SIMPLICITÉ DU CULTE. SERVICES RELIGIEUX. H
point Jésus-Christ s'est humilié en choisissant pour sa mère la plus laide d'entre les femmes1. Cette dernière raison n'est a nos yeux qu'une supposition du prélat espagnol; on n'a (ju'à se rappeler la croyance cathare sur la nature du Christ et sur celle de sa mère 5 le seul vrai motif ne peut être que l'intention de la secte de détourner ses partisans du culte des images 5 elle enseignait que le corps est une œuvre du démon, elle n'attachait donc aucun prix à la beauté extérieure, et si réellement elle a fait des peintures représentant des saints, elle n'a été que conséquente a ses principes, en leur donnant des figures désagréables, afin d'habituer le peuple à ne vénérer que l'esprit au lieu de se perdre dans le culte de la forme. La découverte de quelque reste de cet art hérétique serait certes infiniment précieuse pour l'histoire de l'iconographie chrétienne. Quoi qu'il en soit, ces images cathares n'étaient pas destinées a trouver une place dans les lieux où la secte tenait ses réunions de prières2; elles ne figuraient sans doute que dans quelques livres, que l'on mettait entre les mains des croyants, pour les instruire dans l'hérésie.
Quant aux réunions religieuses elles-mêmes, elles portaient le cachet de la même simplicité que les lieux où elles se célébraient. Elles étaient dirigées par les ministres de la secte, et en leur absence par des parfaits. Le service se composait de différentes parties. Il commençait par la lecture d'un passage du Nouveau Testament, que le ministre interprétait ensuite dans le sens cathare, en faisant ressortir surtout les points sur lesquels l'Église romaine leur paraissait être en contradiction avec l'Évangile3. Cette prédication,
1 Lucas Tudensis, 94.
2 II D'en est parié chez aucun autre auteur, ni dans aucun protocole inquisitorial.
3 Le ministre tient librum Evangeliorum in manibus, fait une lecture, et expose ensuite scripturas per modumprœclicationis. Procès d'Armanno
\i6 CHAPITRE PREMIER.
faite sans art par des hommes simples mais enthousiastes, et écoutée avec beaucoup de recueillement, était suivie d'une cérémonie que les auteurs catholiques ont appelée Y adoration des hérétiques, mais qui doit porter à plus juste titre le nom de bénédiction. Les croyants dans l'assemblée joignaient les mains ou les posaient sur les bancs où ils étaient assis, fléchissaient les genoux et s'inclinant trois fois profondément, ils disaient chaque fois tous ensemble : «Bénissez-nous p> la troisième fois ils ajoutaient: «Priez Dieu pour nous pécheurs , afin qu'il fasse de nous de bons chrétiens , et qu'il nous conduise a une bonne fin. » Le ministre et les autres parfaits répondaient a chaque prière des croyants, en étendant les mains sur eux : «Que Dieu vous bénisse.» et ils terminaient par ces mots : «Dieu veuille faire de vous de bons chrétiens , et vous conduire a une bonne fin1. » Après avoir reçu cette bénédiction, toute l'assemblée récitait l'Oraison dominicale. C'était l'unique prière qu'ils croyaient être permise aux chrétiens2; ils étaient convaincus que la prière de l'âme ne doit s'adresser qu'a Dieu , qu'il n'est ni rationnel ni évangélique d'invoquer les saints3, et que pour connaître les besoins des hommes , Dieu n'a pas besoin qu'on fasse beaucoup de paroles4 ; c'est pour cela que la prière de
Pungilovo, chez Muratori, Antiquit., V, 119. Liber sentent, inquisit. Tolos., 10.
1 Arch. de V Inquisit. de Carcassonne, 1245; Doat, XXII, f° 110b; Vaissette, III, preuves, n<> 263, p. 456 ; n° 264, p. 458 ; Liber sent, inquisit. Tolos., 10, 11. En Allemagne les croyants disaient en prose rimée:
Nimmer miisse ich ersterben,
Ich miisse umb euch erwerben,
Dass mein end gut werde, et le miuistre répondait :
Und werdest ein gut mann.
Addit. à Reinerius, chez Gretser, 40.
2 Peregr. Priscianus, 95; — les Bogomiles : Euthymius, Narr. de Bo~ gom.t 28.
3 Ermengaudus, 259 ; Alanus, 163. — 4 Ebrardus, 135.