux propositions belliqueuses que Bernis rapporte. La duplicité de Frédéric ne serait donc pas moindre dans une version que dans l'autre.
dans la guerre. Quant au roi philosophe, en cette qualité sans doute, il doit avoir tous les mérites et on lui fait compliment à la fois et de sa hardiesse et de sa réserve, et d'avoir cherché le combat et d'avoir voulu Tévitèr.
Quoi qu'il en soit des deux propositions contradictoires de Frédéric, laquelle était sincère? Du cabinet de Saint-James ou de celui de Versailles, qui Frédéric voulait-il tromper? A cet égard, Bernis n'hésite pas. Il affirme qu'il s'aperçut k l'instant mémo que le plan audacieux: dont le diplomate prussien Tentretenait n'était qu'un leurre, plus que cela même, un piège. Frédéric ne pouvait sérieusement croire qu'il ferait adopter un tel projet par la France, et le bruit même qu'il laissait faire à son agent prouvait assez qu'il ne comptait pas sur le succès d'un dessein ainsi d'avance publié sur les toits. Mais il voulait avoir fait preuve de bonne volonté, et après avoir constaté qu'on n'acceptait pas ses services, prendre acte du refus pour les porter ailleurs. Bernis se vante même d'avoir averti le baron de Knyphausen qu'il n'était pas sa dupe et qu'il voyait clair dans son jeu. « J'étais prophète sans le savoir. » Qu'il ait eu ou non ce mérite de perspicacité prophétique, Bernis avait raison. Se jeter à corps perdu sur l'Autriche pour un fait dont l'Angleterre seule était coupable, — se venger sur son voisin des Pays-Bas d'une injure reçue à l'extrémité de l'Atlantique, — mettre ainsi toute l'Europe en feu sans donner à per-
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sonne le temps de se reconnaître» c'était une manière de faire qui rentrait peut-être dans les allures du génie de Frédéric, mais dont, ni parleurs qualités ni par leurs défauts, les débiles ministres de Louis XY ne pouvaient admettre la pensée.
Frédéric les connaissait assez, et, dans sa forfanterie cynique, il les méprisait trop pour les en croire capables. Il cherchait un refus pour en tirer, au besoin, un grief. Il fut servi à souhait et n'insista pas.
Connut-on à Vienne les offres provocatrices du roi de Prusse, et sut-on gré au cabinet de Versailles de ne pas s y être associé? C'est ce que j'ignore^ car Bernis n'en dit rien, et M. d'Ameth est muet aussi à cet égard. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on y fut immédiatement informé de l'autre face de la comédie, et que ce fut le cabinet anglais qui la fit connaître. L'Angleterre, naturellement très désireuse d'engager l'Autriche dans le conflit qu'elle venait de susciter, lui représenta que comme on avait F espérance que le roi de Prusse garderait la neutralité \ une guerre nouvelle n'offrirait pas les mêmes dangers que la précédente, car les troupes impériales n'auraient plus de luttes à soutenir en Allemagne et pourraient sans inquiétude tourner tous leurs efforts contre la France.
Cette ouverture donna fort à réfléchir aux politiques de Vienne ; car, si elle avait un côté sédui-