‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 63 sur 75 · CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA POLÉMIQUE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA POLÉMIQUE

certains abus qui s'étaient introduits dans le culte et contre les vices d'une certaine partie du clergé de l'Église de Rome. Les accusations des hérétiques causaient aux écrivains orthodoxes un embarras , qui ne se trahit que trop dans les sophismes dont ils se servaient pour se défendre ; ils eussent été plus forts si, au lieu d'excuser, de justifier même les abus et les vices , ils les avaient avoués et condamnés euxmêmes , pour ne défendre que les principes et les institutions. Nous les suivrons d'autant moins dans tous les détails de cette partie de leur polémique , que les moyens employés par eux sont en général les mêmes que ceux dont l'Église catholique s'est toujours servie, et se sert maintes fois encore aujourd'hui contre ceux qui lui reprochent de ne pas consentir à l'introduction de certaines réformes. Nous nous bornerons à deux ou trois exemples, pour faire voir la faiblesse de plusieurs des arguments invoqués. C'est surtout l'immoralité du clergé qui arrache quelquefois aux défenseurs de l'Église des aveux naïfs, des raisonnements d'une maladresse étonnante. Les Cathares disaient que la foi des prêtres pécheurs est morte; voici comment Eckbert repousse ce reproche: «Je n'ai pas à vous répondre, dit-il, sur la foi, parce que vous étés en dehors de la foi catholique ; je n'ai pas davantage à réfuter le reproche que nous commettons des péchés , parce que vous en commettez de beaucoup plus grands, et que d'ailleurs tous les hommes sont pécheurs ] au surplus , les péchés que nous commettons , nous les rachetons par une satisfaction quotidienne , par nos bonnes œuvres -, par conséquent notre foi n'est pas morte. La foi des prêtres qui mènent une mauvaise vie peut profiter aux fidèles, quand même elle est . stérile pour les prêtres eux-mêmes ] ceux-ci peuvent donc administrer les sacrements, quelqu'immorale que soit leur conduite, sans que cela tire à conséquence pour les brebis confiées à leurs soins. Rien n'empêche un mauvais prêtre de* distribuer le corps de Jésus-Christ ; Pilate, l'infidèle, n'a-t-il

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pas eu le ponvoir de donûer !e corps du cruciGé à qui H a \mùn , et ne Ta-t-il pas doHiié au fidèle Joseph? Or, Dieu souffre encore toujours la même choses jj Monela distingue; celui, dil-ii, qui ne suit pas Jésus-Chrîst, n'est pas son ministre , en ce en quoi il ne le soit pas \ mais il peut Tètre en d'autres choses^ avant la communication du Saint-Esprit^ les apôtres n'étaient pas encore tout a (ait bons . et cependant Jésus-Christ leur donna le pouvoir de prêcher , de baptiser , et même celui de faire des miracles ; 11 en est de même des prêtres , ils peuvent avoir une conduite mauvaise^ et néanmoins remplir leur mission apostolique. Voici des distinctions et des sophismes plus forts encore i le mauvais prêtre peut aussi bien officier dans la messe que le bon ^ car il ne dit pas : j'offre, mais nmis offrons^ nous , c'est-k-dire TÉglise^ et dès lors les mérites et les prières de TÉglise remplacent et compensent ce qui manque au prêtre^.

La simonie elle-même est excusée : <tun prêtre demande à acheter un bénéfice pour les profils temporels qui y sont attachés ; il demande ainsi deux choses : d*abord des profits temporels, et en second lieu^ un oflice ecclésiastique , un bien spirituel ; mais ce dernier, il ne le demande que pour avoir les premiers. Le profit temporel, it Tacbèle, le bien spirituel lui est conféré par Dieu, non parce qu'il en est digne, mais par un effet de la miséricorde divine envers les tidèles, pour quils ne soient point privés, à cause du péché personnel de ce prêtre, des sacrements nécessaires au salui de leurs âmes. i> Dieu tolère enfin les simoniaques et les mauvais préti^s, k cause de la méchanceté du peuple , et pour avoir d'autant plus de motifs de les condamner un jour, s1l« ne se repentent pas 3,

De tous les arguments employés contre les Cathares , ceux*

1 Eckb^rtDS, 90S, 924.

^Moneta, 435etsuÎY#

3 Eckbïjrliîs, 921 et boît.

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là ont dû faire sur eux le moins d'irapressioo : ce n'était pas sur ce terrain que le débat pooTait s>ngager arec des chances de snccès ponr TÉglise : elle aérait dû aToir le courage d^abandonner la défense des prêtres immoraux. En Toulant saurer ce qui était mauvais chez etle-méme, elle aflaiUissait la force de sa propre attaque contre le système cathare, aussi faux dans sa base que dans ses conséquences. Cependant , la polémique , par les écrits et par la discussion . aurait produit sans doute des résultats moins rares . si , à côté de ces moj»s légitimes et pacifiques , l'Église du moyen âge n'en aTait pas employé d autres qui. loin de conTcrtir, ne proToquaient que des résistances plus opiniâtres, des luttes plus acharnées : Finqnîsition commença par rendre fa controTcrse impuissante . elle finit par la remplacer complètement Depuis la fin du troziënie âècle, l'Église ne discutait plus aTcc les hérétiques; pour leur arracher l'aveu de leur crime, elle les mettait à la torture, et pour obtenir leur coBrersion. elle les menaçait du fen. Plus tard elle rentra dans des Toies phis jastes : grâce aux progrès onirersels de Pesprit humain . eDe remmça aux rigueurs du moyen âge: elle reconnut qu'une puissance spîritnelle ne doit avoir qu'un seul moyen pour propager et pour défendre ses principes; ce moyen, plus triomphant qœ tous les autres, c'est la parole.

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