CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA POLÉMIQUE. S
leur de leurs arguments ratiounels, en les représentant comme incondlîables soit avec les lois de la logique ou de la nature, soit avec les données delà révélation positive; à leur interprétation de l'Écriture , on opposait celle de l'Église, tour à tour littérale ou allégorique. On sait que les Cathares ne reconnaissaient ni l'autorité de l'Ancien Testament, ni celle des Pères; il faut rendre cette justice à la plupart de leurs adversaires, qu'ils n'ont voulu les combattre qu'avec des armes et sur un terrain qu'ils acceptaient euxmêmes ; la polémique a fait peu d'usage des moyens d'attaque ou de défense qu'auraient pu lui fournir les livres de Fancienne alliance et les ouvrages des écrivains de l'Église. La manière des Cathares d'interpréter la Bible , les faits et les idées du christianisme, n'étant qu'une application de leurs doctrines fondamentales, dans l'intenlion de revêtir celles-ci de formes chrétiennes, il nous parait inutile de nous arrêter à celte partie de la polémique qui consiste à démontrer la fausseté de l'exégèse cathare. Il suffira de jeter on coup d'oeil sur les moyens de réfutation employés par les auteurs ecclésiastiques contre la base philosophique de la secte et contre les principales conséquences morales qu'elle eo déduisait. D'ordinaire, il est vrai , on se contentait d'opposer au dualisme la doctrine monothéiste du christianisme, et supposant la vérité absolue de cette dernière , on en concluait à la fausseté du dogme cathare ; cependant il s'est aussi trouvé quelques écrivains, qui ont essayé de détruire par des raisonnements le charme que le principe dualiste pouvait avoir pour les esprits peu habitués à la réflexion.
Aux raisons tirées par les Cathares de l'imperfection et de la variabilité du monde, et à leur conclusion de l'œuvre im-
egtpemtui a jimum ... Non solèm evangelicamveritatemiri^mgnat, verûm Uiam pkiloêophicam doetrinam mjertit, quœ tnàii, umum etm — f w grt orum tamviHhiUumt quàm imn$iMimm creatorewi. Lib. X, ep. M; Balox.,
I)»arraîte au créateur imparfait, du résultat imparfait k la cause imparfaite, maître Alain répondit : Dieu a eu selon sa puisr sance le pouvoir de faire le monde immuable, mais c^est an 1 effet de sa sagesse de Tavoir fait variable 5 car le spectacle des [Tariations fait naître en nous Tidée du repos, de rimmutabî- !ité parfaite. L'existence de ce qui est variable nous fait sup- I poser un être immuable^ c'est donc pour que nous cherchions Dieu 3 pour que nous nous élevions a lui , qu'il a fait le monde tel quil est, alin qu'en voyont la variabilité du inonde, et ne nous en trouvant pas satisfaits, nous arrivions à lui qui seul est immuable*.
Cet argument sans doute n'était pas très-fort; il avait la même faiblesse que tous ceux qui se fondent sur des inten' tiom de Dieu , et qui ne considèrent toutes ces œuvres que par rapport ans hommes; cependant il pouvait exercer un certain effet sur les esprits religieux. Un raisonnement plus ' concluant était le suivant du même auteur. Comme les Cathares disaient que Feffet étaut variable et imparfait, la cause doit rêtre aussi, Alain leur objecta avec raison que cette conclusion est trop hardie; car rien n'oblige d'admettre une identité de nature entre la cause et Teffet. Dieu est la «cause efliciente» de tout; il n'en suit nullement que si une qualité ^ est attribuée à Touvrier, la même doive aussi être attribuée [k son œuvre^. Quant au mal dans le monde, il ne saurait être une preuve contre Tunilé de Dieu , le seul mal réel est le mal moral , le poché , et ce n'est pas Dieu , disent Alain et Monéta, qui est Fauteur de ce mal; il ne vient que de Thomme lui*même^ il est un eflet de son libre arbitre^- Si les Cathares prétendaient qu'il y avait des créatures nuisibles, et qu'elles accusaient un créateur mauvais , on leur répondait <( qu'il n'y a pas un seul être qui n'ait son utilité,
' ïbidem.
1 ibiâ,^ 15. Moneta^ 36 et soir., 65 et »air»
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sa raison d'existence ; les uns sont créés poar la nourriture de rhomme , d'autres pour le soulager dans des travaux pénibles, quelques-uns même pour l'humilier; de ce nombre senties animaux venimeux, qui font sentir à l'homme sa faiblesse et qui lui apprennent à se courber sous la puissante main de Dieu , il y a des créatures qui existent pour exercer l'homme à la patience, d'autres pour le réjouir et pour l'élever à son auteur invisible; il n'y a rien, en un mot, qui n'ait été créé pour quelque bon usagée »
Quant au mauvais principe lui-même, on prouvait, contre les dualistes absolus , qu'il ne saurait être éternel ; car s'il Tétait, le bon principe serait éternellement limité par lui dans sa puissance, et ne serait plus la perfection absolue, infinie^. Maître Alain ajoutait d'autres considérations : si une des propriétés du Dieu mauvais , disait-il , est la mutabilité, et si la mutabilité n'est autre chose que la propriété d'an être de perdre Tune ou l'autre de ses qualités et d'en prendre de nouvelles, cet être et par conséquent le Dieu mauvais seraient composés, et selon une saine philosophie , chaque être composé ne saurait être lui-même le principe, la cause de son existence'. Si le Dieu mauvais a fait le monde , il Ta fait soit dans une mauvaise intention , soit dans une bonne; or ce dernier argument n'est pas admissible, autrement le Dieu mauvais ne serait plus ce qu'il doit être ; mais s'il a (ait le monde par malice, pourquoi l'a-t-il arrangé avec tant d'ordre, pourquoi y voit-on tant de preuves de bonté et de sagesse'? Enfin maître Alain etMonéta s'attachent ii démontrer qoil est logiquement impossible d'admettre on principe absoloment mauvais et opposé par nature au bon principe; ai dans le bon principe il n'y a aacan mal , il tauit ad-
< Alanf^ 14. MoBeta, IIS, 126 et mît.
3 Abvu, 20. Cooip. SfoneU, U, 25.
4 AUnsty 32,
mettre par opposition que dans le mauvais il E*y a aucun bien ; donc le mal n'a pas d'existence propre ; car Texistence, l'être est un bien, une perfection ; le mal n'étant que la négation detoHtbien, est aussi ta négation de Ttîtrc, et dès qu'il aurait une existence pour lui-même , il aurait une perfection ^ il ne serait plus le mal suprême, absolu^.
Quant k la nature de Thomme, Âiain pose aux Cathares
le dilemme suivant : si le démon a créé le corps, et Dieu
rame, on doit se demander comment il se fait que ces deoi
créatures d'origine si opposée sont si intimement unies roue
1^ Tautre^ ou bien Dieu et le démon se sont concertés pour
keelaj ce qui est inadmissible , attendu qu'il } a lutte, con-
^tradiction éternelle entre les deux principes; ou bien Dieu a
simplement permis que Tâine fût unie au corps, ce qu'on ne
'peut pas admettre davantage, parce que de cette manière U
i faudrait faire remonter la cause du péché jusqu'à Dieu ; or le
^péché ne saurait être attribué au principe de tout bien; il
^n'a son origine et sa cause que dans le libre arbitre^, Mo-
^iréta, après avoir réfuté d'une manière singulièrement dif-
I fuse et par des preuves nullement philosophiques, Topinion
'étrange des dualistes absolus que les âmes sont des esprits
célestes déchus et qu'elles passent de corps en corps, com-
I bat le traducianismedes dualistes mitigés par le moyen d'une
^argumentation fort longue, qui se réduit à ceci : Fâme, étant
'une substance incorporelle, ne saurait être engendrée de la
même manière que le corps ; la génération se fait en ce qu'un
nouveau corps se forme d*une partie d'un autre; il faudrait
donc que Târae à son tour fût formée d'une partie d'une
âme antérieure; or si l'àme était divisible en parties, elle
aurait une propriété inhérente aux corps, elle ne serait pas
de nature purement spirituelle.
1 lUd.t 23. MoneU, 25,
1 AlftEiuiîj S3, S 4,