PARTIE MÉTAPHYSIQUE ET THÉOLOGIQUE
toute éternité? Telle n'est pas la doctrine des Cathares. Ils voient dans la création matérielle trop d'intention , pour ne pas l'attribuer à une cause intelligente; conformément au principe de l'analogie entre la cause et les effets, ils concluent des effets qui leur paraissent mauvais à une cause mauvaise, et ils enseignent que le monde, n'ayant pas pu être créé par un Dieu bon , doit avoir pour auteur un principe mauvais.
Cette doctrine d'un mauvais principe a été dès l'origine la croyance commune de tous les Cathares ; mais de bonne heure déjà il y eut sur la nature même de ce principe, deux opinions différentes parmi la secte1. L'opinion la plus ancienne et la plus répandue a été que le mauvais principe est aussi absolu , aussi éternel que le bon ; a côté de ce dualisme absolu , on rencontre dès les premiers temps de la secte une tendance à le mitiger, par la doctrine que le mauvais esprit, d'abord créé bon , ne s'est séparé de Dieu que par un effet de son libre arbitre. Cependant, cette modification du principe fondamental, tout en ayant pour conséquence quelques autres changements dans la cosmogonie et dans la théologie cathares , n'a pas empêché le système ainsi modifié de conserver son caractère dualiste, et d'enseigner la même morale, le même ascétisme que le système primitif. Nous commencerons par exposer ce dernier système, le dualisme ou dithéisme absolu ; nous ferons suivre cette exposition de celle du dualisme modifié ou mitigé, tel qu'il s'est développé en Thrace et en Italie , et nous terminerons par les doctrines et les pratiques qui ont été communes aux deux branches, comme étant les conséquences du dualisme en général.
1 Eckbertus, 899; Bonacursus, 208; Reinerius, 1768; Monéta, 2.
PREMIÈRE SECTION. — dualisme absolu.