‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 96 sur 113 · OPINIONS ÉMISES SLR L’ORIGINE DES CATHARES · texte numérisé non relu

OPINIONS ÉMISES SLR L’ORIGINE DES CATHARES

cisme, que cela ne peut s’expliquer que par une origine orientale (p. 761). Or, si les Cathares ont de si grands rapports avec les Gnostiques, comment viennent-ils des Bogomiles qui n’en ont pas du tout ? Il est vrai qu’immédiatement après M. Néander restreint, comme M. Matter, sou opinion aux Cathares qui ont professé un dualisme mitigé (p. 762) ; ceux-ci seuls, ditil , viennent des Bogomiles , tandis que les dualistes absolus viennent des Pauli ciens. Mais , nous le répétons , comme h l’exception de la différence dans la manière d’envisager les rapports entre le bon et le mauvais principe* , et dans les conséquences qui en découlent pour la création du monde et la nature des âmes , les deux partis cathares enseignent les mômes doctrines , pratiquent le môme ascétisme et ont le môme culte et la môme hiérarchie , il resterait à expliquer comment ils auraient pu se rencontrer en ces points si essentiels , s’ils descendaient de deux sources si différentes ; il est vrai que suivant M. Néander la différence entre ces deux sources est peu importante ; il admet à son tour que les Bogomiles sont également des descendants des Pauliciens (p. 743).

Après ce que nous avons dit tant dans la partie historique de cet ouvrage, que dans l’exposition du dualisme cathare, il est superflu de rappeler ici notre opinion sur le genre de connexion qui nous parait exister entre les Bogomiles et les Cathares proprement dits. Nous nous bornons h observer que, par les motifs que nous venons d’alléguer contre le système de MM. Matler et Néander, nous ne pouvons pas considérer les Cathares comme venant des Bogomiles , mais que , guidé par des considérations tirées et de l’histoire et de l’analogie des doctrines , nous envisageons le bogomilisme comme uue branche, une modification du dualisme cathare primitif. Les autres opinions proposées pour expliquer l’origine des Bogomiles , ne nous paraissent pas suffisantes. Leurs contemporains les rattachaient tantôt aux Manichéens , tantôt h l’ancienne secte des Euchètes ou Messaliens (Psellus, 2. Euthymius, Narratio de Bogom., 5. Anna Comnena, 486. Cedrenus, I, 314); beaucoup d’autres ont suivi depuis cette dernière manière de voir (comp. Walch , III, 482 et suiv.) ; elle a été défendue surtout par Wolf, professeur à Wittemberg, qui a publié au commencement du dernier siècle une histoire des Bogomiles (1712, in-4°), et en dernier lieu par Engelhardl, professeur à Erlangen, qui voit dans le système de cette secte un mélange de la doctrine des anciens Euchètes avec le gnosticisme syriaque (Kirchengeschichtliche Abhandlungen, 162 et suiv., 191 et suiv.); cependant ce savant est lui-môme forcé de dire qu’on ne peut guère s’expliquer comment ce mélange a pu se former au onzième siècle, et surtout comment il serait venu en Thrace. Selon M. Matter, les Bogomiles sont une secte essentiellement guostique, avec quelques éléments

NOTE PREMIÈRE

manichéens (III, 2ÎH et suiv.), tandis que selon Néander ils n’ont absolument rien de commun avec le gnosticisme , la particularité de leur doctrine se réduisant h une espèce de « déuionologie plus transcendante, > basée sur le pauücianisnte (V, 743). Un autre écrivain allemand, Schnitzer, le» fait naître au onzième siècle d'une des trois branches dualistes dont parie l’sellus , laquelle aurait fini par absorber les deux autres (Die Euckilea , 183 et suiv.). Une preuve combien toutes ces questions sont obscures, c'est que tandis que M. Schnitzer s’efforce (p. 177) d'établir une différence fondamentale entre les Eucbètes du onzième siècle et ceux du quatrième . Gieseler tâche de démontrer (II, I, 402 et suiv.) que les Eucbètes anciens, après avoir été chassés de l’Asie, se sont conservés dans la Thrace jusqu’au onzième siècle; c’est d’eux, suivant cet historien, que sont venns les Bogomiles , qui se sont formé leur système , en ajoutant à celui des Euchètes quelques doctrines empruntées aux Cathares de l’Occident.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire l’opinion soutenue au dernier siècle par plusieurs écrivains protestants, notamment pari. L. OEder1, que les Bogomiles, loin d'avoir enseigné une doctrine dualiste, ont professé le christianisme dans sa pureté primitive , et n’ont été accusés d'hérésie que par la mauvaise foi de leurs adversaires.

Quant à nous, nous ne pouvons après tout cela que maintenir notre propre avis, exposé dans notre partie historique, et qui consiste à voir dans les Bogomiles des Cathares slaves , professant un dualisme mitigé et modifié partiellement en Thrace par le contact avec des Eucbètes, dont l’existence à cette époque et en ce pays nous parait prouvée par les témoignages historiques allégués par M. Gieseler. L’étymologie du nom de Bogomiles nous oblige de placer parmi les Slaves la première origine de U secte elle-même, et la circonstance que les élus parmi les Eucbètes n'étaient pas astreints à se priver d’une nourriture quelconque2, nous empêche d'identifier complètement avec eux les Bogomiles, lesquels suivaient sous ce rapport le rigorisme sévère des dualistes cathares ; tout enfin , nous k répétons, nous prouve d’abord que les Cathares occidentaux et les Bogomiles de la Thrace ont eu une origine , une souche communes , et en second lieu que la doctrine de ces derniers , loin d'avoir subi une influence du dualisme mitigé de l’Occident, a plutôt contribué elle-même à cette modification du système primitif de la secte ; les Cathares de l'Occident n’ont pas agi sur ceux des pays orientaux , mais ceux-ci ont agi sur ceux de l’Occident.

1 Vmdromus historiée Bngnmitorvm c nti ex , djna Hcumaaa , ;Y ova sjrUoge dissertau ni mm. Roitock, 1754, io-S”; U II, p. 4gi et SUIT.

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