‹ Histoire et diplomatieChapitre 47 sur 60 · DISCOURS DU !•' JUIN · texte numérisé non relu

DISCOURS DU !•' JUIN

peut-être respectable, comme solidaire de toutes celles dont elle avait recueilli Théritage, craignait de laisser pénétrer dans le détail de la vie inlimede ses aïeux des regards malveillants. Il y avait eu peut-être, pensait-on dans ces temps reculés, des faiblesses que le respect filial défendait de dévoiler ; peut-être aussi y trouverait-on la trace de desseins inachevés dont on compromettrait la suite eil les révélant. Des traditions politiques, transmises de père en fils, étaient pour chaque nation comme ces secrets de famille qu'on ne livre pas volontiers à des étrangers. Tout est changé aujoiird'hui ; les révolutions, en brisant presque partout le fil qui rattachait le présent au passé ; les formes sociales nouvelles, en mettant presque partout aussi le jeu de la politique à découvert, nous ont ôté, avec le motif principal de cette réserve, le sentiment même qui l'inspirait. Quand on dit, et quand on sait tout ce qui se fait autour de soi, on. craint moins, en racontant ce qui se faisait hier, de nuire à ce qui restera à faire demain : et la publicité, qui est devenue la loi des nations modernes, exerce ainsi un empire rétrospectif. On peut contester l'avantage de cette profusion peut-être indiscrète de lumières, et les gouvernements surtout peuvent quelquefois la trouver assez peu commode. On ne peut nier ni son profit pour Thistoire, ni son agrément pour Thistorien. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, l'exemple est devenu trop général pour ne pas être partout suivi. Ce n'est pas à Paris

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seulement (Paris s est décidé plus tard et moins largement que d'autres), c'est à Berlin, à Turin, à Saint-Pétersbourg, à Londres, que les publications de correspondances diplomatiques se multiplient, et que les arcanes cachés dans les ténèbres séculaires sont produits aux regards des profanes et des curieux.

Le charme mêlé de surprise que nous réservent ces révélations explique assez Tintérèt qu'elles excitent et Tardeur qu'on met à les propager. Les correspondances diplomatiques, traitant des plus hautes matières d'Etat, portent la signature des hommes politiques les plus illustres ou de ceux qui les ont approchés de plus près. On ne connaissait ces grands personnages que sous la face qu'ils voulaient eux-mêmes montrer aux spectateurs et en quelque sorte dans leur tenue officielle, à peu près comme la foule les voyait passer à distance dans les cérémonies publiques. On entre maintenant dans leur intérieur et Ton vit familièrement avec eux. Ceux mêmes qui ont le plus soigneusement cherché et le mieux réussi à éblouir la postérité se mettent tout à leur aise, et se montrent eu quelque sorte en négligé devant nous. Rappelez-vous quel étonnement on a éprouvé au siècle dernier quand, des fouilles heureuses ayant produit au jour les vieilles cités enfouies sous la lave ou les cendres d'uji volcan, on a pu descendre pour la première fois dans le détail de la vie quo» tidienne et bourgeoise de ces sociétés antiques.

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qu'on ne connaissait jusque-là que par les ruines majestueuses de leurs édifices ou par les statues noblement drapées de leurs grands citoyens et de leurs empereurs. Et, de nos jours, quel ravissement ne nous cause-t-on pas, lorsqu'on nous raconte que, dans les profondeurs creusées au pied des monuments funéraires de l'Egypte, on YÎent de retrouver quelque mort fameux^ conservé avec la perfection de ses traits et presque l'expression de son visage, et entouré, suivant une pieuse coutume, de tous les objets qui ont fait le charme ou l'occupation de son existence I Des correspondances d'hommes célèbres, lues pour la première fois, causent une satisfaction du même genre : elles aussi secouent la poudre du passé et éclairent ses souterrains.

Ce n'est pas cependant seulement à savourer, en amateur, ce plaisir délicat que la Société d'histoire diplomatique convie ceux qu'elle veut réunir. Le but de celte association est plus élevé et d'un intérêt plus général. De toutes ces révélations qui partent en ce moment des divers points de l'horizon, aucune, prise isolément, ne peut mériter une confiance abolue, car chacune d'elles ne peut représenter qu'un côté de la vérité. Émanant en outre de personnes et dé pays qui se trouvaient engagés dans des luttes ardentes, animés de passions hostiles et enrôlés sous des drapeaux opposés, elles se contredisent en plus d'un point, et toutes sont empreintes de cet aveu-

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