‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 108 sur 114 · THÉORIE CANONIQUE ET VIE RÉELLE · texte numérisé non relu

THÉORIE CANONIQUE ET VIE RÉELLE

quiesça à l’autorisation donnée par la loi séculière (1). Mais, en Occident, les invasions des barbares causèrent pendant un temps une presque complète suspension du commercé ; et quoique dans quelques centres de l’Italie et des Gaules, il n’y ait pas eu une complète solution de continuité dans la vie commerciale, il y eut une période de quelques siècles durant laquelle le commerce joua un rôle très insignifiant dans l’activité sociale. L agriculture était l’occupation dominante, — et l’agriculture répondait à la demande de chaque groupe de producteurs et

non à celle du marché. Quand de l’argent était emprunté,

c’était la plupart du temps, non pour ce que l’on appelle des dépenses productives, mais pour des dépenses de consommation ; non pour agrandir le champ de la culture, ou pour faire un placement dans le commerce ou l’industrie, mais pour subvenir à quelque besoin subit dù aux fréquentes famines, ou à des taxations excessives, ou enfin à la prodigalité. L’argent qui était prêté était un argent pour lequel il aurait ete excessixement difficile de trouver un autre placement. L’argent devait être prêté ou rester sans emploi. De plus, il y avait si peu de capital prêtable que ceux qui le possédaient pouvaient presque demander l’intérêt que bon leur semblait ; ils étaient si peu nombreux que chacun d’eux avait en réalité un monopole dans son propre district; et lorsqu’il se trouvait plusieurs prêteurs dans une localité, ils étaient ordinairement unis par un lien de race qui constituait une « conjuration » suffisante contre les gentils ou les indigènes. Le résultat d’un tel pouvoir, entre les mains d’hommes sans scrupule, était que les débiteurs tendaient à tomber entièrement sous leur domination. Ceci était également vrai pour le chevalier qui engageait son manoir pour aller à la croisade, pour le monastèie qui contractait un emprunt pour bâtir une nouvelle cha-

(1) lhi(L, 14-f7

ÎA

^ mi

Hsh

pelle et qui ensuite, à cause des mauvaises années, ne pouvait payer les intérêts et, — à l'autre extrémité de l’échelle sociale, — pour le paysan et pour l’artisan qui empruntaient pour traverser une période de disette. Les lecteurs modernes ne sont peut-être pas très portés à s’apitoyer sur le chevalier ])artant pour la croisade ou sur le couvent ambitieux ; mais la question du « crédit agricole » est une question que, de nos jours, les gouvernements mêmes sont obligés d’étudier. Cette question n’a pas une aussi grande importance en Angleterre à cause de la disparition de la classe des petits paysans et de l’ancienne expulsion des juifs par Edouard l®*". Mais dans l’Inde, l’usurier de village est constamment une source de troubles pour l’administration (1). Sur toute l’Europe centrale et du sud-ouest, il est une malédiction pour chaque district qu’il vient habiter (2) ; en Autriche et en Russie son énergie malfaisante est une des principales causes du mouvement antisémite. Une autorité financière moderne, qui n’a aucune sympathie pour les idées du Moyen Age ou pour leurs historiens, a néanmoins déclaré que dans ce qu’elle appelle « une communauté agricole semi-barbare » « le prêteur d’argent fait plus de mal que de bien (3). » C’était précisément là l’opinion de l’Eglise ; et par suite elle s’elîorça de supprimer entièrement le prêt rémunéré. Le fait même qu’au Moyen Age, nous rencontrons difficilement des exemples d’oppression à l’égard des pauvres par les usuriers, comme ceux qui étaient assez fréquents dans l’Europe

(1) Voyez Hunter, Annals of Rural Bengal.

(2) Voyez Eheberg, übcr den gegrnwcirtigen Stand der Wucherfrage, dans les Jahrbücher de Holtzendorf et Brenlano, 1880. On trouve de uombreu.x matériaux dans les enquêtes sur les diverses provinces d’.Allemagne, enquêtes qui ont été réunies sous le titre de Der Wiicher auf dem Lande, et publiées parles soins du Verein für Social politik (1887).

(3) Harvey, dans le Journal of lhe Institute of Dankers, VIII, 79.

vil:

Page 1