‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 77 sur 113 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

hospices, où les frères eu voyage étaient reçus et nourris1; ailleurs ils tenaient des maisons, où ils élevaient gratuitement les enfants de leurs protecteurs peu fortunés2.

Un reproche qui reparaît fréquemment dans les écrits de plusieurs de leurs adversaires, c’est que l’Église cathare ne se composait que de gens pauvres, ignorants, idiots, méprisables3. Cependant ces expressions ne doivent pas être prises 'a la lettre ; pour développer les spéculations théologiques du catharisme, il fallait avoir un esprit subtil et exercé , de meme que pour se défendre contre les objections des docteurs orthodoxes, il fallait posséder des connaissances et des habitudes dialectiques. D’ailleurs quelques-uns de leurs adversaires reconnaissent eux-mêmes qu’ils étaient très-versés dans l’Écriture-Sainte et très-habiles 'a l’interpréter dans leur sens4; les disputes qu’ils soutenaient contre les théologiens de l’Église , les détails dans lesquels plusieurs de ces derniers sont entrés pour réfuter leurs arguments et leurs autorités, prouvent suffisamment qu’ils n’étaient ni idiots, ni illettrés , et qu’au lieu de mépris, ils inspiraient à l’Église des craintes sérieuses. Souvent il y avait parmi eux d’anciens prêtres catholiques, apportant au service de la secte leurs talents et leur science5; s’il se trouvait dans les familles des croyants des jeunes gens capables , on les envoyait ii l’université de Paris, pour s’exercer aux disputes

souvent. Mailland qui, p. 460, prétend que l’unique motif qui guidait les parfaits, était the love of money , qu’ils ne donnaient le Consolamentum que pour être payés , et qu’ils ne prescrivaient Vendura que pour faire

mourir plus vile les malades, afin d'obtenir des legs (p. 463), assure que s’exprimer ainsi sur leur compte, c’est agir par pure impartialité.

1 Moncla, 278.

2 VitaS. Dominici, inActis Sanct ., août, I, 369.

3 Rusticani homities sunt et idiotee et prorsus contemptibiles. S. Ber-

nardi sermo 66; 1, 1497. Humines rusticani et idiotœ . Guii. Neubrigensis,

4 Eckberlus, 925.

5 S. Bernardi sermo 65; I, 1495.

logiques et pour se familiariser en même temps avec la théologie de l’Église1. Les croyants comptaient dans leur nombre des seigneurs et des bourgeois, qui dans le midi de la France et en Italie possédaient presque tous une éducation littéraire, une culture intellectuelle h laquelle ailleurs les mêmes classes de la société n’étaient pas encore parvenues; la plupart des ministres sortaient de ces familles nobles ou riches; ils n’étaient donc pas aussi méprisables que plusieurs écrivains de l’Église auraient voulu le faire croire.

Quelques auteurs leur ont reproché de feindre extérieurement d’être catholiques, de fréquenter les églises, d’assister aux messes , de respecter le clergé , de se confesser même et de payer les dîmes; on disait des prêtres qui avaient embrassé la secte, qu’ils conservaient leur poste dans l’Église, mais que lorsqu’ils devaient communier, ils jetaient en secret l’hostie derrière l’autel ou la laissaient tomber entre les feuillets de leur livre2. Il est possible que des faits de ce genre aient eu lieu , surtout a l’époque où , n’ayant pas encore la conscience de son nombre et de sa force , la secte n’osait pas se montrer au grand jour, ou bien dans les pays où elle avait ù souffrir des persécutions violentes ; mais des croyants seuls ont pu agir de la sorte; les parfaits, comme on l’a vu, considéraient la feinte et le mensonge comme un péché mortel , et préféraient de perdre la vie, plutôt que de trahir ce qu’ils croyaient être la vérité. Rien n’égalait chez eux leur enthousiasme pour leur Église, la force de leur conviction, leur zèle pour la propagation de leur foi ; ils s’exposaient ù tous les dangers, ils traversaient, comme disent quelques

1 Quàd ex omnibus fere civitatibus Lombardiœ et quibusdam Tusciæ, Parisios dociles transmisissent scholares , quibusdam logicis cavillationibus , aliis etiam theologicis dissertalionibus imudantes, ad astruendos ipsorum errores, et professionem apostolicœ fidei confutandam. Lettre d’Yves de Narbonne, vers 1215; chez Matth. Paris, 413.

2 S. Bernardi sermo 65; 1, 1495; Eckbertns, 899; Lucas Tudensis, 161 ; Heriberti Epistola, vers 1140, chez Mabillon, Votera analecta , III, 467.

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