‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 14 sur 75 · KATURE DE JEAN-BAPTISTE ET DE LA VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

KATURE DE JEAN-BAPTISTE ET DE LA VIERGE MARIE

mitigés, était que Jésus, ayant apporté lui-même son corps du ciel , n'a fait que passer par Marie, afin d'avoir l'air aux yeux des hommes et du démon d'être né d'une femme ^ ; et ce qui au premier abord parait assez bizarre, on s'imaginait qu'il était entré en elle par l'oreille et ressorti d'elle par le même chemin^. Cette doctrine étrange n'est pas de l'invention des Cathares 5 longtemps avant l'origine de la secte elle se trouve dans d'anciennes liturgies de 1 Église et chez des Pères orthodoxes tant de l'Orient que de l'Occident. Chez ces auteurs elle n'a été peut-être qu'une figure pour exprimer que Jésus- Christ étant le Verbe, la Parole, il a du entrer dans la Vierge par la voie spirituelle de l'ouïe -, pour les Cathares , au contraire, elle a dû être plus qu'une simple métaphore, elle a été un élément même de leur christologie mythologique; l'ayant rencontrée dans l'Église, ils s'en sont emparés avec empressement, pour marquer comment l'esprit Jésus est passé par l'esprit Marie de la manière la plus spirituelle et la plus subtile, sans aucun contact matériel^. Les Cathares étaient donc conséquents à leurs principes, en disant que Marie n'a

1 Moneta, 223, 232.

2 Moneta, 232 ; Evang, Johannis, chez BeDOist, I, 290 : Cum cogitaret Pater meus mittere me in mundum, misit angelum suum ante me, nomine Maria , ut acciperet me. Ego autem descendens intravi per auditum , et exivi per auditum.

3 Parmi les Grecs, cette doctrine se trouye chez Grégoire Thaumatorge (mort en 270 , Sermo III in annunciat. B, Virginie ; etaoSov SI à)co9ic; &7ri(7;^veîTai ; in opp.^ 28; chez Proclos (patriarche de Gonstantinople, mort en 446), Oratio III de incamatione Domini ; ...'O 8è Xoyo; St dxo^ç EiaETD^Sa; dans la Biblioth. Patrum, éd. GaUandi, IX, 625. Voy. d'autres passages grecs dans le Thésaurus de Suicerus, II, 305 ; yoy. aussi Thilo, Codex apocr, Novi Testam., I, 839. En Occident la doctrine se rencontre io dans on sermon attribué à saint Augustin, où il est dit : Deusper Angelum loquebatur, et Virgo auribus imprœgnabatur ; in opp. , V, appendice, p. 155, serm. 121 ; et2o dansVancienne liturgie de Lyon : Descendit de ccdis missus ab arce Patris, introivit per aurem Virginie in regUmem nostram indutus stolàpurpureà,et exivitper aureamportam lux et decus universœ fabrieœ mundi; Agobardus, De correetione antiphanarii ; in

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pas été la tnére de Jésus-Christ; qu'il n'a pas eu de parents humai ns^ que Marie n'avait que Tapparence d'être une femme et d'être sa mère^ Il faut observer toutefois que quelques dualistes absolus de Bulgarie et d'Italie n'appliquaient pas à Marie le même dokétisme qu'k Jésus-Christ; ils eroyaient qu'ellt^ avait été en effet une femme ; mais un petit nombre seulement la disait née d'un père et d'une mère, tandis que d'autres prétendaient qu'elle était née i<^deêoîà muUere sim virili mnine ^^) et soutenaient ainsi une doctrine semblable k celle de la conception immaculée, défendue par beaucoup de docteurs de l'Église*. Ces Cathares qui faisaient de Marie une femme véritable, enseignaient également que Jésus n'avait fait que passer par elle avec son corps céleste ^ cependant comme il faut admettre ici qu'il fut d'une manière quelconque en contact avec un corps terrestre, cette opinion est moins en rapport avec l'esprit général du système ^ aussi les partisans n'en étaient-ils que peu nombreux. D'un autre côté ti y avait en France des Cathares professant^ au sujet de la mère du Christ, une doctrine tout à fait opposée , beaucoup plus allégorique et plus mythique encore que celle qui envisageait Marie comme un angci Marie, disaient-ils, n'est ni un ange ni une femme ^ elle n'est qu^uue métaphore ^ la Vierge est l'Église cathare , qui engendre comme fils de Dieu tous ceux qu'elle reçoit en son sein^. Une opinion enfin qui paraît avoir été assez répandue dans

cpp.f 39^. Un iavaiil histarleii ecclésiastique de rAUemagne, Néander, de Berlin, croit que ce derniof passade (il ne paraît pas avoir ronnu celui du sermon attribué à saïut Au^ui^tin), eal un resKe de fnOâUcisiDe et uno preufe de riutrodnction précoce d'éléments gnostiques en Occidentliajs rien n'oblige d' ad mettre cela , dés que Ton compare ces passa g&à a?ec ce m des auteurs grecs alléf né§ ci -dessus. Cest tout siraptemeuL une figure; la Vierge ayant eonpu après sToir enîmdu les purolei* de Fange, on s'imaginait que le Ycrbe était entré en elle par t'ouïe.

' Disputatio, ITt^î ils citaient S. Jean H» 4; S, MaUb. XII, 48.

^ Moneia. ^2\ 243.

^ Un Albigeois brûlé à Toulouse, eu 1310, avait enseigné Mariatn non

la secte, c'est que saint Jean l'évangéliste a été ud ange, descendu avec Jésus-Christ sur la terre pour rendre spécialement témoignage de lui , et n'ayant également eu qu'une existence humaine apparente. Les duah'stes absolus élevaient cet apôtre à ce rang céleste , parce qu'il est appelé le disciple que le Seigneur aimait (p. ex. S. Jean XXI, 20), et parce que de bonne heure le bruit s'était répandu qu'il ne mourrait point (ib. XXI, 23) ^ De même que beaucoup d'autres sectes qui prétendaient aspirer k un plus haut degré de spiritualité dans la religion , ils croyaient que l'Évangile de saint Jean , qui leur paraissait plus spéculatif et plus mystique que les autres livres de la Bible, contenait le témoignage le plus pur de Jésus-Christ et de Dieu ; c'est pour cela aussi qu'ils croyaient devoir l'attribuer k un esprit céleste, et qu'ils s'en servaient de préférence dans leur culte.

On a vu plus haut que le but de la mission de Jésus-Christ a été de révéler aux hommes , et particulièrement k ceux qui vivaient sous la loi de Moïse , que le Dieu qu'ils adoraient jusque-lk n'est pas le Dieu bon , quelle est la nature et la destination de leurs âmes, et que pour revenir au ciel, il faut admettre la révélation chrétienne, c'est-k-dire la foi des Cathares. C'est en cela que consiste la pénitence suprême, celle par laquelle l'âme s'affranchit des liens du mal et s'unit de

esse née fuisse mulierem camalemy mais qu*eUe signifiait l'Église cathare. Lib, sentent, inquisit, Tolos,, 92. Mariam.,, negant fuisse mulierem cornalem; sed sectam suam et ordinem suum dicuntesse Mariam Virginem, wram pcdnitentiam , castam , et Virginem quœ générât filios Dei , quando reeipiuntur ad eandem sectam et ordinem. Ëymericus, 274.

1 Cette doctrine se trooye parmi les Cathares slaves , Moneta , 225 , et parmi ceux de la France : B. Virgo et B. Johannes EvangeUsta descenderunt de cœlo et non erant de istà came, et Christus adduxerat eos in testimonium. Actes de V Inquisit. de Carccusonney i247; Doat, XXII, f» lOl.

nouveau avec Tesprit céleste et consolateur, doul elle s'était séparée lors de sa chute. Cette pénitence n*est donc en définitive que l'adhésion aux doctrines des Cathares et Tenlrée dans leur Église ^ par Tinitiation^ leurs mystères on s'assure

[de la conamunication du Saint-Esprit, et on expie le premier

[péché commis dans le ciel, ainsi que tous les péchés commis pendant le séjour sur la terre. L'entrée dans la secte est la condition du salut, du retour a Dieu*.

Comme ils enseignaient que les âmes célestes, à caus€ de leur bonté originelle ^ ne peuvent pas périr, mais doivent

'Décessairement arriver au salut, et qu'on n'apprend à connaître le chemin de ce salut qu'en entrant dans leur secte, on pouvait leur reprocher qu'il y a une contradiction dans la doctrine d'un salut qu'on doit obtenir nécessairement, et que malgré cela on n'obtient qu'en embrassant leur foi; ils ne pouvaient échapper h celte contradiction qu'en enseignant que l'adoption de leur croyance est simplement le moyen te plus prompt pour revenir au Dieu bon^ comme l'âme doit être affliEîée d'être enchaînée à la matière, il n'y a rien qu'elle doive désirer plus ardemment que de s'affranchir

'aussitôt que possible du joug du démon; tout en sachant qu'elle ne peut pas manquer de revenir un jour au ciel, elle ne doit pas ajourner indéfiniment le moment de sa pénitence, et saisir avec empressement le moment de s'unir de nouveau avec Tesprit destiné à la garder et à la consoler. On pouvait leur opposer en outre rexpérience des siècles , montrant qu'avant et après Jésus-Christ des milliers d'hommes sont morts sans faire partie de la secte, et sans avoir pu parvenir par conséquent au salut, auquel pourtant ils paraissaient avoir un droit. Quelques auteurs leur ont même reproché d'avoir enseigné que tous les hommes morts avant Jésus-Christ, n'ayant pas connu le moyen de faire pénitence, sont éter-

EGkberlufi} 899, WI; Mon e la, i; Ejm^ricii^ 274.

nellement damnés^; mais ces auteurs se sont évidemment laissés aller à une conclusion qui n'est pas fondée ^ car la difficulté dont il s'agit, les Cathares la résolvaient parle moyen d^une doctrine étrange , qui rappelait le paganisme , et qui ne pouvait suffire qu'aux imaginations encore à moitié païennes du moyen âge. Ils prétendaient que l'âme céleste qui n'a pas accompli sa pénitence dans le corps où elle se trouve, passe, après la mort de ce dernier, dans un autre corps, jusqu'à ce que finalement elle expie ses péchés par l'entrée dans l'Église des Cathares, laquelle lui assure de nouveau la participation à la gloire de Dieu^. Les âmes des hommes morts avant Jésus-Christ n'ont pas pu arriver alors au salut, parce qu'elles étaient en erreur sur la nature du Dieu qu'elles adoraient-, mais elles seront sauvées néanmoins parce que, passant de corps en corps, il viendra un moment pour elles où elles reconnaîtront et embrasseront la vérité du Christ^. Quelques-uns voulaient fixer le nombredes corps par lesquels il faut passer ; les uns admettaient une migration k travers sept corps^^ d'-autres parlaient de dix et même de seize^ ; selon plusieurs , l'âme qui finalement est devenue saint Paul, avait traversé d'abord jusqu'à trente-deux corps^^ évidemment tous ces chiffres ne sont pas suffisants ; car si toutes les âmes sont venues k la même époque avec le démon sur la terre, s'il n'en naît pas de nouvelles, et si avant Jésus-Christ aucune n'a pu trouver le salut, il s'ensuit que lorsque le Dieu bon envoya son Fils dans le monde , il y avait

1 Ebrardas, 1S4; Alanns, 52.

2 BoB^cuTsus. Addit. inMiscelL Balaz., 581 ; MoDeta, ii^; Disputatio, 1720; Actes de VInquisit. de Carcassonne, 1247; Doat, XXII, fo 99; ibid,, 1305; XXXIV, fo 101 ; Actes de VInquisit. de Toulouse; ibid., XXV, fo43.

3 Ce sont les âmes dont il est parlé S. Matlh. XXVII, 52; on citait même ir® ép. aux Cor. XV, 6. Moneta, 112.

^ Petr. VaU. Cern., 556. — 5 Alanus, 24.

t> Actes de VInquisit. de Carcassonne, 1505; Doaf, XXXIV, fo 96.

encore le même nombre d'âmes comme au premier jour; depuis ec premier jour eltes avaient traversé une série de corps pour arriver jusqu'au Christ, et, au dire des Cathares^ les âmes qui vivent aujourd'hui seraient encore toujours de ces âmes célestes déchues , cherchant k travers les siècles, et de génération en génération , un salut qui est inévitable, et que pourtant elles ne pourraient trouver que dans la secte* Il paraît d'après cela qu'Eckbert de Schônau a été mal informé, en leur attribuant la doctrine qu'immédiatement après la mort les âmes passent soit k la béatitude, soit k la damnation éternelle, sans traverser un purgatoire* ; il est possible qu'il n*ait inféré cela que de leur rejet du purgatoire^ car cette opinion d'un jugement immédiat et définitif ne concorde pas avec les doctrines de Torigine céleste des âmes et du saint par nécessité , doctrines qui , comme on vient de le voir, ont donné heu a une véritable métempsycose. Les Cathares^ surtout ceux de la France, poussaient cette doctrine jusqu'à des conséquences exlrémes , en admettant que lésâmes, chargées d*uD poids plus considérable de péchés , et se refusant à la pénitence , passent même pour quelque temps dans des corps d'animaux; cependant ils limitaient ces corps a ceux des oiseaux et des quadrupèdes, et dérendaient pour cette raison de tuer un animal de ce genre ^. Voici comment cette

) Eckbedus, 899, 913.

'i teaiinosnelsLcrbac, 5SS; E^mericusi Sï4ï poème du moi ue Ixarn : Difnfâe eaî esctfla as iu aho avut Que Vespfirit de f'Aflwe, cant a lo cor perdui. Se meta en htmu o en ase u en mttio eomut, En porcj^ en ^alina^ et premier c'a vexut, B i>a de l'un a t* autre iro qu*era cors natcut d'orne o de femna a qui a lue saiiput, A qui fait penedensa ei a loncœ temps tenp*t E tos tempt o tenra îro na endm^engut Lu dia deljmixiquc dêu cobrar âahit E tornar en gloriti el toc que a p»rduî ?

Oiei Hiijnouard, V, 352.

mm

doctrine doit être expliquée : les âmes qui , au lieu de tendre k s'affranchir de la matière , se sont laissées de plus en plus dominer et souiller par elle , s'éloignent par Ih de plus en plus de leur origine céleste et s'engagent dans les chaînes du mauvais Dieu. Celui-ci , ne songeant qu'k ravir les âmes au Dieu bon, les enferme alors dans des corps animaux, plus vils que le corps de l'homme , et dans lesquels elles n'ont pas les moyens de se relever aussi promptement de leur chute. De son côté le Dieu bon, désirant leur retour et leur salut, consent k ce qu'elles passent dans ces corps pour y expier leur soumission à la matière; ayant péché par la matière , elles sont aussi punies par elle. Pour que cette expiation puisse s'accomplir, il faut évidemment admettre que, même dans les corps animaux, les âmes conservent la conscience de leur être , et qu'elles éprouvent de la douleur de se voir ainsi dégradées; c'est précisément cette douleur qui doit devenir pour elles une cause de repentir et un moyen de se relever. La coutume qu'avaient les Cathares de ne pas tuer des animaux autres que des reptiles , prouve qu'ils ne doutaient point que les âmes qui s'y trouvent peut-être enfermées , n'aient gardé le souvenir de leur état antérieur et la conscience de leur nature; en tuant un animal , on risquerait d'interrompre violemment le cours de la pénitence, que l'âme emprisonnée y avait commencée.

SORT DÉFiniTIF DES AMKS.

Il résulte de ce qui est dit ci-dessus que, suivant les Ci-^. thares, la mort n'a pas la même signification pour tous les^' hommes. Pour ceux qui achèvent leur expiation, c'est-k-dire qui se font initier dans la secte, elle est le terme de la pénitence, le moment où l'âme, dégagée des liens de la matière, rentre dans le monde céleste du Dieu bon ; pour tous les

48 CHAPITRE Vin

autres liomiiies, elle n^estqu'uD chaiigemeiil matériel, Tâme quilteun corps pour passer dans un autre , afin de continuer sur la terre l'œuvre de sa réhabililation. Comme tout cela se fait diaprés une loi éternelle et nécessaire, il n'y a pas lieu à un autre jugement immédiat après la mort; il n'y a pas non plus de purgatoire' ; surtout il n'y a pas de résurrection de la chair au jour du jugement dernier^. Celte doctrine de la résurrection de la chair a dû se trouver tout naturellement exclue d'un système qui envisage le corps comme une création du mauvais Dieu. Cette considération pouvait suffire aux Catlmres pour rejeter ce dogme et pour le décrier comme une chimère^. Cependant ils lui opposaient aussi quelques passages derÉcrilure sainte, et quelques arguments rationnels. Les paroles bibliques dont ils se servaient pour attaquer la résurrection de la chair, étaient principalement celles de Jésus-Christ < disant que le ciel et la terre passeront (S. Matth. ÏXrV, 3S), d'où ils concluaient que tout ce qui est de la terre, tout ce qui est matériel, passera aussi; et celles de saint Paul écrivant aux Corinthiens, que le corps animal « est semé en corruption ,1) et qu'il ressuscitera un corps spirituel^ parce que (da chair et le sang ne peuvent point hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite point rincorruptibîlité i> (2" ép. aux Cor. XV, iâ et suiv,)*. Quant aux objections philosophiques, il y en a une surtout qui ne manque pas de force : en supposant même que le corps n'est pas de création mauvaise^ il ne serait toujours que Torgane, rinslrnmentde Tàme, il n'aurait pas de volonté à lui, il ne ferait par luimême ni le bien , ni le mal , il n'exécuterait que les ordres

^ s. Bernard j sermo 66; in opp,, 1, 1 SOI j Eckb^rtas , 899 ; Mone a , 37 1 ; ït&merius, l7S'i; BUputatw, J735.

y Ëbrar4}uKl4Sï Ermeogaudus, 238; AUnas, 4Sî MQneta.54S; Beinerîaâ^ 1761 ; Dispuiatio, 1756.

^ Acteë de V [nquîâ iL de Carcoitonm , 1305j IPoftl, XXXIV, f» 10!.

^ Moti&u^ 540 et m\y.

de rame, à laquelle seule reviendrait la responsabilité^ or personne ne songe a rendre responsable du travail d'un ouvrier rinstrument dont il s'est servie c'est l'ouvrier qui subit le blâme ou qui reçoit la récompense ; il en serait de même pour l'âme; elle seule aurait à se présenter au jugement de Dieu , et par conséquent à ressusciter, et non pas le corps. Du reste, ajoutaient-ils, en se servant d'un argument plus populaire encore , le corps est réduit en poussière dans le tombeau ou en cendres sur les bûchers, ses membres sont dispersés sur les champs Je bataille ; comment donc la chair pourrait-elle ressusciter? Sous tous les points de vue, cette résurrection est impossible et inutile ; il n'y a pas d'autre résurrection que celle de l'âme quand, se relevant de l'état de péché, elle est délivrée de la servitude du mauvais Dieu^

On a vu que les âmes célestes, séduites par le démon , se séparèrent, lors de leur chute, des corps dont elles avaient été revêtues , et que ces corps restèrent dans le ciel , jusqu'à ce que les âmes eussent expié sur la terre leur péché primitif et ses suites 2. C'est également dans le ciel que restèrent les esprits qui avaient été les gardiens de ces âmes. Quelques Cathares croyaient que lors de la descente de Jésus-Christ sur la terre , il amena avec lui ces esprits , et qu'ils attendaient ^ suspendus dans les régions éthérées , la conversion des âmes

^ Alanus, 48, 49; MoDela, 546 et suiv. Actes de l'Inquisit. de Carcassonne, 1305; Doal, XXXIV, fo» 97, tOI ; Liber sentent, inquisit, Tolos., 92. Un auteur récent (Hahn, I, 106) accuse les Cathares cl*ayoir nié et combattu rimmortaUté de Tâme. Il est vrai qu*Alanus, 53 et suiv., et Moneta, 416 et suiy., parlent d'hérétiques qui ont enseigné quàd anima périt cum corpore. Non-seulement cette doctrine est tout a (ait contraire au système cathare, mais Alanus dit qu'elle n'est enseignée que par qui- -> dam hœreticif et Moneta est plus formel encore : In hoc autem non arguo Catharos

2 Quelques-uns croyaient qu'ils restèrent dans l'air, depuis la chute. Petr. VaU. Cern , 556.

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