LIVRE V
tu n’auras plus à lutter contre l’injustice du sort1.» Nous ne voulons pas nier que des motifs de cette nature n'aient été employés quelquefois par les croyants, jaloux de recruter des prosélytes; nous doutons encore moins de l’effet qu’ils ont pu produire sur des hommes auxquels l’état social du moyen âge n’offrait aucune ressource , et qui devaient s'irriter profondément du contraste entre leur propre misère et les richesses des prélats de l’Église. Cependant rien ne nous force à compter ce moyen d’action parmi ceux qui étaient prescrits et habituels pour attirer de nouveaux frères; le mode ordinaire, dont il est le plus souvent parlé dans les actes de l’inquisition, est celui dont nous avons donné des exemples, et qui consistait bien plutôt. h éveiller des besoins religieux, qu'à exciter des envies et des espérances communistes.
L’instruction que les parfaits donnaient à ceux qui s’étaient réunis pour les entendre, commençait d’ordinaire par les doctrines pratiques , par ce qui se rapporte aux devoirs de la vie; à cela se rattachait l'enseignement anti-catholique sur les vices du clergé et sur le joug sous lequel il tenait le peuple, sur les doctrines qui répugnaient au sens commun
1 Si quoi vident inopet anhelare ad divitiat mundi, primà ostendunt eit affeclum mitericordice et miserationii ; deinde culpant chrittianos divitet, et maxime sacerdotes et clerum, qui deberent, ojunt, servare apostulicam vilain et lublevare miscriai pauperis et egeni,ut nemo esset egenus in religione christianà, ticut non erat aliquis egenus in eccletià primitivà. Deinde diaint eoi excidisse a fide, factoi autem penequutorei juitorum, ticut tacerdotes ludaorum qui persequebantur apostolos. Ad ultimum fatentur te teire hominet qui servent ad integrum apostulicam fidem , ita ut non lit aliquit inopt inter eut, et qui pauper venit ad illot, protinui, inquiunt, e/pcitur divet, llœc et hit timilia, quati ralionabiliter continuantes, munda animalia se esse pngunt, quoutque percutiant hominet ex improvito, dicentei : Et tu quoque ti vil este de credentibut in fidem islam, et adharere obsen anlibut eam, vel taltem exhibere tulelam, et esse contrariui reiitlentibus sectœ itti, poterit in hoc teculo etse divet et delitiit afpuent, et in fuluro teculo vilain ceterham pottidere. Joachim, In Apocal., f° 131*.
ou qu’on taxait d’idolâtrie, comme la transsubstantiation et la vénération des images. Ce n’est qu’après avoir ainsi disposé les âmes, qu’ils disaient que l’Écriture sainte a un sens qu’eux seuls peuvent expliquer, et qu’ils abordaient l’enseignement sur la partie métaphysique et théologique de leur système ; ils terminaient en persuadant â leurs auditeurs que l’Église de Rome n’est pas la vraie , que pour être « bon chrétien, Bonhomme,» et pour arriver h «une bonne fin,» il faut entrer dans l'Église cathare , seule dépositaire de la vérité et des moyens du salut1.
On raconte aussi que souvent, après avoir attiré des catholiques dans leurs réunions , ils établissaient entre euxmcmes des controverses sur les dogmes de l’Église et sur ceux de la secte; l’un d’eux se chargeait du rôle d’attaquer l’hérésie, et finissait par s'avouer vaincu par son adversaire, afin de faire accroire aux catholiques présents que les arguments cathares étaient irrésistibles2. Sur les hommes lettrés on agissait par des écrits, qui exposaient le système dualiste et qui combattaient le catholicisme ; ça et la on déposait sur les bords des grandes routes, ou au milieu des forêts, des traités contenant les doctrines cathares revêtues de quelques formes orthodoxes ; les pâtres ou les chasseurs qui les trouvaient les apportaient aux prêtres, et beaucoup de ceux-ci se laissaient à leur insu séduire à l'erreur3. On composait même des chansons hérétiques , que l’on enseignait aux enfants, qui les chantaient dans les rues pour exciter l’attention du peuple1.
Ce qui faisait plus d’impression sur l’esprit de la foule que ces moyens et qu'en général le système théologique de la secte, c'était la vie simple et austère des Cathares, c’étaient
1 Actes de l'Inquis., souvent.
2 Lucas Tudensis, 161.
3 Lucas Tudensis, 184.
* Berthold, 308.