‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 10 sur 75 · NATURE DE JÉSUS-CHRIST. BUT DE SA MISSION · texte numérisé non relu

NATURE DE JÉSUS-CHRIST. BUT DE SA MISSION

vienne cette union, elle ne sera pourtant jamais une unité d'essence : de même aussi l'union du Père et du Fils n'est pas une unité d'essence ou de substance, elle est une simple union spirituelle ^ Les apôtres, selon eux, n'ont pas eu d'autre idée sur le Christ; saint Paul dit que «Dieu a envoyé son fils» (Gai. IV, 4) ; il y a évidemment une différence entre celui qui envoie et cdui qui est envoyé;, donc le Père et le Fils ne sont pas une seule et même substance; or^ Iç Père est Dieu , donc le Fijs ne peut pas être Dieu ^. Il y a des auteurs^ui ont pensé que l'interprétation que les Cathares donnent de ces passages, ne prouve pas qu'ils n'ont considéré Jésus-Christ que comme une créature; ils professaient, diton, une doctrine d'émanation , et c'est dans ce sens gnostique qu'il faut entendre leur explication du rapport entre le Père et le Fils 3. Mais outre qu'ifto'y a nulle part dans leur système une trace d'une doctrine émanatiste, leurs déclarations sur la nature de Jésus- Christ sont trop formelles, pour qu'on puisse se méprendre sur la véritable portée de leur opinion ; Jésus-Christ n'est. évidemment à leurs yeux qu'une créature du Dieu bon. Le dogme de l'incarnation de Dieu luinmème leur paraît une erreur tout aussi contraire au bon sens et aux lois de la nature , qu'à leur propre système sur l'origine du corps de l'homme; ce corps est fait par le mauvais Dieu ; comment le Dieu bon aurait-il pu descendre dans un corps pareil? Comment, disait le peuple, Dieu aurait-il pu s'humilier au point de se loger in utero mulieris, et d'y prendre lui-même un corps de chair*? Non, Dieu ne s'est pas incarné; nous verrons bientôt que Jésus-Christ luimême, tout inférieur qu'il est au Père, ne s'est pas non

> MoDeta, 257.

2 /Wd., 238 et soi V.

3 Neander, Kirchengeschichte, V, 766.

* Actes de VInquisit. de Toulouse, 1273; Doal, XXV, fo 60; de Carcassonne, 1305; ibid , XXXIV, fo 98; Liber sentent, inquisit. Tolos,, 249. II. 3

plus, au dire des Cathares absolus, réellement incarné. Suivant eux 5 Jésus-Christ est le plus élevé des anges ^ et c'est à ee titre seul que lui revient le nom de Fils de Dieu, Quant au Sainl-Espnt, les dualistes absolus sont assez embarrassés; ils ont de la peine à lui trouver une place dans leur système; cependant comme ils tiennent à professer les doc* trines chrétiennes des premiers temps de rÉglîse , ils ne peuvent s'empêcher de se servir aussi sinon du dogme, an moins de Texprcssion de Saint-Esprit. Pas plus que le Fils, le Saint-Esprit ne saurait être Dieu 5 il doit être d'une substance différente de celle du Père, comme aussi de celle du Fils^ et cela leur paraît prouvé par les passages où Jésus- Christ, en annonçant à ses disciples l'envoi du Consolateur, distingue cet Esprit de Dieu et de lui-même^. Ils donnent de préférence a cet Esprit le nom d'Esprit principal, et se le représentent comme Je chef de tous les esprits célestes, quoique inférieur à Jésus-Christ, qui est avec le Père dans des rapports infiniment plus intimes que tous les autres habitants du ciel; l'Esprit principal est d'une beauté ineffable, une des joies des anges consiste k le contempler^, et c'est à lui que pensent les Cathares en disant dans leurs prières : Adorons le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La dénomination spéciale de Saint-Esprit est réservée par eux à chacun de ces esprits, que Dieu a préposés à la garde des âmes du peuple céleste ; ils sont appelés saints , parce qu^ils ont résisté a la séduction du Dieu mauvais, tandis que les âmes y ont succombé. Lorsqu'une âme achève sa pénitence et est initiée dans la secte, Tesprit -gardien qu'elle avait eu antérieurement dans la cité d'en-baut, se réunit de nouveau avec elle, et c'est alors que cet esprit, qui la console aussi longtemps

1 Subêtaniialiter dii?etgut. Moneta, i. Reinerius, 1768, 3 P. lîi, S. Jean, XIV, 16, il; XVI, 13. Monela, t69* ^ lli y appliqiiE^Dt assez maladroilemoat le passage de \a prÊmtère ëpUr? de »ïîîit Pierre, 1, 1 1, nJooeU, 4.

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