D'Arneth, p
homme qui connaît son monde, n'avait rien négligé pour envenimer ces dispositions. Il s'était mis en coquetterie réglée avec madame de Pompadour, heureux de montrer par le contraste de sa conduite avec les procédés du ministre prussien combien le noble agent d'une cour de vieille race différait d'un délégué du corps de garde de Potsdam. Ses conversations piquantes, répondant coup pour coup aux épigrammes de Frédéric, étaient fidèlement rapportées à Marie-Thérèse et avaient réjoui le cœur de la princesse, toujours à laffût de ce qui pouvait flatter ses ressentiments. Elle-même, obéissant au même instinct, avait comblé de politesses Blondel, le chargé d'affaires de France à Vienne. De là sans doute, de ces propos de salon grossis par des commérages de cour est sortie la fable très accréditée d'après laquelle une intrigue aurait été dès lors ourdie et des correspondances échangées, par les soins de Kaunitz, entre l'impératrice et la favorite, et l'alliance franco-autrichienne, couvée ainsi de longue date par ces deux politiques en jupon, n'aurait fait qu'éclore en 1756. Pièces en mains, M. d'Arneth ne laisse rien subsister de cette intéressante invention, dont il faudra désormais que les romanciers et les vaudevillistes fassent leur deuil. En réalité, tout s'était passé en paroles vaines. Rien absolument n'avait été ni conclu, ni négocié, ni même médité entre la France et l'Autriche, pas plus entre les souverains qu'entre leurs amis ou conseillers des deux sexes.
DE LA GUERRE DE SEPT ANS. Si
pas plus par voie de bavardage féminin que de correspondance officielle.
Kaunitz lui-même, devenu chancelier, avait quitté Versailles assez peu content de la figure qu'il y avait faite. Les bonnes grâces de madame de Pompadour ne l'avaient pas mené loin, car il n'avait pu empêcher ni le rappel de Blondel, dont on craignait que la vigilance fût endormie, ni l'opposition du gouvernement français à Téleclion de l'archiduc Joseph, fils de Marie-Thérèse, comme roi des Romains. Il en revenait à penser qu'après tout, pour la maison d'Autriche, le plus sûr était de se résigner à son sort, de ne plus courir d'aventures, de bien vivre avec ses voisins d'Allemagne et de rester en garde contre ses ennemis d'outre-Rhin : c'était aussi l'avis de l'empereur François, l'époux très chéri de Marie-Thérèse, qui ne souffrait pas qu'on prononçât devant lui le nom de la France ^ Aussi le successeur de Kaunitz, le nouvel ambassadeur à Paris, le comte Stahrenberg n'avait reçu d'autre instruction (M. d'Arneth en cite le texte) que de rester en bons rapports avec tout le monde et de tout surveiller*. Tout changea à vue devant la menace d'une entente possible entre la Prusse et l'Angleterre : la pensée d'une alliance française, que tout le monde eût rejetée la veille, parut un trait de lumière à ceux