NATURE DE JÉSUS-CHRIST. BUT DE SA MISSION
qu'elle est encore obligée de rester sur la terre , prend le nom d'Esprit consolateur ou de Paraclèt^ .
On voit par là comment ils interprétaient, pour les adapter à leur système , certaines doctrines de l'Église , ou plutôt comment ils se servaient des expressions et des termes de la théologie chrétienne pour en revêtir des idées, tout à fait étrangères au christianisme. Tous leurs efforts avaient pour but de faire passer pour chrétien leur système dualiste ; ils croyaient avoir rétabli le vrai sens de la révélation de Jésus- Christ, quoique dans le fait ils eussent abandonné, dans ses doctrines les plus essentielles, le terrain positif de la religion chrétienne. La même chose a lieu quant h la réalité de la nature humaine de Jésus-Christ. Jésus-Christ a dû prendre la forme d'un homme, pour induire en erreur le mauvais Dieu , pour Fempécher, en le trompant par l'apparence , d'opposer des obstacles k l'œuvre du salut. Il est clair, tout d'abord , que , conformément à leur doctrine sur la nature mauvaise du corps et de la matière en général , et sur l'emprisonnement violent des âmes célestes dans des corps faits par le Dieu mauvais , les Cathares n'ont pas pu admettre ce que l'Église appelait l'humanité réelle et véritable du Christ. Le Fils du Dieu bon n'a pas pu prendre volontairement un corps fait par ce même démon , des chaînes duquel il devait délivrer les âmes. Son corps a donc dû être différent de celui des hommes; les deux branches de la secte ne sont divisées, en ce point, que sur la nature même du corps particulier de Jésus-Christ. La doctrine enseignée h cet égard par les dualistes absolus, est entièrement conforme à leurs prémisses; si Jésus-Christ est un des esprits célestes , il est tout simple , suivant eux , d'admettre qu'il est venu sur la terre avec ce corps en quelque sorte éthéré dont il est revêtu dans le ciel, à l'égal de tons les habitants du domaine du Dieu bon^. Il a dit
1 Moneta, 4. -- ^ Alanas, 69.
lui-même qu'il n'est « point de ce monde, h qu'il est u d'enhautw (S. Jean VIII, 23), et saint Paul aÉBrme positivement que si le premier homme est de la terre , le second homme , Jésus-Christ, est du ciel (!"" ép. aux Cor. XV, 47); ces passages, ils ne les entendent pas seulement de la nature spiri* tuelle du Sauveur, mais aussi de son corps, de toute sa personnalité^- C'est avec ce corps céleste que Tesprit Jésus est descendu dans Marie ^ de laquelle il est sorti de nouveau aussi pur qu'il était entré en elle^ et sans qu'elle lui eût communiqué un principe matériel quelconque; ce n'est que pour cette raison qu'il a pu dire plus tard à celle qui paraissait être sa mère : a Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi?)* (S. Jean II, 4)^. La transfiguration sur le Thabor a consisté en ce que Jésus-Christ a fait voir k ses disciples «la substance célestes de son corps, sur laquelle jusque-I^ ils avaient été dans rignorance; car ordinairemenl ce corps avait pour les yeux des hommes, Fapparence extérieure d'un corps comme un autre^. Il n'avait aucun besoin terrestre^ et si Jésus mangeait et buvait, il ne le faisait que pour se conformer en apparence aux habitudes humaines, afin de ne pas révéler sa véritahle nature k son adversaire. Les miracles que- Jésus-Cbrist a opérés, ont tous été spirituels; il ne guérissait pas les mausj du corps , parce qu'il considérait le corps comme un obstacle k la délivrance de Tâme, et qu'il ne voulait apporter des remèdes qu'aux maux de cette dernière; les aveugles auxquels il rend la vue, sont les hommes aveuglés parle péché; le tombeau d'oii il t'ait remonter Lazare, est le tombeau spirituel dont les ombres enveloppent Tàme qui pèche ; le pain qu'il multiplie pour le distribuer k la foule, est la parole de vie; l'orage qu'il dompte, est celui des passions qu'excite le mauvais Dieu*. Lorsqu'k la fin de sa carrière, les Juifs crurent
** MoDéta, ^f efif tSI ; Dispuiatio, 1750; Lueas Tûdeoits, I5S,