‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 80 sur 113 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

les vertus dont ils donnaient l’exemple ; bien souvent des hommes qui doutaient de la vérité de leurs doctrines , cédaient à l’influence qu’ils exerçaient par leurs mœurs, et finissaient par se persuader que de tels résultats ne pouvaient provenir que d’une bonne source1. L’Église elle-même se laissa entraîner un jour et fut sur le point d’inscrire parmi ses saints un Cathare , Armanno Pungilovo , qui par sa piété et sa charité était devenu l’objet de la vénération publique* A l’impression produite par la vie des Bonshommes, se joignait celle que faisait leur mort; beaucoup de ceux que ni leurs prédications , ni leurs mœurs n’avaient pu ébranler, ne résistaient plus il la vue de leur courage dans les supplices, de leur enthousiasme au milieu des flammes. C’est la un des traits les plus étonnants de leur caractère; il prouve mieux que tout le reste qu’ils n’ont pas été des hypocrites. Les catholiques ne pouvaient pas comprendre tant de constance chez des hommes qu’ils flétrissaient comme hérétiques; la multitude assemblée, qui s’attendait peut-être a les voir saisis d’effroi et de tristesse, était surprise de les voir monter avec joie sur les bûchers allumés , et bien des fois , au lieu de les accompagner de ses imprécations, elle les admirait et se joignait à leurs partisans pour les glorifier comme des martyrs de Dieu2. Frappée de ce spectacle, l’imagination populaire inventait des fables sur le pouvoir surnaturel des

1 ...Quando audiebat verba hœreticorum et vitam quam ducebant, erat in dubitatione et errore. Liber sent, inquis. Tolos., 220, etc.

2 Probatum est , mori magis eligunt quàm converti. Mirabantur aliqui, quàd non modô patienter, sedet lœti, ut videbatur, ducerentur ad mortem. S. Bernardi sermo 6G; I, 1501. Martyres Dei nominant suos qui forte a catholicis concrcmati sunt igné, existimantes illos principes sectce suer, glorià et honore coronatos in cœlis... Nihil vereantur adversi , despicientes penitus vitam temporalem,ac si per supplicia adepturi œternam. Joachim, In Apocal., f® 132«. (Juorundam hœreticorum mentes in tantum invasit diabolus, ut dum propter hœresim capli ducuntur ad mortem, nullatcnus trisiari, sed gaudere iwtius videantur. Lucas Tudensis, 188.

hérétiques; il n’y a pas de liens assez forts, disait-on, pour les retenir; ils s'échappent par des miracles, ils s’envolent à travers les airs1. Le clergé, qui ne voyait qu’avec effroi l’effet qu’ils faisaient sur le peuple, ne contredisait pas ces fables absurdes, mais attribuait à un pacte avec le démon le courage avec lequel ils s’exposaient h la mort; à ceux qui voulaient les appeler des martyrs, on répondait qu’ils sont les martyrs du diable2; on leur donnait dans les prédications adressées aux fidèles , les noms les plus injurieux , et on s’écriait qu’il vaudrait mieux demeurer pendant une année entière dans une maison habitée par cinq cents démons , que de rester quinze jours seulement dans une maison où il n’y aurait qu’un seul hérétique3. Excités par ces violences, les Cathares rendaient aux catholiques le même mépris, la même haine; quand les prêtres, pour détourner d’eux le peuple, en appelaient h des miracles, ils qualifiaient ces miracles d’illusions et d'impostures, et publiaient partout que les prêtres n’étaient que des trompeurs impuissants4. Quelquefois, profilant de la disposition si générale des esprits au moyen âge de se railler même des choses saintes, les partisans de la secte se travestissaient en gens d’Église et parcouraient les rues en chantant des chansons satiriques , et en appliquant à des usages profanes les objets consacrés au culte5; ou bien ils inventaient à leur tour des histoires fabuleuses de châtiments divins arrivés à leurs adversaires6. A

■ lleriberti Epiitola, 467 ; Radulph. Coggeshale, 93.

2 Chronicon Roberti Allissiod., 378.

3 ...L’nd het ich ein ttceiler in einem ganzen lande, do ein ketzer inné t cere, der het ich angest nüwen vor dem eynigen ketzer, der iit hait to tchedelich... und ee daz ich nüwen viertzehn tage in einem hute tcolte ein mit tciezende, do ein ketzer inné were, ich tcolte ee in einem hute lin, da funf hundert tufel inné weren, ein gantzes iar. Bertbold, 303, 304.

♦ P. ex. Lucas Tudensis, 107. Vita Pétri Martyril, in Actil Sanct., avril, III, 691. — 5 Lucas Tudensis, 161, 163.

*> P. ex. Lucas Tudensis, 167.

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