‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 91 sur 113 · SCR LES DIFFÉRENTES OPINIONS QU’ON A ÉMISES SI R L’ORIGINE DES · texte numérisé non relu

SCR LES DIFFÉRENTES OPINIONS QU’ON A ÉMISES SI R L’ORIGINE DES

Il est inutile de redire ici combien l’origine de la secte des Cathares est obscure. Sans cette obscurité nous n'aurions pas été réduit nous-métne à ne proposer qu’une conjecture qui , tout vraisemblable qu’elle nous parajt. ne veut cependant pas prétendre h être élevée au-dessus de tous les doutes. Nous n’avons cru devoir recourir h une nouvelle combinaison , que parce que les opinions émises jusqu'à ce jour nous paraissent insuDisantes pour expliquer et concilier tous les faits , et que d’ailleurs elles sont exposées à des objections qui , ce nous semble , ne pourraient pas s’adresser à notre propre manière devoir. Ces opinions sont très -diverses, et souvent même contradictoires , de sorte qu’il est presque permis de dire qu’au lieu de débrouiller la question , elles n’ont contribué qu’à augmenter l’incertitude et à rendre la confusion plus inextricable. Nous allons les exposer en les accompagnant de nos observations critiques ; les arguments par lesquels nous croyons devoir les combattre, sei virent en même temps à justifier notre conjecture particulière.

Les opinions qui , à différentes époques , ont été émises sur l’origine des Cathares, peuvent être groupées sous différents chefs :

I. Les Cathares sont les successeurs directs des anciens Manichéens.

1° Un certain nombre d’auteurs se bornent à leur donner en général la qualification de Manichéens, et à les confondre avec cette secte, sans entrer dans des détails sur le genre des rapports historiques qui devraient prouver la filiation des deux hérésies. C’est là l’opinion commune du moyen âge; presque la totalité des auteurs de celle période ne voit dans les Ca-

OPINIONS ÉMISES SUR L’ORIGINE DES CATHARES. 253 thaïes que des Manichéens ; ils portent ce nom déjà dans plusieurs des plus anciens témoignages sur leur existence en Occident. Au onzième siècle ils sont ainsi appelés par le moine Adémar de Chabanois (p. 159), par l’évêque Roger de Châlons ( Gesta t’piscopp. Leodiens., 899), par Hermann le Contrefait (p. 133), etc.; au douzième siècle par Raoul Ardent, prédicateur du duc d’Aquitaine (p. 9), par l’abbé Guibert de Nogentfp. 520), par le moine Henri, auteur des Fastes de Corbie (p. 77), par les prélats assemblés au concile de Reims, en 1137 (Mansi, XXI, 843), par le moine Eckbert de Schônau (p. 899, 900;, etc. La même coutume règne encore, au treizième siècle, où non-seulement Innocent III (lib. X, ep. 34; Raluz., H, 20), les Annales de l'abbaye d'Anchin (p. 530), la Chronique d’Albéric de Trois-Fontaines (p. 570), mais surtout plusieurs auteurs qui out écrit contre eux, tels que Monéta de Crémone (p. 411), Luc de Tuy (p. 94), Étienne de Belleville (p. 90), etc., les dérivent du manichéisme ; encore au quinzième siècle les chroniqueurs et les documents sur les Cathares slaves, leur assignent celle origine*. Peu d’auteurs seulement s'expriment d’une manière un peu plus explicite , en disant que le système cathare contient aussi des éléments pris ailleurs que dans le manichéisme; Eckbert l’assure en termes tout à fait généraux1 2; Césaire d’Heisterbach pense que ces hérétiques ont mêlé à la doctrine de Manès , outre leurs propres inventions , quelques erreurs empruntées à Origène, où il a peut-être en vue leur opinion sur la nature des fîmes humaines, analogue à celle de ce Père sur la préexistence de ces finies3; Monéta, enfin , donne toute une liste d’anciens philosophes et sectaires, réels et fabuleux, réunis au hasard, dont les Cathares , selon lui , auraient renouvelé les erreurs en les alliant au manichéisme4.

Cette opinion que les Cathares sont des Manichéens a aussi trouvé des partisans parmi les historiens et les théologiens plus modernes , qui , ne croyant pas trouver des différences essentielles entre les systèmes des deux sectes, les ont identifiées, sans s'expliquer mieux que les écrivains du moyen âge, sur les liens historiques qui doivent rattacher les Cathares aux

1 Surtout Eugène IV dans sa lettre au légal en Bosnie, chez Farlati, IV, 2J-.

* Sciendum vero est et non celandum ab attribut vulgi , quantum indubitanter secta eorum... originem accepit U Manichœo lueresiareha ... Mu/ta lumen pemuxta baient doctrinal magistri sui, quai inter haneses il bus non inveniuniur. I*. 899.

3 Quevdam hœresiarchœ eorum college rani puncta ex dogmate Manie hait , quaidain ex e no ri bus, qtux in Periarchon scripsisse fertur Origenes, plurinta etiam t quu- de suo corde finxerant adj le lentes. P. 38o.

* Pytbagore, les nages fabuleux Zardès et Arphaiat, les Saducccns, Tatirn, le gnoslique Valentin. P. 4 * *•

NOTE PREMIÈRE

Manichéeus. RiccUiui , le savant éditeur de Monéta , dit que , pour peu que l’on considère l’analogie des doctrines , des mœurs et de la discipline , on ne saurait douter de l’identité des deux sectes (p. 13). Plusieurs historiens de la croisade contre les Albigeois, tels que les jésuites Benoist et Langlois, sont d’un avis semblable; Benoist ne voit dans le système des Albigeois que le manichéisme mêlé à des erreurs ariennes , et il le distingue de la doctrine des Pétrobrusiens et des Vaudois (I, -4), tandis que Langlois prétend que Pierre de Bruis et son disciple Henri ont eux -mêmes renouvelé l’hérésie de Manès et sont devenus les premiers chefs des Albigeois (p. 2). Ces manières de voir se sont perpétuées jusqu’à nos jours ; elles sont partagées même par des écrivains que la spécialité de leurs études historiques ou philosophiques aurait dû conduire à des résultats moins contestables. M. Capefigue, par exemple, assure que l’on découvre facilement le système des Manichéens dans celui des Cathares [Hist. de Phil. Auguste, III , 21). MM. Roger et Compayré, deux historiens du pays albigeois, rattachent la secte à Pierre de Bruis et 4 Henri, lesquels, selon eux, n’auraient enseigné que le manichéisme (Arch. hist. de l’Albigeois, 64; Études hist. sur l’Albigeois , 35). Nous devons mentionner enfin deux auteurs allemands, dont l’un s’est occupé spécialement du manichéisme ancien , et l’autre de ce qu’il appelle le manichéisme moderne , et qui tous les deux sont d'accord à rattacher les deux systèmes l’un à l’autre. Suivant M. Baur, de Tübingue, toute la différence consiste en ce que les Cathares ont mitigé certaines doctrines de Manès, et qu’ils ont ramené tout le système à une apparence plus chrétienne (p. 4Û2i; suivant M. Hahn, auteur peu critique qui ne traite de l’origine des Cathares qu’en passant et avec une inconcevable négligence , le dualisme du moyen Age n’est qu’une répétition du manichéisme ancien , et les additions ou les modifications qui le distinguent de ce dernier, s’expliquent tout naturellement par l’action de circonstances locales ou temporaires (p. 146, note). Il est à regretter que cet écrivain n’ait pas cru devoir donner cette explication, qui lui parait si naturelle.

2° Il est des auteurs qui , ne se bornant pas à donner aux Cathares le nom de Manichéens , font un pas plus loin , et restreignent la secte à l’Occident de l’Europe ; ils admettent que le catharisme s’est développé de germes manichéens conservés principalement en Italie. Déjà Pierre de Marca (Hist. de Béarn, 728) pense que l’hérésie des Albigeois vient d’anciens souvenirs manichéens, ranimés et développés de nouveau par les communications que les Occidentaux, surtout les Français, eurent avec les Bulgares depuis la conquête de Jérusalem. Selon Ilurter, l’auteur de la Vie d’innocent III, ces germes auraient été vivifiés par des Pauliciens qui,

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