‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 8 sur 113 · Hongrie. Bohême. Allemagne · texte numérisé non relu

Hongrie. Bohême. Allemagne

Pendant que l’hérésie cathare, en suivant la route de l’Ouest , passait par la Dalmatie en Italie , et de Ib en France , elle se répandait aussi dans une direction plus septentrionale, et pénétrait par la Hongrie et la Bohême jusque dans l’Allemagne du Nord. Dans la Hongrie, le paganisme avait régné jusqu’à la fin du dixième siècle; la foi chrétienne, qui avait commencé b se répandre sous le duc Geysa, mais qu’Étienne I" voulut imposer b son peuple par la force, rencontra les répugnances les plus vives ; les Hongrois n’attendirent que la mort de ce roi pour faire éclater des réactions païennes, qui firent couler des flots de sang*. Ces événements arrêtèrent pour longtemps les progrès de l’Église; isolés au milieu des partisans opiniâtres de l’ancien culte, et peu instruits dans les doctrines de l’Évangile, les chrétiens durent être accessibles aux influences hérétiques, par les mêmes causes qui avaient favorisé la première propagation

■ Guil. Neubrig., 05; Petrus Cantor, 300; Kob. de Monte, 391. Suivant Otto de Freisingen , l. c., Eudes fut remit à l'abbé Suger, qui le fit enfermer a Saint-Denis. L’autre relation mérite la préférence, comme étant rapportée identiquement par plusieurs auteurs.

- Thworoci, Chron. Hung., 99; Kalona , II, H et suiv.

«lu catharisme parmi les Bulgares et les Slaves. De la Hongrie et de la Moravie les germes de l’hérésie arrivèrent en Bohême , où le christianisme n’avait dû son établissement définitif qu’aux rigueurs exercées par le duc Boleslas contre ses sujets idolâtres. En Bohême , comme dans les autres pays slaves, le rite national était proscrit par les papes; les effets devaient en être les mêmes : antipathie pour le rite étranger, et tendance h s’opposer à ses représentants. En 1058 les moines du couvent de Sasavva , près de Prague , furent accusés d’avoir été entraînés k l’hérésie et h l’hypocrisie par l'usage de la langue slave; ils furent expulsés et remplacés par des moines latins1. Peu après, ceux-ci lurent remplacés à leur tour, et le duc Ladislas demanda au pape l'autorisation d’avoir dans son pays le culte et une version de la Bible en langue nationale; mais, en 1080, Grégoire VII refusa cette demande, sous prétexte que la Bible, mise h la portée du peuple, finirait par être méprisée ou par devenir une source d'erreurs pour ceux qui ne la comprennent pas; il prescrivit à Ladislas de s’opposer de toutes ses forces à une aussi vaine témérité2. Le ducobéit. En 1097, les moines slaves de Sasawa furent à jamais dispersés; leurs livres furent détruits, et le rite romain s’établit en maître3. L’hérésie qu’on avait reprochée à ces moines , n’était-elle autre chose que l’attachement à leur culte et h leur Bible eu langue nationale? ou est-il permis de soDger à des idées cathares qui se seraient introduites chez eux? Cette supposition ne parait pas trop téméraire, quand on se rappelle ce qui a été dit plus haut sur les couvents slaves, et quand on songe que le catharisme, qui des pays de l’Est est venu dans l’Allemagne du Nord , a dû passer par la Bohême et sans doute y laisser des traces.

> Hitt. monatt. Sainte., chez Meneken , Script, ter. y crm., IH , 1782

et *u«t.

2 Lib. VII, ep. Il; chez Mansi, XX, 297; Bociek , I, 166.

3 Hitt. monatt. Saxato , 1788; comp. Mariejowski , 112 et suiv.

Les premiers Calhares furent découverts en Allemagne en 1052, dans une ville de la Basse-Saxe. Il est vrai que déjà au huitième siècle saint Boniface avait rencontré dans ces contrées des gens enseignant « de nouvelles sectes » et interdisant l'usage des viandes1 ; mais rien ne prouve la perpétuité de cette hérésie en Saxe, et il paraît bien plus probable que les Manichéens trouvés à Goslar trois siècles plus tard ont été des Cathares convertis par des Slaves. Iæs guerres entre l’empereur Henri III et le roi de Hongrie, André Ier, conduisirent les Allemands jusqu'au cœur de ce pays; plusieurs d’entre eux y communiquèrent peut-être avec des partisans de l’hérésie; il se 'peut aussi que celle-ci ait été apportée en Allemagne, soit par des prisonniers, soit par des marchands slaves2. En 1052 , Henri 111 , après avoir célébré Noël dans sa ville de Goslar, se lit amener des Cathares arrêtés par le duc Godefroi*. Les évêques de la suite de l’empereur les interrogèrent et discutèrent longtemps avec eux ; ce qui parait avoir excité le plus de surprise, c’est qu’ils se prononcèrent contre l’usage des viandes ; ils soutinrent même qu’il était défendu au chrétien de tuer des animaux ; pour les mettre à l’épreuve, les évêques leur ordonnèrent de tuer en leur présence des poules4; comme ils s’y refusèrent, ils furent déclarés Manichéens. et l’empereur les fit pendre. Cette condamnation, qui fut encore beaucoup blâmée à cette époque par des

< Docentei novat lectai, quidam abitinentei a cibit, quoi De ui ad percipiendum creavit. Kpist. 12, p. 31.

î Encore en 1152 le catharisme est apporté en Allemagne par des Hongrois, surtout par des marchands. Voy. à la période suivante.

3 Herm. Contraclus , 333 ; Adenda ad chron. Saxonicon, chez Bouquet , XI , 642.

* Herm. Contraclus , I. c ; Geita Epiicop. Leodieru., 902 ; l’auteur de ces annales dit qu’ils furent condamnés poil multam tua tuperititionii diicustionem... Cujui diicuitionii ordinem cum diligenter tiicilaremur, non aliam condemnalionit eorvm cautam cognoscere potuimui, quàm quia cuilibet Epiicoporum jubenti ut putlum oeeiderent , inobedientei extitirant.

prêtres plus tolérants1, arrêta les progrès de la secte dans l'Allemagne du Nord ; c’est â peine si dans la suite on en rencontre encore une trace passagère dans la Saxe.

Pendant tout le reste du onzième siècle, l'histoire se lait sur l’existence du catharisme en Allemagne. Ce n'est que dans la première moitié du siècle suivant que l’on rencontre une église cathare complètement organisée dans une ville qui, pendant tout le cours du moyen âge, a donné asile successivement à presque toutes les sectes hérétiques. Nous voulons parler de Cologne, où les idées cathares furent apportées sans doute par des missionnaires venus, soit de la Flandre, soit du château de Montwimer, principal foyer de l’hérésie pour ces provinces. Ces apôtres de l’hérésie parvinrent h former une communauté nombreuse, qui devint assez importante pour obtenir un évêque, assisté de son compagnon2. Pendant quelque temps on ignora son existence; elle ne fut trahie que par les dissidences qui , en H 46, éclatèrent entre elle et des Henriciens, qui cherchaient également â se faire des partisans ii Cologne. L’évêque , son compagnon et beaucoup de frères furent arrêtés; l'archevêque fit interroger les deux ministres par Évervin , prévôt de Prémontrés de Steinfelden dans les Ardennes; ils cherchèrent â se défendre par le Nouveau Testament, et consentirent à abjurer, si les maîtres , qu’ils proposaient de faire venir, leur en donnaient l’exemple. La discussion dura trois jours sans résultat; la foule y mit fin eu traînant les hérétiques au bûcher, où ils montèrent avec enthousiasme; Évervin , étonné de leur voir une force d’âme a laquelle , dit-il , il se serait attendu à peine chez des chrétiens, assure qu’ils périrent contre son gré et contre celui de l’archevêque*. Plusieurs des croyants firent pénitence et rentrèrent dans

1 Getta Kpisc. Ijeodietu., p. 909.

* trn diacre T ou un des deux Fil»? Voy. Kvcrviui Hpitlola, iliôelüuiv.

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