CARACTÈRE GÉNÉRAL D£ LA POLÉMIQUE
Nous le répétons , nous passons sous silence tout ce qui dans la polémique de l'Église ne consiste qu'k prouver la fottsseté de Texégèse hérétique; cela nous conduirait infiniment loin et ne présenterait aujourd'hui qu'un intérêt fort médiocre. Nous eussions désiré de pouvoir nous arrêter plus longtemps a la partie purement philosophique de la réfutation ; mais pour ajouter encore quelque chose k ce que nous avons dit ci-dessus, il nous faudrait suivre surtout Monéta dans des discussions trop compliquées et trop obscures pour qu'elles ne dussent pas fatiguer le lecteur du dix-neuvième siècle.
Après avoir démontré la fausseté de la base du système cathare, c'est-k-dire du dualisme, la polémique contre les autres doctrines ne devait plus présenter de grandes difficultés. Il fallait montrer comment toutes les autres doctrines ne sont que des conséquences , des applications des principes fondamentaux , des interprétations des idées et des iaits du christianisme pour les accommoder au système cathare. Les auteurs catholiques ont généralement négligé de ramener les conséquences aux principes ; ils ont combattu en détail chaque point en particulier, en l'isolant, en le détachant de tout l'ensemble. Gela a dû affaiblir beaucoup la force de leur réfutation , et c'est aussi ce qui a donné à leurs ouvrages ce caractère décousu , incohérent qui en rend la lecture souvent si fastidieuse. Quant k nous , il nous sembla inutile de suivre la polémique dans ces détails ; dans l'exposé de la doctrine nous avons tâché de montrer l'enchainement systématique qui existe entre toutes les parties du catharisme; il s'ensuit que la base renversée, tout l'édifice doit crouler avec elle. Nous nous bornerons k indiquer en deux mots la marche de cette partie de la polémique.
On réfutait sans peine les mythes sur la création et sur la chute des esprits célestes , l'opinion que le Dieu de l'Ancien Testament est le Dieu mauvais , ainsi que les doctrines sur
CHAPITKE ïl,
Marie et Jean-BapUste , et niême sur le dokélisme de Jésus-Christ. On pouvait se borner a insister sur Timpossibilité physique et rationnelle de ces opinions, et a en appeler au sens clair et positif de FÉcriture*, lien était a peu près de même quant aux applications pratiques, au mariage, a l'usage des viandes , etc. Cependant ici la réfutation elle-même n'était pas toujours libre d'erreurs* Maître Alain soutient que rétat de virginité est préférable au mariage , parce que celui-ci, à cause se ses embarras et de ses soucis, est moins propre à faire avancer leshoiûoies dans le bienj toutefois il convient que le mariage a son utilité, car il Sâûctionne le iicommercium naturahii qui hors du mariage est, il est Yrai^ de droit naturel, mais devient un pccbc quand il n'a lieu que pour la satisfaction brutale de la chair ^. Suivant Monéta , le mariage, quoiqu'il ne soit pas un précepte, mais une simple concession faite aux bommes, est bon pour deux causes : il sert à éviter un grand vice, et a perpétuer l'espèce humaine a rhonneur de Dieu^. On sent ici l'embarras des théologiens catholiques, obligés de défendre contre les Cathares une institution que riiglise elle-même considérait comme moins parfaite que le célibat; la même remarque s'applique à la réfulation des préceptes hérétiques concernant Tusage des viandes ; Eckbcrt, Alain , Monéta prouvent que la religion ne défend nullement de prendre de la nourriture animale, mais, à cause des jeûnes, ils sont obligés d'apporter h leurs preuves des restrictions , qui devaient les rendre beaucoup moins puissantes sur Fesprit des hérétiques ^
La partie la plus faible de la réfutation est celle qui a pour but de repousser les attaques dirigées par les Cathares contre
I EckberiuSf 926, ÂLauus, 38 eUuiv., t;9 et suiv. Hfoneta, 234 et euiv*
^ Alanue, 147,
^ Monela, 350 et ^alv*
^ Ëckborlys, SUE. Âlanus, 170 et âuîv* Blonela, ISSetâtlir.