‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 75 sur 113 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

l’intention de séduire plus sûrement le peuple. Sans doute l’harmonie et la parfaite pureté de la vie ne sauraient être les fruits d’erreurs religieuses aussi profondes que celles des Cathares ; mais pour accorder cela , nous n’avons pas besoin de nous ranger du côté des inquisiteurs , qui ne voyaient dans les vertus mêmes de leurs victimes que des effets et des preuves de la méchanceté hérétique (hærelica pravitas). Nous croyons qu’il y a un point de vue supérieur a celte orthodoxie étroite , qui a trouvé des partisans à toutes les époques et dans toutes les Églises, et que pour juger les hérésies il y a un principe h la fois plus chrétien et plus philosophique, et par conséquent plus libéral et plus juste que celui des inquisiteurs de la foi : ce principe consiste a porter en compte, non-seulement les erreurs de la raison , mais aussi les qualités morales et les désirs de Taine, et à apprécier les uns et les autres conformément aux circonstances, au milieu desquelles iis se sont produits. En appliquant ce principe aux Cathares , nous dirons que leurs mœurs étaient le plus souvent meilleures que leurs doctrines; exaltés par l’illusion de posséder seuls la vérité, ils tâchaient de réaliser le type de perfection qu’ils s’étaient formé eux-mêmes, et si leur conduite était empreinte d’un rigorisme contraire à la nature , elle prouvait au moins, dans la plupart des cas, de quels sacrifices est capable une volonté énergique , même quand elle n’a pour appui qu’une illusion. Des hommes qui, le plus souvent traqués , fugitifs, entourés de mille dangers, conservent néanmoins leur foi ; des hommes qui se jettent avec joie dans les flammes des bûchers , peuvent être des enthousiastes, mais jamais des imposteurs ou des hypocrites. Nous croyons par conséquent devoir ajouter foi aux témoignages que leurs adversaires rendent de leur conduite irréprochable, sauf h en éloigner le reproche d’hypocrisie. Ils louent l’honnêteté de leurs mœurs, leur loyauté dans les transactions de la vie, leur sincérité a toute épreuve, leur sobriété

CARACTÈRE RELIGIEUX ET MORAL DES CATHARES. iüO

el leur simplicité qui formaient si souvent un si éclatant contraste avec le luxe et la cupidité des prélats catholiques1. Leur piété était proposée en exemple aux fidèles de l’Église; ils ne faisaient rien sans prière , sans implorer la bénédiction de Dieu ; à leurs croyants ils enseignaient des habitudes pieuses, que beaucoup de ceux-ci observaient religieusement en toutes les circonstances, jusqu’aux repas et dans les maladies2. Leur extérieur était humble et sévère ; par suite de l’ascétisme de leur régime, leurs visages étaient couverts d’une pâleur dont leurs adversaires, tout en reconnaissant la dureté de leur vie , leur faisaient un reproche continuel3; c’est au point qu’on pouvait être accusé d'hérésie uniquement h cause d’un teint, qui chez les moines de l’Église

1 Si conversationem interroges, nihil irreprehensibilius ; et quoi loquitur, factis probat... Jam quod ad vitam moresque spécial, neminem con~ eutit , neminem circumvenit , neminem supergreditur. S. Bernardi sermo 65,1, 1495. Murulas se coram populo et justitià proeditos esse simulant , et ex occullo circa finem verbi producunt aculeos erroris sui (il les compare b des scorpions). Joachim, In Apocal., f" 151°. Us séduisent le peuple nitidœ vitæ apparentià ; Guit. de Podio Laurenlii, 672. En heerctici, dum speciem praferunt pietatis, dum evangelicm parsimoniee et austeritalis mentiuntur exempta, persuadent simplicibus vias suas. Vita S. Dominici, ïn fictif Sanctt., août, I, 547.

Recta locuntur, Simplicitatis

Prava secuntur. Et pietatis

Decipientes, lYomen habentes.

Vers sur les Patarius par Bernardus Morlacensis, manuscrit à la Bibl. de Vioune, publ. par Krone, 201. — Les Bogomiies : Euthymius, Narr. de Bogom., 55. Un auteur anglais moderne, Mailland, p. 137, prétend qu'ils ont été either hgpoeritical impostors or misguided fanatics ; p. 460 il n'attribue à leurs actions que des «motifs sordides;» ils ont donc été d’après lui des imposteurs. — 2 Reinerius, 1765.

3 Pallent insuper ora jejuniis. S. Bernardi sermo 05; I, 1495. Tristes sunl omni tempore.,., el faciès eorum pallore perpetuo deprimuntur. Joachim. In Apocal., P> 151°.

Est Putharistis Visio tristis Vox lacrimosa...

Bernardus Morlac., chez Krone, l. c., 200.

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