T9ATURE DE JÉSUS-CHRIST. BUT DE SA MISSION
le faire souffrir et le tuer, son corps céleste n'éprouva aucune douleur ; l'esprit s'en sépara momentanément , le troisième jour il y rentra, et Jésus ressuscita ; ses disciples, il est vrai, touchèrent son corps , mais ce n'est que par un effet extraordinaire de sa volonté que Dieu l'avait rendu palpable en apparence. Le même corps* céleste remonta aussi au ciel^ l'ascension avec un corps de chair et d'os, paraissait aux Cathares une chose matériellement impossible, une erreur grossière et absurde, tandis que par leur doctrine de l'humanité apparente du Christ, ils croyaient pouvoir échapper à tout ce qui leur semblait difficile et contradictoire ^
Parmi les Cathares de France il y avait , au commencement du treizième siècle, des docteurs qui poussaient si loin ce dokétisme sur Jésus-Christ , que , non contents de nier la réalité matérielle de son corps , ils prétendaient que le Jésus qui a vécu et qui est mort et ressuscité dans la Palestine terrestre, a été une créature du Dieu mauvais, appelée à l'existence pour tromper les hommes, et pour empêcher ainsi l'œuvre du salut qui devait s'accomplir par le Christ véritable^. Ceux qui soutenaient cette opinion , ne voulaient reconnaître d'autre Christ qu'un Christ idéal , qui n'aurait été dans ce monde que d'une manière spirituelle , dans la personne de son principal disciple saint Paul. L'histoire réelle de la vie et de la passion de ce Christ s'est passée, non pas sur la terre d'ici-bas , mais dans le monde invisible , dans la Jérusalem céleste. Cette opinion , qui se retrouve en partie chez un docteur cathare célèbre de l'Italie , présente une dif-
1 Ce dokétisme se trouve mentionné dans la profession de foi de Gerbert; Bouquet» X, 409; chez les Cathares d'Orléans, 1022; Gesta synodûs AureL, 605 ; chez ceux de Soissons, 1114; Guibertus Novigentinus, 519; par Eckbertus, 899; Joachim» Expositio in apocalipsim, fo 133a; Ermengaudus, 236 ; Alanus, 38 ; Moneta, 5, 247 ; Rcinerius, 1768 ; Eugène IV ao légat de Bosnie; Farlati, IV, 257.
2 Petr. Vall. Cern., 556. Il dit expressément que cela n*est enseigné que secundum quosdam.
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ficuilé de plus que celle du système général de la secte; car on oe Tfoil guère pour quelles raisons le Christ aurait dû souffrir et mourir dans un monde qui ne connaît pas le mal , et où par conséquent sa passion et sa mort auraient été aussi impossibles qu'inutiles.
La raison du dokétisme cathare relativement k rhumanité de Jésus-Christ, se fonde, comme il a été indiqué ci-dessus, sur le principe dualiste. Jésus-Christ , esprit céleste, destiné k descendre sur la terre pour apprendre aux âmes captives les moyens de s'affranchir des liens de la matière ou du mal, n'a pas pu lui-même entrer en contact avec cette matière ? comme elle souille tout ce qui la touche, ce qui doit rester pur doit éviter toute commuDication directe et volontaire avec elle, afin de se préserver de son induence funeste. Comment par conséquent le Christ aurait-il pu remplir sa mission, s'il avait eu un corps comme les hommes? C'est Ib , a la vérité ^ une conséquence nécessaire du duahsme cathare^ mais les partisans de cette doctrine n'ont pas songé que de cette manière Jésus-Christ a dû rester entièrement étranger k ceux mêmes pour le salut desquels il était envoyé sur la terre; ils l'ont réduit, comme le dit fort bien un de leurs adversaires, à un vain produit de rimagination, k un fantôme*. Ce Christ imaginaire n'aurait pu servir ni de type de Thomme saint et parfait, ayant rétabli l'harmonie originelle, la domination de l'esprit sur la matière^ ni de consolateur et de libérateur dans des souBrances qu'il n'aurait pas éprouvées lui-même. Quel sens auraient surtout la passion et la mort de ce Christ fantôme? On l'ignore entièrement; rien ne fait pressentir si les Cathares assignaient dans leur système une place importante à la mort de Jésus- Christ, s'ils lui attribuaient une certaine action dans l'œuvre de la délivrance des âmes. Cette mort n'a pu être qu'un
Diciini ChrUtum phantasma fuisse, tmn hominem* Dtiputatio^ ilOh*