‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 76 sur 113 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

passait pour une marque d'un plus haut degré de sainteté1.

Les croyants étaient astreints k une sévère économie, à une vie active et laborieuse; ils devaient considérer le travail comme l’unique moyen de subvenir k la fois k leurs besoins individuels et k ceux de l’Église cathare; on leur reprochait, il est vrai , l’amour du gain , et c’est k cet amour qu’on attribuait l’activité infatigable qu’ils déployaient dans le commerce, dans l’industrie, dans l’agriculture; mais il est permis de croire que le dépit de les voir dans l’aisance, n’était pas étranger k ce reproche. D'ailleurs leurs adversaires avouaient eux-mêmes, qu’en amassant des richesses, les croyants étaient guidés principalement par l’intention de se créer des ressources pour les jours de la persécution , ainsi que pour l’entretien des parfaits soumis k la règle de la pauvreté , et pour celui des frères indigents ou malades1 . La

* ...Audierat enim, eos solo pallore notare hœreticos, quasi quos paliers constant, hæreticos esse certum esset.Gesta episcop. Leodiensium, 90!.

2 Panem non comedit oeiosus ; operatur manibus unde vitam sustentât. S. Bernardi sermo 66, I, 1495. 5e quasi de suo labore viventcs , religiosos esse jactitant et modeslos, abutentes auctoritate illà Apostoli qua dicitur : Mugis autem operetur quoi l bonum est, ut habeat unde tribuat necessitatem patientibus, Joachim, In Apocal., f° 132». ...Si pauper enim fueris et mendicus, tnoram cum illis facias, statim ejcies opulentus, quippe a diluculo ad crepuscutum in mundanis operosi mercaturis, manus non permittunt otiari... Meque in hoc contenti estis, imo vineas et hortos, et etiam domot in pignus reciperc, et, quod pudendum est, loculos farcire non timetis. Ebrardui, 170. Credentes eorum aliqui multas pecunias agregant. Lucas Tudensis, 165. Musquam invenitur in Mono Teslamento, qubd Apostoli estent negoliatores, et qubd pergerent ad nundinas causà negotiationis terrenœ , et qubd anhelarent pecuniam cumulandam , sicut vos facitis. Slonela, 596.

Ht Paterenis Esse rapaces

Est sine frenis Atque tenaces

Ardor habendi ; Disposuerunt ;

Denariorum Accipiendo,

Mon meritorum Mil tribuendo.

Premia qucerunt ; Sunt opulentes,

Bernardus Morlacciuis, chez Kronc, 200.

charité qui animait toutes les classes de la secte , leur humanité envers les pauvres, le soin qu’ils prenaient des malheureux, des prisonniers, des exilés, sont mainte fois signalés par les écrivains catholiques1 2. Suivant plusieurs de ceux-ci, ils ne faisaient rien pour les pauvres en dehors de l’Église cathare , et enseignaient qu’il ne faut soutenir que les Bonshommes et leurs fidèles3; mais comme d’autres de leurs adversaires ne voulaient voir dans leur charité qu’un moyen d’augmenter le nombre de leurs partisans3, nous pouvons admettre. que bien des fois leurs libéralités s’étendaient aussi aux pauvres catholiques. Du reste, si leurs bienfaits étaient accordés de préférence k leurs propres frères , cela se comprend et se justifie par l’impérieuse nécessité de se soutenir les uns les autres dans les dangers dont ils étaient constamment menacés. En effet, les croyants faisaient à la communauté des parfaits des donations et des legs souvent fort considérables; ces sommes, ainsi que les gratifications que recevaient les ministres après avoir donné le Consolamentum à un malade, étaient versées dans la caisse commune, administrée par les évêques, et cachée, en temps de persécution, dans les forêts , sous le seuil des maisons , dans des caves. Quelquefois on faisait des collectes par tout le pays, dans l’intérêt général de la secte, ou pour envoyer des secours k ceux qui vivaient cachés dans les montagnes ou qui s’étaient réfugiés a l’étranger4. Dans certaines villes ils avaient des

1 Actes de V Inquisition, souvent.

2 Elemosynce non debent dari nosi bonis. Peregr. Priscianus, 95. Reinerius, 1765 : Elemosynas paucas aut nullas faciunt, nullas ex traneis..., paucas suis pauperibus. Ce dernier fait est contredit par l’histoire. Comp. Moneta, 507.

3 Tanta est hœreticis cura de auditoribus suis, quod non cessant diseur rere et congregare eleemosynas, ut de ipsis sustentent suos pauperes et al liciant alios socios suos ad credendum. Hurabertusde Romanis, 452.

* Convenientes in unum faciunt collectas bonorum suorum. Joachim., In Apocal., f° 131“; Humbertus de Romanis, J. c.; Actes de Vtnquisit .,

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