‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 30 sur 75 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

C13LTE ET USAGES BEUGIEUX.

CBAPÏTRE rREMlEE-

SIMPLICITE DU CULTE. SERVICES ftEtTGlEUX. BÉNÉDÏCTÎON.

Comme les Cathares prétendaient que rassociation des parfaits représente l'Église chrétienne dans sa pureté primitive, ils croyaient aussi que leur culte est le même que celui qu'on célébrait dans les assemblées des chrétiens des premiers siècles. Us s'imaginaient en avoir banni ^ conformément k leurs principes sur la nature des choses visibles, tout ce qui est extérieur ou matériel^ tout ce qui a Tapparence de donner à une créature du Dieu mauvais une destination religieuse ou de la consacrer au service du Dieu bon. Nous devons en effet constater rextrême simplicité de leur culte. Pour adorer Dieu ou n'a pas besoin , disaient-ils , de se réunir

Remerius, 1766, i767;

SIMPLICITÉ DU CULTE. SERVICES RELIGIEUX. lli

dans ane maison faite de pierres ^ Dieu est présent en tous lieux ^ il n'habite pas de préférence dans des maisons bâties par la main des hommes (Actes XYII, 24); il est présent Ik où deux ou trois sont assemblés en son nom (S. Matth. XYIII, 20); rÉglise est partout où se réunissent des Bonshommes. D'ailleurs Jésus-Christ lui-même a prié dans le désert et a prêché sur la montagne. Ils ajoutaient que les églises catholiques sont chargées d'ornements qui séduisent l'imagination et détournent l'âme de pensées plus sérieuses *, beaucoup de ceux qui les visitent en sortent sans y avoir déposé les mauvaises dispositions qu'ils avaient en y entrant; elles ne sont pas moins profanes que les autres maisons des hommes; le Dieu qui y habite est le mauvais Dieu^ En conséquence les Cathares tenaientleurs assemblées religieusesindistinctement dans des châteaux ou dans des cabanes, au milieu de forêts ou de prairies, dans des vallées , des caves, des cavernes; cependant là où ils jouissaient de plus de liberté, ils avaient des maisons spéciales destinées aux réunions , comme dans plusieurs villes et châteaux forts du midi de la France^ ; dans la Bosnie ils avaient encore au quinzième siècle des temples particuliers^. Dans ces maisons de prières on ne voyait aucun ornement^; un banc, une table recouverte d'une nappe blanche servait d'autel , sur lequel reposait le Nouveau Tes-

1 Les GaUiares d'Arras, 1025 ; chez Mansi, XIX, 436, 458. Dicunt quàd bonus homo aut bona femina, aut congregatio utriusque EeeUsia est ; et ideo domum manufaetam. negant esse Ecclesiam. Ebrardas, 152, 162; Alanas, 158. — Necjam ecclesias %)oeant sed spelunecu, d'après S. MaUb. XXI, 13; Bloneta, 454; Disputatio , 1749; — les Bogomiles : Eatiiymios, Narr. de Bogom, 27.

2 A Montségur, p. ex. , ils ayaient une maison spéciale quœ erat deputata ad faciendum sermonem. Archives de VInquisit. de Carcassonne, 1 245 ; Doal, XXin, 1*> 202a.

3 En 1446 le roi Etienne Thomas défend : Ife Manichœi nwa templa construerent, nec vetera collabentia restaurarent, Kalona, XIII, 495.

^ Ebrardas, 151 ; Ermengaodus, 250; Moneta, 454 et saiy.

lis CHJLPITRE PREMIER.

tament ouvert au premier chapitre de rÉvangile de S. Jean* ? mais il n'y avait ni cloches pour appeler les fidèles au culte^, ni chaire artistement sculptée pour le prédicateur. Ce qui dans les lieux saints des Calhares frappait surtout le peuple, c'était l'absence de ces statues et de ces peintures^ qui garnissaient en si grand nombre les murs des églises catholiques, La secte rejetait les images comme étant des idoles , inventées par le démon et faites de matériaux créés par lui; Jésus-Christ^ disait-elle, est venu pour nous aflVanchir de ridolàtrie^ et non pas pour en introduire une a son tour 3. Nul symbole ne leur paraissait plus choquant que la croix; ils ne pouvaient comprendre qu'on pût être cbrétieîi, en exposant dans les lieux de culte, au^ regards des fidèles, rinstrument de Tignominie et du supplice du Christ; au lieu de vénérer la croix, il fallait Favoir en horreur, comme rappelant un triomphe du mauvais Dieu*.

On est surpris d'après cela de trouver un auteur qui leur reproche de pervertir ta foi des fidèles, non point en rejetant les images , mais en modi liant les types consacrés par Tusage de rÉglise^. Ce passage de révéque Luc, de Tuy en Galice,

* AetGS de l'Inquù.^ sou vent.

- Le peuple appelait ïeà clocb^ de» tubis drnmonum. Pefr. YaU. Gern.,

Misa: FasH Corheiemes, 77; Petn ValL Cern., S57 ; Motiela, 454; tH^puîaîiOt 1749 ; les BogomUes : Ëuthymius, Narr. de Bogom.^ 37; Germa du s, OratiQ de imaginibus, 439.

* En 1000, Leutardus, cbez Glaber Hadulphus, ^S î eo lOSâ, \m Calhares d'Arras, chei Mansi, XJX. 455 ; Bonacursus, 109; Dispuiaiio^ 1749. iJmrêticus dicit qftàd ignominiam Chrùîi adoramus^ et ejus ignomimam npsirm fronîi imprimimus ; dicU enim viohis^ H paUr vester sutpensus #*lêt in aiiquo paîibulo, iptum patibulujn ahommaremini , si non honorartiii itlnd ; esi hoc arguit quasi a simili^ qubd no,f crucem Chritti abominari debemus. Adonela, 46 1 ; Liber senîenî. inquisii. Tolos., 42, Î'È]^ 1^5» 148^ Idtf clCp — Les ElOf^oinilea : Ëuthymius^ Narr^ de Bogam,, Si ; G^îoïrnu»f Oratio de exaltatione firuciê^ H5» 116<

^ Lucas Tudeniii, ihd.

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