OPINIONS ÉMISES SUR L ORIGINE DES CATHARES
viendraient ces différences radicales, si le catharisme n’était que le paulicianisme transplanté en Occident ? II faudrait pouvoir prouver qu’à une certaine époque ce dernier système a subi une transformation complète ; mais comme aucun indice historique ne révèle ni quand ni où ni par qui il aurait été transformé , il est beaucoup plus simple de renoncer à une hypothèse qui a contre elle une aussi profonde différence des doctrines.
3° Ils viennent des Bogomiles.
Le premier historien qui considère les Cathares comme descendant de Bogomiles, réfugiés en Bulgarie, nous parait être Farlati, le savant auteur de Ylllyria sacra (IV, 44). Cette opinion qui , à cause de la grande conformité des deux systèmes , parait au premier coup d’œil très-plausible , a été soutenue dans les derniers temps par plusieurs écrivains distingués. M. Matter, dans son Histoire du Gnosticisme, admet comme évident que les Cathares du douzième et du treizième siècle se rattachent aux Bogomiles ; il croit trouver chez eux un gnosticisme *< très-reconnaissable ; » le système cathare n’est « qu’une sorte de résumé tronqué , de traduction occidentale» des doctrines bogomiles (III, 257, 266, 300, 311). Nous devons faire à ce sujet plusieurs remarques. D’abord il nous semble que ce n’est pas sans lui faire quelque violence, qu’on pourrait découvrir un gnosticisme très-reconnaissable dans le système cathare ; s’il y a des analogies entre lui et la théologie des gnosliques, elles sont fortuites, et, loin d’accuser une filiation historique, elles ne proviennent, comme les analogies avec le manichéisme et le paulicianisme , que de la communauté du point de départ , de la spéculation sur l’origine du mal ; le catharisme a pu arriver par luimême à des idées semblables à des idées gnostiques. Si M. Malter dit , par exemple, p. 267, que la doctrine de la création du monde par le démon , est empruntée au gnosticisme , cela ne peut être prouvé par aucun témoignage historique -, cette doctrine n’est que la première conséquence inévitable du principe dualiste. Ensuite nous ne pensons pas que le catharisme puisse être envisagé comme le résumé tronqué de quelque autre système, notamment de celui des Bogomiles. Si nous ne nous sommes pas trompé dans la manière dont nous avons cru devoir exposer le système cathare, en suivant fidèlement les sources, nous y voyons bien plutôt un tout complet et dont les parties sont logiquement liées entre elles, qu’un résumé tronqué, c’est-à-dire présentant des lacunes ; du moins ne savons-nous pas quelle partie en aurait été retranchée. Le catharisme du douzième et du treizième siècle , époque de son développement le plus remarquable, forme un système auquel il ne manque rien ; s’il y a une doctrine incomplète , c’est bien plutôt celle des Bogomiles ; c’est de celle-ci que l’on pourrait dire , avec plus de raison , qu’on n’en possède plus qu’un résumé tronqué , car
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on n’en sait à peu près que ce qui en a été recueilli à la bâte par un tachygraphe , assistant à l’entrevue de l’empereur Alexis avec le chef de la secle (Anna Comnena, 488).
D’ailleurs, pour prouver que telle est l’origine des Cathares, il faudrait prouver aussi que les Bogomiles sont antérieurs au onzième siècle, c’est-àdire antérieurs à la première apparition du dualisme cathare en Occident ; or, cela ne se peut guère ; le système bogomile, tel que nous le connaissons, ne se montre que depuis la seconde moitié du onzième siècle , tandis que dès la fin du dixième siècle on découvre des traces cathares en France. Cela n’a pas pu échapper à M. Matler; aussi admet-il que les Cathares do onzième siècle viennent des Pauliciens , et que seulement ceux des siècles postérieurs se rattachent aux Bogomiles (p. 257). Pour justifier cette double origine , il se fonde sur le fait que les Cathares occidentaux ont professé jusque vers le milieu du douzième siècle un dualisme absolu, et que depuis cette époque on rencontre U côté des partisans de ce système, de nombreux sectateurs d’un dualisme mitigé. Nous sommes d’accord avec M. Matler s’il attribue l’introduction en Occident de cette altération du catharisme primitif, à une influence des dualistes mitigés ou des Bogomiles des pays orientaux ; mais cette influence ne porta que sur la théologie et la cosmogonie , en laissant intacts les préceptes moraux, la liturgie et les principes d’ organisation ecclésiastique , de sorte qu’il ne s’agit pas d’un système nouveau qui vint s’établir à côté d’un système ancien , mais d’une simple modification que subit celui-ci. Pour expliquer les parties communes au dualisme absolu et au dualisme mitigé , il faudrait admettre que non-seulement les Cathares, mais les Bogomiles eux-mémes descendent des Pauliciens; c’est là , il est vrai , l’opinion de M. Matler (p. 247) ; mais c’est une opinion que nous croyons réfutée par ce que nous avons dit ci-dcssus sur les différences entre la doctrine paulicienne et celle des Cathares, dont les Bogomiles n’ont été qu’une branche.
Une opinion semblable à celle de l’auteur de Y Histoire du Gno»(icisme, a été défendue par un savant de Berlin, M. Néander. Il lui parait impossible , dit-il , de ne pas reconnaître dans les Cathares occidentaux depuis le onzième siècle, des descendants des Bogomiles (IV, 457). Pour le démontrer, il ne se fonde pas sur des faits historiques, mais sur la seule analogie de la doctrine. Nous devons signaler ici une contradiction qui est échappée à cet historien d’ordinaire si judicieux ; rien , comme nous venons de le dire, ne lui parait plus certain qu’un rapport de filiation entre les Cathares elles Bogomiles; ces derniers, selon lui (V, 743), n’ont absolument rien de commun avec les Gnostiques, et quelques pages plus loin il assure qu’en beaucoup de points le système cathare porte une telle empreinte de guosii-