‹ Histoire et diplomatieChapitre 25 sur 60 · D'Ai-nelh, p · texte numérisé non relu

D'Ai-nelh, p

sant, par un autre elle donnait lieu à une perspective très inquiétante. Assurément, la liberté d'action qu'on promettait à l'Autriche en Allemagne était précieuse, et pourrait être très utile dans le cas dune guerre à soutenir contre la France, mais à une condition cependant, c'est que cette liberté fût assurée et que l'Autriche fût expressément comprise dans les engagements qui stipuleraient la neutralité prussienne. Il fallait que la Prusse s'obligeât à rester neutre non seulement envers l'Angleterre, mais envers le gouvernement impérial et tous ses alliés, sans quoi on n'était sûr de rien, la neutralité apparente ne profitait qu'à Frédéric. Elle lui permettait de se tenir à l'écart de toutes les chances de la lutte, et de garder ses forces intactes ; mais il restait libre de fondre à l'improviste sur Prague et même sur Vienne, le jour qui serait à sa convenance, sans crainte qu'une armée anglaise jetée en Hanovre fit une diversion sur ses derrières, ou que le trésor britannique fournit des subsides pour lui tenir tête. En un mot, la neutralité dans de telles conditions, c'était tout simplement l'Autriche privée, en cas d agression de la Prusse, du secours de l'Angleterre, rien de plus. Que Frédéric, par l'intermédiaire de cette même Angleterre, très puissante et très bien représentée à Pétersbourg, fît prévaloir en Russie le même système d'abstention, et les armées impériales pouvaient se trouver un jour abandonnées à elles-mêmes, sans un seul allié sur

qui compter. Le cabinet de Marie-Thérëse et le prudent Kaunitz qui le présidait ne furent pas Iontemps sans s'apercevoir du piège, ce qui les refroidit singulièrement à Tendroit des instigations belliqueuses de l'Angleterre.

Que faire cependant? Pouvait-on rester en présence des complications qui se préparaient, les bras croisés et avec une telle épée de Damoclës suspendue sur la tête? Le moyen naturel de conjurer le péril, c'était, comme je viens de l'indiquer, d'entrer soi-même résolument dans l'arrangement, d'en faire une alliance entraînant pour les trois parties, Prusse, Angleterre et Autriche, des droits et des devoirs réciproques. Mais comment proposer un tel parti à Marie-Thérèse, quand on savait d avance quelles conditions Frédéric mettrait pour y souscrire? Le moins qu'il pût exiger, en effet, c'était un oubli complet de toutes ses injures et la confirmation formelle et explicite de toutes ses conquêtes, et c'est à quoi la noble fille d'Autriche ne pouvait se résigner. Elle ne pouvait arracher de son cœur Tespoir de reconquérir, quelque jour, le lambeau saignant encore du domaine paternel, cette Silésie catholique et fidèle qu'elle avait dû céder. Autre chose était pour elle d'avoir subi cette mutilation, le couteau sur la gorge, devant une force majeure évidente, ou de venir la confirmer elle-même, de sang-froid, en pleine paix et pour jamais, en mettant sa main dans celle du vassal rebelle et vainqueur qui

l'avait dépouillée. En supposant qu'elle se rési* gnàt à cette humiliation, était-elle bien certaine d'en recueillir le fruit? Quand Frédéric verrait la monarchie autrichienne mise ainsi à discrétion et confessant sa dépendance, ne serait-il pas tenté de pousser plus loin le démembrement commencé? N'exigerait-il pas quelque sécurité nouvelle, une rectification de frontières, le désarmement de quelques places fortes? Après avoir juré, tiendrait-il sa parole ? L'impossibilité d'amener à une réconciliation cordiale et sincère l'orgueil frémissant de la princesse et la mauvaise foi connue du conquérant, parut telle à Kaunitz luimême, que la plus étrange des résolutions lui sembla encore plus sûre. Dès le 21 août, il proposait au conseil d'opposer au changement de front menaçant opéré par la Prusse et l'Angleterre une manœuvre de conversion plus imprévue encore et plus extraordinaire, le rapprochement de l'Autriche et de la France*.

L'idée n'était pas chez lui absolument nouvelle, elle avait traversé déjà son esprit, et il en avait entretenu sa souveraine, quelques années auparavant, alors que faisant ses premières armes diplomatiques, il partait comme ambassadeur auprès de la cour de France. Arrivé à Versailles, et témoin de l'irritation qu'éprouvaient contre Frédéric Louis XV et la favorite, l'habile diplomate, en

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