DISCOURS DU 24 MAI 188B
l'heureuse nécessité d'avouer lout haut d'avance ce qu'elle veut faire. Puis, des intérêts nouveaux ont pris naissance, qui, loin de la redouter, recherchent au contraire la lumière de la discussion parce que, au lieu de mettre les peuples et les États, aux prises les uns avec les autres, ces intérêts ne peuvent prospérer que par un accord commun.
Quand la diplomatie traite quelqu'une de ces grandes questions d'échange commercial et industriel qui tenaient si peu de place dans l'esprit des politiques d'autrefois, et qui occupent aujourd'hui presque la première dans Topinion ; quand elle concourt à l'ouverture d'une de ces grandes voies mai'itimes ou ferrées qui franchissent et effacent même toutes les frontières, elle peut parler haut sans crainte d'être entendue, car elle ne travaille pas à un profit particulier, mais au bien de la société humaine tout entière.
De plus, il n'est pas certain que cette publicité, qui lui parait, à certains jours, si incommode, tourne, en définitive, au désavantage de sa réputation. Je ne voudrais pas me faire l'écho des calomnies dont elle a été parfois l'objet ; mais on peut bien dire que les mots de diplomatie et de franchise ont rarement passé pour synonymes.
Est-ce à un diplomate qu'on a attribué cette maxime fameuse que « la parole a été donnée à rhomme pour déguiser sa pensée » ? Je ne sais ; mais, en tout cas, on en a accusé plus d'un d'en avoir fait Tapplication. Quand le régime nouveau
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n'aboulirait qu'à faire tomber ces mauvais bruits, il faudrait encore l'en féliciter.
Enfin, il est une tâche noble entre toutes dont elle n'aura jamais ni à se cacher ni à se défendre, et dont elle doit, aujourd'hui moins que jamais, se désintéresser; c'est le devoir qui lui est imposé, dès qu'un conflit entre deux États paraît menaçant à rhorizon, d'accourir pour Tétouffer, s'il se peut, à sa naissance ; et, quand ses premiers efforts ont été vains, de se jeter encore, à la dernière heure, entre les armées en présence, pour épargner à la civilisation et au monde le scandale et la douleur du sang répandu. Cet office de paix, la diplomatie l'avait rempli, à plusieurs reprises, pendant la première moitié de ce siècle, avec un succès inespéré. On avait vu plus d'une querelle, prête à déchaîner toutes les passions, apaisée par un aréopage diplomatique, et jusqu'à de nouveaux États créés de toutes pièces, sans secousse et sans combat, par des conférences et des protocoles. C'était à ce point qu'on pouvait se croire sur le chemin d'arriver à l'établissement de ce tribunal international qui est depuis des siècles comme la quadrature du cercle de la science politique. L'illusion n'a pas duré et elle n'est pas près de renaître. Mais s'il n'a pas été donné à la diplomatie d'épargner à notre génération d'horribles déchirements, si, en ce moment même, elle ne peut réussir à faire tomber les armes, si inutilement portées par tant de millions de mains, au moins on l'a toujours retrou-
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vée après chaque épreuve, venant modérer l'arrogance du vainqueur en le rappelant aux règles du droit des gens et à la foi des traités. Sa voix est la seule qui, dans les temps troublés, s'élève encore avec quelque efficacité au nom de Thumanilé et de la justice. Gardons-nous donc de la décourager de se faire entendre : si elle se taisait c'est pour le coup que la force régnerait seule sur les ruines du droit, dont le souvenir même serait eifacé.
DISCOURS