‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 94 sur 113 · OPINIONS ÉMISES SUR LOR1GINE DES CATHARES · texte numérisé non relu

OPINIONS ÉMISES SUR LOR1GINE DES CATHARES

chéen chassé d'Afrique (Albcricus, 570). Mais toujours est-il qn'avant tout il faudrait démontrer l’identité des deux doctrines ; si entre le catharisme et le manichéisme il y a des dilïérences telles , que l’un doit s’étre formé indépendamment de l’autre, les germes en question n’ont pu contribuer, là où ils ont existé , qu’à une propagation plus rapide de la nouvelle secte. C’est là ce que nous admettons ; nous pensons môme que des réminiscences manichéennes dans les couvents gréco-slaves ont pu coopérer à la naissance de l’hérésie cathare. Mais c’est là toute la part que nous croyons devoir assigner au manichéisme dans l’histoire de l’origine de notre secte. Si Eckbert prétend que les Cathares ont avoué eux- mômes leur dérivation des Manichéens, et qu’ils ont môme accusé saint Augustin d’avoir trahi leurs secrets1, on ne peut rien en inférer, si ce n’est qu’au douzième siècle il y a eu à Cologne ou à Bonn des Cathares qui , aussi désireux de s’attribuer l’honneur d’une haute antiquité, qu’ignorants de leur véritable origine, ont cherché à se rattacher aux anciens Manichéens , dont ils avaient peut-être puisé une connaissance plus ou moins imparfaite dans les écrits de l’évôque d’Hippone2.

II. On fait venir les Cathares soit de sectes gnostiques, soit de sectes dualistes, différentes des Manichéens.

1° Ils viennent des Priscillianistes.

Cette opinion a été proposée par les auteurs de Y Histoire générale du Languedoc (1, i-48) 3 ; mais elle est réfutée d’un côté parles différences entre les deux doctrines , qui n’ont d’aualogue que les points les plus saillants , communs à peu près à tous les systèmes dualistes ; et de l’autre par le fait que les Cathares ne sont pas sortis de l’Espagne ou de la France pour se répandre vers l’Est, mais que, suivant les indications historiques , ils se sont propagés dans le sens précisément inverse.

2° Ils viennent des Pauliciens.

Muratori est , autant que nous sachions , le premier historien qui ait fait venir les Cathares directement des Pauliciens [Ântiquit. ital. med. œvi, V, 83). Après lui , cette opinion fut défendue avec talent par Mosheim , un des plus savants théologiens de l’Allemagne au dix-huitième siècle; il admet que les Cathares ont été des Pauliciens qui , venant de la Bulgarie et de la Thrace, ont répandu leurs doctrines en Italie, et de là dans le reste de l’Occident (Institutt. hist. eccles ., 379; Versuch einer Ketzergeschichle , 309). Vers le môme temps , Gibbon essaya de prouver que la doctrine paulicicnne

1 P rodant autem semetipsos qu'od sint de errore Manichœi, in eo, qu'od dicere soient, qu'od B. Jugustinus pivdiderit sécréta eonim. P. 899.

* C’est la aussi l'opinion de Ncander, K irchengcschichte , V, 703, note.

3 T. III, p. 1, ils sont mis en rapport plus direct arec les Manichéens.

2Ü2 NOTE PREMIÈRE

a été propagée dans l'Europe occidentale, tant par la voie du commerce entre l’Italie et la Dalmalie, que par des pèlerins et des croisés qui, suivait la route du Danube , étaient venus en contact avec les Pauliciens de la Bulgarie et de la Thrace (X, 77 elsuiv.). Beaucoup d’autres auteurs, tels que Kicchini (p. 14 et suiv.), Bossuet (I I , lt>8 et suiv.), le Danois Fréd. Schmni (p. 34 et suiv.)1, ilahn (p. SI)2, Maitland (p. 83), Julia (p. WJ), suivent Li même opinion. D’après l’exemple de Pierre de Sicile p. 2), la plupart de ces historiens confondent les Pauliciens et les Manichéens , et rattachent ainsi les Cathares eux-mêmes h celte dernière secte. Mais les Pauliciens « les Manichéens n’ont de commun que les analogies générales , résultant du principe fondamental dualiste ; h côté de ces analogies, il y a des différences tellement essentielles , qu’on est forcé de considérer les Pauliciens , qui allaient jusqu’à maudire la mémoire de Manès3, comme indépendants des Manichéens; ce qui parait le plus probable , c’est qu’ils viennent d’un parti gnoslique de la Syrie (voy. Giescler, Vntersuch. über die Geschichte if Paulicianer, 102 et suiv.).

Quant à l’opinion que les Cathares se rattachent aux Pauliciens, elle m pouvait être que le résultat d’une comparaison incomplète entre les systèmes de ces deux sectes. Les différences sont ici plus frappantes encorqu’ entre le catharisme et le manichéisme. Le point de contact ne consiar que dans la hase dualiste, et dans quelques conséquences qui en découlent, pour tout le reste, les deux systèmes s’éloignent complètement l’on de l’autre; les Pauliciens rejetaient toute espèce de culte, ils célébraient le baptême et la cène, auxquels ils donnaient un autre sens que les Cathares, sans éléments matériels, sans acte symbolique, par l’unique récitation des paroles sacramentelles; les Cathares, au contraire, avaient un culte, des usages symboliques , du pain bénit auquel ils attachaient une grande importance, des cérémonies accompagnant le baptême spirituel. Chef les Pauliciens on ne rencontre aucune trace d'organisation ecclésiastique ni iW hiérarchie , tandis que les Cathares possédaient l’une et l’autre à un degré très-remarquable. L’ ascétisme cathare était également étranger aux Pauliciens , qui ne condamnaient ni le mariage ni l’usage des viandes. Or, d'on

1 Fréd. Sebrnid envisage les Cithares comme tellement identiques avec les Paulin- tu. qu’il se sert même de leur système pour comploter celui de ces derniers.

3 Mabu dit même qu'en franco et en Italie on donnait aua Cathares aussi te non de Pauliciens. On les appelait, il est vrai, l’oblicants, corruption française du nom de Paa* liciena; mais pas un seul auteur lie donne aux Cathares ce dernier nom lui même.

3 FIpoOôpuoç àvaÔefiattÇooffi ExuOtxvôv, BooSoSvte xa't M avertît, vok Trjq xaxtaç ytYOVt)T«{ àpyrjÉta;. l’ctrua Siculua, 3a.

Page 1