‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois (volume 2)Chapitre 13 sur 64 · PÉNITENCE. RETOUR ADIEU · texte numérisé non relu

PÉNITENCE. RETOUR ADIEU

la secte, c'est que saint Jean l'évangéliste a été un ange, descendu avec Jésus-Christ sur la terre pour rendre spécialement témoignage de Lui , et n'ayant également eu qu'une existence humaine apparente. Les dualistes absolus élevaient cet apôtre a ce rang céleste, parce qu'il est appelé le disciple que le Seigneur aimait (p. ex. S. Jean XXI, 20), et parce que de bonne heure le bruit s'était répandu qu'il ne mourrait point (ib. XXI, 23)1. De même que beaucoup d'autres sectes qui prétendaient aspirer à un plus haut degré de spiritualité dans la religion, ils croyaient que l'Évangile de saint Jean , qui leur paraissait plus spéculatif et plus mystique que les autres livres delà Bible, contenait le témoignage le plus pur de Jésus-Christ et de Dieu ; c'est pour cela aussi qu'ils croyaient devoir l'attribuer a un esprit céleste, et qu'ils s'en servaient de préférence dans leur culte.

PENITESCE. RETOUR A DIEU.

On a vu plus haut que le but de la mission de Jésus-Christ a été de révéler aux hommes, et particulièrement à ceux qui vivaient sous la loi de Moïse, que le Dieu qu'ils adoraient jusque-la n'est pas le Dieu bon , quelle est la nature et la destination de leurs âmes, et que pour revenir au ciel, il faut admettre la révélation chrétienne , c'est-a-dire la foi des Cathares. C'est en cela que consiste la pénitence suprême, celle par laquelle l'âme s'affranchit des liens du mal et s'unit de

esse nec fuisse mulierem carnalem, mais qu'elle signifiait l'Église cathare. Lib. sentent, inquisit. Tolos., 92. Mariam... negant fuisse mulierem carnalem; sed sectam suam et ordinem suum dicuntesse Mariam Virginem, veram pœnitentiam , castam , et Virginem quœ générât filios Dei , quando recipiuntur ad eandem sectam et ordinem. Eymericus, 274.

1 Cette doctrine se trouve parmi les Cathares slaves, Moneta , 223 , et parmi ceux de la France : B. Virgo et B. Johannes Evangelista descenderunt de cœlo et non erant de istà carne, et Christus adduxerat eos in testimonium. Actes de l' Inquisit. de Carcassonne, 1247; Doat, XXII, f° lOl.

nouveau avec l'esprit céleste et consolateur, dont elle s'était séparée lors de sa chute. Cette pénitence n'est donc en définitive que l'adhésion aux doctrines des Cathares et l'entrée dans leur Église ; par l'initiation à leurs mystères on s'assure de la communication du Saint-Esprit, et on expie le premier péché commis dans le ciel, ainsi que tous les péchés commis pendant le séjour sur la terre. L'entrée dans la secte est la condition du salut, du retour a Dieu1.

Comme ils enseignaient que les âmes célestes , à cause de leur bonté originelle, ne peuvent pas périr, mais doivent nécessairement arriver au salut, et qu'on n'apprend a connaître le chemin de ce salut qu'en entrant dans leur secte, on pouvait leur reprocher qu'il y a une contradiction dans la doctrine d'un salut qu'on doit obtenir nécessairement , et que malgré cela on n'obtient qu'en embrassant leur foi ; ils ne pouvaient échapper a cette contradiction qu'en enseignant que l'adoption de leur croyance est simplement le moyen le plus prompt pour revenir au Dieu bon; comme l'âme doit être affligée d'être enchaînée à la matière , il n'y a rien qu'elle doive désirer plus ardemment que de s'affranchir aussitôt que possible du joug du démon; tout en sachant qu'elle ne peut pas manquer de revenir un jour au ciel , elle ne doit pas ajourner indéfiniment le moment de sa pénitence, et saisir avec empressement le moment de s'unir de nouveau avec l'esprit destiné a la garder et a la consoler. On pouvait leur opposer en outre l'expérience des siècles , montrant qu'avant et après Jésus-Christ des milliers d'hommes sont morts sans faire partie de la secte, et sans avoir pu parvenir par conséquent au salut, auquel pourtant ils paraissaient avoir un droit. Quelques auteurs leur ont même reproché d'avoir enseigné que tous les hommes morts avant Jésus-Christ, n'ayant pas connu le moyen de faire pénitence , sont éter-

• Eckbertus, 899, 927; Moneta, 4; Eymericus, 274.

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