‹ Histoire et diplomatieChapitre 48 sur 60 · SOCIÉTÉ d'histoire diplomatique · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ d'histoire diplomatique

glemént, de cette tendance à se glorifier sai-méme, à croire facilement le mal de ses adversaires qui est le propre de la nature humaine, de cetégoïsme national en un mot, qu'on n'ose pas qualifier trop sévèrement, parce que, dans les jours de péril public, c'est souvent le patriotisme qui l'entretient, et par là même le justifie en une certaine mesure. En un mot, ce sont toujours des témoins intéressés. Chacun de ces centres, de ces foyers d'informations nous envoyant un rayon coloré d'une nuance particulière, c'est leur réunion seule qui peut faire hiire le véritable jour dont l'histoire doit s'éclairer. C'est sinon à opérer elle-même, au moins à préparer cette œuvre de concentration et de contrôle, qu'une Société comme la nôtre peut travailler avec fruit, soit en faisant connaître et en mettant entre les mains de ses lecteurs toutes les publications qui voient le jour, soit et mieux encore en établissant des rapports personnels et familiers entre ceux qui poursuivent dans les diverses archives d'Europe ce travail d'investigation. Le choix de ces correspondants étrangers est à ce point de vue peut-être la partie la plus utile de sa tâche, et je suis heureux de constater que c'est celle aussi qui a été, jusqu'ici, la mieux comprise et la mieux secondée.

Aussi espérons-nous que plusieurs de ces associés voudront bien nous faire parvenir, des communications que nous serons toujours empressés à accueillir. Les deux numéros de la Revue déjà

DISCOURS DU i^' JUIN 1887. 393

parus coQtieûnent plusieurs articles dus à la plume de publicistes étrangers! Plus ces envois se multiplieronty et mieux le recueil lui-même répondra & son but et à nos espérances. Si, dans ces travaux émanés de sources et quelquefois empreints de sentiments un peu différenls, se rencontrent soit des assertions, soit des jugements qui prêtent à la contestation ou à la critique, nous tiendrons toujours la porte ouverte aux rectifications, aux discussions loyales, à tout ce qui pourra ramener l'union des esprits par rechange des idées, et conserver à notre œuvre le caractère de haute impartialité qui peut seule lui donner quelque prix. Serait-il enfin trop ambitieux d'espérer que la Société d'histoire diplomatique, tout en s'abstenant rigoureusement, comme ses statuts lui en font une loi, de se mêler aux débats de la politique contemporaine, pourra rendre encore quelque service même à ceux qui, de uos jours, aspirent à diriger les États, et sont appelés par là même à régler les rapports ou à déterminer les différends internationaux? Tout est changé, disais-je tout à Theurc, et le présent qui passe sous nos yeux ressemble bien peu au passé que nous étudions. Pourtant ce qui change le moins, ce sont les passions que les intérêts font naître. La carte d'Europe a été remaniée à plusieurs reprises depuis un siècle, et chacune des nations qui composent cette société européenne a été, dans sa constitution intérieure, profondément modifiée.

3M saciiTÉ b'histoibb diplomatiow

N'avoDs-nous pas vu pourtant, sur plus d'un théâtre^ renaître entre les peuples les mêmes conflits d'ambition qui divisaient autrefois les princes, pour finir par ramener les mêmes armées sur les mêmes champs de bataille ? L'étude de Thistoire diplomatique peut chercher et les legons qu'on y peut recevoir, et si elle est dirigée avec cette largeur d'esprit, cette absence de préjugés auxquelles nous prétendons, elle peut aider la diplomatie présente dans la lâche de conciliation dont on lui demande de s'acquitter, toutes les fois que les peuples sont menacés de perdre les bienfaits de la paix, et qu'on ne peut, quoi qu'on en dise, attendre que d'elle. On n'a, en effet, pas encore trouvé le moyen d'établir ce tribunal international, rêve de quelques esprits généreux, qui devrait terminer tous les différends par une sentence pacifique ; il lui manque deux choses qu'on n a pu encore se procurer : des juges n'appartenant à aucun pays pour rendre les arrêts et des gendarmes ne portant Tuniforme d'aucune armée pour les exécuter. En attendant, quand un conflit s'élève, il faut bien recourir à la diplomatie pour le résoudre, si Ton ne préfère que ce soit la force seulement qui le tranche.

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