SYSTÈME MODIFIÉ 1»AR JEAN DE LUGIO
déjà chez Scot Erigène, qu’il conduisit à des résultats panthéistes1, et auquel plus tard saint Thomas d’Aquin ne sut échapper qu’en opposant la foi à la science2, est appliqué par Jean de Lugio non-seulement au Dieu bon , mais aussi au Dieu mauvais; chez tous les deux l’être et l’action sont inséparables; tous les deux, ils sont causes éternelles; leurs créatures sont leurs effets également éternels; les deux mondes, le bou et le mauvais, sont donc aussi éternels que les deux Dieux.
Le Dieu mauvais a à son service une légion de démons inférieurs; ce sont les personnifications des vices, et ils ont été les idoles des païens. Son monde est la terre visible, avec le ciel et les astres. Le monde du Dieu bon a également sa terre, son ciel , ses hommes , et on ajoute que Jean de Lugio a même enseigné qu’il a ses animaux et sa végétation , semblables à ceux de la terre d’ici -bas, mais incorruptibles dans leur nature. Le Dieu bon peutet veut tout bien, autant qu'il est en lui et en ses créatures qui lui obéissent; mais sa volonté et sa puissance se trouvent empêchées par son antagoniste; il y a une lutte éternelle entre les deux principes, lutte dans laquelle le Dieu bon a dû céder au mauvais. Il aurait voulu que ses créatures fussent parfaites et pures, mais le démon sut leur implanter une «certaine malice,» qui devint pour elles le germe de la possibilité du péché. Il eût été important de savoir comment Jean de Lugio se représente cette influence primitive du mauvais Dieu sur les créatures du bon ; fauteur qui nous sert de guide se tait sur ce point, et nous hésitons à suppléer à cette lacune. Quoi
* Non ergo uliud est l)eo esse, et aliud facere, sed et esse idipsum est et facere. De divisions natures, lib. I, cap. 74; p. 78. Comp. M. Saint-René Taillandier, Scot Erigène et la philosophie scolastique. Strasbourg, 1843, in-8°; p. 141 et suiv.
2 II se borne à dire : Mundum incœpisse est credibile, non autem demonstrabile vcl scibile Summa, pars I, quæst. 46, art. 4, p. 155.